TIMIDITÉ
1. (Quelqu’un reprocholt au philosophe Cléanthe l’extrême timidité qu’il montroit en toute occasion. « C’est un heureux défaut, répondit-il j j’en commets « moins de faute. »
2. Une timidité naïve caractérisoit le célèbre iV/eoZe. Ce f^rand homme , si hardi dans scs raisonnemens , et donfla docte plume prenoit un essor si sublime , n’osoit paroîlre dans les rues , de peur qu’il ne lui tombât quelques tuiles sur la tête. Il se logea très-long-lemps au faubourg Saint-Marcel ; et quand on lui en demandoit ]a raison : « C’est , répondit-il , que les ennemis qui « ravagent tout en Flandres et menacent Paris , entre- « ront par la porte Saint-Martin ; et avant qu’ils n’arri- « vent chez moi , j’aurai le temps de m’enfuir. » Une demoiselle étoit venue le consulter sur un cas de conscience. Aumilieude l’entretien, arriveleP.Fow^rttefdel’Oratoire , fils du surintendant. Nicole , du plus loin qu’il l’aperçoit, s’écrie: «Voici, madenioiselfe , quel- « qu’un qui décidera la chose ; » et sur-le-champ , il conte au P. Fouquet toute l’histoire de la demoiselle ,
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rougit beaucoup. On fit des reproches h Nicole de cette imprudence. U s’excusa sur ce que le P. Fouqvct ^toit son confesseur. « Puisque , dit-il , je n’ose rien « cacher à ce père , mademoiselle ne doit pas être ré- « servée pour lui. »
, 1 3. Louis XIIJ étoit naturellement timide et, défiant. Après la mort de Henri IF, lorsqu’on lui dit qu 'il éfoit roi : « Je ne le veux pas être , répondit-il ; car on me «tueroit comme on a tué mon père. » 11 passoit les nuits dans des inquiétudes mortelles , et vouloit lou-
I'ours être accompagné de ses gardes , même pendant a nuit et lorqu’il dormoit. « Gardez-moi bien , leur « disoit-il , de peur qu’on ne me tue. »
4- Quoique fier et hautain , l’enqiereur Caligula trembloit comme un enfant au moindre bruit du tonnerre : et lorsqu’il remarquoilde la frayeur sur les visages de ceux qui l’environnoient , il se couvroit la tête d’un coussin , et se tenoit ainsi honteusement caché.
TON (bon).
l.S. FaANcois-de-Sales ayant contribué au mariage de Christine de France .avec le prince de Piémont , la piincesse choisit le religieux prélat pour son premier aumônier. Il l’en remercia d’aliord , disant que cette charge étoit incompatible avec la résidence , qui étoit pour lui' d’une étroite obligation. Enfin la princesse , qui révérait ses vertus , continuant de le presser , il l’accepta , mais à deux conditions : l’une , qu’elle ne l’empccheroit point de résider dans son diocèse ; l’autre , que quand il ne rempliroit point ses fonctions ‘ auprès d’elle , il n’en recevrait pas les appointemens. « Vous avez , lui dit Christine , des scrupules qui vont « trop loin. Si je veux vous donner vos appointemens .« lors même que vous ne servirez pas , quel mal ferez- « vous de les accepter ? — Madame , lui répondit-il en « riant , je me trouve bien d’être pauvre. Je crains les « richesses : elles ont perdu tant d’autres ; elles’ poui^ « roient bien me perdre aussi . » La princesse fut obligée de consentir à ces deux conditions y et sur-le-champ ,
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comme pour ^investir de sa charge , elle lui fit pr^sen* d'un diamant d’un grand prix , en lui disant : « C’est à « condition que vous le garderez pour l’amour de moi. « — Je vous le promets , madame , lui répondit-il , à « moins que les pauvres n’en aient besoin. — En ce cas, « dit la princesse , contentez-vous de l’engager ; et «j’aurai soin de le retirer. — Je craindrois, madame, « répartit François , que cela n’arrivàt trop souvent ; « et que je n’abusasse enfin de vos bontés. »
2. Le grand Gustave méditoit le siège d’Ingolstad. Il va reconnoître une fortification qu’il veut faire attaquer. Les canonniers de la place, tirent sur lui avec tant de justesse, qu’un boulet emporte la croupe desoncheval.il tombe dessous , enseveli dans la boue et couvertdesang ; mais il se relève promptement , saute sur un autre cheval, et continue de donner scs ordres. Go.sJionfutundes premiers qui accoururent au roi; cet empressement lui valutim régiment. Gustave, qui avoit le talent heureux de relever le prix de tous les grades qu’il donnoit, dit à Gassion : « Ce sera un régiment de chevets , et l’on « pourra dormir auprès dans une entière sécurité. »
5. Un homme qui vivoit avec la plus sévère sécurité, et dont la table éloit toujours servie avec une honnête frugalité, vit arriverchez lui, àl’heurede son r^as, un de ses amis qui venoit lui demander à dîner, «ooyez le « bien-venu , lui dit-il ; puisque vous êtes venu sans « m’avertir , vous dînerez aujourd’hui avec moi : une « autre fois , si vous voulez me le faire savoir, ou venir « de meilleure heure, je dînerai avec vous. »
4. Un magistratdu premierordre, quiavoitrendu un seivice signalé à uq riche particulier , vit arriver chez lui, quelques jours après, un homme qui lui présenta de sa part , deux beaux flacons de vermeil , et d’une bonne capacité. «Je sais ce que c’est , dit le magistrat «sans paroi tre étonné ; ♦'‘et ayant fait appeler son maître d'hôtel: «Remplissez, luidit-il, ces flacons de « mon meilleur vin , et qu’on les porte chez monsieur «un tel. » Puis se tournant vers celui qui lui avoit « présenté les flacons : «Dites-lui, s’il vous plaît, qu’il « ne l’épargne pas , tant qu’il lè trouvera bon. » - *
TON (bon). àW
5. En 1020 , François I et Henri FUI eurent une entrevue entre Ardres et Guisnes. Il étoit réglë que les deux rois passeroient le jour ensemble ; que relui de France se relireroit le soir à Ardres, et relui d’Angleterre à Guisnes. François 1, qui se piqunil de beaucoup de franchise , et voiifoit se délivrer de toutes ces formalités , par un malin , suivi d’un page et de deux geutilslvoinmes , se rend à Guisnes, cl dit au gouverneur du château , qu’il trouve sur le pont avec, deux cents archers : « Mes amis , je vous fais mes priso*i- « nicrs. Qu’on me conduise à l’appartement de mon « fière le i-oi d’Angleterre. » Ce prince fort surpris de lavcnluKe , s’écrie en le voyant entrer : « Mon « frère , vous me faites le meilleur tour qiie jamais « liommc lit .à autre , et me montrez la grande fiance « que je dois avoir on vous ; et de moi , je me rends « votre prisonnier dès celte heure , et vous baille ma « foi. Les deux monarques passèrent quelques heures ensemlile ; et le reste du temps de l’assemblée ne fut qu’un enchaineinont de fôles , qu’ils se donnèrent avec une confiance réciproque.
6. Un jeune duc s’étoit attiré la disgrâce deLoi/ijJt/f’’ par une conduite qui déplut à ce monarque ; il voulut regagner son estime , et alla au feu , pendant le siège de Mons, avec une intrépidité et un jugement de héros. Le roi lui rendit alors scs bonnes grâces , et lui dit : « Vous n’étiez pas content de moi ^ je ne l’étois pas de vous : oublions le ppssc, et désormais datops de Mons.»
11 avoil domié une pension de six mille livres â M. l’avocat-général Talon. M. de Ijomoignon , qui étoit aussi avocat-général , pria sa majesté de vouloir bien lui en accorder autant. Le roi le lui promit. Six mois SC passèrent pendant lesquels M. de Lamoignon vit souvent le roi , sans lui parler de rien- Sa majesté lui dit un jour : M. de Lamoignon , vous ne me parlez « plus de votie pension. — Sire , lui répondit ce ma- « gistrat , j’attends que je l’aie méritée. — Si vous le « prenez de ce côté-lâ , reprit le monarque , je vous a dois les arrérages. » En effet ces arrérages furent payés fflMuis XIF lui ayant accordé la pension , à «ommencer du joui’ qu’il la lui avoit demandée.
284 TRAiVQÜILLiTÉ.
Ce prince s'amusoit quelquefois à faire des vers.' MM. de Saint-Aignan et Daneeau lui montroient comment il falloit s’y prendre. Il venoit de composer un petit madrigal, que lui-même ne trouvoit pas trop joli.Un matin, il dit au maréchal deGranunont : « Mon- « sieur le maréchal , lisez je vous prie , ce petit ma- « dri|>al , et voyez si vous en avez jamais vu un si im- « pertinent : parce qu’on sait que j’aime les vers , on « m’en apporte de toutes les façons. » Le maréchal , « après avoir lu, dit au roi : «Sire, votre majesté juge « divinement bien de toutes choses ; il est vrai que « voilà le plus sot et le plus ridicule madrigal que j’aie « jamais lu. » Le roi se mit à rire : « N’esV-il pas vrai « que celui qui l’a fait est bien fat ? — Sire , . il n’y a « pas moyen de lui donner un autre nom. — Oh bien ! «'reprit le roi, je suis ravi que vous m’en ayez parlé « si bonnement : c’est moi qui l’ai fait. — > Ah ! sire , « quelle trahison ! que votre majesté me le rende j je « l’ai lu brusquement. — Non , M. le maréchal , les « premiers sentimens sont toujours les plus naturels.» Le roi , dit m&Aamede Sévigné ,i\[. beaucoup de cette folie ; et tout le monde trouva que c’étoit la plus cruelle petite chose qu’on pût faire à un vieux’ courtisan.
oyez Attentions, Civilité, Egards, Politesse , Savoir-Vivre , Urbanité. # -
i.St. Jean-le-Nain travailloit à faire des nattes sur le chemin du désert de Scété. Quelqu’un lui dit des injures pour le mettre en colère. Il les écouta d’abord sans répondre. L’insolent redoubla ses impertinences ; et le saint, craignant enfin de perdre l’heureuse tranquillité de son ame , , jeta ce qu’il tenoit , et s’enfuit^ Une autre fois qu’il étoit occupé à scier des blés , voyant un frère en colère contre un autre , il s’enfuit encore , et laissa-là la moisson. Etant dans l’église de Scété , il entendit quelques frères qui dispiitoient l’un contre l’autre : il s’en retourna aussitôt vers sa cellule i et l’on remarqua qu’avant d’y entrer > il en ût
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trois fois le tour. Comme on lui en dcmandoit la raison, il répondit que scs oreilles étant encore pleines de paroles fâcheuses qu’il avoit entendues , il .avoit voulu leur donner letçmps de s’en purifier, afin de reporter dans sa solitude son esprit calme et tranquille. Un jour qu’il éloit assis à la porte de l’église , plusieurs frères se mirent autour de lui pour lui découvrir leurs pensées , et recevoir ses avis; ce qu’il faisoit avecheaucoup de charité. Un vieillard, qui en fut témoin , en eut de la jalousie, et lui dit: « Voilà qui rosscmhle à une courtisane qui s’ajuste , et qui s’enihellit pour attirer les jeunes gens. — Vous avez raison , mon père, réponêi\Uean.~ Votre esprit, continua le vicillawl, est rempli de venin. — Cela est vrai , mon père , et plus que vous ne pensez. Vous en diriez bien davantage , si vous me connoissiez à fond. » Un de ses disciples lui ayantdemandé, quelquetemps apres, s'il nes’étoitpoint senti ému des discours du vieillai'd.^ « Non , y>ar la grâce de Dieu, répondit Jean. Je suis an dedans tel que vous me voyez au dehors. Le fils d’un philosophe , continua-t-il , ayant perdu son père, fut élevé chez un autre philosophe qui av'oit promis de s’en charger. Ce jeune homme ayant insulté la femme de son tuteur, fut chassé de la maison. Il eut un regret sincère de sa faute , en demanda pardonà son tuteur, et le conjura de lui rendre ses bonnes grâces, llfaut, a vantloutes choses, lui répondit le tuteur , que vous passiez trois ans avec ceux qui sont condamnés aux mines, et que vous les aidiez à porter du marbre à la rivière. Les trois ans expirés, le jeupe homme se présenta au philosophe, csyxirant qu’il le laisseroit entrer dans sa maison. Il n’est pas encore temps, lui dit leltuteur ; il faut que vous passiez trois autres années à souffrir toutes sortes d’injures , et même à donner de l’argent à ceux qui vous en diront. Après ces trois -ans, son tuteur lui pardonna , et le mena à A Ihène^pour apprendre la philosophie.; A la porte de celle vule éloit un vieux philosophe qui meltoit son plaisir-à dires des injures à tous ceux qui entroient. Il traita de même ce jeune homme qui ne fit qu'eu rire. Comme le philosophe athénien en pa-
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roissoit stltpris : « Il y a trois ans , dit le jetinc homme , que Je donne de Targent à ceux qui me traitent comme vous faites ; et je né rirai pas à présent qu’il ne m’en conte rien ? — Entren , lui ^^it le vieillard , vous le méritez bien. »
< 2. Ees troupes du célèl>re Gansalve , l’un des plüÿ ^ands généraux que l’Espagne ait produits , mécontentés des' fatigues de la guerre , se présentèrent à lui en ordre de bataille pour exiger leur solde. Un des plus hardis poussa les choses jnsqirè lui présenter la pointe de sa hallebarde. Le général , sans s’étonner , Saisit le brasdusoldat; et^ elTectant un «rr-gai etriant, cowùne si ce n’eût été qu’un jeu : « Prends-garde , camaradêylhi' ^4k-il, qu'en voiilanl badiheraVeccetfearine,t« iletrtêi lusses. >> Un capitaine d'iine compagnie de ceilt hommes d^armes j porta. l’outrage plus loin.’ 11 os» dire à Gonsalve, qui témoignoit son chagrimPétre hors d'étatde proeürer les choses dont on àvoh besoin : «
« si tu manques d’argent, livre ta' fille ; tu aoras dé « quoi nous payer. » Comme oes odietnes^s^téÿfbi' rent prononcées parmi les clameurs de 'feP^’aé^HloW/^ Gonsalve feignit de ne les avoir paS entendüeS ; mais ’ la nuit suivante ^ il fit mettre à mort le misérable qui les avoh dites , et le fit attachera uné fenêtre bû toîlte l’armée le vil aveè terreur exposé le lendemain. Amès^ s’etÿ-e rendu maître de Naplés , et l’avoii* KVfée^ p^b^ y. quelque» J soldats vinrent se plaindre, avec^ cnis.»édltieuxr, ; de n’avoir pasr en ass<ez’de part au' faut iê]mèr vo mauvaiée ftA'Etihe , leur 6»«raii*Ç',*: auèa daois-mon dog» : je VOUS àb^-^ e donne tout ce que vous y trouve»^ » u cp
^■S.lèatzèa , Bulgare , allié à ila Ifaifaille royale > volta efa ioi7.Comme cette rebeHiendonnditbeafnconp' d’inquiétiide à V empereur Basilèiilhtpknamèîej qüe cè ^ prince avoit fait gouverneur 4PA<3re; le rassuré, et lut' promit de lui livrer le chef des |^dftiéài et Voici dè’ quellemanicre il tintparole. Ilsavôitqn’i4«/iàè9c^él*bilr avec une solennité particulière la fête de l’Assomption^ de la sainteVierge , et que , ce jonï-là, il receVoit sür une* montagne ou il s’étoit fortifié , tons ceux qui vouloient* prendre parta sa déyoüon. Daphnomèle s’y rendit, de
TRAN'QUJLLTTÉ. 287
même que beaucoup d’aulrcs. Les senlinelles mises en faction par Jl/atzès, Payant reconnu, voulurent l’arrêter. Mais il leur déclara, sans donner le moindre signe de fray eur, qu’il n'étoit venu que pour s’édifier de lapiété et de la magnificence de leur clief./Z»a/zè.v surpris de la téméritéavec laquelle il s’exposoit,et de la tranquillité qu’il affectoit , ne le soupçonna d’aucun mauvais dessein, sur-tout au milieu d’un concours si nombreux; et il eut à son tour assez de témérité pour lui donner une audience particulière dans un lieu éc»rl6. Daphnomèle profitant de l’occasion, le renversa au moment qu’il s’y attendoit le moins ; et deux hommes tju’il avoit apostés étant venus le seconder, ils lui enfoncèrent leurs habits dans la bouche avec tant de violence, que les yeux du malheureux Ibatzèshû sortirent de la tête par les efforts qu’il fit ]K)ursc défendre.Sescrisetle mouvement qu’il se donnoit , ayant bientôt rassemblé autour de lui un grand nombre do personncs,ZJ<7p/inofftè/ese réfugia avec ses deux compagnons dans la chambre la plus haute d’Iia/zè J, résolus de combattre jusqu’à la mort.Comnieles Bulgares attroupes crioient qu'il falloit leur faire souffrir les tourmens les plus cruels, Daphaomèle, toujours tranquille au nédieu de l’orage , se montra , et faisant signe de la main pour se faire écouter : «Jene suis point « étonné, dit-il , que l’action que je viens de faire vous « soulève et vous irrite contre moi : peut-être votre in- « dignalion augmentera-t-elle, si je vous dis que , loin « de vouloir du mal à Ibatzès , j’étois un de ses amis. « Mais j’ai cru devoir lui préférer l'empereur Basile , « dont il étoit devenu sujet par droit de conquête , et « par la soumission volontaire de tout le corps des Bul- « gares. Ce prince , à qui nous obéissons , m’a chargé « d’éteindre cette étincelle avant qu’elle eût formé un « incendie. Je ne vous conseille pas de tourner votre « vengeance contre lui’; il est trop fort et trop puissant « pour vous : vengez-vous, si vous le trouvez à propos, « de ceux qui ont exécuté scs ordres : nous sommes « prêts à nous défendre jusqu’auderniersoupir.»Z)ap^nomelc , par cette tranquille fermeté , appaisa en un instant la fureur des Bulgares. Les plus timides se retirèrent d’eux-inêines , les autres approuvèrent l’action
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qui les avoit tant indignés nn instant avant ; tous jurèrent une obéissance entière à Pempcreur.
4. Lorsque Louis de Bowcion, prince de Condé, chef des Prolestans, alloit livrer la bataille de Jarnac,et inarchoit aux ennemis, le chevaidncomlerfe /«BocAe/ôwcault , son beau-frère , Ini donna nn coup de pied qui lui cassa la jambe. Ce prince, sans daigner se plaindre, s’adressa aux gentilshommes qui l’accompagnoient.
« Apprenez , leur dit-il , que les chevaux fougueux « nuisent plus qu’ils ne servent dans une armée. » Ln moment après il s’écria : Noblesse française! apprenez que a Condé , avec nu bras en écharpe et une jambe « cassée , a encore assez de courage pour donner ba- « taille. » 11 la donna , fut vaincu , fait prisonnier, et assassiné par un fanatique et un traître.
• 5. L’émulation dégénérée en jalousie, avoit brouillé le Tintoret e\.\n 7 »/en, deux peintres fameux d’Italie. \JArétin, le plus redoutable satirique de son siècle, et dont la verve cynique n’épargnoit ni les rois , ni les saints , ni Dieu même , étant intime du dernier de ces artistes , prit parti dans la querelle , et lâcha quelques vers très-piqnans contre le rival du Titien. Le Tinto~ ret , sensible à cet outrage , résolut de se venger, mais avec ce phlegme qui le caractérisoit. Le rencontrant un jour près de chez lui , il le pria d’entrer , sons prétexte de faii’C son portrait. A peine le satirique fut-il assis , que le peintre vint à lui d’un air tranquille , le pistolet à la main : « Eh ! Jacques , que voulez-vous «faire, s’écria VArétin saisi de crainte.^ — Prendre « votre mesure , s’écria gravement le Tintoret ; » et, après l’avoir mesuré , il ajouta du même ton : « Vous « avez quatre de mes pistolets et demi de haut , » et le renvoya. \JArétin garda le silence.
6. Un jour que François de Lorraine, duc Je Guise y visitoit son camp, le baron dehunebourg, un des principaux chefs des Reilres, trouva mauvais qu’il von lùtexaminer sa troupe , et s’emporta jusqu’à lui présenter le bout de son pistolet. Le duc Je Guise tira froidement son épée, éloigna le pistolet et le lit tomber. Montpé- ^ lieutenant des gardes decc prince,choqué de l'insolence
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TRANQUILLITÉ. sBf)
lence de roHicier allemand , ailoit lui ôler la vie, lorsque Guise lui crie : « Arrêtez , Montpézat ; vous ne « savez pas mieux tuer un homme q<ie moi ; et , se tournant vers Ven\\>or[.v lMtiebourg: « Je te pardonne,
« lui dit-il , l’injure que tu m’as faite : il n’a tenu qu’à « moi de m’eu venger. Mais , ])Our eelle que tu as « faite au i-oi , ^nt je représente ici la personne ,
« e’est à lui d’en Rire la justice qu’il lui plaira. » Aussitôt il l’envoya en prison , et acheva de visiter le camp, sans que les Reitres osassent imirmurcr, quoiqu'ils fussent naturellement séditieux.