Les r«|Hd^ changemens^que les fameux bUleis de
banq^t
; XMUKjuê opérèrent dans les fortunes des citoyens , au commencement du règne de Louis X ^ , donnèrent lieu à des scènes plaisantes et naïves,quipeuvent ici trouver leur place. Un particulier de basse naissance^ayant pour toute ressource une somme de dix mille livres en billets d'état, les employa en actions de la première main. Il les fit travailler avec tant de succès,qu'en moins de trois mois il se vit en état d^avoir un équipage. C^est ce qu^il souhaitoit depuis long-temps. Pour satisfaire sa vanité > ' il court chez un fameux carrossier, pour commanderuu carrosse des plus beaux. «Dansquelgoùtle voulez^vous^ 4Ç' monsieur? demanda le carrossier. Le doublera-t-on « de velours cramoisi? Y mettra-t*on des épine ttes d'or' «. et d'argent ? — Oui , oui , de Tor , de Targent , du ve- « lours cramoisi; n'importe : vous ne sauriez le faire « trop beau; » et tirant en même temps quatre mille H- ' vres en billets de banque : « Tenez , mon ami , ajouta- « t-il, voilà des arrhes; je m'appelle un tel, et je de- « meure dans telle rue. Je vous recommande de me le « faire livrer le plus promptement que vous pourrez. « Adieu. » En disant ces mots, il disparoît. Le carrossier courtaprèslui:«Monsieur,luicrie-t-il,monsieur,quelles « armesvoulez-vous?— Toutes des plus belles, mon ami, « toutes des plus belles : » puis il poursuit son chemin.
Unautrefavoridelafortune,devenumillionnkire par les mêmes voies , invita quinze ou vingtpersonnes à dîner chez lui. Etant entré sur les dix heures du matin dans . son nouvel hôtel , il dit à sa femme : « Qu'on prépare « vingt couverts. — Gomment ! vingt couverts ? Où vou- « lez-vous que je les prenne? Vous voilà bien embar- « rassée, ma mie; donnez toujours vos ordres pour notre « dîner, et j'aurai soin du reste. » Tandis que l'on tiavaille au festin , il monte dans son carrosse de nouvelle emplette , et va chez un orfèvre pour achd^r de la vaisselle d'argent. L'orfèvre lui ouvre ses armoires, et le prie de voir ce qui l'accommodera. Comme il falloitquelque tempspour lui étalersa marchandise,notre homme s'impatientant, ctcroyantden'avoirpas le temps d'examiner pièce à pièce , lui dit brusquement : «Combien voulez- X vous me vendre toute votie boutique ? —Mais, mon- Tome IL H h
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« sicur, vows nV pensez pas^ avec votre permission.— « Eh ! mon dieu fqne de raisonneniens ! En un mot, « qu'est-ce que tout cela vaut/» L'orfèvre , après avoir vu son livre , lui dit en conscience crn'U ne pouvoilpas le lui donner h moins-de quarante mille ëcus , et q^ie c'éloi t le dernier mot* '< Eh bien ! que de façons , monsieur, « poiu» si peu de chose ! » et tirant en même temps les cent vingt mille livres en billets : « Tenez , monsieur, « ètes-vous content ? Allons , dépéchons ; emballez- « moi au plutôt cette argenterie, et qu'on m^aille cher- « cher quatre ou cinq fiacres. » Ses ordres furent exécutes si promptement , qu'à midi Ja vaisselle arriva. On k débalte, on met le service-, et tous les convives arrivés, on se place à table. Le maître ayant aperçu que les sucriers et les poivrières n'étoient que de fayence , s'emporta fort contre l'ordonnateur de son repas. « Qu'est-ce « que cela signifie? Ilmesemblequemonbuffetdoitêtre « assez bien garni, pour que l'on me serve tout en vais- « selle d'argent. — Eh ! vraiment, monsieur, ce n'est pas « ma faute , mais plutôt la vôtre : apparemment que « vous avez pris pour des sucriers et des poivrières , les 4C navettes et les encensoirs que vous avez achetés. » Un ex-laquais devenu plus riche que son maître, lui acheta toute sa maison avec des billets de banque. Les deux ou trois premiers jours de sa nouvelle fortune furent employés à courir les rues pour le plaisir de la nouveauté. Il se fait conduire enfin dans la rue Quincampoix, où étoit le bureau de la banque , et ordonne à ses gens et à son cocher de l'attendre dans la rueBourg -l'Abbé. Les laquais entrent dans im cabaret : pour lui , après avoir acheté ou vendu quelques actions, il se met encheniiu
pourregagnersori équipage. Lapluiesnrvcnant 5 il court de toute sa f^ce ; et oubliant dans l'instant qu'il esl le maîlre du Cc-flPosse, il monte par habitude derrière. Son cocher s'en étant aperçu , lui crie : «Eh ! monsieur, à « quoi pensez-vous? — Ne vois-tu pas, niaraut, reprit « le maître en descendant, que je ne lai fait que pour « voir par moi-même combien il peut tenir à peu près « de laquais? car il m'en faut encore au moins deux.» Une blanchisseuse, à Tinsu de son mari qni otoit cocher, ayant gagné quelque argent à force de tiavaiJ.
ftVDÎl engagé un agent de change à lui faire avoir des premières «oumissions. Ce fond ayant produit cent mille écuAy cette femme ne put taire plu« long-temps sa for-* lune h soù ëpoux. Cet homme ^ transporté de joie ) couit chez son maître pour lui demander son congé. Comme il entroït> un ami du maître lui dit : « Mon pauvre la « Tulipe , fais-moi le plaisir de me chercher un bon te cocher. — Ah ! monsieur, répondit la Tuhpe , je suis « dans le même embarras que vous ; car je pense ac- « tuellement à en chercher un pour mol , tel que vous te le demandez , et charité bien ordonnée commence •f par soi-même. Charlotte y ma femme , vient de gagui^ « plifts de cent mille écus à la banque ; je ne puis plus ff cm douter , je les ai vus , et je venois tout hors d'ha^ « leine prier mon maître de se pourvoir ailleurs. Je <^ vais lui annoncer celte nouvelle. Adieu , monsieur.» Un monsieur de la Verdure , qui avoit troqué sa livrée pour un hal)it de broderie , jagea à propos d*embaHer «a seignevirie dans un carrosse qu'il avoit acheté depuis pcii. Ilétoitdevenuriche actionnaire : cette circonstance jiuiïît pour ne point lui chicaner son équipage. Il avoit pris à son servîc^e un cocher de bonne mine, et deux «■and laquais fort bien faits ; car il s^y connoissoit. -Ce cocher, aussi insolent que celui de quelque grand seigneur, voulut couper la file d^une suite de carrosses; mais n^ayant pu gagner la tête des autres chevaux , par ^adresse du cochera qui il vouloit faire cet affront, ils prirent bientôt querelle ensemble ; ce qui fut accompagné 5 de part et d'autre , de coups de fouet redoublés. L^actionnaire ex-laquais meltantla tête hors de la portière : « Coquin , cria-t-il avpcocher adversaire, « veux-tu me donner la peine de descendre , pour « t^appliquer vingt coups de canne?» A peine eut-il prononcé le mot de canne , qu'un officier qui avoit été jusqu'alors tranquille spectateur du différent , saute de son carrosse , et oblige le menaçant de mettre pied à terre. Celui-ci fit d'abord bonne contenance ; mais quand il vit son homme mettre Tépée k la main , il fut si épouvanté , qu'il prit la fuite , en criant de toute sa force : « A moi la livrée ! à moi la livrée ! »
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4S6 « lirAÏVETE.
4« Prëdârio 9fbul traTailloit à traduire Uhanias, tonqu'on vint lai dire qiie sa feinine , qui langaîssoit depuis auelque temps y étoit bien malade y et qu'elle youloit mi parler : ff Un instsmt , nu instant y je n'ai « pliis que deux périodes à tradiiire, etpuisjVeonrt.^ Un second commissionnaire vmt lui amioneer qn'eile est 1 l'extrémité. « Je n'ai pltitrque deux mots^ et p k vole. » Un moment après , on lui rsipporle qu'elle ^ent de rendre l'ame. « Hélas ! j'en suia très-marri, 4t c'étoit la meilleure femme du monde, a^ Après cette courte oraison fîmèbre , il continua son trayail.
5. Un jeune homme , k qui Corneille avoit accordé st fille en mariage y étant , par le triste état de hes affaires , obligé d'y renoncer, vient le matin che* le père pour retirer sa parole, perce jusquesdânason cabiïiet, étid expose les motift de sa conduite. « Eh ! momieur, ré* « plique Comeilleyne poavez-vous, sans m'intérw)niff pre , parler de tout cela à ma femme ? Montes chc« 4C elle , je n^entends rien à toutes ces affaires, a
Ceci rappelle la naïve indifférence du savant Bmii. Un domestique court , tout effrayé , dans le cabinet de ce littérateur, et lui dit que le feu est dans sa maison: k Eh bien ! lui répondit-il, avertisse» ma femme; vwi» * savez bien que je ne me mêle pas du ménage. »
^*BrueySjdi\x\.euvà\iGrondeureXàeVAi^ocaf^ateUnj avoit la vue si mauvaise , qu'il mangeoit avec des lunettes. Louis XIV ^ qui l'aimoit , lui demanda un jour comment il se tronvoit de ses yeux : ^ Sire , répondit « Brueys^ mon neveu dit que je vois un pen mieux. »
y. Racine ayant mené La Fontaine^ son ami , à ténè^ bres , et s'apercevant que l'office lui paroissoit long, Im donna, pour l'occuper, un volume de la Bible, qnî contenoit les petits prophètes. 11 tombe sur la prière des Juifs dânsBaruch, et ne pouvant se lasser de l'ad-
e Jîtfjours
- - — ...^ quelques
S^""*' -, ^^. <^on«oJssance , après les conipltmens ordinaires , il^levoit sa voix ponî- dire : « Avez-Tous « lu Bcruch ? Oh ! que cétoit un beau génie ! »
Naïveté. 4%
Un jour il vint trop tard à Pacadémie , et , suivant l'usage, il ne devoit pas avoir part aux jetons de cette séance. Les académiciens, qui Paimoient tous, dirent^ d^un commun accord , qu^il falloît, en sa faveur, faire une exception à la règle : « Non ^ messieurs, leur dîl- « il , cela ne seroitjpas juste ► Je suis venu trop tard , « c^est ma faute. » Étant à table chez un de ses amis, • il s^ennuie de la conversation , et se lève. On lui demande où il va. Il répond : « A Pacadémie. » On lui représente qu^il n^est encore que deux heures. « Je le ^ « sais bien , dit-il : aussi je prendrai le plus long. »
Il s^étoit brouillé avec sa femme, et Boileau lui persuada d^aller à Château-Thierry se réconcilier avec elle. 11 part dans la voiture publique , arrive , demande avoir «a femme, et on lui répcmd qu^elle' est au salut. Enl'attendant , il va voir un ami qui le reçoit avec plaisir. Se trouvant bien traité , il ne désire plus rien , ne songe plus à rien , passe deux jours et deux nuits chez cet ami. La voiture repart ; il y entre et revient à Paris. Boileau^ en le voyant, lui demande des nouvelles de sa réconciliation , et comment son épouse Pa reçu. «Bon, 4i dit-il , je n*ai pas pu la voir ; elle étoit au salut. )>
Quoiqu^il ne vécût point avec cette épouse , et qu'Si s^inquiétàt peu de sa conduite, un jour pourtant on lui inspira des soupçons *, (hi lui persuada même qu'il de* voit se battre avec Poignan , ancien capitaine d^^^a* gons , retiré à Château - Thierry , et pour qui , lui disoit-on , madame de la Fontaine avoit d'excessives complaisances. Le trop crédule fabviliste va trouver ce prétendu rival dès quatie heures du matin 5 et, d'un ton menaçant , le presse de le suivre avec son épée. Poignan se lève , le suit sans savoir pourquoi ; et tous deux arrivés hors de la ville ; « Je veux me battre contre <( toi , lui dit La Fontaine , on me Fa conseillé pour K mon honneur. // A ces mots, il met Tépée à la main. D^un coup de poignet son adversaire le désarme , et tous deux vont se réconcilier en dé jeûnant ensemble.
Se trouvant dans une maison avec son fils , qu'il n'avoit pas vu depuis long-temps , il ne le reconnut point. « Ce Jeune homme a de Tesprit et du goût ^