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pièce d'argenterie , qui leur eût été donnée en présent dam une ambassade y ou Lien envoyée par quel* que prince étranger , jaloux de leur alliance , ils n'en tenoient pas plus de compte que de la vaisselle de ierre dont ils usoieut communément.
Ils dormoient volontiers jusqu^au jour. Après le sommeil , ils prenoient le bain : au sortir du bain , ils se mettoient à table ; leurs mets étoient le lait , le fromage , la chair de leurs bestiaux, et celle du gibier qu'ils tuoient à la chasse. Ilstrïiitoient, dans les repas ^ MS afffiires les plus sérieuses : réconciliation entre ennemis , mariages , élection de leurs princes , ce qui regardoit la paix et la guerre ; nul lieu ne leur parois- •oit mieux convenir que la table , soit pour ouvrir les coîurs avec franchise , soit pour élever les esprits à de grandes et de nobles idées , et les pénétrer d'une chaleur toujours heureusement active. Ce peuple , sans art et sans feintise , n'avoit point alors de secrets. Le lendemain , quand le sommeil avoit dissipé les nuages que îcs vapeurs bachiques avoicnt portées au cerveau, on pesoit mûrement les avis libres de la veille. Cette conduite , comme le remarque Tacite , étoit tressage. Ils délibéroient dans le temps où Ton ne pouvoit déguiser ses sentimens , et décidoient lorsqu'ils pour voient le moins se tromper.
Us avoient des maisons dont l'assemblage, fbrmoit des bourgades ; mais ces bourgades n'étoient point composées d'édifices oontigus. Chaque maison étoit isolée , et faisoit un tout. Un particulier s'établissoit dans l'endroit qui lui avoit plu , selon que l'attirôit le voisinage d'un bois , d'une fontaine , d'un champ la-» bourabie : le terrain étoit fait pour l'homme ; l'homme ne se rendoit point l'esclave des lieux qu'il avoit choisis. Là , il se construisoit un logement sans y feîre entrer ni pierres ni tuiles : il n'y employoit que de$ pièces de bois coupées grossièrement , sans aucune attention à l'agrément ni à la commodité ; seulement quelques endroits étoient enduits d'une terre si propre et si brillante, qu'elle imitoit les couleurs de la peinture. Ils creusoient aussi des souterrains qu'ils cou-
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Troîent d'une grande quantité de fiimier; c^toicrf' pour eux des asiles contre la rigueur du froid j etea Diéme temps des magasins oh ils mettoient leuis
gnins en suretë contre les incursions des ennemis. e genre de vie leur paroissoit plus heureux que de tourmenter sans cesse , par la crainte et par Tespélance , sa fortune et celle d^autnii : aussi parvinrentik.à ce rare avantage y de n*avoir pas besoin même de désirs.
Leurs spectacles étoient convenables à leurs inclinations militaires. Des jeunes gens sautoient au travers des amas de lances et d'épées nues , qui présentoient leurs pointes menaçantes ; et ils faisoient absi preuve de leur agilité et de leur adresse. L'unique éalai^e d'un badinage si hasardeux étoit le plaisir des .spectateurs.
La naissance Êiisoit leurs rois ; le courage et Tintrépidité faisoient leurs chefs. La puissance des premiers B^étoit point arbitraire et sans bornes : ils étoient maîtres des hommes ^ les lois étoient maîtresses desi souverains. Les chefs commandoient principalement par leur exemple. Ils marchoient à la tête des troupes , ils combattoient pour la victoire; les soldats combattoient pour les chefs : c'étoient la confiance et Tadmiralion qu'ils inspiroient , qui précipitoient les guerriers au milieu des plus grands hasards de la guerre.
Les crimes qui regardoient l'Etat étoient punis chez eux avec la dernière sévérité. Les traîtres à la patrie, les déserteurs étoient pendus à des arbres. Les lâches , ceux qui , dans les combats , avoient pris une fuite honteuse , étoient noyés sous la claie dans des bourbiers fétides. Les crimes qui n'attaquoient que les particuliers, n'étoient pas traités, à beaucoup près, avec autant de rigueur : le coupable , même dans le cas de meurtre, en étoit quitte pour un certain nombre de chevaux ou de bestiaux, qui varioit selon la grandeur de l'offense , et qui se partageoit entre le rpi et la commune, d'une part ; et de l'autre, l'offensé, ou ceux qui poursuivoient la vengeance de sa mort.
Dans cet état heureux , on ne plaisantoit point sur
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■ les vices ; être corrompu ou corrompre , ne s^appeloît ' point le train du siècle^ Les bonnes mœurs avoientplu* ^ de force parmi ces peuples , que les lois armées de la '• -puissance n'en ont ailleurs. La polygamie ëtoit incon- ^ eue. Le mari dotoit sa femme ; mais les présens qu'il ' lui faisoit ne tendoient ni aux délices , ni à la parure , î^ ni au luxe ; c'étoit un atlelage de bœufs , un cheval ■^ avec sa bride et son mors , un bouclier , une lance et une épce. La femme apportoit réciproquement à' son - inari quelque pièce d'armure : voil^ ce qui formoit entre les époux le lien le phis étroit et le plus sacré. La 1 eonduite des femmes germaines étoit irréprochable. r Si pourtant quelqu'une se déshonoroit par un adultère, la peine suivoit de près le crime , le mari en étoit lui-même le juge et le vengeur. En présence des deux familles , il coupoit les cheveux de sa coupable moitié ; il la dépouilloit; et après l'avoir chassée de sa maison , il la traitoit *ignominieuseinent dans toute l'étendue 'de la bourgade.
Aucune nation n'a jamais porté plus loin les droits et l'exercice de l'hospitalité. Refuser sa maison et sa table à qui que ce fut d'entre les mortels , c'étoit parmi les Germains un crime et une espèce d'impiété. Tout homme étoit .bien venu chez eux , et traité le mieux qu'il étoit possible, selon les facultés de chacun. Lorsqu'elles se trouvoient épuisées, le maître du -logis menoit son hôte à la maison la plus voisine , sans aucune invitation préalable, on l'y recevoit avec une franchise
J pareille , avec une cordialité aussi aimable. Lorsque ■'étranger s'en alloit, s'il demandoit quelque chose qui lui eût plu , c'étoit l'usage de l'en gratifier ; et euxmiêmes , à leur tour , ils demandoient avec la même simplicité ce qui pouvoit leur convenir dans son équipage. Ce commerce réciproque de présens leur étoit agréable , sans que les sentimens du cœur y entrassent pour rien. Ils n'exigepient point de reconnoissance pour ce qu'ils avoient donné , et ne se tenoient point obligés poui' ce qu'ils avoient reçu.
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