LecounétahledeLejrr/4^//ièrcjétantoncorecherdu
Earti calviniste , donnoil de l’omlirage aux catholiques.
l’un d’eux , plus fanatique que pénétre des siihlimes maximes de la «‘harité , vint à l»out de corrompre le domestique de confiance de ce capitaine, et le détermina à assassiner son maître. Viatel (c’éloit le nom du periide ) en trouva plusieurs fois l’occasion, sans oser la saisir. Lesdiguières averti du complot, manda son domestique , et lui ordonna de s’armer. 11 s’arma à son tour : '< Puisqiie tu as promis de me tuer, dit-il ce « malheureux , essaies muiutenant de le faire , et né « perds pas,parunelàchetc,lai*éputationdevaleurque «tu as acquise. » Viatel confondu de tant de magnanimité , se jette aux pieds deson maître, qui lui pardonné et continue de s’en servir. On le blâma de cette conduite ; on s’efl’orca de lui inspirer des alarmes : «Non, « non , ivpondit-il ; je suis tranquille : rien ne peut « m’intimider au sujet de P/a/e/. Puisque ce valet a « été retenu par l’horreur du crime , il le sera plus « encore par la grandeur du bienfait. »
8.0/gm//,l’undes assassinsde Galéa^-Sforce, duc de Milan , ayant été arrête, fut condamné périr dans les derniers supplices. 11 brava ses juges ; et , riant de leur sentence, il monta sur l’échafaud avec l’intrépidité etie calme d’un républicain qui vient de tuer un tyran,et tpii
meurt pourlalibertépublique.S’apercevantquelel)our-
reaudétournoitlatête en le tourmentant: «Prends cou- « rage , mon ami , lui dit-il d’un ton tranquille , et çe « crains point de me regarder : les peines que tu crois Tome ni. T
« me faire souffrir , font toute ma consolation , quand « ie me souviens que , si je les cnd»ire , c est pour « avoir tué le tyran, et rendu la liberté a ma patrie. » q. Le chancelier MorttJ, ayant refusé de reconnoilre Henri VIII, rm d’ Angleterre, pourchef de TEglise, fut dépouillé de sa dignité, et jeté dans une prison. On lui enleva ses livres, son unique consolation, au milieu des horreurs qui l’environnoienf, mais oiAe put lui enlever la tranquillité d'ame qui le soutenoit dans ses disgrâces. Ses amis tâchèrent de le gagner , en lui représentant au’il ne devoit point être d’une autre opinion que le erand-conseild’ Angleterre. «J’aipourmoi toutel Lglise,
« répondit-il, qui est le grand-conseil deschretiens. » Sa femme le conjurant d’obéir au roi , et conserver sa vie pour la consolation de ses enfans : « Combien d an- « nées, lui dit-il, pense-tu que je puisse encore vivre ?
^ Plus de vingt ans, répondit-elle. — Ah . ma femme ,
« répliqua Morus , veux-tu donc que je change 1 éter- « nité avec vingt ans ? » Ayant été condamne a périr du dernier supplice , on vint lui dire que le roi ayoït modéré l’arrêt de mort rendu contre lui , a la peine d’être seulement décapité. «Je prie Dieu , repondit- « il, de préserver tous mes amis d’une setnbl^le cle- « mence ! » H reçut la mort avec la tranquillité d un chrétien , et le sang froid d’un philosophe.
xo S. Laurent, diacre de l’Eglise romaine, sous le pape .Sixte II, administroit, en cette qualité , les biens del’Eelise.L’empereur Valérien ayantallume le feu de la persécution par un édit cruel. Sixte fut mis en croix; et, du haut de son gibet, il promit à Laurent, impatient de le suivre , qu’il recevroit , dans i^ois jours , la couronne dumartvre.On l’arrêta bientôt apres; etle préfet de Rome lui demanda, au nom de l’empereur, les Uesors qui lui avoient été confiés. Laurent ayant obtenu tmdâai de trois jours, pendant lequel il assembla tous les pauvres chrétiens,il les présenta au prefet : «VoilA, « lui dit-il , tous les trésors de l’Eglise. » Ce barbare , .. outré de dépit , le fit étendre sur un gril ardent, après l’avoir fait déchirer à coups de fouet. Le héros chrétien , tranquille au milieu des flammes , dit a son tyran : « J’ai été assez long-temps sur ce côté , faiLes-mox
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TRANQUILLITE. 2f)l
« relourner sur raulrc. » Le préfet, d’autant pins furieux que Laurent ctoit plus intrépide, le fit retourner. « Manj^e* hardunent, » dit le généreux martvr à cet homme de sang , i et voyez si la chair des chré- « tiens est meilleure rôtie que crue. » Il pria ensuite pour ses persécuteurs , pour ses bourreaux , pour la ville de Rome, et expira le 2 d’Août 258. Sa mort fit beaucoup de chrétiens. Un grand nombre de païens, touchés de sa constance , s’empressa d’embrasser la religion qui la lui avoit inspirée.
11, Charles y, roi de France, qui mérita par sa conduite le glorieux suniom de Sage , étant à l’extrémité , et voyant autour de son lit ses frères , ses médecins ef. sescourtisans fondant en larmes, les consola lui-même par ces dernières paroles : « Mes bons et loyaux amis, « rejouissez-vous; car, en briève heîire, je serai hors « de vos mains : allez-vous-en ; priez pour moi , et « me laissez , afin que mon travail soit fini en paix. »
12, Les médecins ayant décidé qu’il ne restoil plus que deux heures de vie au chancelier Brulart de Sillery, et pas un d’eux n’osant lui annoncer celte triste nouvelle , un vieux valet-de-chambrc , qui avoit entendu leur consultation, se chargea de cette commission délicate. 11 s’approche du moribond : Monsieur, « lui dit-il , votre procès vient d’être jugé; préparez- <i vous à la mort : vous n’avez plus que quelques « quarts d’heure à vivre. — Mon ami , répondit tran- « quilleinent le chancelier, employons-les donc bien.»
1 3, Le maréchal de Tavannes vit aussi, sans êti’eéniu, la mort s’approcher avec toiitcsses horreurs. Quelqu’un le trouvant fort pensif, lui demanda s’il ne désireroit pas de revenirensanté?« Non, répondit-il ; j’ai eu beau- « coup de peine à faire les deux tiers du chemin ; il « faudroit recommencer si je guérissois : il est temps « de me reposer; je ne suis plus propre la fatigue. »
i4- Après une assez longue alternative de rechutes et d’intervalles d’une très-foible santé , M. Carré , célèbre académicien, tomba enfin dans un état où il fut le premier h prononcer son arrêt. Jamais on ne vit avec plus de calme les approches de la moil. 11 dit à un
2qi tranquillité.
prclre qui, selon la pratique ordinaire , cherchoit des détours pour le préparer à descendre au tombeau : « Il « V a lonu-lemps, mon père, que la phdosopliie et la re- <i 'liLÛon m’ont appris a mourir. » H eut toute la fermete
que toutes deux ensemble peuvent donner : d comptoit
tranquillement combien il lui restoit encore de jours a vivre; et enfin au devuier jour , combien d heures.
i5 Le comte Je Guébriant, maréchal de b rance, laisoit lé siéqe dellotwil, petite ville deSouabe.il est ble^s.sé mortellement ; et, tandis qu’on le portoitde latranehee dans sa tente , il dit aux soldats alarmes : « Rassurez-
« vous, camarades, ma blessure est peu de chose; mais
« j’appréhende qu’elle ne m’empêche de me trouver a « l’assaut que vous aller livrer. Je ne doute pas que « vous ne lassiez vaillamment comme je vous ai toujours « vu faire; je me Ferai rendre compte de ceux qui se sc- «ront distingués, et je reconnoîtrai les services qu’ils « auront rendus à la patrie dans une occasion si linl- « lante. » Son capitaine des gardes, homme naturellement vif , se donnoit des mouvernens extraordinaires pour trouver im chirurgien. tïwdAr/ani l’appelle, et lui dit avec une tranquillité héroïque : «Allez plus douce- « ment, Gauville; il ne faut jamais effravor le soldat. » Les assiégés, ne voulant pas s’exposer à être emportes de vive force, prirent le parti de se rendre. Ce héros eii mourant se fit porter dans la place, et y expira tranquillement au milieu des soins qu il se donnoit poui son salut et pour la conservation de sa conquête. ^ i6. Ln peu avant que madame ladaujihine expirât, M. l’évêque de Meaux dit au roi Louis Xlf^, qui éloit dans sa chambre : « U faudroil que votre majesté se reti- « rât. — Non, non, reprit le monarque, il est bon que je « voie comment meurent mes pareils.» Aussi ce giaud prince sut-il profiter de ce spectacle si effrayant pour uncreur pusillanime, llvitapprocher la moi tsansepi-ou- ,vcr le moindre trouble. « J’avois cru, <lit-il à niadame de « Maintenonàdn&ce moment terrible; j avois cru qu il « étoitplus didicile de moiu ir. » Au milieu des sanglots de ses amâens et fidèles serviteurs, il conserva celte screnité qu’on lui av oit vue aux jours de ses pi uspentes
sur son trône : il ne jeta pas inême un reil de rej^ret sur la vie. « Pourquoi pleurez-vous ? » dit-il à l’un de ses courtisans , que les larmes abondantes, d’une douleur moins circonspecte lui firent remarquer ; « aviez- «vons cru que les rois ctoient immortels.^ » II donna tranquillement ses ordres.sur beaucoup de choses , et même sur sa pompe funèbre: imitateur deLoi/wA'7/7, qui dans sa dernière maladie , avoit mis en musique le De profundis qu’on devoit chanter à scs. funérailles.
17. Le célèbre maréciial de Saxe vit approcher le dernier moment de sa brillante carrière avec ce phlef^me, cette tranquillité , cette présence d’esprit
3 ni le caractérisoienl au inilieai des combats , et qui éceloient la fern)0tc de sa grande amc. Apercev.ant ' M. de Sénac , médecin du roi , (jui venoit le visiter souvent de la part du monarque , pour sauver , s’il éloit possible, des jours si précieux la France, il jeta sur lui un regard U anquille Qt tendre tout ensemble, et lui dit : « Mon ami ! me voilà donc à la fin d’uu Kbeau rêve; tel est lee^mrs des g^deiu-s humaines: «ce ne sontquc de beauxsonges.» A’oj'ezSA^cFRom.
..ü» solitaire étant, allé trouver l’abbé, Silvain qui demeuroit sur. la montagne de Sinaï, et voyant les frênes qui travailloient : « Quoi , leur dit-il, vous travaillé lez ainsi, pour, une nourriture ]>érissable Marie n’a- « telle- pas choisi la meilleure part.^» Le saint vieillard, ayant appris, le propos du solitaire, dit à Zacharie , sfin disciple : «.l)onnez uq livre au. frère pour l'entre- «. tenir, ehmenez-le dans une cellule, ou il n’y ait rien « à manger. » L’heure du repas étant venue , le voyageur s’allendoit à y être invité ; mais personne ne se montra: enfin, pressé par le Ircsoin, il quitte la cellule,
Ot vient trouver iSi/ca/n. «Mon père, les frqres n’ont- « ils pas mangé aujourd’hui ? — l^ardonnez.-moi, — Et « d’où vient donc ne m’avez,-vous point fait appeler? —
« Parce que vous êtes un homme tout spirituel, numi
ag4 TRAVAIL.'
« de la meilleure part; et passant les journées entières « à lire, vous n’avez pas besoin de cette nourriture pé- « rissable ; au lieu que nous , qui sommes charnels et « grossiers, nous ne pouvons pas nous passer de man- « ger ; et c’est ce qui nous oblige de travailler. » A ces mots, le solitaire reconnut son imprudence; il en eut du regret, et en demanda pardon à l'abbé, qui lui dit: « Je suis bien aise, mon frère , que vous sachiez que « Marie ne sauroit se passer de Marthe , et qu’ainsi « Marthe a part aux louanges qu’on donne à AÎar/e. »
2. J ean-le-Nain, ^\c\w solitaire de Scétë,ditiiniour àson frère aîné : «Je voudrois bien être comme les anges « qui n’ont point d’inqpiiétude , qui ne sont point obli- « gés de travailler, et qui n’ont d’autre occupation que « celle de louer l’Eternel. » En même temps, il quitta son habit , et s’en alla dans le désert. Après y avoirpassé une semaine , il vint retrouver son frère, qui , l’entendant happer à la jmrte, lui dit : « Qui êtes-vous? — Je « suis Jean votre li^re. — Jean n’est plus maintenant « avec les homme* il est devenu un ange ; » et il le laissa fra ^cr toute la nuitsans vouloir lui ouvrir.Quand le jour fut venu , il lui ouvrit sa porte, et lui dit : « Si <( vous êtes un ange, vous n’avez pas besoin de maper- « mission pour entrer dans ma cellule; mais si vous « n ’ê tes qu’un homme, ne devez-vous pas travaillerpour « gagner votre vie ? Alors, reconnoissant sa faute, il se jeta aux pieds de son frère, et lui dit : «Pardonnez-moi, « je me suis abusé.» Depuis ce temps-là, il ne s’occupa plusquedutravaileldelapratiquedesditférentes vertus qui convenûientà unsolitaire. Onluidemandoitceque ü’étoit qu’un moine? « C’est un homme de travail, ou « plutôt le travail même , répondit-il , puisqu’il doit « s’exercer à toutes sortes de peines et de travaux. »
3. Quelques solitaires vinrent visiter l’abbé Lucius. « A quels ouvrages des mains vous occupez-vous, mes « frères ? leur demanda ce saint homme. — Nous ne tra- « yaillons point ; mais nous prions sans cesse, suivant le « précepte de l’apôtre. — Mangez-vous? — Oui, sans « doute. — Etquiprie alors pour vous ?» A cette question,ils ne surent querépondre. «Ne dormez- vous point?
T H A V A I 1,.' igS
«continua-t-il.— Oui, nous dormons.— Et quand vous « dormez , qui prie pour vous?» Autre demande aussi embarrassante que fa première. «Pardonnez-moi, mes frères , si je vous avertis que vous ne faites pas ce que vous dites. Je veux vous faire voir comment , en travaillant des mains , je prie sans cesse. Demeurant assis depuis le matin jusqu a une certaine heure, je trempe dans Peau quelques feuilles de palmier dont je fais des cordes ; et, durant ce temps, je prie , en disant: Le travail est la pénitence que vous avez imposée àV homme , 6 mon Dieu ! Faites que je la remplisse avec zèle. Ayez pitié de moi, Seigneur , selon l’étendue de votre miséricorde , et daignez effacer tous mes péchés , selon la grandeur et la multitude de vos bontés. Quand mon ti’avail est fini , je le vends : j’emploie une pelile partie de ce qu’il me produit pour me nourrir , et je domie le reste aux pauvres , qui , par ce nioy^n , lorsque je mance ou que je bois, demandent à Dieu pour moi, qu’il lui plaise de me pardonner mes péchés ; et , suppléant ainsi à ce qui manque à ma prière , ils la rendent continuelle. »
4-lje fameux Caton l’ancien avoitpour le travail et pour la vie rustique un amour sineulier; et toujours il s’y exerçoit avec l’application la plus {^ande. L’exemple d’un ancien Romain , dont la métairie étoit voisine de la sienne , lui servoil infiniment. (C’étoit Curius Dentatus , qui , trois fois, avoil reçu les honneurs du triomphe.) Caton alloit souvent s’y promener ; et, considérant la petitesse de cette terre , la pauvreté et la simplicité de la maison , il se sentoit pénétré d’admiration pour cet illustre personnage , qui , étant devenu le plus grand des Romains , ayant vaincu les nations 1 es plus belliqueuses , et chassé de l’Italie, cultivoit lui-même ce petit coin de terre , et , après tant de triomphes , habitoit encore une si chétive cabane- « C’est-là , disoit-il en lui-même ; c’est dans ce même lieu que les ambassadeurs des Samnites venoient le supplier d’accepter leur or , et que ce grand homme rcfusoit leurs présens , avec cette noblesse et cette grandeur d’ame qui ne se ü’ouvent que dans des cœurs héroïques. » Plein de ces pensées, Caton s’en retour-
iioit chez lui ; et faisant de nouveau la revue de sa maison , de scs champs , de ses esclaves et de loule sa dépense , il augiueuloil sou ardeur pour le travail , et rctranchoit toute vaine superfluité. Quoique jeiino encore ,il faisoit lui-même l’adiniration de lousceuxqiii , leconnoissoieut./'^a/cVû/.y Flaccus,V\\n de.s plus nobles ' et des plus puissans deRome ,avoit des terres conl iguës a la petite métairie de Caton. \ , il enlenduit souvent parler ses esclaves , de la manière de vivre de son voisin, et dn travail qu’il faisoit aux champs. On lui racontoit que , dès le malin , il alloit aux petites villes des environs plaider eldefendre les causes de ceux quis’adres-: soient à lui ; que de là il revenoit dans son champ , où )ctant une mécliantc tunique sur ses épaules, si c etoilen liiver , et presque nu, si c’etoiten été, il Iravailloit avec ses domestiques ; et, après le travail, a.ssisaveceuxà table , il mangeoit du même pain etbuvoit du même vin.
5. Continuellement livré an travail, mangeoit peu , et dormoit encore moins. On rapporte qu’ajin de ne pas succomber à l’accablèment du somineil’, il étendoithors du lit une main dans laquelle il tenoit une boule d’airain, pour que le bruit qu’elle feroit en tombant dans un bassin du même métal , le réveillât.
^ 6. Jamais peut-être on ne se livra au trav.ail avec plus d ardeur que M. de Tschirnhaus , fameux mathématicien de l’académie des sciences. Tout étoit réglé chez lui ; tout tendoit vers cette passion , si capable de faire de grands liommcs. En été , il faisoit ses expériences 5 et il les mettoit eu ordre , ou en tiroit ses conséquences , ou enfin faisoit ses grandes recherches de théorie, pendant l’hiver , qu’il trouvoit plus propre à la méditation. Sur la fin de l’automne , il donnoit quelques soins parlicvdiers à sa santé , et faisoit une espèce de levue de ses forces corporelles , pour entrer d;ms celle saison destinée aux grands travaux de l’esprit. 11 relisoit les compositions de l’iiiver précédent , s’en rappeloit les idées , se faisoit renaître l’envie de les continuer ; et alors il commençoit à se retrancher le repas du soir , et à diminuer même uu peu du dîner de jour en jour. Au lieu de souper , ou il lisoil sur les matières qu’il avoil dessein de traiter.
OU il s’en entretenoit avec quelque ami savant. II se com-hoil à neiff heures , çt se faisoil éveiller à deux heures apres minuit : il se tenoit exactement , pendant quelque temps , dans la même situation où le révei.1 l’a voit trouvé J ee (jui l’empêehoit d’ouhlier le songe qu’il faisoit en rc moment ; et si, eomme il pouvoit assex naturellement arriver , ce songe rouloil sur la matière dont il étoit rempli , il en avoit plus de facilité à la continuer. 11 fravailloil dans le silence et le repos de la nuit : il se rendormoit à six heures ; mais seulement jusqu’à sept , et reprenoit son travail. Il a dit qu'il n’a jamais fait de plus grands progrès dans les sciences , qu’il n’a jamais senti son allure plus vigoureuse et plus rapide , que quand il a observé toutes CCS pratiques avec le plus de régularité. On y pourra trouver un soin excessif de se ménager tous les avantages possibles ; mais toutes les grandes passions vont, à l'égard de letir objet, jusqu'à une espèce de superstition. U lui arrivoit souvent , pendant la nuit , de voir une grande quantité d’étincelles très-brillantes , qui voltigeoient et jouoicnl en l’air. Quand il vouloit les regarder (ixément , elles disparoissoient ; mais quand il les négligeoit , non-seulement elles duroient presque autant riue son application au travail , mais elles redoubloient d’éclat et de vivacité. Ensuite il parvint à les voir eu plein jour , lorsqu'il eut acquis un certain degré de facilité dans la méditation. 11 les voyoil sur une muraille blanche, ou siu* un papier qu’il avoit placé coté de lui. Ces étincelles , visibles pour lui seul , étoient en même temps et un cfTct et une représentation des esprits de son cerveau , Yolcmment agités.
7. Si un homme fort et en état de travailler , fait le métier de mendiant en Hollande , on le saisit , on le descend dans un puits profond , et on lâche un robinet. Si le pauvre ne pompoit pas sans relâche, il seroit bientôt noyé. Pendant que ce malheureux travaille,degravcs Hollaudais fonldcs paris sur le bord du puits : l'un gage que ccl homme est lâche et paresseux, et que l’eau va l’ensevelir; l’autre souticut le contraire. Enfin, après quelques lieures, on tire le mendiant plus mort que vif, et on le renvoie avec cette utile leçon du travail.
TRISTESSE
TRISTESSE
ARUs , capitaine imprudent et sans expérience , s’élant laissé surprendre par les Germains, fut vaincu, et se donna la mort de désespoir. Ses lésons , l’élite des troupes de la république , furent taillées en pièces; lesdrapeaux et deux aigles romaines tombèrentau pouvoir du vainqueur. Lorsque la tenommée eut répandu dans Rome la nouvelle de ce désastre , la douleur y fut générale ; la tristesse régna dans tous les cœurs. Augmte en donna l’exemple : non-seulement il prit le deuil , et laissa croître sa barbe et ses cheveux ; mais entrant encore dans des espèces de vertiges , il se heurtoit la tête contre les murailles , et s’écrioit souvent :
« V arus ! téméraire Varus ! rends-moi mes légions ! » Cette affliction si légitime , puisqu’elle avoit la patrie
f)our objet , ne fut point passagère : tant qu’il vécut , e jour de la défaite de Varus fut pour lui tous les ans , un jour de tristesse et d’amertume.
2. Le philosophe Démonax ayant appris qu’un homme ne pouvoit se consolerde la mort de son fils , alla le trouver : «Mon ami, lui dit-il , je vous promets de ressusciter « votre fils, si vous pouvez me trouver seulement trois a hommes dont la maison ait toujours été exempte de « deuil. » Ce père affligé chercha vainement ; il n’en put pas même trouver un seul. «Pourquoi donc, reprit « alors le sage ; pourquoi vous tourmenter ainsi pour un « malheur qui vous est commun avec tant d’autres?* ^ 3. La reine Blanche, mère de St. Louis , mourut lorsque ce prince ^it encore dans la Terre-Sainte.
Le légat du pape , qui étoit auprès du monarque , en fut le premier instruit. Il connoissoit la tendresse du roi pour une mère si respectable : il crut devoir prendre des mesures , avant de lui annoncer ime si aflligeante nouvelle. 11 se fait accompagner de l’archevêque de Tyr , va trouver le prince , lui demande une audience partieuhère , en présence de son garde des sceaux et de son confesseur.Le saintroi connut au visagedu prélatqu’ilavoitquelque chose defàcheuxà lui aj>prendre ,et le mena dans sa chapelle. Alors le pontife lui
TRISTESSE
exposa les grandcsobligationsqu'ilavoità Dieit, 4epni* son enfance , snr-tont de lui avoir donné une si bonne mère, qui l’avoit élevé si pieusement, et qui avoit gouverné son royaume avec tant de zèle et de prudence. « Hélas! sire, ajouta-t-il avec des sanglots et des larmes, « elle n’estplus,cetteillustre reine: lainort vient devons « l’enlever!» On ne peut exprimer le sentiment de Iristessedontleccenrdece tendre fils fiitpénétré. Le premier mouvement de sa douleur lui fit jeter un grand cri, et verser un torrent de larmes ; mais revenu à lui dans le même instant , il se jette è genoux devant l’autel , et dit, en joignantles mains: «Omon Dieu! je vous rends grâces « de m’avoirconservé jusqu'ici une mèresidignede toute «mon affection. C’étoitun présent de votre miséricorde: «vousle reprenez comme votre bien; je n’ai point à m’en «plaindre, llestvraique je l’aimois tendrement; mais, « puisqu’il vous plaît de me l’ôter , que votre saint nom «soit béni dans tous les siècles ! » Le légat fit ensuite la prière pour l’ame de la princesse ; et le monarque ayant témoigné qu’il vouloit être seul , les deux prélats se re*tirèrent et le laissèrent avec son confesseur. I3ès qu’i 1 se vit sans autre témoin que le dépositaire de ses plus secrètes pensées, il se prosterna de nouveau devantle crucifix, et demeura comme abîmé dans une profonde méditation. Puis, se levant tout-à-coup avec un visage plus serein, il passe dans son oratoire, toujours accompagné de son directeur, et récite avec lui tout l’office des morts, mais avec une telle attention , qiie le bon prêtre ne pouvoit assez admirerque, dans une alïliction si récente et si vive, il ne lui fût échappé aiicune méprise , tant la pensée de Dieu suspendoiten lui tout autre sentiment ! I)epuis ce moment,ilfitdirechaquejourdevantlui une messe basse pour l’ame de cette mèrebicn-aimée. Deuxjours sepassèrentsans qu’il voulûtvoirpersonne. Ce terme expiré, il fit appeler le sire de Joinville, sénéchal de Champagne, son confident, et lui dit en l’apercevant : «Ah ! sénéchal , « j’ai perdu ma mère ! — Sire, répondit le bon chevalier, « je n’en suis point surpris, vous savez qu’elle étoit mor- « telle ; mais ce qtii m’étonne , c’est la tristesse excessive « d’un prince qui est en si bonne réputation de sagesse.»
1.A.U combat de Minorque , en 1706, un canonnier ayant eu le bras droit emporté , dans le moment qu’il alloit foire feu , ramasse la mèche de la main gauche , se poste de nouveau à son canon, et dit, en faisant feu: «Ces « gens-Jà croyoient donc que je n’avois qu’un bras? »
2. Pendant la guerre civile de César et de Pompée, un centurion de l’arméede César, appelé Scéva, se distingua par une des plus belles défenses dont l’histoire fosse mention. Son général étoitdevantDvrrachium. Pompée étant accouru pour sauver cette ville , César l’enferma dans des^lifmes qu’il fit élever autour' de son camp. Dans un des combats qui se livrèrent autour de ceslignes, Scéva , chargé dfe garder une des portes d’un, fort, y arrêta les ennemis , quoique blessé à la tête , ayantl’épaule et la cuisse percées, et un œil crevé. Dans cet état, ilappela ■un' centurion du parti contraire], commepourse rendre : celui-ci s’étantapproché sans précaution, .Scdt'a lui passa son épée au travers du corps. Après le combat , on mour tra à César le bouclier de Scéva, percé en deux cent trente endroits. César , pour récompenser la valeur de ce brave officier , lui accorda une pension de six mille deux cents livres , et le fit monter tout d’un coup dui huitième grade entre les capitaines, du premier.
3. A la bataille de Thapsus , en Afrique , où Scipion. et Juba furent vaincus par César, un éléphant blessé et furieux se jetasur im malheureux valet d’armée ; et’, le tenant sous un pied , lui appuyant le genou sur le venti'e , l’écrasant de tout le poids de son corps , if le maltraitoit , etachevoit de le tuer à coups redoublés de sa trompe. Un soldat vétéran, indigné à la vue de cet afrfeux spectacle , courut à l’éléphant les armes à la main. Aussitôtl’animal guerrier laisse le cadavre, saisit le soldat de sa trompe dont il l’enveloppe , et l’élève en l’air tout armé. Dans un si pressant danger, le soldat rappelle tout son courage , et se met à frapper sur la trompe de l’éléphanU avec l’épée qu’U ayoit à la main.
V A L E U n. 3oi
La douleur force ranimai de lâcher prise. II jelle son ennemi par terre, et court avec de grands ciis rejoindre la troupe des anlrtîs éléphans. Depuis ce lciii|>s-là , la cinquième légion , dont étoil ve soldat valeureux , porta un éléphant dans ses enseignes.
4. Les catholiques , commandés par le duc d’Anjou , assiégeoient la Rochelle , en i573. 11 y avoit près tle la contrescarpe un moulin nommé la Braude -, dontAW» /rmnd, capitaine, avoilobtenu la propriété,. sous condition qu"il le feroitgaixIcr.il songea d’abord à le fortifier; mais, voyant qu’il ne pai^viendroit pas à le nieltreen état de défense, il se contenta d’y tenir duranlle jour, quelques soldats qui se retirantle soir , n’y laissoientqu'iine sentinelle.,S^ro2a,undesgénérauxcatholiques,quicrut pouvoir tirer avantage de ce moulin, profita d’un clair deluneponrl’attaqueravec un détachemenl etdeuxcouleuxTines.DnsoldalnomméBarZ»o/,unique défenseurde ce mauvais poste, y tintferine.il tiroit avec une incroyable célérité plusieurs coups d’arquebu.se sur les assaillans; et, en variant lesinflexioisde sa voix , il faisoit croire qu’il avoit un assez grand nombre de camarades. Le capitaineiYor//ifl«<ZI’encoiu'ageoitduhautd’uncavalier} et, lui parlant comme s'il avoit une compagnie entière dans le moulin, il crioit qu’on soutînt bravement l’altaque; qu’on alloit envoyer durenlort.BacAof, se voyant sur le point d’être forcé, demande quartier pour lui et pour les siens: on le lui accoixle. Aussitôt il nietles armes bas , et montre toute la garnison dans sa personne.
5. Pendantque le voiJean languissoit à Londres dans une triste prison , ses sujets opposoient aux efforts des Anglais un courage invincible. Jamais on ne vit en France tant d’héroïsme que dans ce siècle malheureux. On admira , dans de simples paysans , des exemples de valeur , des actions de courage, qu’on trouve à peine dans la vie des plus célèbres capitaines. Environ deux cents villageois s’étoient renfermés dans Longueil , bourg situé vis-à-vis S. Corneille de Compiègne, déterminés à le défendre jusqu’à la dernière extrémité. Ils avoienl élu pour général un d’entre eux , appelé GuillauHie Laluuette. Lue compagnie anglaise , qui occupoit le château de Creil , croyant défaire sans pei-
3o2 valeur.
ne cette poignée de rustres, vint les attaquer. Les ennemis entrèrent , en effet , sans presque trouver d'autre obstacle que le chef avec quelques-uns des plus résolus. Dès le commencement du combat, Guillaume l/û//o«e«etombcmort,percé decoups.il avoit avec lui un valetde ferme , appelé le Grand-Ferré. ihe généreux domestique , ému par la vue de son maître expirant , s'attendrit, verse des larmes et devient unautre homme. 11 ranime ses camarades ;se met à leur têtejsaisit une hache ; tombe sur les Anglais , en tuedixdès lepreniier choc ; met le reste en fuite , les chasse hors du bourg; les poursuit ; ouvre leurs rangs ; arrache leur drapeau , et les dissipe entièrement. Non content de ces premiers exploits , il dit à l'un des siens , d’aller jeter le drapeau des ennemis dans le fossé. Celui-ci refuse , pareequ'uu gros d Anglais coupoit le passage qui pouvoit seul y conduire. VidGrand-Ferré se fait suivre par sonhomme, attaque seul les ennemis, les renveree , s'ouvre le chemin,jette le diapeau dans le fossé, revient au combat , et ne cesse de frapper qu'après avoir tué quarante ennemis de sa propre main et mis leresteenfuite.Quelques jours après, il remporta un semblable triomphe ; mais, ayant bu de l'eau froide après sa victoire, ce Samson. moderne tomba dangereusement malade , et fut obligé de retourner à son village , nommé Rochecourt, voisin de Longueil. Los Anglais en furent instruits. Douze d'entre eux entreprennent de le surprendre dans sou lit. La femme du malade les aperçoit, et court apprendre à son mari le danger qui le menace. A cette nouvelle , le guerrier saute de son lit , s'arme de sa hache , vole dans sa cour , fond sur l'ennemi , malgré leur nombre et sa foiblessejen immole cinq, et fait disparoîlre h's autres. Cette dernière victoire redoubla son mal. 11 se mit au lit , demanda les sacremens , et mourut en chrétien , après avoir combattu en héros.
6. A la célèbre bataille de Salamine, personne , du côlédesPerses,nes'acquil plus de gloire quelafameusê Arlémise , reine d’Halycarnasse.Elle se signala pardes efforts incroyablesdehardiesscjensorte que Aericèj, la voyant ainsi combattre, s’écria que dans cette journée les hommes avoieut paru des femiues,et que les femmes
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avoientmonlré unoouragede héros. Les Athéniens indi-
gnésdecequ’unefeinnic avoilosa venir porter les armes contre eux,avoientpromisdix mille drachmes de récompenseà quiconque la pourroit prendre en vie; mais l’adroite guerrière échappa à leur vive poursuite. Un vaisseau athénien la serroit de près : il paroissoit qu’elle ne pouvoit plus éviter de se rendre; en ce momcnl, elle arbore le pavillon grec, et attaque un vaisseau des Perses,monté ^3iV Damasithy mus, roi de Cal ynde, avec qui elle avoit eu une querelle, et le coule à fond; ce qui lit croire à ceux qui la pressoient que son vaisseau étoildu parti des Grecs ; et ils ne songèi ent plus à l’attaquer. Au reste, si cette princesse eût été prise, ellen’auroit mérité que d’être comblée de louanges et d'honneurs.