‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 119 sur 130 · M OX U R · texte numérisé non relu

M OX U R

Les tables éloient d'environ quinze personnes 5 et, K)ur y être reçu , il falloit être agi'éé de toute la com- )agnie. Chacun apportoit par mois un boisseau de faîne , huit mesures de vin , cinq livres de fromage , leux livres et demie -de figues , et quelque peu de eur monnaie pour Tapprêt et l'assaisonnement des /ivres. On ëtoit obligé de se trouver à ce festin public; ît, long-temps après, le roi Agis, au retour d'une expéiition glorieuse 5 ayant voulu s'en dispenser pour manjer avec la reine sa femme , fîit réprimandé et puni.

Les enfans m ême se trouvoient k ces repas ; et on lesy rtteiioit comme \ une école de sagesse et de tempérance. Là, ils entendoient de graves discours sur le gouvemesient, et ne voyoient rien qui ne les instruisît. La coneersations'égayoit souvent par des railleries fines et spirituelles , mais qui n'étoient jamais basses ni choquantes; et, dès qu^on s'apercevoit qu'elles ofTensoient qucl- ^'un, on s'arrêtoittout court : onles accoutumoit aussi AU secret ; et , quand un jeune homme entroit dans la lalle, le plus vieux lui disoit, en lui montrantla porte: m Rien de tout ce qui se dit ici ne sort par là. »

Le plus exqms de tous leurs mets étoit ce qu'ils ap-

riloient la sauce noire , et les vieillards la préféroient tout ce qu'on leur servoit sur la table. Venys le tyran , s'étant trouvé à un de ces repas , n'en jugea pas de même 5 et ce ragoût lui parut détestable. « Je m n'en suis pas surpris , dit celui qui l'avoit préparé 5 « Tassaisonnement y a manqué. — Et quel assaison- « nement? demanda le prince. — La course , la sueur, « la fatieue , la faim , la soif; voilà , ajouta le cuisinier, « ce qui relève ici tous nos mets. »

L''occupation la plus ordinaire des Lacédémonicns étoit la chasse et les différens exercicesdu corps. 11 leur étoit défendu d'exercer aucun artmécanique.Ly ci/rg^wc avoit voulu que ses citoyens vécussent dans un profond loîsir.Les ilotes,qui étoientuneespèced'esclaves5Culti* voient et affermoient les terres des Spartiates. Il y avoit des salles communes où l'on s'assembloit pour la conversation. Quoiqu'elle roulât pour l'ordinaire sur des matières graves et sérieuses, elle étoit assaisonnée d'un

sel et d'un agrément qui instruisoient et oorrîgeoîenteil diverlissant. Les citoyens rcstoienl rarement seuls: on les a'^roiitumoit à vivre, comme les abeilles, toujours ensemble, toujours autour de leurs chefs.L'amourdela

Îatrie et du bien commun éloit leur passion dominante. Is ne croyoient point être à eux, mais à leur pays. Pti^rfflrtf/e,n\yant pas euThonncur d'êtremisau nombre des trois cents notables de la ville, s^en revint chez lui plein de joie , en s'écriant : « Que je suis heureux ! Sparte « vient de trouver aujourd'hui trois cents hommes « qui valent mieux que moi ! » Tout, dans cette cité fameuse , inspiroit l'amour de la vertu et la haine du vice , les actions des citoyens, leurs conversations , et même les inscriptions publiques» Il éloit difficile qiie des hommes nourris au milieu de tant de préceptes et d^exemples vivans , ne devinssent pas vertueux , de la manière au moins dontlepouvoicnt être les païens. Ce fut pour conserver en eux cette heureuse habitude, que Lycurgue ne permit pas à toutes sortes de personnes de voyager, de peur qu^elles ne rapportassent des mœurs étrangères et des coutumes licencieuses , qui leur auroient bientôtinspiré du dégoût pouiifc vie et pour les maximes deLacédémone. 11 chassaausside la ville tous les étrangers que la curiosité seule y atttiroit, craignant que chacun n^y fit entrer avec lui les défauts et les vices de son pays, et persuadé qu'il étoit plus important et plus nécessaire de fermer les portes de la ville à la corruptiondes mœurs,qu\'uix malades et auxpesl iférés. Il ordonna que les filles fussent mariées sans dot; et, comme on lui demandoit raison de cette loi : « Je veux, « répondit-il, que la pauvreté n'empêche aucun nia- « riage , et que les richesses n'en fassent aucun. »

Aproprementparler,lemétieretPexercicedesLacédémoniens étoient la guerre. Touttendoit là chez eux; toutrcspiroitlesarraes.Leur vie étoit bien plus douce i Tarméequ^à la ville ; et il n'y avoit qu'eux au monde à quilaguerrefiituntempsde repos etderafraîchissement, parcequ'alorsles liensdecette discipline dure ctaustère qui règne à Sparte , étoient un peu relâchés, et qu'on ' leur laissoit plujs de liberté. Chez eux, la première loi de

la

la guerre et la plus inviolable étoit de ne jamais fuir , quelque supérieure que fut en nombre l'armée des ennemis ; de ne jamais quitter son poste,de ne point livrer ses aimesjen un mot, de vaincre ou de mourir.Cetle maxime leur paroissoitsi capitale, que le ^ohte jérchiloque étant •venu ^ Sparte , ils l'obligèrent dans le moment même d^en sortir,parce qu^ils apprirent qne dans un de ses ouvrages il avoit dit qu'il valoit mieux jeter bas ses armes , que de s^exposer à perdre la vie. Ceux qui avoientprisla Jfuite dans un combat étoient diffamés pour toujours. JVon-seulementonles excluoitde toutes sortes décharges etd*emplois,des assemblées, des spectacles; mais c^étoit encore une honte de s^allier avec eux par les mariages , et on leur faisoit impunément mille outrages en public.

Ils ne commençoient une action qu^après avoir imploré le secours des dieux par des prières publiques : ils combattoient comme si la divinité eût été présente; et, quand ils avoient rompu et mis en fuite leurs ennemis , ils ne les poursuivoient qu^autant qu'ail le falloit pour s^assurer la victoire 5 après quoi, ils se retiroient, estimant qu'il n'étoit ni glorieux ni digne de la Grèce , de tailler en pièces des gens qui cèdent et qui fuient; aussi préferoit-on une prompte retraite à la résistance, quand on combattoit avec eux. • . 4'-^^''^^'^ 5 ^^^l^f^We nous donne pour fils deJupiter, ayant conquis Tile deCrète, et plusieurs autres contrées Toisines , songea à donner, par de sages lois , une consistance solide aux états dont il s'étoit rendu maître par la force des armes. Le but qu'il se proposa fut de rendre êes sujets heureux, en lesrendant vertueux. Il écarta de son royaume Toisivetc , la volupté , le luxe , les délices, sources fécondes de tous les vices. Sachant que la Uberté est regardée comme le plus doux et le plus grand des biens , et qu'elle ne peut subsister sans une parfaite union , il donna tous ses soins à resserrer «es sujets les uns aux autres par les liens les plus étroits*

Ilordonnaque tousles enfans fussent nourris et élevés

ensemble par troupes et par bandes , afin que , de bonne

heure,onleurenseignâtlesmêmesprincipesetlesmcme»

maximes.Leurvieétoil dure etsobre.Onlesaccoutumoiï

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