MANIÈRES
I.V^UAND le célèbre Crrus eut atteint l'âge de douze ans , samèreilia/2£2a/2e le mena chez Astiage , roi des Mèdes , sonaïeiil, quiavoit une grande envie de le voir j pour vérifier tout le bienqu'ondisoitde ce jeune piince. Cyrizjtrouva dans cette courdesmœursbien différentes de celles de la Perse. Le luxe, la faste, la magnificence
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y rëgnoient par-tout. Il ne fut point él>loiii de tout cet éclat i et y sans rien critiquer, sans rien approuver, il sut se maintenir dans les principes qii^il avoit reçu» dès son enfance. 11 charmoit son grand-père par de» saillies pleines d'esprit et de vivacité , et gagnoit ton» les cœurs par ses manières nobles et engageantes.
jistiaae ^ voulant lui faire perdre Tenvie de retourner dans la rerse , fit préparer im repas somptueux , dans lequel tout fut prodigue , soit pour la quantité , soit pour la qualité et la délicatesse des mets. Cyrusregardoii avec des yeux assez indifférens tout ce fastueux appareil 5 et comme Astiage en paroissoit surpris : «Les rer- « ses , dit-il , au lieu de tant de «Jétours et de circuits « pour appaiser la faim , prennent un chemin bien plus « court pour arriver au même but ; un peu de pain et « de cressonles y conduisent.» Son grand-père lui ayant permis de disposer à :son gré de tous les mets qu^on avoit servis , il les distribua suivie-champ aux olBScier» du roi qui se trouvèrent présens : à Tun , parce qu^il lui apprenoit à monter, à cheval ; à l'autre , parce qu^il servoit bien Astiage ; à un autre , parce qu'il prenoit grand soin de sa mkre.Sacas^ échanson du roi , fut le seul à qui il ne donna rien. Cet officier, outre sa charge d'échanson , avoit celle d'introduire rhez le roi ceux qui dévoient être admis à son audience; et comme il ne lui çtoit pas possible d'accorder cette faveur à Cyr«^ aussi souvent qu'il la demandoit , il eu.t le malheur de déplaire à ce jeune prince qui lui en marqua dans cette occasion son ressentiment. Astiage témoignant quelque peine qu'on eût fait un pareil affront à cet officier , qu'il con-
sidéroitbeaucoup,etquiméritoit son estimepar l'adresse merveilleuse avec laquelle il lui servoit à boire: «Ne « faut- ilque cela, seigneur, pour mériter vos bonses « grâces ? Je les aurai bientôt gagnées : éprouvez seide- % ment monadresse.» Aussitôt on équipe le petit Cyri^^ en échanson.D' un pas grave, d'unairséricux il s'avance la serviette sur l'épaule ; et, tenant la coupe délicatement de trois doigts , il la présente au monarque avec une dextérité , une grâce qui charment Astiage et Mandane ;ens\x\le il se jeté au cou de son grand-père, ^t, l'ombràssant avec tendresse, il s'écrie plein c'^joie !