‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 94 sur 169 · Tome ni. Y · texte numérisé non relu

Tome ni. Y

5o6 VALEUR.

rcdontal)le, quand elle combat pour la défense de ses fovers et pour le salut de son souverain. Les bourj^eois, animés d’un zMe héroïque, abaudonnentleursl;mbour"s etse renferment dans la cité, opposant aux roups de l’ennemi le rempart de leurs corps. Les fdles, les femmes, transportées d’une émulation magnanime , disputent à leurs pères, à leurs époux, la gloire de sauver la patrie. Souslesauspicesd’unebéroïneappeléeJea«nei/acAe//è, elles volent sur les endroits de la muraille , qiii étoient dépourvusde défenseurs ; elles renversent les échelles ; ellesprécipitentles audacieuxqui déjàs’emparoientdes fortifications. Jeanne Fouquet, l’une de ces amazones françaises, arrache un étendard des mains de l’ennemi, et le porte en triomphe par les rues de la ville, à la tête de scs braves compagnes. On les comble d’éloges, on exalte leur intrépidité; et le coi.irage des citoyens s’enflamme de plus enplus,à la vue de ces guerrières formidaJjlcs.En vain les Boqiguignons multiplient leurs assauts; en vain leur artillerie foudroiejour et nuitlaplace: leurs efforts réitérés ne servent qu’à déceler leur foiblesse. Charles avoit beaucoup d’hommes dans son armée ; mais les gtierriers étoient dans Beauvais. 11 fut obligé d’en lever le siège , aprè» avoir perdu la moitié de ses ü’oupes. La résistance des citoyens de Beauvais sauva Paris, et peut-être tout le royaume , dont une grande partie du moins eût subi le sort de la capitale. Louis jïJrécompensa dignement leur bravoure, en leur exemptant de toute qspèce d’impôts,en leur laissant une entière liberfé dans l’élection de leurs officiers municipaux , et en leur accordant tous les privilèges de la noblesse. Comme les femmes s’étoient signalées autant que les hommes dans ce siège mémorable, il les distingua de même par ses bienfaits. U ordonna que, dans une fête qui se célébreroittous les ans en l’honneur de sainte Angadresme , dont on avoit porté les reliques sxir les remparts , les femmes, soit à la procession, soit à l’offrande , auroient le pas sur les hommes , et même sur le corps-de-ville. Enfin, pour prouver encore mieux sa satisfaction , le monarque écrivit à Duplessis-Bouné , intendant-général des financés, cette lettre fla’lleiise; '< M. Duplessis, mon ami, je vous écris que j’ai fait vœ,^

« dè ne manger point de chair jusqu’à ce que le vœu « que j’aifaitd’envoyerdouzecenLsécuspoiirdeux cents « marcs d’argent que j’ai ordonnes pour faire une ville « de Beauvais , en rememhrance de ce que Dieu m’a « donné cette ville , soit accompli ; et pour ce , je vous «.prie, tant que je le puis , que vous faites incontinent « délivrer par Briçonnet lesdits douze cents écus, et en « faites faire une ville, et envoyez un homme bien sûr; « mais sur-tout qu’il n’y ait point de faute ; car s’il y « avoit difficulté , mon voeu ne seroit pas accompli.» C’est ainsi que l’on fait éclore les héros.

11. Que nepeutpointla valeur,mêmedans le sexe le plus foible ? En 1378 , les Anglais, sous la conduite du capitaine Tinet , guerrier intrépide , se présentent devant Alfuro, ville de la Navarre. La place, que sa garnison avoit abandoanée,ofrroit, ce semble, uneconquête facile. Déjà les assaillans se flalloient d’un riche butin. Ils s’approchent. Quelle est leur surprise de trouver les portes fermées, et les remparts remplis d’une armée d’amazones, qui, au défaut de leurs époux, avoient pris soin de défendre leur patrie ! Leur contenance fière et courageuse intimide les ennemis ; et le général anglais , frappé ceniine d’un coup de foudre en voyant l’ordonnance guerrière de ces héroïnes , s’écrie , -en courant à toute bride : « Voilà de braves femmes ! « Retournons en arrière : nous n’avons rien fait. »

12. Au siège de Sigeth,entrepris sousles ordresde So- ' linianll , un <les officiers qui défendoient la place , certain de périr sur le rempart, prit la cruelle résolution de tuer s^ femme , de peur qu’elle ne fût déshonorée en tombant sous la puissance des vainqueurs. Cette jeune épouse, moins attachée à la vie qu’à son mari, lui fit des reproches sur la mauvaise opinion qu’il avoit de son courage, et l'assuVa qu’elle vouloit l’accompagner à la gloire ou au londieau. Elle prend un de ses habits, un cheval et des armes, et se mêle parmi les officiers. Les Turcs dressent leurs échelles, et fonCdes efforts pour se rendre maîtres des fortifications. Les assiégés les répoussent pardes prodiges des valeur; mais aucun d’eux ne montre tan t de bravoure que cette généreuse héroïne.

Sans cesse à côté de son mari , elle renversoit tout ce qui se présentoitdevantelle.L’officier,couvert de blessures , sentoit ranimer ses forces et son courage en la voyant agir pour écarter la mort qu'elle envoyoit aux infidelles. Enfin, elle est percée deflèches et javelotsqui la metlènt hors d’état de sesoulenir. Elle se traîne avec peine sur le corps de son époux déjà terrassé 5 elle se jette entre ses bras ; elle recueille ses derniers soupirs , et les rend elle-roême un moment après.

i3. Un aventurier anglais , nommé Felleton, voulant signaler sa valeur par quelque exploit remarquable , vint , pendant la nuit obscure, escalader le château de Pontorson , en liasse-Normandie. Bertrand du Guesclin, qui y commandoit , étoit absent. L’officier anglais s’étoit ménagé une intelligence secrète avec deuxehambrièresde la damef^w Guesclin, qui demeuroit dans la place avec Julienne du Gaejc/m , religieuse , sœur de son mari , et tante de Bertrand. Il s’approche : tout le monde étoit plongé dans un profond sommeil. Il donne aux perfides suivantes le signal convenu. Déjà il avoit dressé quinze échelles contre les murs de la tour, lorsque la dame du Guesclin, qui, dans le moment, revoit qu’on surprenoit le château , ou , pour mieux dire , à demi-réveillée par le bruit des ennemis qui montoient à la hâte , s’écrie qu’on attaque la place. Julienne du Guesclin , qui couchoit avec elle , se jette hors du lit; et cette intrépide religieuse , comme ressenümt la race dont elle étoit, prend la première armure qu’elle trouve , monte sur le haut de la tour , et voyant les échelles dont les Anglais n’avoient par encore gagné les derniers échelons , elle les renverse par terre , en criant alarme ! pour appeler la garnison à la défense du château. Felleton , se voyant découvert , prend le parti de la retraite ; mais malheureusement il rencontre du Guesclin qui le fait prisonnier. On apprit de lui la trahison des deuxchanrbrières ; et la rivière qui coule aux pieds de la forteresse , offrit à ces deux miséirables un tombeau digne de leur perfidie.

14. Côme de Médicis , duc deToscane, vouloitprendresurlcs Français la ville de Siennc.llfaitinvcstir cetle place parson armée;et le braveMo/if/üclacfèfenddurant

huit mois avec un courage et nue conslanre héroïques. Les citoyens, épuisés par une si longue résistance, demandent à capituler , et viennent supplier le capitaine français de signer les conditions favoialiles qu'on leur propose. « La république, dit-il, vient de conclure un « traité avantageux : je me retire , pour qu'elle en re- « cueille le fruit ; mais moi et mes compagnons , nous «prétendons ne devoir notre salut qu'à nos épées, si «l’on est assez hardi pour ll■oul)l^r notre retraite. »

15. Les Normands assiégeoienl Paris; eteesLrigands, la terreur de leur siècle, donnoient assaut sur assaut, et faisoient jouer louslcsinstrumcnsdeguenepourcmporter celte capitale. Mais le courage des citoyens éloit invincible ; et jamais la valeur ne fit tant de prodiges. L'évêqueèiawzc/f/ïconduisolllui-niéme son troupeau au combat. Le casque en tête, un carquois sur le dos, une hache à la ceinture,ce hérossacré comhattoit sur la brèche, à la %ne d'une croix qu'il avoit plantée sur le rempart. L’abbé Eboie, son neveu, secondoit sa bravoure, ctpartageoitavec lui le mérite si doux de défendre la patrie.Cet intrépide ecclesiastique voit tomber son oncle à ses côtés ; ce spectacle, qui lui fend le cœur, ranime sa vengeance.Ln nature l'avoitdoué d’une force extraordinaire.Il court à la brèche, armé d'un javelot assezseinblable à une broche : il en perce les Normands, eterie à ses compatriotes : «Portez ceux-ci à la cuisine, ils sont « tout embrochés! » Cependant les ennemis formoient une nouvelle attaque générale. Déjà leurs échelles ctoienlplantées;déjà les soldats montoient sur lesmurailles, et crioienteief ozre /Aussilôtunguerrierd’une taille médiocre , mais d’un creur de héros, appelé Gerhault, suivi seulement de cinq hommes aussi braves que lui , s’avance, tue les premiers qu’il rencontre , renverse les autres , arrache les échelles , et délivre la ville.

16. Le fameux Bélisaire étoit assiégé dans Rome par une armée nombreuse de Goths;etcegrand capitaine , pour repousser les Barbares, faisoit des sorties fréquentes, etlivroitpresquetousles jours de sanglantes batailles.Dansundeces combats, un cavalier massagèle,nommé Chorsamante,{^aTde du général romain, poursuivit, seul un corps de soixante-dix cavaliers, qu'il mit d'abord

3lO VALEUR.

en fuite. Mais les Goths s’apercevant qu’il approchoiide leur camp, se rallièreril, et vinrent sur lui. 11 tue le plus hardi, charj^e les autres , et les met une seconde fois en déroute , ne cessant de les combattre qii’après les avoir vus rentrer dans leurs retranchemens. Plus valeureux queprudent,CAorjfl//taw/erevientàRome,oii ilest reçu avec de grands acclamations. Quelque temps après,ayant été lilessé dans une rencontre, il jura de s’en venger, et tint parole. Il sortit seul , et courut vers le camp des Goths. Ceux-ci le prirent d’abord pour un transfuge. IVIais lorsqu'ils le virent tirer sur eux , vingt cavaliers sortirent pour le mettre en pièces. 11 les soutint avec une audace irjtrépide, et les fil même reculer. Maisbientôt environne de toutes parts, furieux à l’aspect du péril, et toujoursplusredoytableà mesureque croissoit le nombre desennemis, iltombapercédecoupssur un monceau d’hommes et de chevaux qu’il avoit immolés à sa valeur.

L»'bravoure de ChoTsamante'çiqnn l’émulation des capitaines barbares , alliés des Romains. Tarnat,V\m d’eux, étant resté presque seul sur le champ de bataille, bit assailli par une foule d’ennemis.Mais, armé dedeux javelots , et combattant des deux mains , il ne cessoit d’abattre à ses pieds tous ceux qui l’approchoient. Enfin,

fiercé de coups, il éloit près de tomber en défaillance , orsqu’il vit accourir son hère, chef des lsaures,qui se jeta entre lui et les ennemis , avec un corps de cavalerie. Ranimé par ce secours inespéré, il reprit assez de force pour regagner Rome en courant à toute bride , et toujours armé de ses deux javelots. Il ne survécut que deux jours à cet étonnant effort de courage.

i7.Souventil ne fautqu’un traitde valeur pourdi.ssipcr de nomlireiixbataillons, et terminer desguerres longues etsanglantes. L’empereur Constant H, et Crimoald, roi des Lombards, combatloient depuis plusieurs années, ]’un pour se maintenir dans la possession de l’Italie , l’autre pour affermir ses conquêtes. Les deux armées étoienl en présence, et altendoient le signal, pour décider celte grande querelle. Un Lomliard, nommé yfn~ celong , qiu portoit la lance du roi , ne put modérer ’ardeurqii’il avoit de combattre : il sort des rangs , s’éanec sur les Grecs, tornbe sur un caralier, et le perco

avec tant de furie, qu’il l’eiilcve de dcsstis son cheval, et le jeltant par dessus sa tête, le fait tomherinorld rrièrelui. Ce Irait siu-prenant de bravoure frappa lelleineul les guerriers de l’empereur, qu’ils prirent la fuite, et aliaiidoiinèrent une victoire complette l’ennemi.

i8. A la batailla de Ravenne,* livréq aux Espagnols le 11 d’avril i5ia, sous les ordres de Gaston de Foix, duc de Nemours , les Français et les Allemands confédérés ne pouvoient entamer l’infanterie espagnole , jiarce qu'elle présenloit un front liordé de lances , qu’il étoit impossible de rompre. Cependant la victoiré en dépendoit. Unoflicierallemand nommé homme

d’une forc<; et d’unë grandeur extraordinaires , saute au milieu des ennemis , çt prenant en travers une longue pique dont il étoit armé , la baisse avec tant de violence sur celles des Espagnols , qu’il ouvre un passage à ceux qui le suivent. Les Franeais et le Allemands pénètrent par cette brèche , tuent , écartent ^

* renversent , dissipent tout ce qui s’oppose à leur courage , et remportent une victoire complette.

rç). Chilpéric II , roi de France, Gi Charles-Martel qui vouloit le détrôner , se faisoient la guerre. Leurs armées étoient en présence. Un dessoldaLsde Charles s’offre d’attaquer seul les royalistes , et promet de les mettre en^ite. Le duc d'Austrasie y consent. Le guerrier part; et, d’un air intrépide qui sembloit présager la victoire, il marche droit aux Ncuslriens qu’il trouve sans sentinelles , sans armes , sans défiance et sans crainte. Aussitôt il met l’épée à la main , criant d'une voix terrible ; « F uyez ! voici Charles avec ses troupes !» et perce tous ceux qu’il rencontre. L’épouvante se répand dans tous les, coeurs , et Charles , témoin de la consternation , fond sur ces gens effrayés , le met eu fuite , et achève le triomphe de son soldat.

20. Ztéiri, le Cyrus des Arabes d’Afrique , et qui , comme ce conquérant, avoit commencé par commander à des enfans avant de cemmander à des hom;nes , avoit bâti une ville pour servir de boulevard .à ses Etals. ' Ses voisins ne virent point sans jalousie celle nouvellecité , et bientôt Us s.e réunirent pour la renverser. Ils.

Di; t", ( : ;,>ll

5i2 valeur.

éloienl cornmnnd<^s par Kémat-Iien-Médin , chef d’une des principales Irihus arabes. signala son conraj'e

par des prodiges , et sa rare valeur étoit secondée par celle d’un de ses fils , appelé Kétab. Comme il connoissoit l’audace intrépide de ce jeune prince, il htidéfendit de sortir de la place , et de marcher contre l’ennemi. Mais rien ne put arrêter l’ardeur de ce guerrier à peine adolescent. Il se dérobe à la vigilance paternelle, fait une sortie à la télé des plus braves de la garnison , et tombe sur Kémat qui animoit scs troupes an combat. Le coup qu’il lui porte est si violent , qu’il le terrasse , et lui trancha la tête. Les assiégans , voyant leur général expirer , poussent un cri de douleur , et prennent la fuite. Kétab , après cette prompte victoire , rentre dans la ville , et va trouver son père , lui portant dans son triomphe une excuse de sa désobéissance.

21. Après avoir conquis les Indes , Alexandre vint assiéger la capitale du pays des Oxydraques. Par son ordre , on plante les échelles contre la muraille de la place : il monte le premier à l’assaut couvert de son bouclier, et arrive sur le haut du mur. On se hâte pour le .soutenir; mais les échelles se brisent, et le monarque demeure sans secours. Alors , ne consultant que son intrépide courage , il saute dans la place , tombe heureusement sur ses pieds , et l’épée à la main , il écarte tout ce qui s’offre à ses coups , tue le chef des ennemis qui alloit le percer; puis, s’appuyant contre un gros arbre , il pare avec son bouclier tous les traits qu’on lui la7ice. Personne n’osoit l’approcher. Le feu de ses yeux , sa contenance hère et terrible , toute sa personne intimidoit les plus hardis. Enfin, un Indien décoche une longue flèclie qui lui entre bien avant , un peu au dessus du côté droit. Il en sort une si grande quantité de sang, qu’il tombe et reste évanoui. L’Indien accourt plein de joie pour le dépouiller ; mais le roi , réveillé j>ar l’attouchement de celte homme, lui plonge Son épée dans le corps , et punit l’audacieux. Aussitôt des officiers qui avoient fait mille efforts pour le secourir, arrivent, lui font un rempart de leurs corps, 'Thassenl les llarbares , et prennent la fuite.

î42, Octai’t^, ^innon\n\é'César-Au guste, ayantdétruit

y A L E tJ B. 3lS

Ions ses rivaux, résolut d'agrandir l’cnipire dontils’éloit rendu maître. I æs Japodes, peuples d 111} rie, falsoirnt , depuis trois ans, la guerre aux Romains.v/wgi/.v/e marche eonlre eux, et vient assiéger leur ville rapilale , aj> pelée Métuléiim. La place parr.issoit iniprenahlc ; la nature et l’art l'avoient fortifiée de eoneert. Les Barbares se défenWoientavec un courage plus quiiuinain. Cependant on emporte le rempart après quelques jourk d'attaque. Mais les Japodes, sanssedéconeerler, construisent en une seule nuit un nouveau mur, et forment une seconde enceinte qui contraint Octave de recommencer ses travaux. Ce prince, dont la valeur croissoil avec les obstacles, élève des terrasses, dre.sse des tours du haut desquelles on devoit jeter sur le mur des ennemis quatre ponts volans è la fois. Cette manoeuvre fut exécutée avec trop de précipitation. Trois des ponts sc ronjpirent. Pessonn«yn’osoit avancer sur le quatrième. Auguste , qui, du haut d'une tour, combinoit les évolutions de ses guerriers , remarque leur irrésolution , descend en hâte, presse, exhorte, conjure scs soldats • intimidés, mais sans succès. Enfin, pour réveiller leur courage consterné, il donne l’exemple’ : il monte luimême sur le pont, et marche contre la muraille, tenant son bouclier devant lui. On s’empresse de le suivre; la crainte disparoît, l'audace lui succède, officiers et soldats , tous veulent .accompagner le prince. En un moment, la foule devient si gmnde, que le pont succombe sous le fardeau, et sc rompt comme les trois premiers. Plusieurs furent tués ; un grand nombre furent blessés. Auguste eut la jambe droite toute froissée , et les deux bras considérablement offensés. !Né.anmoins se soutenant contre un .accident si fâcheux par sa fermeté d’anie, il reinonte»sur-le-champ au haut delà tour, se montre aux siens , ranime leur audace, et prend la ville.

23. Les Romains étant entrés dans la Persepourhuniilier cette nation rivale, formèrent le siège de Béjude, château situé sur un roc escarpé, etdéfendu parunetour av.ancée, construite depierresaussiduresque le diamant. La place paroissoitimprcnable. Onaltaque, onemporte la tour; on donne l’ass.autau corps de la citadelle , çtla valcurpresquemiraculeused’unsoldat,appeléi’a/?^/'/«j,

VALEUR. 3l5

pan inrenf enfin sur le sommet d’un roc1ipr,Ptflonnèrcnt à lenrsouverain un signalqui l’instruisit de Ifur succès. j^/exfl/7r/re aussitôt envoie un nouveau déj)utc pourproposer à Arimazc des conditions favoral)les. Arimaze les rejette avec mépris : alors l’envoyé le prend parla main, le prie de sortir ; et, lui montrant les soldats macédoniens : X Vous vovez , lui dit-il , (\v\’ Alexandre et ses X guerriersont des ailes. »^rr7n<ize,fi appéd’un<;terreur soudaine, se rend; mais son opiniâtreté lui coûta la vie : la vainqueur le fit expirer sur une croix , après l’avoir fait battre de verj^es avec toute la noblesse du pays.

25. L’empereur Charles Çi/Zn/assiégeoit Duren, ville delà dépendancedii duc dcClèves,auqnelce monarque avoit déclaré lagucn’C. 11 envoie un hérautau seigneur de Flattes qni commandoit la garni.son,pourl’enf'agerâ se rendre.OnolTroitàce capitaine des conditions avantageuses, et une fortune considérable, s'il vouloit prévenir le courroux del’empereur.ftL’empereur,répondit « fièrement ce brave guerrier, connoît donc bien peu « mon courage? Eh bien ! je vais le lui faire connoître « en répandant mon sang pour le servicedemon prince. « Qu’il m’attaque quand il voudra.» Tanfrque ce héros vécut, tous les efforts de Charles furent inutiles. Mais une mai.son s’étant écroulée tout-â-coiip, lorsque de Flattes pas.soit pour aller défendre les brèches , elle ensevelit sous ses ruines et ce grand homme et les espérancesdeDuren, où les Impériaux entrèrentaussitôt .•

26. La véritable valeur doit toujours être fondée.surla religion. Le fameux Fayard, l'homme le plusintrépide desonsièclejui dont ondisoitqu’ilavoittrois excellentes qualitéspropres.à ungrand capitaine, «assautde lévrier, « défense de sanglier, et fuite de loup , » reçoit un coup de mousquet â la journéedeRébec, qui le blesse mortellement. 11 se fait a.sseoircontre un arbre, le visage tourné vers l’ennemi, tenant lagarde de son épée faite en forme de croix, et priantDieu, en attendant la mort dont il sentoit les appiwlies. Sur le point de rendre sa grande ame, il fit cette belle prière : «Q mon Dieu ! qui avez promis un asile dans votre miséricorde aux plus grands pécheurs qui retourneroient à vous sincèrement et de tout letir poeur , je mets en vous toute ma confiance , et toute

3l6 VALEUR.

mon espérance dans vos promesses. Vous êtes mon Dieu , mon Créateur , mou Rédempteur. Je confesse vous avoir mortellement oflensé , et que mille ans de jeûne au pain et à l’eau dans le désert ne pourroient acquitter mes fautes ; mais , mon Dieu ! vous savez que j'étois résolu d’en faire pénitence, si vous m'eussiez conservé la vie : je sens toute ma foihiesse , et que, par moi-même , je n’ain-ois jamais pu mériter l’entrée en votre paradis , et que nulle créature ne peut obtenir que de votre infinie miséricorde... Mon Dieu... mon Père... oubliez mes fautes, et n’écoutez que votre clémence... (^iie votre justice se laisse fléchir par les mérites du saa}j[ de Jésus-Christ!... » La mort lui coupa la parole. Son premier cri, quand il se sentitbiessé , avoit été : « Jésus ! Ah ! mon Dieu ! je suis mort ! » et ce fut en invoquant ce nom adorable, quece héros termina sa {glorieuse carrière, le 3o d’Avril i524) « de 4^ ans.

27. Au fameux siège de Rhodes , que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem soutinrent avec tant de valeur et si pende succès, les Turcs, conduits par 5olinian.ll, ci’eusèrent sous une bastion une mine terrible. Tandis qu’ils firent jouer ce volcan, le grandmaître de l’ordre, VïLliers de V Isle-Adam , étoit dans une église voisine , où il imploroit aux pieds des autels le secours du Dieu des armées. Il jugea bien, à l’horrible fracas qu’il entendit , que l’éclat qu’avoit fait la mine seroit suivit d’im assaut. 11 se lève dans le moment où les prêtres, pour commencer l’office, entonnoient cette prière préliminaire : Deus, in adjutorium meum intende! Seigneur, venez à mon secours ! « J’accepte l’augure , » s’écrie le pieux général ; et, se tournant vers quelques chevaliers qui l’accompagnoient : « A llons,mes frères, leur ditil , changer le sacrifice de nos « louanges en celui de nos vies, et mourons, s’il le faut, « pourla défense de notre sainte loi.»Ildit;etlenouveau Machabée,\a. pique à la main, s’avance d’un air terrible. Il monte sur le bastion, joint les T urcs,écarte,renverse, tue tout ce qui ose lui résisteç.Il arrache les enseignes ennemies , et regagne impétueusement le bastion.

28. Isabelle de Bavière , femme de l’imbécUle Charles yi, princesse dénaturée, pixifitant de la stupidité do

son mari, pour favoriser une faction puissante, avoil fait déshériter le dauphin Charles yils,o\\ fils, etnoninier héritier du trône IVanraLs, Henri V,rd\ d’Anf;lelciTe , qui éçousdL Catherine de France, strur du dauphin. Une grande partie du royaume le reconnut ; et , après sa mort, Henri VI, son fils, succéda à ses prétendus droits , et les fit valoir sous la régence du ducrfe Bedfort son oncle. Cependant Charles r//s^étoitfait couronner à Poitiers l’année même delà mort de son père en i5a2, et quelques provinces lui étoient demeurées fidelles; mais son parti étoit si foible , que les Anglais, par dérision , ne l’appeloient que le roi de Bourges. Pour achever de le ruiner, ils résolurent d’assiéger Orléans , eh Quoique la ville fût défenAie par le célèbre et vaillant comte de Danois , et une foule de gentilshommes d’une bravoure éprouvée, ils avoient si peu de troupes, et les troupes ennemis étoient si nombreu.ses,

^ qu’elle so vit bientôt réduite à la dernière extrémité.

^J/lui-même,campé pour lors è Chinon,déses-

K'ra de sa fortune, et déjà ilsongeoit è se réfugierdans le mphiné, lorsqu’une jeune fille, âgée de dix-sept ans , vint ranimer son courage et sauver la France.

Née près des rives de la Meuse, .à Dom-Remy, village de Lorraine, .ses parens pauvres, mais honnêtes, lui avoient donné une éducation conforme h la médiocrité de leurfortune./e«»«e<£’.^^rc, ainsi s’appeloit cette héroïne , dès son enfance, avoit été nouirie dans l’horreur du nom anglais. Sans cesse elle prioit le Ciel de délivrer la monarchie de ces ennemis qui la tvrannisoient. Son zèle s’enflamma avec l’âge; elle eut à treize ans des extases dans lesquelles elle assura qu’elle s’étoit entretenue avec S. Michel, sainter Marguerite, sainte Catherine, qui lui avoient annoncé que Dieu l’appeloit pour chasser les Anglais, et faire couronner le dauphin à Reims. Elle possédoit toutes les vertus dont une ame simple est susceptible : innocence, piété, candeur, et une modeste assurance, qui déceloif son courage.La vie agreste avoit encorefortifiésesmenibres, naturellement robustes. Elle n’avoit que l’extérieur 1 et même les grâces naïves de son sexe, sans éprouver les infirmités qni en annoncent là foiblesse.

3t8 VALEUR.

Après plusieurs années de révélations, Jeannepresséa de plus en plus par celle voix intérieure qui Texciloità s’armer pour son roi, pour sa patrie, prit enfin la résolution de se faire présenter à Baa/irfcoMrf, gouverneur deVaucouleurs, petite villevoisine. «Capitaine messire, lui dit-elle, sachez que Dieu, depuis aucun temps ença , m’a plusieurs fois fait à savoir et commandé que j’allasse devant le gentil dauphin , qui doit être et est vrai roi de France, et qu’il me baillât des gens d’artties , et que je lèverois le siège d’Orléans , et le menerois sacrer à Reims. » Baudricourt étonné la prit

{)our une folle, etvoulutlafaireexorciserparlecuré du ieu. Mais enfin, obsédé sans cesse, il l’arma de toutes pièces , lui donnadeux gentilshommes avecleursdomestiques, et la congédia, en lui disant: «Va, etadvienne toutee qu’ilpom-ra. » Elle arriveàChinon, ets’annonce à la cour du roi. Pendant deux jours on délibère si on l’écoutera. On l’admet par curiosité. Charles , sans aucune marque de dignité , s’étoit mêlé dans la foule des courtisans , à dessein de l’éprouver. Jeanne le distingue, le désigne; en vain on lui dit qu’elle se trompe. «G’estlui, s’écrie-t-elle, c’est lui !» On admire sa noble hardiesse ; on promène sur elle des regards étonnés. Charles lui-même ne sait ce qui se passe au dedans de son cœur, à l'aspect de cette inconnue. «Gentil dauphin , lui dit l’héro'ine sans se déconcerter, j’ai nom Jeanne la PucelleJjO roi du ciel m’a envoyée pour vous secourir. S’il vous plaît me donner gens de guerre par grâce divine et force d’armes , je ferai lever le siège d'Orléans , et vous mènerai sacrer à Reims , malgré tous vos ennemis : c’est ce que le Roi du ciel m’a comn>mdé de vous dire , et que sa volonté est que les Anglais se retirent en leur pays , et vous laissent paisible en votre royaume , comme en étant le vrai , unique et légitime héritier. Que si vous en faites offre h Dieu , il vous le rendra beaucoup plus grand et florissant que vos prédécesseurs n’en ont joui , et prendra mal aux Anglais s’ils ne se retirent. » AinsiditlaPucelle.Lachaleurde ses paroi es, la na'i vêlé de son discours, ses réponses simples,maisprécises,tout oprsuada.Le roi la fait examiner par des femmes, de.«

héol ogienset son parlement. Tous, d’une voix unanime, déclarent qu’il faut seservirauplulùl de celinslriiment célcslequeleT oui- Puissant envoie àlapalrie.t7/o/7ejIui fait une armure complette, lui donne un étendard, des écuyers, des patres , un intendant, un chapelain , une suite conforme à l’étal d’un chefde guerre. La nouvelle amazone se met à la tête d’un convoi considérahle destiné poui-Orléans. Bientôt ses guerriers sont remplis de son enthousiasme. Elle part, suivie des principaux capitaines de l’armée campée à Chinon. Elle ariive, le 2q Avril 1429, à la vue de la place. JDi///o/\îvienlau devant d’elle. 11 l’inviteàsatisfairel’empressemcnlqu’avoicntles hahitans de voir leur libératrice. Elle se r*nd à ses prières : elle entre comme en triomphe; mille cris dejoie se font entendre. Dès ce moment, lesOrléanais se crurent invincibles , et le furenlen effet.Toutchangea.Les Anglais, vainqueurs jusqu’è ce jour, tremblent au seul nom àeJeanned' Arc.Ws la croient magicienne d’aussi bonne foique les Français la croient célesteinentinspirt'c. «Anglais, leur écrit l’héroïne, vous qui n’avez aucun droit à ce royaume de France, Di<eu vous ordonne, de par moi Jeanne la Vucelle , d’abandonner vos forts et de vous retirer. » On arrête les courriers; on ne répond que par des injuresè cette audacieuse sommation, jeanne’outragée, mais rçdoutée, se dispose à prouver sa mission.Le mercredi 4 de Mai, elle choisit un corps de troupes; et remplie d’u ne ai deurplus qu’humaine, elle seprécipile sur les forts ennemis , et les emporte, après un assaut de quatre heures. Elle songe ensuite à s’emparer du boulevart et du fort des tourelles, où l’élite de l’armée anglaise s’étoit cantonnée. Après avoir fait ses dis|X)sitions durant la nuit, aux premiers raj'ons du jour elle donne le signal : on la suit ;^n monte avec elle, sur les brèches ; on se bat avec ardeur: on presse, on enfonce, onculbute l’ennemi , qui se défend avec courage : on alloit triompher , lorsque Jcfl/ine, blessé à la^orge, est contrainte de SC retirer pour mettre lepremierappareilà sa blessure. Sonabsenceéteintlecouragedesassaillans.Lesoldatperd cette illusion guerrière qui le rendoit victorieux. Déià chacun vouloitsemeltreensureté,7)//raoijlui-mêmeétoit de cet a vis .T out-à-couplaP«ce//e se montre ^ elle court

au pied du fort, elle y place son étendard. Son intrépi • dite passe dans tonsjles cœurs :oa redouble d’efforts; on oublie les premières fatigues.LesAnglaisfuient,le boulevard est emporté. Le lendemain , les vaincus se rangent en bataille du côté de laBeauce.Les Français, toujours conduits, toujours animés par leur héroïne, seprésentent dans le même ordre , résolus de combattre , quoique inférieurs en nombre.Maisces ennemis, autrefois si fiers et si terribles , n’osent tenir devant eux. Ils s’éloignentprécipitarament;ils abandonnent leurs malades, leurs bîigages, leurs vivres, leur artillerie,*et près de cinq mille morts. Ainsi, contre toute espérance , la ville d’Orléai^ fut délivrée, le 8 de Mai, dix jours après l’arrivée de laPaceZ/e.La reconnoissance publique s’épuisa,enqueltjue sorte, pour témoigner àyeanne<i’.^rc avec quelle vivacité on senloit toute la grandeur de ses services. Le roi l’anoblit, avec son père, ses trois frères, et toute sa postérité ; lui donna le nom du Lys, et y ajouta des terres , afin de soutenir la gloire de ce nom. On lui érigea une statue sur le pont de la ville qu’elle venoit de sauver ; et pour éterniser la mémoire de cet heureux événement, on établit une fête, qui se célèbre encore tous les ans , et dans laquelle on prononce l’éloge de l’héroïne , qui, depuis cette époque illustre , n’est plus appelée que la Pucelle d’OrlÉavs.

Endélivrant d’Orléans, Jeanne n’avoit rempli que le premier objet de sa mission.Pour accomplir le second, elle livra de nouveauxcombats;eld’abord accompagnée duducd’Alencon,elleassiégeaJargeau. Aprèsqu’oneut emporté les faubourgs : « Avant , gentil duc, dit la Pucelle, .à l’assaut!» Au même instant Içs guerricTsla suivent. Le choc est terrible. Du haut de leurs remparts , lesennemisfontdesefforts incroyabics.Jeannelesbrave. Sa voix et ses exemples animentlesFrancais. «Ne craignez rien, dit-elle au duc;ne savez-vous pas la promesse que j’ai faite à votre épouse de vous ramener sain et sauf ? » Cependant on fait pleuvoir une grêle. de traits sur l'héroïne; l’un déchire sa bannière qu’elle arboroit au haut de sou échelle ; l’autre l’atteint à la tête, et la l'cnverse au pied de la mui'aille. 13evenucplus terrible

par

sacliute: «Or sus, amis ! amis, sus, sus, s’érrie-t-clle.

« Notre-Seigneur a condamne les Aiifjlais ; ils sont à « nous, [ion courage ! » Aux cris de la guerrière, les Français s’empressent et se précipitent. Gagner la brèche , cuUmler les ennemis dans la ville , les massacrer, les écraser, les poui’suivre l’épée dans les reins, eu immoler onze cents , forcer les autres à se rendre prisonniers , est l’action d’un instant.

Ce fut par de tels exploits queye«n«evintenfin à bout de gagner Reims, où elle fit sacrer le roi en i42f) , et assista à la cérémonie son étendard à la main. Elle continua ensuite de poursuivre les Anglais;mais ellecessa bientôt d'être heureuse. Elle fut lilessée à l’attaque de Paris, et prise au siège deConq>iègne,dans une sortie , par Ljo/ine/, bâtard de Vendôme , qui la céda au comte J eandeLuxembou g, son général. Celui-ci la vendit aux Anglais pour la somme de dix mille livres comptant, et cinq cents livres de pension annuelle.

A peine eut-on appris dans Paris cet te nouvelle inespérée, que le duc Je ordonna des réjouissances

publiques , précédées d’un TeDeum , et qu’il dépêclia des courriers à toutes les villes qui étoient soumises à son pupille , pour les inviter à partager la satisfaction que cet avantage iiispiroit au parti du roi d’Angletene.

Jeanne fut chargée de chaînes, et renfermée <bns la forteresse de Beaulieu. La dureté*de sa prison , les outrages de ses gardes , les malheurs qui menacoient sa tête , tout lui inspira d’aliord une sorte de désespoir. Ayant saisi un moment où ses surveillans cruels I ol>servoient avec une exactitude moins sévèie , elle se précipita par une des fenêtres de la tour. Sa chute fut si douloureuse , qu’elle ne put se relever. Ses gardes accoururent j elle fut serrée [)lus étroitement, et transférée peu de temps après au château de Crotoy.

Cependant frèreAior///i, vicaire-général de l'inquisition enFrauce,réclamoit la prisonnière «comme véhémentement soupçonnée de plusieurs crimes sentant hérésie ; (u imesquinc pouvoient se dissimuler ni p.asser sans bonne et convenable réparation. » L’univeisité elle-même, avant que le comte dcLigni u’eùttraitéavec 'J'ü/ne III, X

Di..

les Anglais, le supplioit de livrersa captive au tribunal du Saint-OtFicc ; et ces prières de runiversitc ètoient alors d’un grand poids. «Vous avez employé votre noble puissance', lui ccrivoit cette compagnie, à appréhender icelle femme , qui se dit laPucelle,an moyen de laquelle l’honneur de Dieu a été sans mesure offensé , la foi excessivement blessée , et l’Eglise trop fort déshonorée ; car , par son occasion , idolâtrie , erreurs , mauvaise doctrine , et aiitres maux inestimables se .sont ensuivis en ce royaume.... Mais peu de chose seroit avoir fait telle prinse, si ne s’ensuivoit ce qu’il appartient pour satisfaire l’offense par icelle femme perpétrée contre notre doux Créateur , et sa foi , et sa Mainte Eglise, avec ses autres méfaits innumérables... Et si seroit intolérable offense contre la majesté divine , s’il arrivoit qu’icelle femme fût délivrée. » Ainsi tout conspiroit contre la malheureuse 3e,anne , dont tout le crime étoit de s’ètre armée pour combattre la lyramiie , et venger son légitime souverain.

Un prélat couvert d’ignominie , méchant par goût , chassé de son siège par scs diocésains même , Pierre Cauchon, évêque de Péauvais, se chargea de procéder à la condamnation de l’nnocente captive.Par ses soins , on composa un tribunal d’ccclésiastiquesinjustes,ignorans, passionnés, fanatiques .yea/me y futeitée à la requête du promoteur Guillaume Ejpmef. Elle comparut avec la modestie qui convenoit à son sexe , et la fierte d’une guerrière intrépide. D’abord on lui défendit de son»er à s’évader. « Si je me sauvois , dit-elle , on ne « pourroit m'accuser d’avoir violé ma parole, puisque « je ne vous ai point donné ma foi. » Interrogée si le xoxCharles avoit aussi des révélations comme elle: «En- « voyez-lui demander, répondit-elle. » Interrogée si ,

dès son enfance, elle avoitdésiré de combattre les Pour-

Kui«mons et leurs alliés, elle dit: «J’ai toujours sonh.'ute « que mon roi rccouvrcàt ses Etats. « Interrogée si les esprits célestes lui avoient promis qu’elle s’échapperoit « Ceci ne touche point mon proi-ès : voulez-vous « que je parle contre moi? — Changiez-vous souvent « de bannière ?lcs faisiez-vous bénir? Par quels mollis « y avez-vous failbroder lesnoms de Jésus etdeilla/'/e?

VALEUR. 3a5

Etiez-vous persuadde que celle hannière portoit « Ijoulieur, cl l’avez-vous fait croire aux troupes fran- « « aises? — Je ne renouvellois mon dlendard que lors- « qu’il «îtoit brise ; jamais je ne l’ai fait bénir avec des « « érémonics parlimilières. C’est des ecclésiastiques « que j’ai appris à faire usage , non-seulement pour « mon étendard , mais encore pour les lettres que « j’écrivois , des noms du Saiiveur du monde et de sa « iMcre. A l’égard de la fortune qu’on prétend que « j’alliibuois à cette bannière , je disois , pour toute « assurance aux soldats : Entrez hardiment an milieu « des Anglais ; et j’y enlrois moi-même. — Pourquoi , « dans la cérémonie du couronnement de Charles ^ « avez-vous tenue ladite bannière levée près de la per- « sonne de ce prince? — 11 éloil bien juste qu’ayant par- « tagé les travaux elles dangers, elleparlageàt l’honneur. « — Les saints «jui vous ont appaiu, ont-ils des che- « veux ? Sont-ils nus ou habillés ? — Pensez-vous que « Dieu n’ait pas de quoi les vêtir? — Avez-vous vu des « fées ? qu’en pensez-vous ? — Je n’en ai point vu ; j’ep « ai entendu parler ; mais je n’y ajoute point de foi. « — Aveij-vous eu une mandragore? qu’en avez-vous « fait ? — Je n’en n’ai point eu : on dit que c’est une « chose dangereuse et criminelle. »

Ainsi, par CCS questions cuiptieuses, déplacées, indécentes , on vouloit lui arracher quelques paroles’équivoques , qui pussent autoriser l'iniquité des juges , animés par la fureur barbare de leur indigne chef. Un d'eux cependant , louché de compassion , conseilla à Jeanne de s’en rapporter au jugement du pape et du coïK’ile. L’évêque de Beauvais , jetant un regard lerril)le sur ce conseiller trop chrétien ; «Taisez-vous , de « par le diable , s’écria-t-il.» Un autre avoua , qu’en la conduisant devant le tribunal , il lui avoit plusieurs fois permis de s’arrêter devant la cliapcUe du château , pour y faire sa prière. Celle indulgence lui attira de la part de Jean Bénédicité les plus sanglans reproches : « Truand, lui dit-il, qui le fait si hardi d’approcher « cellcexcommuniécde l’Eglise, sans licence? Je leferai « mettre en telle tour, que Ui ne verras ni lune, ni soleil, « d’ici à un mois , si lu le fais plus. » Ce même Jea.u

32/|. valeur.

Bénédicité n’adressoit jamais la parole à Jeanne , dans tout le cours du procès , qu’avec les termes de paillarde , A’ordière , à’hérélique , à’infame.

Le 23 mai, Jeanne d’Arc fut admonestée dans sa prison. Elleéloit malade et presque mourante. Le lendemain on la conduisit à la place du cimetière de l’abbaye de S. Ouen, où l’on avoit dressé deux échafauds. L’évêque de Beauvais et ses dignes collègues s’y étoient rendus, accompagnés de plusieurs prélats anglais. Une foule de peuple inondoitla place. Un docteur, nommé Guillaume Erard , commença d'un Ion furieux , un sermon fanatique et rempli d’invectives. « C’est à toi , « Jeanne, que je parle, s’écrioit l’insultant prédicateur, « et te dis que ton roi est hérétique et schismatique. — « Par ma foi , sire , interrompit la Pucelle , révérence « gardée, je vous ose bien dire et jurer, sur peine de « ma vie , que mon roi est le plus noble chrétien de « tous les chrétiens , et n’est point tel que vous dites. »

Ensuite , on pressa l’innocente guerrière d’abjurer ses erreurs. Elle demanda la signification de ce terme abjurer, et dit à haute voix : «Je m’eu rapporte à l’E- « glise universelle, si je dois abjurer. — Tu abjureras « présentement, reprit ErartZ avec fureur, tu abjureras, « ou tu seras arse (brûlée). » Alors le greffier s’approcha , et lut une formule d’abjuration , qui contenoit simplement une promesse de ne plus porter les armes , 4e laisser croître ses cheveux , et de quitter l’habit d’homme. 11 falloit périr au mibeu des plus affreux supplices , ou signer cet écrit. Jeanne y consentit. Dans le moment, on substitua une autre cédule, par laquelle elle se reconnoissoit dissolue, hérétique, schismatique, idolâtre , séditieuse , invocatrice des démons , sorcière , etc. etc. Dèsqu’elleeutsi{piécetteabjurationsupp<»ée, l’é vêque de Beauvais profera le j ugcmentquija condamnoit, pour réparation de ses fauïtes, à passer le reste de

femme, fut conduite et enchaînée, comme auparavant, dans sa prison. La nuit même, les gardes , par oi dre des ■juges, euievèrentles robes de femme quiéloientsursou

Di^ ■

VALEUR. SaS

Jit , et leur subtituèrent son habit d’homme. En vain ^/ea«/ieleiirdemandases vêlemens; en vain elle leurrappela que Ics'jugesluiavoient expresséinenl défendu de s’hai>iller en honnnc. Ils lui répondirent briitalomcnt qu’elle n’cn anroit point d’autres. Pressée par des besoins naturels, l’infortunée fut contrainte de se couvrir des seuls véteniens qui lui étoient offerts. A l'instant, plusieurs témoins entrèrent pourconstater celte prétendue trans{;;rcssion. Les juf'cs survinrent, et (hessèrent un procès-verbal. Le lendem.ain ils s’assemblèrent, et Jeanne fut condamnée comme relapse , excommuniée , rejetée du sein de l’Ef^lise, et jugée digne, par ses forfaits, d'être ahîindounéc la justice séculière. On vint lire celtescntence à l'innocente prisonnière. Elle pleura; elle se plaignit, mais sans emportement, mais sans injures. On lui permit de recevoir l’Eucharistie. Ensuite elle sortit de prison le3oMai, escortée d’une g.arde de six-vingtshommesd’armes. Elleétoit revêlued’un habit de femme. Sa tête étoit chargée d’une mitre sur laquelle ctoitécril: IlérétiguCyrelapse , apostate , idolâtre. Deux religieux dominicains la soulenoient. Elle s’écrioit sur la route : «Ah! Tlouen, Rouen, scras-lu ma dernière « demeure? » Arrivée .au bûcher qui devoit la consnmer, elle se mit .à genoux, pria Dieudévotement, etsc disposa saintement à son sacrifice. « Mcncz-Ia, dirent aux bourreaux les juges séculiers. Ils obéirent. En face du bûcher étoit un tableau sur leqtiel on lisoit cette inscription: <i Jeanne, quis’estfailnommer/aP«ce//e , « mcnlercsse , pernicieuse , abuscresse des peuples , « devineresse , superstitieuse , bhasphémeresse de « Dieu, présomptueuse, malcréanle de la foi de Jésus- « Christ, meurderesse , idolâtre , cruelle , dissolue , « invocatrice du di.able, .apostate, schismatique ethéré- « tique. » Ellcdcmandaunecroix. On lui présenta celle de l’église voisine. Elle l'.approch.a pieusement de sa bouche, la mit contre son sein, monta sur le bûcher, et rendit son amc en prononçant le nom de Jésus.

Incontinent après l’exécution, le bourreau dit. aux juges , en plcunant , < qu'il ne croyoit pas que Dieu lui « pardonnât jamais le tourment qu'il avoit fait souffrir « à celte sainte Jille : que jajnais il n’avoit tant craint

526 ■ . V A T- K TJ R.'

« de faire une exéention ; que les Anglais avoient fait- « corislniire un érliafand de plâtre si élevé , qu’il ne « pouvoil atteindre à elle , ce qui avoit rendu ses dou- « leurs plus longues et plus cruelles. »

La fin tragique àeJcannedArc futpleuréedans Londres même. Ln milord dit publiquementrpie la Purelle ëtoit une brave femme; et qu’elle auroit mérité les plus'

§rands éloges, si elle éloit née Anglaise. Un secrétaire U roid’Anglelerre,noinméJean 3 rajjarrZ, s’écria tout haut: '<A'ons .sommes tous perdus, damnés eldéshono- « rés, d’avoir faitcruellcmcntmourircette fidelle et in- « nocentechrélienne, dontl’ame estes mains de Dieu.»

Le courroux du Ciel sembla tomber, dès celte vie, sur la plupart de ceuxquis’étoientprêlésà la vengeance des Anglais, en condamnant cette héroïne. Pierre Cauchon mourut subitement en se faisant raser ; Nicolas Midi, un autre des principaux juges, doctetiren théologie , fut frappé de la lèpre ; Jean Bénédicité expira dans les plus cruelles douleurs ; et Guillaume Espinet , chassé de Rotien par les Anglais , alla finir misérablement ses jours dans un colombier, hors delà ville. Voyez Bravoure, Courage, Intrépidité.

1 ."LJn saint anachorète, nommé Jean-V Egytien, reçut la visite de Rufin et de six de ses amis ; et, comme les solitaires d’Egypte , aussitôt que quelques frères arrivoient, avoient coutume de s’unir â eux par le moyen de la prière , toute la compagnie le supplia de la foire , et de lui donner sa bénédiction. Le pieux solitaire leur demanda si personne d’entre eux n'étoit ecclésiastique ? On lui répondit que non. Alors il les considéra les uns après les autres , et connut qu’il y en avoit un qui étoit diacre ; ce que tous ignoroient , k la réserve d’un seul à qui ce diacre se confioit, parce qu’il ne vouloit pas qu’on le sût, par humilité. Mais, quoiqu’il fût le plus jeune de la troupe , le saint anachorète ne l’eut pas plutôt aperçu, qu’il dit en le montrant du doigt: «Celui-ci est « diacre. » Ce jeune homme ne vouloit pas l’avouer, et

inême il continuoit h le nier ; Jean lui prit la main , et la lui ayant baisée : « Mon lils , lui dit-il, fjardez-vous Lieu « de désavouer la grâce que vous avez reçue de Dieu , « de peur qu’un bien ne vous fajsse tomber dans un mal, « et l'humilité dans le mensonge ; car il ne faut jamais « mentir , même sous prétexte d’un bien , puisqu'aucun « mensonge ne procède de Dieu, mais d’une mauvaise « cause. » Ce diacre ne lui répondit rien , et reçut avec respect cette charitable et solide correction.

3. L’historien ,(^riJ/oZ»u/eavoitécritles belles actions à’ Alexandre; et, par. un excès de flatterie, il les avoit chargéesd’unefoule debrillansmensonges,tristcs fruits d’une imagination intéressée. Le conquérant, écoutant la lecturedecet ouvrage pendant sa navigation surl’Hydaspe, arracha des mains de l’auteur ces fades impertinences, et les jeta dans le fleuve, en disant : « Tu méri- « terois encore mieux que je t’y précipitasse, loi , vil « imposteur, qui, contre toute vraisemblance , me fais ♦ combattre seul et tuer un éléphant d’un seul trait. »

3 II existe à la Chine un tribunal historique, chargé , par une loi fondamentale, de consigner dans les fastes de l’empire les vertus et les vices du monarque régnant. L’empereur Tai-'J'song,on 7’ai-çu, ordonna un jour à' ce üibunal de lui montrer l’histoire de son règne. «Tu « sais, lui dit le président, que nous donnons un récit « exact des vertus et des viçes de nos souverains ; et « nous ne serions plus libres de dire la vérité, si lu jetois « les yeuxsurcedépôlsacré. — Quoi ! reprit l’empereur, « tu veux transmettre à la postérité l'histoire de ma vie , « et tu prétends aussi l’informer de mes défauts , l’ins- « Iruire de mes fautes? — Mon caractère , lui répondit « le président, et la dignité de ma place ; ne me per- « mettent pas d’altérer la vérité. Je dirai tout. Si lu fais « quelqu’injustice, j’en serai pénétré de douleur : si tu « déshonore ton rang par quelque foiblesse honteuse , « je le plaindrai; mais je ne tairai rien. La conversation « que nous avons ensemble ne sera pas meme passée « sous silence : telle est mon exactitude et masévérité.» 'J'ai-'J'song avoit l’ame noble et grande : « Continue, « dit-il au président ; écris, et dis sans crainte la vérité. « Puissent mes vertus , ou mes vices , contribuer à

« riitilitp' publique , et à rinstruction de mes succès- '

« seurs ! Ton frihunal est libre; je le protège , et lui « permets d’écrire mon histoire avec la plus grande « impartialité. » Voyez Vérité.

ï. EpAMiNONnAS, Tun des plus grands personnages de la Grèce , avoitlant d’amour pour la vérité, qu’il se faisoit un scrupule de mentir, même par jeu et par divertissement.

2. Firmus, évêque de Tagaste en Afrique , montra par sagénércuscferrneté,qu’ilétoitvéritablemenldigne de son notn.^On perséculoit les chrétiens par ordre de rempereur; et les inquisiteurs du prince ayant appris qu’un homme qui professoit la religion proscrite, avoit cherché un asile chez le saint prélat, vinrent le presser de le leurlivrer.il leur répondit: « Jenepuisnimentir ,

« ni découvrir celui que vous cherchez ; je l’ai caché ;

« mais vous ne saurez jamais le lieu desa retraite.» Ces ofhciers, pleins d'indignation le saisirent lui-même, et lui firent souffrir les tourmens lesplns cruels, afin de l’obliger à découvrir le chrétien qu’il récéloit. Firmus , au milieu des plus affreuses tortures, sc contentoitdeleur . répondre : « Je sais mourir; mais je ne sais point parler.» L’empereur fut instruit Je cette héro'ique constance.il fit venir le pon tife , qui lui parut si digne d’admiration , qu’il lui accorda sa grâce et celle de celui qu’il avoitca- ché. '( Que de couragelquede vertu!s’écrieS..^^«g«Afm.

« Quels éloges ne mérite pas ce saint évêque, qui aima « lavérilé jusqu’au pointdc tout souffrir, plutôt que de « trahir par un mensonge , et qui porta la charité jus- « qu’à s’exposer aux plus horribles supplices,plutôt qu»

« dedécouvrirun malheureux dontonvouloitlamort! »

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