‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 123 sur 130 · MORTIFICATION · texte numérisé non relu

MORTIFICATION

CRAINTE Paule, dit S. Jérôme , étendoit des ciliccs sur

la terre la plus dure , et dormoit dessus , si toutefois oa

peut <Kre qu'elle dormoit ; puisqu'elle passoit presque

ix)utesles nuits entières à prier Dieu , .accomplissant à

la lettre cette parole du prophète-roi : «Je laverai moa

« lit de mes pleurs ; toutes les nuits je Tarroserai de

« mes larmes. » Il sembloit qu*il y en eût une source

dans ses yeux. Elle pleuroit pour de légères fautes

avec tant d^abondance , qu^on eût cru qu^elle avoît

emnmis les plus grands crimes 5 et , lorsque nous

rengagions avec instance à ménager un peu sa vue, et

à la conserver pour hre TEcriture- Sainte, elle nous

répondoit : « 11 faut que je défigure ce visage que j'ai

« coloré autrefois avec du fard , contre le commande-

« ment de Dieu. Il feut que j^afflige ce corps qui a

« joui de tant de délices. 11 faut que je répare, par des

« pleurs continuels , la longueur des ris et des diver-

« tissemens. Il faut que la rudesse et la dureté du ci-

€ lice succède à la mollesse des toiles fines , et à la

« magnificence des belles soies. Autrefois, je voulois

« plaire à mon mari et au monde ; maintenant je veux

« plaire à Jésus-Christ. » Voyez Austérité.

naïveté.

1. /Vristacoras de Milet , ayant engage les Ioniens dans une révolte contre le roi de Perse , parcourat toutes les principales villes de la Grèce , poiur engager les peuples à secourir ses compatriotes. Il vint àLacé- ' démone , et pria Cléomène , qui étoit pour lors sur le trAne , de lui donner audience. D^abord, le monarque Spartiate refusa d^entrer dans la confédération, etcommanda au plénipotentiaire d^lonie de sortir de Sparte avant le coucher du soleil. Aristagoras ne se rd|Éta point. Il suivit Cléomène jusques dans sa maison, eRmploya une autre voie pour se le rendre favorable 5 ce fiit celle des présens. U commença par lui offrir dixtalens , et allant toujours en augmentant , il poussa ses offres jusqu^à cinquante. GorgOy fille du roi, âgée pour lors de huit ou neuf ans, et à laquelle le prince n^avoit pas fait attention , s^écria , lorsqu'elle entendit toutes ces propositions : « Fuyez, mon père, fuyez : ce petit « étranger vous corrompra. » Cléomène se mit à rire de la naïveté de sa fille , et se retira en effet.

Cette même princesse , voyant un étranger qui se £iisoit chausser par un domestique,dit à Cléomène : «Com- 4C ment, monpère,cethommen^adoncpointdemains?»

Une autre fois, son père lui ayant recommandé de })ien recevoir un étranger de ses amis , et de lui donner u ne certaine quantité de blé,parce qu'il lui avoit appris un secret pour rendre le vin plus doux : « Le beau secret ! mon « père , répondit-elle , qui nous fera boire plus de vin, et nous rendra plus délicats et moins sobres ! »

2. Le duc de Rispernon étoit sujetà beaucoup de distractions : ses naïvetés passoient en proverbe. A Page de dix-huitans, il écrivit à son père une lettre sur laquelle il mit cette adresse : « A monsieur mon père , mari de « madame ma mère , demeurant chez nous. » 11 sortoit du collège des Jésuites ; il demanda à ses parens oh il avoit feit se^ études. Une fois il pria uh astronomede lui

N A î V K T £ ^yff

dire ce qiie devenoient les vieilles lunes, quand il yea avoitde nouvelles. Se trouvant un jourdans une compagnie de chasseurs, où Ponparloit avec éloge de la meute du roi , il demanda si les chiens du monarque alloient à pied à la chasse. Un homme lui racontoit la mort de Jules-Césaryassaissiné dans le sénat. «Mais pourquoî,dit- « il, cet empereur est-il mort sans sacremens ?I1 y a tant « de prêtres à Rome ! Assurément, quoi qu^on en dise , 4C iln'^toit chrétien que de nom.» On vantoiten sa présence l'admirable éloquence de Cicéron: « Oh ! cela n^est " « pas surprenant, dit-il; il a sans doute éludié chez le» « jésuites. » Une dame lui disoit qu'elle n'a voit jamais eu d'enfans. « Votre mère ena-t-elle euPlui demanda- « t-il : Ne seriez-vous point stérile de race ?» 11 alla de Toulctoi à Tours , où il devoit épouser une très-riche héritière ; il avoit mis sur ses tablettes en gros caractères : « Mémoire pour me faire souvenir que je dois « me marier ,\ Tours. » En parlant d'une tempête sur mer, il dit que le vaisseau qu'il montoit prit le mors aux dents. 11 racontoit un combat naval : il dit qu'il resta plus de trente galères sur le carreau.

Uu écolier voulant voir s'il avoit bonne grâce à dormir, se regardoit dans un miroir les yeux fermés.

Un homme ayant une cruche d'excellent vin, la cacheta. Son valet fit un trou par-dessous, et buvoit le vin. Le maître ayant décacheté la cruche, fut fort surpris de voir son vin diminué, sans en pouvoir deviner la cause. Quelqu'un lui dit qu'on devoit l'avoir tiré par-dessous. « Eh ! gros sot , reprit le maître , ce n'est pas par- « dessous qu'il manque , c'est par-dessus. »

Une autre personne étant allée voir un de ses amî$ malade , celui-ci ne lui répondit rien. « J'espère , dit a Tauti^ , que je serai aussi malade quelque jour , et « je ne vous répondrai pas non plus. »

Il y avoit deux frères jumeaux , dont l'un vint à mourir : un^colier rencontrant celui qui avoit sur- . vécu à son frère , lui demanda lequel de lui ou de son frère étoit mort.

Une dame de quahté voyant lapompe funèbre de son mari y s'écria : « Ah ! que le pauvre défunt seroit aisç % de voir cela, lui qui aimoit tant les cérémonies!;^

Un concert de miwfiie ne s^^exëcutoit |mu( bien. lil musicien dit que c'étoit parce que le clat'eciaëtoit tnf IfSA* « £h hiea ! dit un liKiiu^e de eonseil^iln'y a qin] « le mettre MIT cette table ; il sera plus luiiit* » y Un homme fiÔMnt on inventaire y décrîiFk.mnÂiiiHl tapisserie de Flandres : € Item, uae taiMsame àpe^^ » soonages de bétes. ».

Un bon moîne charge de &ire le catalogue à^wàt hr bliothèque^ et rencontrant un livre bâHrettx , étiôfit'* « Plus^unUvre dootlecomm^atcemeat esta la&k*

Le gouverneur d'une certaine ville répondit 4^ loa cuisinier > qui lui demandoit csÉament il voukiit qu'il accommod&t un canard ; 4E FaitesHaa'^i» du bcrâf s h « modfe. » Il acheta un tombeau^ et dit qu'il né votdmt pas qu'on y mît ames^ vivantes que coUm de sa fin miUe. Il étoit d'une cotterie ou f on donna u»^jpaa aasA l'inviter ^ piqué de ce mépris: «Oh ! jem'envea^ « gérai » dit il ; >e vaia donnar un eiand repas oà je « serai tout seul. 2^ Voyant un )our dans sa baosfe-coitf un Mnas d'ordures ^ il se fôcha m'on ne les fit paa6ter« Un domestiqjtto s'excusantsur la d^£cultë de tiouvei dies charretiers : «Que ne faites-vous^ dit-il^ une fosse « à côte> o& l'cM» enterre roit les ordures? — Msûs y « monsieur > où i»eËtroit-on la terre qu'on tireroit de ^ la fosse ? — ^ £h ! grand sot y faîtes la fosse si gjrsmde c que tout y puisse entrer^ ^

Dans un souper qui fut poussé bien avant dans la nuit , (m demanda à un Suisse quelle heure il étolt. Il tire sa montre , et voit qu'il est plus c!e minuit. « Oh ! « oh! messieurs 3 dit-il ^ il est déjà demain. »

Cléon dit à son valet un matin : « Regarde par la fef nétre s'U est jour. » Le valet lui vient dire : « Mon- « sieur , je ne vois point de jour. — Animal , reprit % Cléon y prends la chandelle 3 afin que tu voies si le jour <r se lève. * Le comte de*** lui dit : « Je viensde dîner ^ avec im poète qui nous a régalé au desi^t d'une ex- « cellente épigramme. ^ Aussitôt Cléon^Lt venir son cuisinier : «D'où vient donc, lui dit-il, ne m'as- tu pas ir encore fait man^^r des épigrammes ? ^

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