Pythius y gouverneur d\ine ville de Phry^jv
ctoit un homme riche et avare , qui faisoit creuser des inines dans (eut le pays , de manière qn'il ne restoit presque plus de terres pour laJjourer. Sa femme lui fît sentir, par un stratafçcme adroit, 1 ^extravagance d'une telle conduite. Ptodant Tabsence de son mari, elle fit faire une tahle d'or , ainsi que tous les vases qui serrent à la table : elle fit même représenter en or la figure des mets que son mari aimoit le plus. Lorsqu'il fut de retour , on mit devant lui , à l'heure du répfas , la table et les vases d'or. Ce spectacle le réjouît d'abord ; mais , la faim commençant à le presser , il ordonna qu'on servît. On lui apporta les mets d'ôr , qu'on avoit fabriqués en son absence. Pythitis cômr mença à s'ennuyer de ce jeu , et , tout en colère, demanda quelque chose à manger. « Né voyez-vous pas, « lui dit alors sa femme , que I*W ne nourrit pas les « hommes ? Vous ne songez qu'à tirer de l'or au sein « de la terre , au lieu d'en tirer les fruits nécessaires à « la vie. Vous ruinez l'agriculture ; et tous vos sujets « mourront bientôt de faim, si vous continuez. » Py* thius profita de cette leçon , et changea de condtdte.
i&. On fit à M. delïarlai une plainte d'une fausseté que Nibohet, procureur, avoit commise ; mais on n*a- Yoit pas assez de preuves pour le convaincre. Le magistrat le manda , et le reçut avec un visage sereiù qui charma cet officier subalterne. « Asseyez-vous, M, rfi- « bob et. » Le procureur témoigna qu'il recevroit debout les ordres de Sa Grandeur. «Non,non, jevetltabsolu- « ment que vous soyez assis. » M. Nibobét cfbéit , et alla prendre une chaise pour s'asseoir. « Un fauteuil , « s'il vous plaît, M. Nibobety un fauteuil. — Ah ! mon- « seigneur, vous me remplissez de conftisionj » et, en disant ces mots, le procureur conçoit les pliisflatteuses esjyérances. « Couvrez-vous donc , M. Nibhbet , » continua le magistrat. M. Nibobety qui n'avoit plus lat force de résister à ces lionnêtetés excessives, se cdnVrit- M. de Harlaiy après s'être arrêté quelqite temps , prit tout-à-coup un visage sévère , où régnoient la colère et la terreur. « M. Nibobet, lui dit-il, vous avez commis « une fausseté. » Il lui détailla son crime. « C'est chez*
« VOUS un péché dlml/kude : si Ton achève de m'érlair- ^ cîr là-dessus , je vous avertis que je vous ferai pen- « dre. Serviteur, M. Nibobet. » Getle leçon fut utile au procureur , qui ne tarda point à se corriger.
19. L'empereur Constantin donna une belle leçon i im courtisan avide , possédé du désir d'accnninlor des richesses. Avec une pique qu *il tcnoit , par hasard , à ]a main y il traça sur la poussière à peu près la figure et Fétendue du corps humain ; et , s'adressiint à ce courtisan : « Que vous en semble , lui dit-ii ? Quand « voa$ auriez amassé toutes les richesses de Tuniveis , « et quand vous seriez maître de tou( e la terre , n'est* te îl pas vrai qu^ jbientot vous n'o(xuperez ])liis que ft ce petit espace que je viens de circonscrire 5 cucofkte y suppose qu^on vous Taccorde r* »
20. Un gentilhomme de la maison de liOuis XII avoit maltr<iité un paysan. Le iiK)narquo ordonne de retrancher le pain à cet officier , et de ne lui servir que 4© ï* viande et du vin. Le gentilhomme s'en plaint au rei , qui lui demande si les mets qu'on lui sert ne sussent p9is} « Non , sire , puisque le pain est esscn- « liel à la vie. — Eh ! pour(j[uoi donc , reprit le prince , « éles-vous assez peu raisonnable pour maltraiter f ceux qui vous le mettent à la main ? »
21. Benoit XIV y n'étant encore qu^archevêque de Bolognje , apprit qu'un curé de son diocèse setoit rendu coupable d'une faute exti-émcment grave. Il va k trouver : « Mon frère ^ lui dit-il, je dois à Dieu seul lia grâce de ne point prévariquer : je viens pleurer I avec vous et non vous gi^onder. Le scandale que ivoiis avez <îausé ne peut se réparer qu'en qiiitt tant votre paroisse. Je vous donne un bénéfice sim- I pie i qui vaut au moins votre cure. Allez , ne péchez f plus ; embrassez-moi comme un père qui verse des c {armes sur un fils qui lui sera toujours cher. Vous f viendrez me voir de temps en temps , car il faut cq^'un ministre des autels soit toujours honoré. )►
On lui dit qu'un malheureux poète avoit fait utlte tttire amère contre lui. Il se la procura , la lut , la rorrigea de sa propre main , et en l'envoyant à
l'auteur , il lui conseilla de suivre ses corrections , parce qu'elle s'en vcndroit mi'eux.
t . i ORSENNA j roi des Etrusques , résolu de rétablir ^ur le trône Tarquin-le-Superbe qui avoit imploré son assistance , vint assiéger Rome avec une armée aussi nombreuse que redoutable. Bientôt la ville fut réduite à la plus triste extrémité ; et cette cité fameuse , qui nourrissoit dans son sein les conquérans fîifcurs de Funivers , ^Uoit tomber sous les coups d'im voisin trop puissant 5 lorsqu'un jeime Romain, appelé iMitfiaj Scévola y forme le dessein de délivrer sa patrie , par quelqu'entreprise nouvelle et hardie. Il passe dans le * camp des ennemis , après en avoir demandé la permission au sénat , en faisant entendre qu'il méditoit quelque grand projet, mais sans s'expliquer clairement. I^ trompe les gardes , qui le prennent pour un homme de la nation , parce qu'il ne paroissoit porter aucune arme , et qu'il parloit leur langue. Il pénètre jusques dans la tente du roi , qui , accompagné d'un secrétaire vêtu à peu près comme lui , payoit la solde à ses troupes. Mutins , ne voulant pas demander lequel étoit le rpi, de peur de se découvrir, et voyant que les soldats s'adressoient plus souvent au secrétaire, se détermine enfin , et perce le ministre d'un coup de poignard. Il est saisi sur le champ malgré toute sa résistance , et traîné devant le tribunal du monarque irrité. Mais alors même , à la vue de mille affreux supplices qui le menacent , il paroît dans une contenance intrépide , plus capable d'inspirer de la terreur que d'en recevoit. «Je « suis Romain, dit-il, mon nom est iMferiz^j; j'ai voulu « tuer l'ennemi de ma patrie 5 et je n'ai pas moins de . <(^urage pour souffrir la mort, que j'en ai fait parcHtre «TO voulant te la donner. Agir avec intrépidité, soufi/c fi^ir avec consta nce , telles sont les vertus d'unRomain. « Je ne suis pajs ie seul qui ai formé ce dessein cont(^o
<c toi : une foule de guerriers , après moi , aspirent à fr la même gloire. Prépare -toi donc à de continuelles « alarmes; avoir, à chaque instant, le glaive suspendu % sur ta tête ; à trouver toujours à Tentrée de ta Lente « un ennemi secret qui épie le moment de te poignar- « der. Voilà la guerre que te déclare la jeunesse ro- « maine. Ne crains point de bataille générale :" tu seras (c seul attaqué , et tu n^auras à le défendre que contre « un seul ennemi. » Le roi , plein de colère , et tout à la fois frappé du danger dont Mutius le menace , ordonne "de Tenvironner de flammes , pour Tobligcr à s^cxpliquer nettement ; mais le Romain , sans s*éLonner : « Vois , dit-il , en mettant la main sur un brasier €, ardent , vois combien méprisent leurs corps ceux « qui envisagent une gloire immortelle. » Il la laissoit brûler , comme s^il eût été insensible 5 mais Porsenna , hors de lui-même à la vue d'un tel prodige , fait éloigner Aludus : « Retire- toi , jeune homme , encore plus en- « nemi de toi-même que du roi des Etrusques. Je t'ente couragerois à ne point dégénérer d'une telle vertu , « si c^étoitpour ma patrie que tu en fisses usage : au « moins je te laisse aller en liberté , sans que tu aies te rien à craindre de ce que les lois de la guerre me don- « nent droit de te faire souffrir. » Alors Mutius , comme pourreconnoître sa générosité, lui déclara qu'ils ctoient trois cents qui avoient conspiré contre lui , qu'il éloille premier sur qui le sort étoit tombé , et que les autres viendroient chacun à leur rang. Le prince , intimidé par le danger qu'il venoit de courir , et plus encore par la vue de ceux auxquels il s'attendoit d'être exposé tous-les jours , songea sérieusement à faire la paix. 2. Après que Xerxès fut entré dans .la Grèce avec une armée formidable j un Athénien nommé ^gésilas, frère de Théndstacle ^se rendit, comme espion, dans le camp des Perses ; et , voyant un seigneur vêtu trèsmagnifiquement, il le prit pour le roi, et le tua. Le» gardes l'arrêtèrent, et le conduisirent au monarque , qui faisoit alors un sacrifice.. Agélisas mit sa main dans le feu de l'autel , et ,.sans jeter un cri , sans donner aucunsigue de douleur, illabrûlatoute entière. Xerx&s:
3^étonnant de cet excès de courage : « Prince , lui dît « rintréplde jeane homme , tous mes compatriotes en « ont autant que moi ; et ^ si vous en doutes , cette « autre main , que je vais punir de la mal-adresse dç « la première , vous prouvera la vérité de mes pa«? « rôles. )^ Et en même temps , il la porta sur le bra^ sier; mais le prince Ven empêcha ^ et le renvoya sans lui faire aucun mal.
3. Caton d'Utique, étant encore enfsint, fut conduit dans la maison de Sylla. Voyant qu^on apportoit aa dictateur la tête de plusieurs illustres citoyens, il der manda à Sarpedon , son précepteur , pourquoi personne ne tuoit Sylla ? « rarce que les Romains , rd- <( pondit le pédagogue , craignent plus Sjlla c^'ils « ne le haïssent. — Eh ! que^ne me donniez-vous une <( épée ! répondit vivement le jeune homme ^ j'auroÂs :<<c délivré Rome de ce monstre sanguinaire. »
4« Lorsqu^on menoit S.Symphorien au suppliée, sa mère lui cria de dessus les murailles de la ville : .4i Mon fils y souvenez*vous du Dieu vivant ; armez- '« vous de constance et de force : élevez votre cœujr « vers le Ciel , et regardez celui qui règne dans ce « séjour de gloire. On ne vous 6te point la vie; on ne « fait que vous la changer en une meilleure : on vous « conduit au bonheur éternel. Le chemin est étroiV « et difficile ; mais il est court. » Le courage de cette pieuse mère passa dans Tame de son fils. Hein d^un« sainte ardeur de consommer son sacrifice, et de donner sa vie pour son Dieu , il rit sous le glaive du bouiTeau ; il expire avec la gaieté d^un héros qui triomphe*
5. Or i gène soupiroit avec tant d^a]::deur après la gloire du martyre , qu^à peine sorti de Pen£auaice , il suivoit tous les chrétiens que les magistrats païens in* soient arrêter. Il les accompagnoit au tribunal de leurs juges; il entroit, malgré les gardes, dans les cachots ou. Ton jetoit ces innocentes victimes •; il faisoit , en un mot, tout ce qui dépendoit de lui pour être chargé des mêmes fers , et pour partager leurs tourmens. Mais, soit que Les persécuteurs ne fussent plus si sévère s.^ et qu'ils pardonnassent à la foiblesse de son âge ^
COURAGE, 5f
«oîl pkitôt cpie la Providence le réservât à des travaux plus utiles à la religion, il n^eut que le mérite de soa généreux héroïsme. Léonide sou père, qui fut depuis évéqiie , ayaat été mis en prison avec les aulres'Fidè^ les, et diCvant silbir le lendemain son interrogatoire, Origèncy plus animé que jamais, résolut de s^y trouver; mais, pendant la nuit, sa mère profitant de son sommeil, enti^a doucement dans sa chambre, et enleva ses vétemens. Se voyant donc frustré de son espé-^ rance , et ne pouvant se montrer en public , il écrivit à son pèi'C une lettre pleine d'éloquence et de feu , pour l'exhorter à la pei'sévérancc.
6. DesmJarets y avocat-général, célèbre par sa douceur, par son éloquence , par son intégrité , .ayant été condamné , par le crédit de sos ennemis , à perdre }a tête sur ua é.cbafaud , malgré les importans services qu^îl avoit rendus à Charles Vly exhortoit, en allant au suppfice, sçs concitoyens à la fidélité et à l'obéissance qu'ils dévoient à leur souverain , et se montroit cxtrêmenieatsensible àlacompassion qu'ils lui Lémoignoient. Il subit la mort avec un courage et une fermeté audessus de son grand âge : il avoit soixante-dix ans.
7. Le courage d'un jeuj^^e Lacédémonien mérite d'autant plus notre admjiration , que son âge nous offre p^u d'exemples semblables. Il étoit esclave : son mailre avoit toujours loué la promptitude avec laquelle il le servoit ; loais un jour , lui ayant ordonné de lui apporter le bassin destiné ai^x besoins de la n,ature > cet office indigne le révolta ; et , se rappelant la liberté qu^il avoit perdue , il refusa d'obéir. Voyant son maître irrité de ce refus : « Aciietez des esclaves f plus dociles , » lui dit-il 3 et sur-le-champ il se pré-r cipita par la fenêtre.
8. lie fils de Crassi/s, ce Romain si célèbre par ses richesses et par sa puissance, s'élant trop abandonné à laitieiurde son courage, fut tué dans un combat. Les ennemis mirent la tête du jeune guerrier au bout d'une lance ; et s'approchant du camp des Romains , ils leur montroient avec insulte ce trophée , triste monument de leur défaite. Ce func^tie spectacle n'abattit point le
courage du père. Il couroit de rang- en rang pouf exhorter les soldats : « Romains , leur disoit-il , la « mort de mon fils est le m^ilheur d'un particuËer ; « cette perte me regarde seul , et je m'en console en « pensant que ceux qui lui survivent peuvent , par « leur courage , sauver la république. »
9. Le célehre Marius avoit des verrues aux jambes: un chirurgien s'offrit de les lui couper. Durant cette cruelle opération , l'intrépide Romain ne souffrit pas qu'on le liât , ni que personne le tînt. Il ne poussa pas même un gémissement ; et il supporta avec tant de patience cesr douloureuses incisions , qu'on eût di^ qu'elles se faisoient sur un corps étranger , ou qu'il avoit entièrement perdu le sentiment. Cependant , lorsque l'opération fut achevée sur une jambe, et qu'il fallut donner l'autre , Marius dit au chirurgien : « Pour éviter une légère difformité , ce n'est pas la « peine de souffrir un si cruel tourment ; » parcdes qui montrent que Marius n'avoit pas été insensible à la douleur, mais qu'il l'avoit surmontée parson courage.
10. Dans un combat contre les Anglais, le fameux duc de Guise , surnommé le Balafré , fut frappé , entre le nez et l'œil droit, d'une lance qui, s'étant rompue
ar la violence du coup , lui laissa dans la plaie tout e fer avec un tronçon du bois. Un coup si violent ne lui fit cependant pas perdre les arçons ; et il eut la force de revenir au camp à cheval. Il y entra dans un état à faire horreur. Ses armes, ses habits, son visage étoient couverts de sang. La profondeur et la largeur de la plaie effrayèrent les chirurgiens : plusieurs d'entre eux ne voulurent point toucher à la plaie , disant qu'il étoit inutile de faire souffrir un homme qui n'avoit pas deux heures à vivre. Ambroisé Paré, premier chirur^ gien du roi , arrive , avec ordre de tout risquer pour sauver la vie du prince. Le chirurgien voyant que le tronçon de la lance étoit entré de telle sorte dans la tête , qu'on ne pouvoit le saisir avec le mains , prend des tenailles de maréchal , et, en présence d'une foule d officiers, il demande au blessé s'il consentoit qu'il riscjfiàt l'opération, et qu'on lui mît le pied sur le visage
COURAGE. Sg
pour arracher le Ironcon de la lance ? « Je consens à « tout , dit le prince ; travaillez. » Celle manière de panser une blessurç fit frémir tous les speclatcurs. Guise seul parut tranquille, jusqu'à ce que les tenailles tirant le bois avec force , il s'écria : «Ah ! mon « Dieu ! » Cette exclamation fut le seul témoif^naj^e de douleur qu'il donna pendant toute la durée de cette cruelle opération.
1 1 . Au siège de Pultava , que Charles XII entreprit en 1709 , ce monarque , l'Alexandre du Nord , reçut un coup de carabine qui perça sa botle au talon , et le blessa dangereusement. Mais son courage lui faisant surmonter la douleur , il continua de visiter les travaux , et resta encore à cheval pendant près de six heures , sans donner aucune marque qui pût faire soupçonner qu'il étoit blessé. Un domestique du général 5]parre s'étant aperçu qu'il sorloitbeaucoupdc sang de la botte du roi, en avertit son maître. On crut d'abord que c'étoit quelque grand coup d'éperon qui nvoit piqué son cheval ; mais le domeslique ayant assuré que c'étoit de la botte du roi que le sang sortoit , on fit venir des chirurgiens pour le visiter. Sa jambe s'étoit enflée considérablement : il fallut le .descendre de cheval. Les chirurgiens , après avoir examiné sa plaie , craignirent 'que la gangrène ne s'y mît, et jugèrent qu'il &lloit lui couper lia jambe , arrêt qui répandit la consternation dans toute l'armée. L'un d'eux, nommé Newmany plus éclairé que les autres, dit qu'il y avoit un moyen de guérir la jambe du roi sans la couper , mais qu'il étoit douloureux , et qu'il n'osoit l'employer. « Comment ! dit le monarque en colère. Je ne prétends « pas que vous ayez plus d'égard pour nioi que pour « le dernier de mes soldats : je veux que vous tran- « chiez de même; je vous l'ordonne, obéissez. » Ncw^ man , rassuré par ce discours , fit de profondes incisions dans la jambe du roi , sans que ce prince donnât le moindre signe de douleur, et le m\i , en peu de temps , en état de soutenir le brancard.