‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 83 sur 169 · III. Q · texte numérisé non relu

III. Q

Di-.iti ; by C'.i-.rigle

les oiseaux s’y trompèrent , et s’approchèrent pour le» J)ecqneler.P«rr/jaj/K^ viulensuile.il avoit peint sur son tiibleair un rideau. Son rivalficrdu sulFrage des oiseaux , se flaltoil déjà de la victoire. « Tirez votre rideau, lui « dit-il d’un ton qu’aninioill’anionr-propre; voyons votre «ouvrage. — Tirez-lc vous-même, répond tranquille- « ment Parrhasius , et jugez. » Zeuxis s’approche j il

Î)orte la main sur le tableau; mais quelle est sa surprise, orsque au lieu d’un rideau il ne trouve que des couleurs! Il s’avoue vaincu; et, trouvantmoins difficile de tromper des oiseaux , que les yeux d’un peintre, il rend le premier hommage au triomphe de son antagoniste.

i4- Le génie, pour s’immortaliser, s’écarte quelquefois des routes ordinaires. Hogarth, peintre anglais, ne Iravailloit point ses tableaux pour satisfaire cequ’on appelle les amateurs; car il avoit négligéle mécanisme de son ai;t, c’est-à-dire, les traits du pinceau, le rapport des parties entre elles, l’effet duclair-obscur,rharmoniedu coloris, etc., pour s’élever au poétique et au moral de la peinture. « Je reconnois', disoit-il, tout le monde pour « juge compétent de mes tableaux, excepté les connois- « seurs de profession. Un seul exemple prouveracombien ilréussit, et avec quelle éloquence sonpinceaupai'loitaux coeurs simples ctsensibles.Ilavoitfaitgraver une estampe dans laquelle il avoit exprimé, avec cette énergie qui cai'aclérise scs patliétiques productions, les différons tourmens qu’on fait éprouver aux animaux. L^n ‘ charretier fouettoit un jour ses chevaux avec beaucoup de dureté. Un passant , touché de pitié , lui dit : « Mi- « sérable ! tu n’as donc pas vu l’estampe à’ Hogarth ? » x5. Daniel Tauvry eut son père poiu’ précepteur. Il apprit, pour ainsi dire , dès le berceau , les langues savantes ; et le maître trouva dans son disciple des dispositions si heureuses, qu’il lui fit soutenir problématiquement une thèse de logique à l’àge de neuf ans et demi. La thèscgénéraledephilosophie, problématique au.ssi, vint un an après.Ensuitc M. T’a«e/'ylepère,quiétoitmédccin de l’hôpital de Laval , enseigna en même temps à son fils la théorie de la médecine , et la pratique sur les malades de cet hôpital. Mais pour l’instruire davantagn

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dans cette profession utile, il l’envoya à Paris, â{»é de; treize ans ; et, deux ans après, le jeune médecin fuliuf'é

digne par rnniversiléd’An‘,'ers,d’vêlre reçu docleunll

revint à Paris ; et ce fut alors qu’à î’àge de dix-huit ans , il donna au public des ouvrages capables del’iininoiialiser, pt qui le firent entrer dans l’académie des sciences, où son mérite et ses talens éloient dignes de briller!

i6. Jean-Louis-Elisabeth Je Montchalm de Candiac apprit, dès le berceau, à distinguer les lettres. A trente ^nois, il les connoissoit toutes, les grandes comme les petites ; et, à trois ans, il lisoit parfaitement le latin et le français, imprime ou manuscrit. A quatre ans, on lui apprit la langue latine} à cinq, il Iraduisoit couramment les auteurs les plus difficiles} à six, il lisoit le grpe et 1 licbreu. 11 possedoit dès-lors les principes de l’ariüiinétique, de l'histoire, de la géographie , du blason, dp la science des médailles. En quaU-e semaines , il parvint à écrire correctèlnent et facilement. Montpellier, Nîmes, Grenoble, Lyon, Paris même, admirèrent ses progrès, surprenans, ses talens iirécoces, et l’étendue de ses çonnoissanres. II avoir lu une foule des poètes, d’orateurs, d historiens, de philosophes , d’tV'stolaires , de granmiairiens , dans un âge où les autres enfans savent à peine bégayer leur pi^ pre langue. Ce petit prodige ne fit que paroître. Ibie comjdiçation de maux renleva au nvoude, dont ilavoit été l’admiration, à l’àgc de sept ans.

i8. A l’age de dix-huit ans, Jean-Baptiste du Ifatiiel composa un petit traite où il expliquoit avec une oq deux figures, et d’une maniéré fort simple, les trois livres des Sphériques de Théodose. II y ajouta une trigonométrie fort courte et fort claire , dans le dessein de facili terl’entrée de l’astronomie. Il a dit dans iinouvrage postérieqr , qn’iJ n’avoit fait imprimer celui-là que par une vanité de jeune homme} mais peu de gens de cet âge pourroient avoir la même vanité. 11 falloit que l’inclination qui le portoit aux sciences fut déjà bien générale et bien étendue, pour ne pas laisser échapper les mathématiques , si peu connues et si peu cultivées en ce temps-là. La physique étoit alors comme un grîmcT

xovaiiniR démernLrc , dont les provinces et les gouverncmens étoient devenus dos souverainetés presque indépendantes. L’astronomie J la nieeaniqiiej 1 optiq^ie, la ehimic , etc., étoient des sciences h part, qtii n’avoient plus rien de commun avec ce qu’on appeloit physique ; et "les médecins n)ême en avoient détaché leur physiologie , dont le nom seul la trahissoit. La physique appauvrie et dépouillée, n’avoit plus pour W partage que des questions également épineuses et stériles. M. du Hamel entreprit de lui rendre ce qu’orv lui üvoit usuVpé , c’est-iN-dire , une infinité de connoissanCes utiles et agreahles , propres a faire renaître l’estime et le goût qu’on luidevoit. Il commença 1 exécution de ce dessein , par quelques ouvrages qui furent accueillis avec la plus grande avidité. A la forme de dialogues qu’il emploie , et h cette manière de traiter la philosophie , on reconnoît que Cicéron a servi de modèle ; mais on le reconnoît encore à une latinité pure et exquise, et, ce qui est plus important , a un grand nombre d’expressions ingénieuses et fines, dont ces ouvrages sont sèmes. Ce sont des raisonnemens philosophiques qui ont dépouillé leur sécheresse naturelle , QU du moins ordinaire , en passant au travers d’une imagination fleurie etoince^ et qui n y ont pris cependant que la juste dose d’agi'cmcnt qui leur convcnoit.Ce qui ne doit être embelli que jusqu’à une certaine mesure précise, est ce qui coule le plus à embellir.

En 1,666 , M. Colbert, qui savoit combien la gloire dés lettres contribue à la splendeur d’un état, proposa et fit approuver au roi l’établissement de l’académie royale des sciences. R assembla avec un discernement exquis un petit nombre d’hommes excellens , chacun danssongenre.llfalloilà cette compagnie un secrétaire qui entendît et qui parlât bien toutes les langues de ces savans, celle d’un chimiste , par exemple, et celle d’u n astronome ; qui fût auprès du public leur intei-prète commun : qui pût donner a tant de matières épineuses et abstraites des éclaircissemens , un certain tour, et même un agrément que les auteurs négligent queli^nefois de lew domier, et que cependant la plupart des

lecteurs demandent; enfin , qui , par son caractère, fAt exempt de partialité, et propre à rendre uncomptedésintéressé des contestations académiques. ïiC choix du ministre, pour cette fonction, tomba sur M. du Hamel; et ce clioix f'iorieux ne jwuvoil tomber que sur lui. 11 réunissoit à tous les Lalcns de conciliation, ce désintéressement littéraire qui ne s’attache qu’au vrai , et qui rejette le mensonge sans acception des personnes; cet amour du travail qui ne connoît de repos que le changement d’occupations ; et ce génie universel que le moindre rayon de vérité qui s’échappe au travers de la nue, éclaire suffisamment , tandis que la vérité entièrement développée ne frappe pas les autres.

18. Ce qui a rendu le nom de M. Iluysch si célèbre , a été de porter l’anatomie à une perfection jusqucs-là inconnue. On s’étoil long-temps contenté des premiers insti umens qui s’étoient d’abord oflferts comme d’euxmêmes , et qui ne servoient guère qu’à séparer des parties solides, dont on ohservoitlastnicture i>arliculière , ou la disposition qu’elles avoient entre elles. Reynier Oraafy ami intime de^I. Huysch , fut le premier qui, pour voir le mouvement d»i sang dans les vaisseauxet les routes qu’il suit pendant la vie, inventa une nouvelle espèce deseringue, paroù il injectoil dans les vaisseaux une matière colorée, qui marquoittoullccheminqu’elle faisoit, et, par conséquent, celui du sang. Cette nouveauté fut d’abord approuvée; mais ensuite on l'aljandonna, parce que la matière injectée s’échappoit continuellement, et que l’injection devenoit bieutAtinutile. leSiTï S wammer dam remédia au défaut de l’invention de Graaf. Il pensa très-heureusement qu’il falloil prendre une matière chaTide , qui, en serefi'oidis.sant à mesure qu’elle couloit dans les vaisseaux , s’y épaissît, de sorte qu’arrivée à Icurextrémité, elle cessât découler; ceqiil demande, comme on voit, une grande précision, tant pour la nature particulière de la matière qu’on emploiera, que pour le degré de feu qu’il faudra lui donner, et le plus ou moins de force dont on la poussera. Par ce moyen, Swammerdam rendoit visiJdes pour la première fois, les artères et les veines capillaires de

l;i face. Mais il ne suivit pas liii-memc bien loin son iii' ention. Une grande pieté qui vint roccnper entièrcniciil, l’en empêcha, et ne le rendit pourtant paà assez indifférent sr.r son secret, pour en faire part M. /{wjJcA son ami, qui en étoit extrêmement ciirieiix.

fl le chercha donc de son r.'ié, et le trouva pour le moins j car il y a béanconp d'apparence que ce qu’il lro»iva éloit encore plus parfait que le secret même de Sivarnmerâani. Les parties ctoient injectées de façon que les dernières ramificalionsdes vaisseaux, plus fines qiiedéslils d’araignées^ dcvenoient visibles, et, ce qui est encore plus étonnant, ne l’éloient pas quelquefois sans microsco|je. Quelle devoil être la matière assez déliée }K)ur pénétrer dans de pareils canaux, et en même temps assez solidepour s’y durcir ? Oh vovoit de petites parties qui ne s’aperçoivent ni dans le vivant, ni dans le inorl tout frais. Des cadavres d’enfans étoient injectés tout entiers : l’opération ne paroissoil guère possible dans les autres. Cependant il entreprit en iG66 , par ordre dos états-généraux, le cadavre déjà fort gâté de Guillahnie lierclej, vice-arriiral anglais, tué à la bataille donnée le ii de Juin, entre les flottes d’Angleterre et de Hollande ; et on le renvoya en Angleterre , traité comme auroit pu l’être le plus petit cadavre. Des états-généraux récompensèrent ce travail d’une manière digne d’eux, et du travail même.

T ont ce qui étoit injecté conservoitsa consistance, sa mollcssé, sa flexibilité, et même s’embellissoit avec le temps , parce que la couleur en devenoil plus vive, jusqu *à ùh certain point. Les cadavres, quoique avec, tous leurs viscères, n’avojenl point de maiivaise odeur; aii contraire, ils enqirenoient une agréable, quand même ils eussent senti fort mauvîiis avant l’opération. Tout sé garantissoitdela corruption, parle secretdeM. Büjsch. Une fort longue vie lui a procuré le plaisir de ne voir aucjine de scs pièces se gâter par les ans, ctdenepoint fixer de terme à leur durée. Tousces morts, sans dessécheménl apparent, sans rides, avec un teiftt fleiiri et des membrcssouples,étoient presque des ressùscitésiilJ’ jic paroissoient qu’endormis, tout prêts à parler quand

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ils se réveillcToient. Les momies de M. Ruysch prolongeoient , en quelque sorte , la vie , au lieu que celles de l'ancienne Egypte ne prolongeoient que la mort.

Quand ces prodiges commencèrent à faire du bruit, ils trouvèrent , selon une loi bien établie de tout temps , beaucoup d’incrédules ou de jaloux. Ils délruisoient , par quantité de raisonneraens, les faits qu'on leur avançoit : quelques-uns disoient , en propres termes , qu’ils se laisseroient plvitôt crever les yeux, que de croire de pai eilles fables. A tous leurs discours , M. Ruysch répondoit sim pl enient : Venez , et voyez. Son cabinet étoi t toujours prêt à leur parler et h raisonner avec eux.Ces deux mots étoient devenus son refrain perpétuel, son cri de guerre. Un professeur de médecine lui écrivit bien gravement qu’il feroit mieux de renoncer à toutes ces nouveautés , et de s’attacher à l’ancienne doctrine , si solidement établie , et qui renfermoit tout. Comme le novateur ne se rendoit point , le docteur redoubla ses lettres ; et il lui dit enfin que tout ce qu’il £aisoit dérogeoit à la dignité de professeur , dont il étoit revêtu. M. Ruysch répondit : V tnez , et voyez. Outre la chaire d’anatomie, il fut encore chargé de celle debotanique , parlesbourgmestresd’Amsterdam j et l’on peut bien croire qu’il ne démentit point ses succès et ses talens dans cette occupation. Le grand commerce des Hollandais lui fournissoit des plantes de tous les climats de l'Univers. 11 les disséqnoit avec la même adresse que les animaux ; et , dégageant entièrement leurs vaisseaux de la pulpe ou parenchyme , il inontfoit à découvert tout ce qui faisoit leur vie. Les animaux et les plantes étoient également embaumés , et sûrs de la même durée. Son cabinet , où tout alloit se rassembler, devint si abondant et si riche, qu’on l’eût pris pour le trésor savant d’im souverain. Mais , non content de la richesse et de la rareté , il voulut encore y

J ‘oindre l’agrément, et égayer le spe«‘lacle. Il inêloitdes louquetsde plantes et de coquillagesà de tristes squelettes, et animoitle tout par des inscriptions ou des vers prisdesmeilleurspoëtes latins. C’cloient, pour les étrangers ,ime des plus grandes merveilles des Pays-Bas , que ce csîbiaet deM.iliy'JcA.Les savans seuls l’admiroieut

dignement: tout le reste vouloit seulement se vanter de l’avoir vu. Les cdnéraux d’armée, les ambassadeurs, les princes , les électeurs , les rois , y venoient comme les aulres;etces grands titres prouventdii moins la grande célébrité. Quand le czarPierrc-Ze-Gra«d vint en Hollande pour la première fois, il fut frappé , transporté à cette vue. En effet, quelle surprise et quel plaisir pour un génie naturellement aussi avide du vrai, qu'un pareil spectacle où il n’avoit point été conduit par degrés! Il baisa avec tendresse le corpsd’un pelitenfant encore aimable, et qui sembloit lui sourire. Il ne poTivoit sortir de ce lieu , ni se lasser d’y recevoir des instructions ; et il dinoit à la table très-frugale de son maître, pour passer les journées entières avec lui. A son second voyage,en 1717, il acheta le cabinet,etl’envoya.àPélersbourg; présent des plus utiles qu’il pût faire à la Moscovie, qui se trouvoit , tout d’un coup et sans peine , en possession de ce qui avoil coûté tant de travaux à l’un des plus habiles hommes des nations savantes.

19. M. Régis, étant à Paris pour achever le cours de ses études, fut frappé de la philosopbiecartésienne, qui surmontoitavec peine les obstacles sans nombre qu’on opposoit à ses progrès. Il commença à la connoître par les conférences de M. Rohaut ; et il s’attacha entièrement à cette philosophie, dont le charme, indépendamment meme de la nouveauté, ne pouvoil manquer de se faire sentir h un esprit tel que le sien. Iln’avoit plus que quatre ou cinq mois ù rester dans la capitale ; et il se hâta de s’instruire sous M. Rohaut, qui, de son côté , zélépour sa doctrine, donna tous ses .soins .1 un disciple qu’il croyoit propre à la répandre. Régis étant parti de Paris , avec une espèce de mission de son maître, alla établir la nouvelle philosophie à Toulouse , par des conférences publiques , qu’il commença d’y tenir en i665. Il avoit une facilité admirable de parler, et le don d’amener les matières abstraites â la portée de ses auditeurs. Bientôt toute la ville fut remuée par le nouveau philosophe. Savans , magistrats, ecclésiastiques , tout acconrutpourl’éntendre.Lesdamesmêmefaisoient partie de l i foule ; et si quelqu’un pouvoit partager avec lui la gloire de cegrand succès, ce n’éloit du u.o.irs

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que nilnslre Descartes , dont il annoncolt les découvertes. On soutint une tlièse de pur cartésianisme , en fran< ais, dédiée à Tune des premières dames deToiiloiise,queIVI./légijavoit rendue fortbabile cartésienne ; et il présida à celte tlièse.On n’y disputa qu'en français : la dameelle-mêine yrésolutplusicurs diffictiltés considérahles ; et il semble qu’on affectât , par toutes ces circonstances, de faire une abjuration plus authentique de l’ancienne philosophie. Messieurs de Toulouse, touchés des instructions et des lumières que M. Régis leur avoit apportées , lui liront une pension sur leur hôteldc-ville ; événement presque incroyable dans nos mœurs, et qui semble appartenir à l’ancienne Grèce.

20. Les paï ens deM. Dodart ne se contentèrent pas de faire apprendre à leur fils le latin etlegrec ; ilsyjoifjnirentle dessin, la musique,les instrumens, qui n’entrent que dans les éducations les plus somptueuses, et qu’on ne rcf,’arde que trop comme des superfluités agréables. 11 réussit à tout, de manière à donner les plus grandes espérances ; et il eut achevé scs études de si lionne heure, qu’il eut le temps de s’appliquer également au droit et à la médecine , pour se déterminer mieux sur la profession qu’il embrasseroit. 11 est peut-être le seul qui ait voulu choisir avec tant de connoissancedecausc: il est vrai qu’il satisfaisoit aussi son extrême avidité de savoir. Il prit enfin parti pour la médecine. Son inclination naturelle l’y portoit mais, ce qui le détermina le plus puissamment, c’estqu’iln’y vit aucun dangerpour la justice, et une infinité d'occasions pour la charité; car il étoil touché dès-lors de ces mêmes sentimens de religion, dans Içsquels il a fini sa vie. On imagine aisément avec quelle ardeur et quelle persévérance s’attache â une étude, un homme d’esprit dont elle est le plus grand plaisir, et un homme de bien dont elle est devenue le devoir essentiel. Ses progrès furent rapides , comme la marclie de son génie ; et bientôt sa réputation s’établit au point que les princes lui confièrent le soin de leurs jours, etdéposèrent leurs cœurs dans le sien. Sa fortune fut applaudie , quoiqu'il la niérilàt;et ce fut la preinièie fois qu’on ne porta point envie aubonheur mérité. Il n’est pas besoin de copnoître beaucoup les maisons

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des grands , pour savoir qne, dV être bien avec tout le monde, c’pstiinchef-d’œnvredecondnite et desagesse.et souvent d'autant plusdifficile.qiieronad’ailleursdepliis grandes qualités. Legrand secret pour v réussir, estcelni qnepratiquoit.M.Dotir7''/;il ol)iigeoit aulantqu’illuiétoit possiblc,etueménageoil point sa faveur dans lesaiTaires d'autrui. AvoirbesoindesoucrcditjC’étoit être endroilde l’ernployer-Hcureusementpourungrandnombredegens de mérite, les grands postes qu’il occupoit le firent counoître de plusieurs autres personnes du premier rang ou delà première dignité,qui, malgré leurélévation,avoicnt pourluicette sorte de respectqui n’a point été établi parmi leshommes,etdont lanature s’est réservée le droit de disposer en faveur de la vertu. EniGySjM.Do^iar/eutra dans l’académie des sciences, par le moycndeM.Perra«//.llsavoienlbeaucoupdecréditauprèsdeM.Co/i>er^, elen Hiisoient un usage assez extraordinaire: ilss’enservoient à faire connoître au ministre ceux qui avoient de grandstnlensaussi-bienqii’eux,etàleurattirersesgraces.

Le nouvel académicien fit connoître alors un nouveau mérite qu’on n’avoit encore faitquesonpçonner.Pour tribut académique, il se livra à l’étude des plantes , à laquelle il avoit consacré déjà bien des années ; et jamais homme n’avoit été pluspropre que lui à faire l’histoire de cette rniiltitude immense de nations végétantes , dont l’Etemel a peuplé notre globe pour la conservation de nos jours. 11 possédoit au souverain degré l’esprit de discussion et de recherche. Il savoit de quel côté, ou plutôt de combien de côtés différens il falloit porter sa vue, ét pointer, pour ainsi dire, sa lunette- Tout le monde ne sait pas voir : on prend pour l’objet entier la première face que le hasard nous en a présentée; mais ^.Dodart avoit la patience de chercher toutes les autres, et l’art de les découvrir, ou du moins la précaution de soupçonner celles qu’il ne découvroit pas encore. Ce ne sont pas seulèinent les grands objets quienontplusieiirs, mais encore les plus petits; et une grande attention est une espèce de microscope qui les grossit. Il est vrai que celte attenlionscrupuleuse, qui ne croit jamais avoir assez bien vu, (pieccsoin detournèrun objet de tous les sens , en un mol, que l’esprit de

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discussion est assez contraire à celui de décision ; mais un sage ohservateur doit plus examiner que décider, suivre attentivement la nattire par des oljservatious exactes, et non pas la prévenir par desjugemens précipités. Rien ne sied mieux à notre raison que des conclusions un peu timidcs;etméme, quand elleale droit de 'décider , elle f'eroit bien de rclicher quelque chose.

llii’éloitpas possible que M. Dodattne portât, dans rexcrcice de la médecine, ce meme esprit, fortifié encore par son extrême délicatesse de conscience.Un malade n^avoit à craindre ni son inapplicalion,ni même une application légère et superficielle ; mais seulement, caril faut tout dire, sa trop grande application, qui pouvoit le rendre irrésolu sur le choix d’un parti. La pratique n^ldn1étpas toujours les sageslenleursdelaspéculation; étquelq^uefois la raison elle-mêmeordonnequ’on agisse Sansl’attendre.La connoissance desplantes étoitle principal travail de M. Dodart dans l’académie , mais non pas le seul. Il s’attacha à étudier la transpiration insensible ducorps hnmiiin.Tous les physiciens etlesmédecins en avoient toujburseu une idee,mais si générale et si vague, que tout ce qu’ils en savoientpropremeiit, étoit qu’il y aune transpiration. L’illustre.Sanctori«J,médecindePadoue,estle premierquiaitsularéduireau calcul par des expériences, et en coinparerla quantité à celles des déjections grossières.Elle va beaucoup au delàde ce qu’on eût imaginé. 11 peutsortir ducorps en un jour,selon Sanctoriusy septàhuitlivresdemalièreparla transpiration; et, commeiln^estpaspossible qu’une si abondante ëvacuation ne soitfortimporlante,plusicurshabilesmédècinS la regardent comme un des principauxfondemens et de leur théorie et de leur pratique. Mais , parce que Sanetbriusa eu le premierde si belles vues,il nclesapas poussées à leur perfection. Par exemple, quoiqu’il ait conçu, en général, que la transpiration devoitêtre différente selon les âges. Une paroîtpas avoir eu égard à cette différence, ni dans ses observations, ni dans les conséquences qu'il en tire; et M.Dinfarfs’assiu'a par des expériences continuées pendant trente-trois ans, qpç l’on pr^spjre, beaucoup plus dans la jeunçssç-.Ençfîet,

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lumière qui en sortit tonte nouvelle è ses yeux. Il entrevit une science dont il n’.ivoit point d'idée, et sent it qu'elle lui conveiïoit. La philosophie sehola.*iliqne , qu’il avoit eu tout le loisir de connoître , ne lui avoit po nt fait, on faveur de la philosophie en j'énéral , l'elfet de la simple vue d’un volume de Descartes : la sympathie n’avoit

f)oint joué; l’union n’y éloit point; celte philosophie nu ui avoit point paru une philosophie. 11 acheta le livre, le lut aveq empressement , et, ce qu'on aura peut-être peine à croire, avec un tel transport, qu’il lui en prenoit des hattemens de cœur , qui l’ohlieeoient quelquefois d’inlerrompresalecture.L'invincibleelutilevéritén’est pas accoutumée à trouver tant de sensibilité parmi les hommes ; et les objets les plus ordinaires de leurs passions se tiendroient heureux d’y en trouver autant. Il abandonna donc absolument toute autre étude pour la philosophie de Descartes. Quand ses confrères et ses amis, les critiques oir les historiens, à qui tout cela paroissolt bien creux, lui en faisoient des reproches, il leur demandoitsi Adam n’avoit pas eu la science parfaite ; et, comme ils en convenoient,, selon l’opinion comnumedes théologiens, il leur disoit que la science parfaite n’étoit donc pas la critique ou l’histoire, et qu’il ne vouloit savoir que ce qu’Adam avoit su. 11 en apprit en peu d’années , du moins autant que Dejcar/ej lui-mcine en savoit; car, en philosophie, pins on pense, plus on fait de progi'ès,ct un homme dans le même temps pense beaucoup plus qu’un autre. Mais pour les sciences de fait , un hom me ne litdans un temps que ce qu’un autre auroit

f»u lire. Ainsi le génie fait les philosophes aussi-bien que espoètes,et le temps faitles savans.Lc V.Malebranche devint si rapidement philosophe, qu’au bout de dix annnéesde cartésianisme,!! avoitcomposélelivredelailecherchede la ^érf/é;ouvrage immortel, qui fut accueilli par les uns , combattu par les autres , admiré de Tous. L’auteur éloit cartésien , mais comme Descartes ; ne paroissoitpas l’avoir suivi, mais rencontré. 11 règne dans ce traité un grand art de mettre des idées abstraites dans leur jour , de les lier ensemble , de les fortifier par leur liaison. Il s’y trouve même un mélange adroit de quan-

tité,de choses moins abstraites , qui , étant l)icn facilement entendues , encouragent le lecteur ;i s'appliquer, aux autres, leflattent de pouvoir tout entendre, et peutêtre lui persuadent qu’il entend tout à peu près. La diction , outre qu’elle est pure et châtiée , a toute la dignité que les n>atières demandent , et tonie la grâce qu’elles peuvent souffrir. Ce n’est pas qu’il eût apporté aucun spin à cultiver les talens de l’imagination ; au contraire , il s’est toujours fort atUiphé à les décrier ; mais il en avoit naturellement une fort nol)le et fort >nve,qui travailloit pour un Ingrat, malgré lui-même , et qui ornoit la raison en se cachant d’elle.

Après avoir long-temps comljiattu pour la défense de sonsystème,leP.iWaZeAranc/ietonïbamalade;durantleS quatre derniers mois desavic, jl s’affoihlissoit de jour en jour, et sedcsséchoitjusqu’ân’êtreplusqu’un vraisqnelette. Son mal s’accommoda à sa philosophie; le corps qu’ilavqit tant mpprisé, se réduisitpresqu’àrien; et l’esprit accoutumé à la supériorité, demeura sajn et entier. Il n’en faisoit usage que pour s’exciter à des sentimens, de religion, et quelquefois, par délassement, pour phi-, losophersur le dépérissement de la machine.il fuf tou-r jours spectateur tranquille de sa longue mort, dont le, dernier moment fut tel , que Ton crut qu'il reposoit.

Depuis que ja lecture de De^carfe^l’avoitmis sur les bonnes voies,iln,’avoitétudiéqucpours'éclairerre^prit, et non pour se charger la mémoire; car l’esprit abesoiu de lumière, et n’en a jamais trop, lyiais la mémojre est le plus souvent accablée de fardeaux inùiiles;aussi necherche-t-elle qu’à Jes 5ec0uer.Il avoit donc assez peu lu, et cependant beaucoup appris. 11 retranchüitdeseslectures celles qui ne sont que de pure érudition : un insecte le touchoit plus que toute rhistpire grecque ou romaine ; et, en effet, un grand génie voit d’un coup-d’œil beaucoupd’histoires dans une seule réflexion d’une certaine espèce. Ilméprisoit aussi cettesorte de philosophie qui ne consistequ’àapprendre lessentiujens des difféi ens philosophes. On peut savoir l’histoire des pensées des hompacs sans penser. Apfèscela, on ne sera pas surpris qu’il n’eût jamais pu lire 4iï vers de suite sans dégoût. 11 mé-

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ditoit assidûment, et même avec certaines précaution^, comme de fermer ses fenêtres. 11 avoitsibien acquis la pénible habitude de l’attention, que, quand on lui proposoitquelquecliosede difficile, on voyoil dans l’instant son esprit se pointer vers l’objet, et le pénétrer. Ses dé-» las.semens étoient des diveitissemensn’enfantjctc’étoit par une raison très-dif,Mie d’un philosophe, qu’il y recherchoit cette puérilité honteuse en apparence : il ne vouloit j)oint qu’ils laissassent aucune trace dans .son ame;dèsqu’llsétoienlpassés,ilnehiicnrcstoitrien,que de ne s’être pas toujours appliqué. 11 etoit extrêmement ménafiferde toutes les forces deson esprit, etsoi^meux de les conserver à la philosophie. Cette simplicité, que les erandshoinmesosentprcsqncseuls.se permettre, etdont lecontrasterelêve toutccqu’ilsontderare,cloitparfaile en lui. Une piété fort éclairée, fort attentive et fort sévère, perfectionuoitdes mœurs (pic la nature seule mettoit déjà , s’il étoit possible , en état de li’en avoir pas beaucoup besoin. Sa conversation rouloit sur les mêmesmatièresque seslivres-, seulement, pour ne pas trop effaroucher la plupart des yens, il tàchoil de la rendre un peu moins chrétienne ^ mais il ne relâchoitricn du philosophique.On la rechcrchoitbeaucoup,quoi(iue si sage etsiinstructive.llyaffcctoitau’tanldesedépoiiillerd'iuie supériorité qui lui appartenoit, que les autres affectent d’en prendre unequine leurappa rtienl pas. llvouloitêtre utile à la vérité; et il savoit quece n’est guèrequ’avecun airhumbleclsoumisqu’ellepeulseglisserchez les hommes. 11 ne venoit presque point d’étrangers sa vims à Paris,qui neluirendissent leurs hommages'.On dilquedes

firinces allemands y sont venus exprès pour lui; et, dans a guerre du roi Guillaume, un officier anglais, prisonnier, se consoloit devenir ici, parce qu’anssi-bienilavoit toujours eu envie d» \o\r\ero\Louis XIV etle P. Malehranche. lia eiil’honneurde recevoir une visite de Jacques II, roi d’Angleterre. Mais cescuriosilés passagères ne sont pas si glorieuses pour Inique l’assiduité constante de ceux qui vouloient véritablement le voir, et non pas l’avoir vu. Milord Ouadrington, qui est mort vice-roi de la Jamaïque, pendant plus de deux ans de séjour qu’il

fit à Paris, venoit passer avec lui deux ou trois heures, presque tons les matins. Les compatriotes du P. iMTaZebranche sentoient aussi ce qu’il valoit; et un assez grand nombre de gens de mérite se rassembloient autour de lui. llsétoient la plupartses disciples et ses amis en meme temps; et l’on ne pouvoitguère être l’un sans l’autre. Il eût été difficile d’être en liaison particulière avec un homme toujours plein d’un système qu’on eût rejeté; et, si l’on reeevoit le système, il n’étoit pas possible qu’on negoûtâtinfiniment le caractère de l’auteur, quin’étoit, pour ainsi dire, que le système vivant. Aussi jamais philosophe, sans excepter Pvthagore, n’a-l-il eu des sectateurs plus persuadés ; et l’on peut soupçonner que, pour

{)roduire C(?tfe forte persuasion, les qiialités personel- ' es du P. Malebranche aidoient à ses raisonnemens.

22. Léihnitz perdit son père à l’âge de six ans ; et sa mère,femme de mérite, eut soin de son éducation. Il ne marqua aucune inclination particulière pour un genre d’étude plutôt que pour un autre. 11 se porta à tout avec une égale vivacité; et, comme son père lui avoit laissé une assez ample bibliothèque de livres bien choisis,il entreprit, dès qu’il sut assez de latin et de grec, de les lire tous avec ordre ; poètes , orateurs, historiens, jurisconsultes , philosophes , mathématiciens , -théologiens. 11 senlitbientôt qu’il avoit besoin de secours; il en alla chercher chez tous les habiles gens de son temps, et même, quand il le fallut, assez loin de Léipsick, sa patrie. Cette lecture universelle et très- assidue, jointe à un grand génie naturel,le fit devenir tout ce qu’il avoit lu. Pareil, en quelque sorte,a«x anciens qui avoient l’adresse de mener jusqu’à huit chevaux attelés de front, il mena de front toutes les sciences : il excelladans toutes; il devint un génie universel .Les princes de Brunswick, in.struits de ses talens pourl’histoire,lui confièrent celle de leur maison. Il parcourut toute l’Allemagne, pour ramasser tous les matériaux de ce grand édifice, cl pa.ssa de là en Italie, où les marquis deToscane, de Ligurie et d’Est, sortis de la même souche que les princes de Brunswick, avoient leurs principautés. Comme il alloit|>ar merde Veuiseà Mésola dans le F errai-ois, il futsurpris par une tempête.

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Les matelots le croyantaUcma]idclhéi'éLi(]ue,a11oieiit le

jeter dans la mer, pour désarmer la Divinité, en conservant néanmoins ses hardes et son ai’genl. Léibnitz , qui entendoitritalien, comme presque toutes les autres langues , sans marquer aucun trouble , tira un chapelet, qu’apparemmenlilavoitpris parprécaution, et le tourna d’un air assez dévot. Cet artifice lui réussit : un marinier ditaupilote que,puisquecethomme'là n’éloilpas hérétique , iln’étoitpas juste de le précipiter dans les flots.

De retouj-de ce voyage, en 1Ô90, il commença à faire part au public de la récolte abondante qu’il avoit faite dans ses savantes courses. Son mérite, connu bientôtde toute l’Europe, lui procura des pensions et des charge? honorables.L’électeurErncJï-./^«^n.îfelefit,eni696,son conseiller-privé de justice : ill'étoitdéjà de l’électeur de IVIayence eldu ducdeiîr«nrfwici-/.nncioKrg-.En i6g6,il fut mis à la tête des associés étrangers de l’académie des sciences de Paris : il n’avoittenu qu’à lui d’y avoir place plutôt, et avec le titre de pensionnaire. Dans un voyage qu’il fit en France, on voulut l’y fixer fort avantageusement,pourvu qu’il quittàtle luthéranisme; mais ilrejeta celte condition-L’Aliemagne en profita Tl inspira à l’électeur de Brandebourg le dessein d’établir une académie des sciences à Berlin : il en fut fait président, et il n’y eut point de jaloux; car qui auroit pu l’être ? Un champ,, non moins vaste et non moins glorieux , s’ouvrit à lui en 171 1. Le czar Pierre-le-Grand\e vüàTorgau, et ce législateur des Barbares traitaLéiimVzavec la considération qu’un sage couronné a pour un sage quimériteroit la couronne. 11 luifitun magnifique présent, lui donna le titre déson consciller-prive de justice, avec imc pension considérable. L’cmpereurd’Allemagne ne récompensa pas moins généreusement ses talensq^e l’empereur de Russie ; il lui donna 1^ titre de conseiller aulique, avec une forte pension, et hu fit des offres considérables pour le fixer à sa cour. Lavie de Léibnitz ne fut marquée que par des événemens flatteurs, si l’on enexcepteladispute touchant la découvertedu calcul di Ile rentiel, ondes infiniment petits ; système sublime, méthode divine, qui porte nosconnoissanccs jnsques dansl’infini, et presque • Tome J JL R “

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au delà des lîornes prescrites à resprithumain, du moins au delà de celles ou l’ancienne géométrie éloit renfermée.Quelquesphilosophes,sectateursdugrarjidiVeiv/on, l’accusèrent de l’avoir dérobé à cet homme immortel. Léibnitz en appela à la société royale de Londres. Cette compagnie discuta, pesa les raisons, et, par prévention peut-être pourun compatriote,condamnaL^/im/z. Les autres tribunaux de l’Europe savante le jugèrent avec moins de sévérité , et sans doute avec plus de justice. Les sages pensèrent assez généralement que le philosophe anglais et le philosophe allemand avoient saisi chacun la même lumière et la même vérité, par la seule conformité de la pénétration de leur génie. Léibnitz n’apprit qu’avec un chagrin mortel lai perte de son procès , qui entraînoit celle du plus beau rayon de sa gloire , quoiqu’il en restât toujours assez , puisque le vol dont on l’acCusoit snpposoit le plus grand génie. Ce revers lui inspira une tristesse qui le consuma peu h peu , et hâta , dit-on , sa mort , arrivée en 1716 , à Hanovre , comme il raisonnoit sur la chimie. On lui a reproché quelques défeuts , mais que ses grands talens doivent faire excuser. Sa mémoire étoit admirable : toujours prêt à répondre sur toutes sortes de matières, il mérita que le roi d’Angleterre l’appelât son diction- ' naire vivant. C’est , sans contredit , le savant le plus universel de l’Europe. Historien infatigable dans ses recherches , jurisconsulte profond , éclairant l’élude du droit par la philosophie ; métaphysicien assez délié pour vouloir réconcilier la métaphysique avec la théologie; poète latin même , et enfin assez grand mathématicien pour disputer l’invention du plus beau de tous les systèmes au plus grand génie qu’ait eu l’Angleterre.

23. M. Ozanam sentit, dès son enfance, ses regards se porter, comme malgré lui, vers les étoiles. A dix ou douze ans, il passoit quelquefois de belles nuits dans Ve jardin de son père, couché sur le dos, pour contempler la beauté d’un ciel bien étoilé ; spectacle, en effet, auquelilestélonnantquelaforcemêmede l’habitudepuisse nous rendre si peu sensibles. L’admiration des mouveméns célestes allumoildéjà en lui le désir de les counol- ; et il en déiuêloit par lui-même ce qui éloit à la

portée de sa raison naissante ; car il n’avoit point de maître ; mais la nature seule fait les bons écoliers. A Tâge de quinze ans il avoit composé un ouvrage de inathémaliqiies , qui n’a été que manuscrit, mais où il a trouvé dans la suite des choses dignes de passer dans des ouvrges imprimés.

Il savoit trop d’astronomie pour donner dans les folies de l’astrologie judiciaire ; et dans la suite , quand ses rares connoissances eurentrépandusonnom dans toute l’Europe , il refusa courageusement tout ce qu’on lui offroit pour l’engager à tirer des horoscopes. Une fois seulement, il se rendit à un comte de l’enrpire , qii’il avoit bien averti de ne le pas croire. Il dressa, par astronomie, le thème de sa nativité ; et ensuite , sans employer les règles de l’astrologie, il lui prédit tous les bonheurs qui lui vinrent à l’esprit. En même temps, le comte fit faire aussi son horoscope par un médecin très-entêté de cet art , qui s’y croyoit fort habile , et qui ne mao^ qua pas d’en suivre exactement , et avec scrupule , toutes les règles. Vingt ans après, le seigneur allemand apprit à M. Ozanam que toutes ses prédictions étoient arrivées, et pas une de celles du médecin. Cette nouvelle lui fit un plaisir tout différent de celui qu’on prétendoit lui faire. On vouloit l’applaudir sur son grand savoir en astrologie , et on le confirmoit seulement dans la pensée qu’il n’y avoit point d’astrologie.

Il composoit avec une extrême facilité , quoique sur les matières les plus difficiles des mathématiques. Sa première façon étoilla dernière ; jamais de ratures ni de corrections , et les imprimem-s se louoient fort de la netteté de ses manuscrits. Quelquefois il résolvoit des problèmes embarrassés , en .allant par les rues ; quelquefois même , dit-on , en dormant ; et alors il se faisoit apporter promptement à son réveil de quoi les écrire ; car la mémoire , ennemie presque irréconciliable du jugement , ne dominoit point chez lui.

a4- M.ZeFéere,père de madame Dacier,ïïe pensoit nulîement à élever sa fille dans les lettres ; mais lehasard en décida autrement. Ce savant aVoit un fils , qu’il ins- Unisoit avec eraud soin. Pendant qu’il lui donnoit des

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leçons jmademoiselle Le Févre , qui avoit alors onz e ans., étoit présente, et travailloit en tapissseric.il arriva qu’un jour lejeune écolier répondit mal aux questions de son père. Sa sœur, touchée de la situation pénible où il se trouvoit , lui suggéroit tout bas les réponses qu’il falloit faire. Le père étonné l’entendit ; ravi de cette découverte, il résolut d’étendre sur elles ses soins, et de l’appliquer à l’étude. Elle fut très-fàchée d’avoir parlé; car dès ce moment elle fntassujeltie à des leçons réglées.Enpeu de temps elle fit des progrès si rapides , que son père la regarda comme son égîîle , et ne faisoit rien sans la consulter. F~ oyez Acremens , Amour des SciEivcEs, Caractère , Esprit , Etude, Inclination, Philosopie , Savoir , Science.

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