DOCILITÉ
l. IlJe célèbre hysandre , général de Lacédémone» trop grand pour resteç simple sujet , avoît porté sea regards sur le trône \ mais la mort avoit renversé ses
{>rojets ambitieux , et la conjuration formée contre es deux souverains quircgnoientà Sparte, étoit restée dans un profond secret. Elle fut eonn découverte par une espèce de hasard. Sur quelques affaires qui regardoient le gouverneur , on eut soin d^aller consuher les mémoires que l^sandre avoit laissés , et Agésilas se transporta dans sa n^aison. En parcourant ses papiers, il tomba sur le cahier oà Ton s^voit transcrit la harangue que Torateur Eléon avoit préparée sur la nouvelle mauiere de procéder à Télection des rois. FVappé" de cette lecture , le monarque quitta tout , et sortit brusquenientpour aller communiquer cette harangue au peuple , ei lui faire voir quel homme c 'étoit que îjysanare y et combien on s'étqit trompé à son égard*. 'M.Bis' Lu cratidas y homme sage et prudent, et qui étoit le président des éphores , le retint , en lui disant , « qu'il ne falloitpas déterrer Lysandre , mais enterrer « avec lui sa harangue , comme une pièce très-dan- « gereusç par le grand art avec laquelle elle étoit « composée. » Asésilds le crut ; et la haranfi[ue demeura ensevelie aans le silence et dans. Poubli.
2. Par une conduite que la flatterie avoit introduite , çt que toléroit la timide complaisance des prélats, le» empereurs , pendant la célébration de Toffice, étoient assis dans le sanctuaire , où les prêtres seuls avoient kur place , selon l'ancienne discipline. Un jour que Théodose y étoit resté , après avoir fait son offrande , 3. Ambroise s'en étant aperçu , lui envoya demander ce qu'il attendoit : « J'attends, répondit l'empereur, le « moment de pcorticiper aux saints mystères. » Alors l'évêque lui fit dire par un de ses diacres , que le sanc- \v^ire étoit réseivé aux seuls prêtres j que la pourprç
donnoit droit à Tempire , mais non pas au sacerdoce y et qu^il devoit prendre place avec les autres laïques- Théodose reçut cet avis avec respect , et se retira hors de la balustrade , en disant qu^il n^avoit pas eu dessein de rien entreprendre contre les canons de l'Eglise ; qu^il avoit trouvé cet usage établi à Constantinople^ et qu^il remercioit Pévêque de Favoir instruit de son devoir. Il retint si ^fidellement cette leçon , qu'étant retourné à Constantinople , la première fois qu'il vint dans Péglise , il sortit du sanctuaire , après avair porté son offrande à Pautel. L'évêque Nectaire lui ayant envoyé demander pourquoi il ne restoit pas dans Tenceinte sacrée : « Hélas ! dit-il en soupirant , « j'ai appris bien tard la différence d'un évêque et « d'un empereur. Que de temps il m'a fallu pour trouer ver un homme qui osât me dire la vérité ! Je ne « conjiois qM'jimbroise qui soit digne du nom d'évê- « que. » Depuis ce temps , les empereurs prirent leur
{)lace dans l'église , à Ja tête du peuple , hors de 'enceinte destinée aux prêtres ; et cette réforme subsista sQus les successeurs de Théodose , jusqu'à ce que les jarinces usurpèrent une partie des fonctions ecclésiastiques ; et que , par un mélange bizarre , voulant être tout à la fois empereurs et évêques , ils ne furent ni évcques ni empereurs.
1. Va^E n'est pas, disoit le grand Fabius j parles fouets ni par les chaînes , mais par les caresses et les bons, traitemens qu'on apprivoise les animaux féroces : il n'y a que la douceur et les bienfaits qui puissent humaniser les caractères durs et farouches. Le laboureur n'arrache pas le figuier et l'olivier sauvage ; mais en y insérant un coin d'un arbre plus doux , il corrige l'âpreté naturelle de leurs fruits.
2. On d^mandoit à Alexandre-le-Grand comment^ «n si peu de temps , et dans un âge si peu avancé , il avoit pu conquérir tant de régions , el fonder une si
vaste monarchie ? « C'est, réponditril , en traitant èi « bien mes ennemis , que j'en ai fait des amis ;-.et « en caressant si soigneusement mes amis , qu'ils se « sont attachés inviolablement à mon service, Ponr-s'al-? « tacher ses conquêtes , il faut subjuguer les coeurs. >
3. Caton l'ancien rëpétoit sans cesse cette maxime aux grands de Rome : « Usez avec modération de votr« « puissance , si vous voulez en user long-temps. La « douceur entretient Tautorité ; la rigueur la détruit.^
4* Lacédémone commandoità toute la Grèce; mais la dureté et la hauteur de ses capitaines rendoientson autorité odieux à tous les alliés. Au contraire , les manières douces et honnêtes d'Aristide et de Cimon , chefs des Athéniens ; un éloignement infini de tout air impérieux et fier , qui n'est propre qii'à révolter les esprits 5 une bonté et une affabiUté qui ne se démentoient en rien , et par laquelle ils savoient tempérer l'autorité du commandement et le rendre aimable ; l'humanité et la justice qui paroissoient dans toutes leurs actions ; l'attention qu'ils avoient à n'offenser personne et à faire du bien à tout le monde 5 enfin , toutes les vertus sociales que ces deux grands hommes faisoient éclater dans leur conduite , leur gagnoient tous les cœurs , et faisoient aimer la ville qui avait donné le jour à des héros si estimables. Bientôt lé mécontentement contre Lacédémone éclata , ettousles alliés passèrent sous la protection et sous la puissance des Athéniens avec le consentement même de Sparte 5 ainsi Aristide , en opposant au despotisme beaucoup de douceur et d^huraaiiité , en inspirant à Cimon son collègue les mêmes sentimens , détacha des Lacédémoniens , insensiblement et sans qu'ils s'en aper^ eussent , l'esprit des alliés , et leur enleva enfin le commandement, non de vive force, en employîint des armées et des flottes , et encore moins en usant de rude et de perfidie , mais en rendant aimable , par une conduite sage et douce , l'administration des Athéniens.
5. Pendant la seconde guerre punique, Marcellus y }k qui son intrépide valeur fit donner le glorieux surnom à'épée de la république , se rendit à Noie ^ me-,
nacëedepuisquelque temps par lesarmesdii redoutable AnnihaL La discorde rëgnoit parmi les citoyens de cette ville. Le sénat étoit sans cesse oppose au peuple, qui vouloit abandonner les Romains , pour suivre la fortune de Carthage. On rcmarquoit sur-tout , parmi les {>artisans de celte république , un honune que sa tiaissance et sa valeur éfevoicnt au-dessus de tous ses compatriotes. On Pappeloit Boa/y/^W. U s'éloit singulièrement distingué à la bataille de Cannes , où , après &voîr immolé une foule de Carthaginois, il ctoit tombé enfin sur un monceau de moris , le corps percé de m iile traits, -^^nniAûZrayanttrouvédansceletat, avoitadmiré son courage, Tavoitfaitpanser ; etaprèsavoircontracté avec lui la plus étroite amitié , il Tavoit renvoyé nonseulement sans rançon , mais encore chargé de riches -présens. Bondiits y de retour à Noie, et voulant marquer sa vive reconnoissance au général de Carihage , étoit un des plus ardens pour son parti. Il encouragcoit le peuple ; il le portoit perpétuellement h la révolte, Marcellusne pouvoit se résoudre à perdre un homme «courageux, et qui tant de fois avoil exposé sa vie sous les drapeaux de Rome. Il résolut plutôt de le ramener ar la douceur , et par des marques d^cstime auxquelles es hommes braves et généreux sont toujours sensibles. Bondius étant donc un jour allé faire sa cour au Sénëral romain , Marcellus lui demanda qui il étoitl le connoissoit depuis long -temps; mais il vouloit trouver un prétexte pour entamer avec lui une conversation particulière, Bondius lui ayant dit son nom , Marcellus , comme ravi d^étonnement et d^admiration, s'écria : « Eh quoi ! vous êtes ce Idimeux Bondius qui, « dans les plaines de Cannes, a signalé sa magnanime « bravoure par mille exploits héroïques , et qui seul « fidelle au consul PauUEmile , a reçu sur son corps « la plupart des traits lancés àce général?— C^estmoitf Ttxètne , répondit Bondius ; et si vous en doutez , « voyez , s'écria-t-il en découvrant les cicatrices de ses « blessures , ces témoins parleront en ma faveur. — « Mais dites-moi , méchant que vous êtes , reprit Marc cclbis ^ comment , après avoir donné 4e si grande^
1o6 DOITCEUR.
« preuTesde voire attachemeut, n'êtes-vous pas venu « d^abord à moi ? Pensez-vous donc que les iVomains soient assez ingrats pour ne savoir pas récompenser la vertu de leurs amis y eux qui savent si bien ho- « norer et estimer celle de leurs ennemis même ? » Après ces gracieuses paroles , qui furent accompagnées de beaucoup de caresses^ il lui donne un beau cheval de bataille , avec une somme de deux cent cinquante livres. Depuis ce moment , Bondius servit comme de garde à Marcellus ^ et fut entièrement dévoué à ses mtorêts. Comme il avoit été lié avec tous les mécontens qui étoient dans la ville ^ il les dénonça à MarceUus^ et lui apprit que leur dessein étoit de fermer les portes y dès que les Romains seroient sortis pour marcher aux ennemis ; de piller leurs bagages , et de se rendre aux Carthaginois. MarcelluSy averti de cette conspiration , range ses troupes en bataille dans, la ville même , place le bagage à la queue , et fait publier^ à son de trompe, défense aux habitans de paroitre sur les murailles. Cette solitude trompa Annibaly qui, voyant les murailles désertes , ne douta point qu'il n^j eût une grande sédition dans la ville ; et y plein de confiance , il s'en approchoit avec moins d^orore et de précaution. Dans ce moment y Marcellus commande qu^on ouvre la porte qui est devant lui ; et sortant avec sa meilleure cavalerie , il charge de front Tenr nenii , et l'enfonce. Un instant après , on ou\Te une seconde porte. L'infianterie sort rapidement et avec de grands cris 5 et comme Annibat veut partager ses troupes , pour faire tête à ces dernières , on ouvre une troisième porte , et tout le reste des troupes sort en même temps, pour tomber sur Tennemi déconcerté par cette irruption soudaine. Pour la première fois , Annibal. recule devant les Romains ; et ce triomphe de Marcellus est le fruit de sa douceur.
- 6. Un insolent donna un coup de pied à Socrat^. Le sage souffrit patiemment cet outrage ; et comme ses amis lui reprochoient son insensibilité : « Que « vouliez-vous donc que je fisse , leur demanda-t-il ? « — Il falloit citer c^ nxisérable en justice , et demait^
fc der raison de cette insulte. — Quoi ! TcpritSocratey f si un âne en passant j me donnoit un coup de pied j « il faudroit donc aussi le traduire devant les triibunaux ? »
7- Nouschirvany surnommé Kosrouy ou Chosroèsy premier du nom , roi de Perse , avoit défendu h. un des officiers de sa cour de paroi tre devant lui. Le jour étant venu auquel les rois de Perse avoienlooutume de tenir leur cour p!énièrc , ce qui arrivoit une fois tous les ans , cet officier disgracié se présenta pour donner la serviette. Chacun crut alors que cet homme avoit été rétabli en grâce , et aucun des gardes n^ se mit en peine de le faire retirer. Il prit si bien son temps Piendant que le festin duroit y qu^il mit un plat d^or sous son bras y avec lequel il disparut aussitôt. Nouschiri^an seul s^en aperçut , et n'en témoigna rien. Les tables étant levées , celui qui avoit soin de la vaisselle d'or , voyant qu'il lui manquoit un plat , fit un fort grand bruit pour le trouver. Le monarque alors lui imposa silence y et lui dit : « Celui qui a pris « le plat ne le rendra pas y et celui qui le lui a vu € prendre ne le découvrira jamais. » L'année suivante, le même officier vint se présenter au festin royal y qui se faisoit selon la coutume \ et Nouschirvan , qui l'aperçut y le faisant approcher de lui , lui demanda secrètement si l'argent qu'il avoit tiré de son plat étoit fini. L'officier , tout confus de ce que son vol avoit été découvert, se jeta aussitôt à ses pieds y et lui demanda pardon de sa faute. Alors le prince , usant de sa géné- Toûlé et de sa douceur ordinaires , non-seulement la lui pardonna y mais le rétablit encore dans sa charge.
8. Ptolfimée JJ du nom, fils de LaguSy surnommé Philadelphe , voulant éprouver un grammairien fort ignorant, lui demanda quel étoit le père de Pelée- Le grammairien , qui peut-être n'en savoit rien, répondit: « Prince , dites-moi auparavant quel est le père de « Lagus ? » Les courtisans du roi d'Egypte lui con^ leillèrent de punir l'insolence de cet homme. « Je f serois injuste si je le punissois , répondit le mo- « Qjar(][ue 3 c'est moi qui l'ai attaqué le pcmiçi^.. ^
io8 û o t; c E û R.
9. L'empereur Antoniii , surnommé le Pieux et lé Débonnaire , montra dans tous les temps de sa vie) une douceur inaltéi'able et supérieure aux injure^. Dans une famine , la populace , qui ne se connmt plus lorsque le pain* lui manque y lui ]eta des pierres. Antonin , au lieu de venger Tautorité outragée , fit achetel* du blé qu'il distribua gratuitement aux pauvres citoyens.
Il visitoit un jour la maison d'un opulent sénateut qu'on nommoit Omulus, Il y aperçut avec admiradoU des colonnes de porphyre , et lui demanda d'oài loi venoit un ornement si magnifique : « Souvenez «voué « bien, répondit brusquement Omulus, lorsque vou^ « êtes dans la maison d'autrui , que vous devez éttè « sourd et muet. )) Antonîn supporta patiemment dette incartade d'un sénateur si peu respectueux. Vayet Bonté y IrmuLCENCE , Patience.
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i.JLiE législateur de Laeédëmone, Lycurgue^ prit deux petits chiens de même race , qu'il éleva chez lui ^'une manière bien différente. Il nourrit Tun avec délipatease y et forma Tautre aux exercices de la chasse. Quand Vise eut fortifié le corps et les habitudes de ses deux élèyes^ il les amena dans la place publique^ fit placer devant eux des mets friands^ et lâcha ensuite un lièvre* Aussitôt Pun de ces chiens courut vers les meta dont il avoit coutume d'être nburrij Tautre se mit k poursuivre le lièvre avec ardeur. En vain ranimai timide veut éviter Tennemi. Le chien le presse , et l'attrape. Tout le peuple applaudii à son adroite agilité. Alors lycurgue y s'adressant à l'assemblée : « Ces deux m chiens, dit-il, sont de même race ; voyez cependant « la différence que l'éducation a mise entre eux. y>
2. « Quand vous instruirez votr« fils dans les lettres , c disoit-on au philosophe Aristippe , quel prp^ en « retirera-t-il ? — Du moins, répondit lé sage, quand c il sera assis au théâtre , on ne. pourra pas dire de « lui , que c'est pierre sur pierre. »
II demandoit cent drachmes pour élever le fils d'un citoyen très-riche* Cet homme avare se récria sur la grandeur des honoraires exigés : « Je pourrois, dit-il, « à moins de frais , avoir un esclave habile dans les « lettres , qui instruiroit mon fik. — Eh bien ! ré- « fondit Aristippe , achetez cet esclave : il fera bientôt « de votre fils un autre lui-même , par le cœur et par « les sentimens ; voyez quel profit ! au lieu d'un « esclave , vous en aurez deux. )>
3. Quelqu'un disoit kAgasiclèsy roi de Lacédémone, qu'il s'étonnoit de ce qu'étant avide de s'instruire , il ne faisoit pas venir auprès de lui Philophane^ sophiste alors très-célèbre. « Je veux, répondit-il , être le disciple « de ceux dont je tiens Je jpur. ,^ Il ne pou\ovl'ç«L& îaca:^
IID ÊOUCATIÔÏr,
entçndre plus clairement 3 que la meilleure éducatidtt est celle qui se donne par les parens eux-mêmes*
4. Dès que Philippe , roi de Macédoine , eut recula nouvelle de la naissance à" Alexandre-le-Grand , son fils , son premier soin fiit de songer à son éducation ; et pour remplir cet objet avec succès , il lui choisit peut précepteur le célèbre Arhtote^ Pun dés plus fameul philosophes de la Grèce* « Je vous apprends , lui écrivit» « il , que le ciel vient de me donner un fils. Je rends grag» « ces aux dieux , non pas tant du présent qu'ils me font , « que de me Pavoir fait du temps à'Aristote. J^âi lieu dé « me promettre que vous enferez un successeur digne « de nous, digne de commander aux Macédoniens.»
5- La fameuse Cornéïie , mère des Gracques , éleva ses enlans avep4ant de soin , que , quoiqu'ils eussent reçu les pluX heureuses dispositions , on jugeoit qu'ils dévoient ehcore plus à l'éducation que leur avoit don' née leur nièrè, qu'à la nature même, La réponse que fit Cornéïie , Jiyleur sujet, à une dame campanienne'^ prouve combieV ^U^ avoit à cœur ce droit matemeL Cett^dame qui ^ç toit très-riche , et encore plus fes-» tueuse , après avoir étalé à ses yeux , dans une visite quf'^e lui rendit , ses diamans , ses perles , ses bijoux les plus précieux , la pria avec instance de montrer aussi les siens. Cornéïie fit tomber adroitement 'la conversation sur une autre matière , pour attendre le retour de ses fils qui étoient allés aux écoles publiques. Quand ils en furent revenus , et qu'ils entrèrent dans la chambre de leur mère : « Voilà > dit^^Ue à la « dame campanienne , en les lui montrant de là main 3 « voilà mes bijoux et ma plus belle parure. »
6. Une femme d'Ionie montroit à une Lacédémonienne un riche morceau de tapisserie qu'elle avoit feit elle-même. La Lacédémonienne , à son tour, lui montra quatre de ses enfans , qui étoient des mieux élevés de la ville : « Pour moi , a|outa-t-elle , voilà ce « qui a fait toute mon occupation : ce sont les seuls « ouvrages dont une femme de bien puisse seglorifier.a^
7. La célèbre Pulchérie , chargée de la tutèle de Théoêose II y soa frère , s'appliqua à former le cœur et
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L'èHpiit de ce jeune prince. Elle commença par ccarler d'auprès de luiPeunuque Andochus^ qui y ayant été j usqu'alors son précepteur y s'occupoit pî us des intrigues de cour et de ses propres intérêts , que de l'instruction de son souverain. Ensuite y n'osant confier à personne un emploi si important, elle s^en chargea elle-même. Elle jeta d'abord dans le cœur de Théodose les fondemens d'une piétë solide , en le faisant instruire dç la doctrine la plus pure , en l'accoutumant à prier souvent , à fré-^ quenter les églises , à les décorer par de riches offrandes > à respecter les ministres des autels y et à honorer la vef tu par-tout où elle se rencontrait. Comme les pra<^ dques de religion ne sont pas incompatibles avec les vices du cœur, elle s'étudioit principalement à régler ses nlœurs , à lui inspirer l'amour de la justice , la clémence , l'éloignement des plaisirs. Pour la culture de Km esprit, elle se fît seconder par des maîtres vertueux , les plus instruits en chaque genre ; et, cequin'estguère moms utile que d'habiles maîtres, elle lui procura des compagnons d'étude, capables d'exciter son émulation : c'ëtoientPatt/metPfacîfequiparvinrentensuite aux premières dignités. Elle n'oubUa point le soin de Bonextérieur . En même temps qu'elle l'appUquoit à tous les exercices convenables de son âge, elle formoit ellemême %es discours, sa démarche , sa contenance : elle lui enseignoit l'art d'ajouter du prix aux bienfaits , et d'ôter aux refus ce qu'ils ont d'amer et de rebutant. Jusqu'à ce qu'il fut en âge de gouverner , ce fut elle qui dressa les ordonnances ; elle les lui faisoit signer^ et lui laissoit tout l'honneur du commandement.
8. Un habitant de la province , homme riche , et qui ne connoissoit M. Rollin que de réputation , lui amena son fils pour être pensionnaire au collège de Beauvais, ne crovant pas que cela pût souffrir quelque difficultés Le célèbre principal se défendit de le recevoir, sur ce qu'il n'avoit pas un pouce de terrain qui ne fût occupé ; €t , pour l'en convaincre , il lui fit parcourir tous les logemens. Ce père, au désespoir, ne chercha point à l'exprimer par de vaines exclamations : « Je suis * veua , lui dit-il , exprès à Paris ; je partirai demavu :
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aven}»ie et jiîoIIo tendresse rend souvent incapables de ce soin. L'Etnt s'en cliarycoit.
Us étoient élevés en commun d'une manière uniforme. Tout y étoit réglé ; le lieu, la durée des exercices , le temps des repas , la qualité du boire et du manger, le nomJ)re des maîtres, les différentes sortes de cliâtimens. Toute leur nourriture, aussi-bien pour les enfaus que pour les jeimes gens, étoit du pain, du cresson et de Teau; car on vouloit de bonne heure les accoutumer à la tempérance et 5 la sobriété. D'ailleurs, ces alimens simples et natun*ls leur fortiiioieut le corps , et leur préparoient un fonds de santé capable de soutenir les plus dures fatigues de la guerre , jusques dans l'âge le plus avancé.
Us alloient aux écoles pour y apprendre la justice , comme ailleurs on y va pour apprendre les lettres et les sciences ; et le crime qu'on y punissoit le plus sévèrement , étoit l'ingratitude.
La vue des Perses , dans tous ces sages établissemens , étoit d'aller au devant du mal, persuadés qu'il vaut bien mieux s'appliquer à prévenir les fautes, qu'i les punir. Us tàchoieut de faire en sorte que parmi eux il n'y eut point de méchans.
On étoit dans la classe des enfans jusqu'à seize ou dix-sept ans ; et c'est-là qu'ils apprcnoient à tirer de Tare et h lancer le javelot. Après cela , on entroit dans celle des jeunes gens : c'est alors qu'on les yeilloit avec plus de soin , parce que cet âge a plus besoin' que tout autre, d'une éducation scrupuleuse. Pendant dix aimées qu'ils restoient dans ce second ordre , il» passoient tontes les nuits aux corps-de-garde , tant pour la sûreté de la ville, que pour les accoutumer à la fatigue. Durant le jour , ils venoient recevoir les ordres de leurs gouverneurs , accompagnoient le roi lorsqu'il alloit à la chasse, ou se perfectionnoient dans les exercices.
La troisième classe étoit composée des hommes faits On y dcmeuroit vingt-cinq ans. C'est de là qu'on tiroit tous les officiers qui dévoient commander dans les troupes , et remplir les difféiens postes du royaume
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les charges , les dignités. On ne les forcoit point à porter les armes hors du pays, quand ils avoient passé cinquante ans»
Enfin , ils passoient dans le dernier ordre où Pon choisissoit les plus sages et les plus expérimentés pour fiwmer le conseil public , et les compagnies des juges.
Par là tous les citoyens pouvoient aspirer aux premières chages de TEtal; mais on n y pouvoit arriver' qu'après avoir passé par ces différentes classes, et s'en être rendu capable par tous ces exercîices. Ces classes étoient ouvertes à tous 5 mais il n'y avoit ordinairemeiij^ que ceux qui étoient assez richea pour entretenir leurs enfans sans travailler , qui les y envoyassent.
12. A Sparte, sitôt qu'un enfant étoit né, les anciens de chaque tribu le visitoient; et, s'ils le trouvoient bien formé , foil et vigoureux , ils ordounoient qu'il fftt nourri, et lui assignoient un héritage. Si , au contraire , ils le trouvoient mal fait , délicat et foible , et s'ils jugeoient qu'il n'auroit ni assez de force , ni assez de^santé pour remplir les devoirs pénibles de la vie spartaine , ils le condamnoient à périr , par une coutume inhumaine , et le faisoient exposer.
Dès la pins tendre enfance , on accoutumoit les citoyens à n'être pas difficiles ni délicats pour le manger, à n'avoir point de peur dans les ténèbres, à ne s^épouvanter pas quand on les laissoit seuls ; à ne point se livrer à la mauvaise humeur, aux cris , aux pleurs , aux emportemens ; à marcher nu-pieds pour se faire à la fatigue; à coucher durement, et souvent sur la terre 5 à porter le mêhie habit en hiver et en été , pour s'endurcir contre le froid et le chaud.
A l'âge de sept ans , on les distribuoit dans les classes où ils étoient élevés tous ensemble sous la même discipline. Leur éducation n'étoit , à propre-* ment parler , qu'im apprentissage d'obéissance ; le législateur ayant bien compris que le moyen le plus sur d'avoir des citoyens soumis aux lois et aux magistrats, étoit d'apprendre aux enftms , dès leurs premières années , à être parfaitement soumis aui maîtres* Pendant qu'on étoit à table , le maître proposoit deé
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«jiieslions aux îeuncs gens. On leur demandoit , par exemple : «Quel est Je plus homme de bien de la ville? « Que dites-vous d\xne telle action ? » Il falloit que la réponse fut prompte , et accompa«;iléc d'une raison et d'une preuve conçue en peu de mots ; car on lea ac<:outumoit de bonne heure au style laconique, c'està-dire , à des manières de parler courtes , précises et pleines de sens.
Quant aux belles-lettres , ils ne s'y appliquolent que pour le besoin. Toutes les sciences étoient bannies de l^iu- pays. Leur étude ne tendoit qu'à savoir obéir, à supporter les travaux y, à vaincre dans les combats. Ib avoient pour surintendant de leui' éducation un des plus honnêtes hommes de la ville , et des plus qualifiés, <]ui établissoit sur chaque troupe des maitres d'une sagesse et d'une probité reconnues.
Afin d'inspirer aux jeunes gens destinés tous h la guerre , plus de finesse* et de hardiesse , et pour leur apprendre à poui^voir eux-mêmes à leur subsistance , un vol d'une ceilaine espèce seulement, et qui n'en avoit que le nom , étant autorisé par la Ibi et par le cousàitomcnt de tous les citoyens, leur étoit permis, et même commandé. Ils se glissoient le plus adroitement t?tle plus subtilement qu'ils pouvoient dans les jardins et dans les salles à manger, pour y dérober des herbes ou de la viande ; et, s'ils étoient découveils , on les piniissoit pour avoir manqué d'adresse. On raconte qii^m d'eux, ayant pris un petit renard, le cacha sous 5»a robe, et souffrit , sans jeter un seul cri , qu'il lui déchirât le ventre avec les ongles et les dents , jusqn'à ce qu'il tombât mort sur la place. La p.itience et la fermeté des jeunes Lac^démoniens éclatoient sur-tout (liius une fête qu'on célébroit en Thonneur de Diane, surnommée Orthia , où les enfans , sous les yeux de leurs parens , et en présence de toute la ville , se laissoicnt fouellor jusqu'au sang sur lautel de cette inhumaine déesse. Quekjuefois ils expiroient sous les coups, sans pousser aucun cri, ni uu'^uie aucun soupir.
i3. Il est étouiiaiU (pic Sparte , cette \ille si rcnommcc eu malièrc d éducation et de politique , ail cru
devoir relâcher quelque chose de la sévérité de sa discipline en faveur des princes qui dévoient régner, au lieu que c^étoient eux qui avoient plus besoin que les autres d^être soumis de bonne heure ati joug de Pobéissance , pour être dans la suite en état de mieux commander : è^est ce qui n\irriva point au fameux ^gésilas. Comme , par les lois , le roy«iume appartenoit a ^gis , ' son frère aîné , ce prince qui paroissoit devoir passer sa vie dans Tétat de simple particulier , avoit été élevé , comme les autres enfans, dans la discipline de Lacédé" mone^ rude, pénible, laborieuse, mais aussi trèsropre à former les enfans à la docilité, à la soumission a plus aveugle. Ainsi ce prince eut cela de particulier, qu'il ne parvint au commandement qu'après avoir par- Ëdtementappris à obéir. De là vint que de tous les rois de Sparte , il fut celui qui sut le mieux se faire aimer et estimer de ses sujets, parce que ce prince , aux qualités que lui avoit données la nature , avoit ajouté par rëducation l'avantage d'être humain et populaire.
i4- Les exercices qui servoient à former, soit le corps , soit l'esprit des jeunes Athéniens , étoient la danse 9 la musique, la chasse, l'art de faire des armes et de montera fcheval, l'étude des belles-lettres, et celle des sciences.
La- danse est un des exercices du corps que les Grecs ont cidtivé avec le plus de soin. Elle avoit pour objet de former aux mouvemens les plus propres à rendre la taille libre et dégagée , à donner au corps une belle proportion , et à toute la personne cet air aisé y noble et gracieux , qui caractérise ceux qui y xml été exercés de bonne heure.
La musique n'étoit pas cultivée avec moins d'application , ni moins de succès. Les anciens lui attribuoient des effets merveilleux. Ils la croyoient ti'ès-propre à calmer les passions , à adoucir les mœurs, et même à humaniser les peuples naturellement sauvages et barbares.
On prenoit encore avec assiduité des leçons des maîtres de palestres. On appeloit palestres ou gymnases, les Ueux destinés à ces sortes. d'exercices \ ce
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qui répondoit à peu près à nos académies. Ils rendoient le corps plus léger , plus propre à la course ; plus ferme, plus robuste, plus souple , plus capable de soutenir de grandes fatigues , et de faire de grands efforts,
D^autres maîtres apprenoient à la jeunesse à monter | à cheval, à faire des armes , et leur développoient tout i ce qu'il fout savoir pour exceller dans Fart militaire, et pour devenir un bon commandant. Afin de joindre, en quelque sorte, les exemples aux préceptes, onaç- ' coutumoit de bonne Tieure les jeunes gens aux exe^ ■ cices de la chasse , qui étoient pour eux une image de )a guerre. C'est dans les forêts quMls se Êimiliarisoienï avec la faim, la soif, le chaud, le froid, la fatigue. Us contractoient Theureuse habitude de n'être rebutes ni par la longueur de la course , ni par l'âpreté des • lieux difficiles et des broussailles qu'il faut souvent percer , ni par le peu de succès des longs et pénibles ■ travaux qu'on essuie quelquefois inutilement.
Après les exercices du corps , venoient ceux de l'esprit. Athènes étoit, à proprement parier , l'école et le domicile des beaux-arts et dés sciences. Poésie , élo* ■ quencc , philosophie, mathématiques, tels étoient les ' utiles amusemens de la jeunesse athénienne. D'afaoïcl 'on envoyoit les enfans chez des maîtres de grammurej » qui leur apprenoient régulièrement, et par principes, leur propre langue , qui leur en faisoient sentir toute là ■ beauté, toute la richesse, l'énergie, le nombre et la a cadence. De là c^tte finesse de goût répandu générale- ^ ment dans Athènes , où l'histoire nous apprend qu'une = simple vendeuse S'herbcs s'aperçut, à la seule affecta- ^ tion d'un mot, que Théophrctste étoit étranger. Ce phi- •losophe contestoit avec elle sur le prix d'une salade; il = emploie une expression qui n'étoit pas attique : « AUez, - « monsieur l'étranger , lui dit la marchande, vous ne ^ « l'auriez pas à moins. » De là cette crainte qu'avoient ^les orateurs d<e blesser , par quelque terme peu concerté , des oreilles si délicates. Il étoit ordinaire parmi ies jeunes gens d'apprendre par coeur toutes les tragédies nouvelles , et les meilleurs morceaux de poésie,
Quîuit à l'éloquence, il n'est pas étonnant qu'on es
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fît une étude particulière à Athènes. Elle ouvroit la porte aux premières charges ; elle dominoit dans les assemblée^; elle décidoit des plus importantes affaires de PEtat ; elle doimoit un pouvoir presque souverain à ^eux qui avoient le talent de Lien manier la parole. C'etoit donc là la grande occupation des jeunes citoyens d^ Athènes, sur-tout de ceux qui aspiroient aux premières places. A Tétude de la rhétorique , ils joiloierit celle de la philosophie , c^est-à-dire , de toutes îs sciences qui sont comprises sous ce terme générique.
i5. Philopémen y Pun des plus grands guerriers qui aient illustré la Grèce , et qui fut appelé le dernier des GrccJ, dut aux soins pat ernels de C^ûJja/icîre, son tu leur, les grandes qualités qui Timmortalisèrcnt. Au sortir dr» Tenfance, il fut mis entre les mains A'Ecdénius et de Démophaney citoyens de Mécalopolis^disciplesd'^rcelisasy fondateur de la nouveîle académie. Le hut de la philosophie , dans ces temps-l<\ , étoit de porter les hommes à servir leur patrie , de les former , par ses préceptes , au gouvernement de la république , et au maniement des grandes alfaires. Philopémen écoutoit volontiers les discours des philosophes , et llsoit avec, plaisir leurs traités , non pas tous indiff*éremniont , mais seulement ceux qui pouvoient Taider à faire du progrès dans la vertu. Il aimoitsur-tout à lire les tiaiïcs à'EvangeluSy qu^on appeloit les Taciiquesy parce qu^ils enseignent Part de ranger les troupes eu bataille, et les histoires de la vie d"* Alexandre. De toutes les grandes idées d'Homère , il ne cherchoit et ne retenoit que celles qui peuvent aiguiser le courage, et porter à de grandes actions. Aussi, dès son enfance, la guerre futelle son unique passion , et son digne tàteur eut soin de fortifier en lui cette noble et généreuse ardeur. Il alloit sans cesse avec les guerriers : il ne s^appliquoit volontiers qu^aux exercices qui pouvoient le rendre propre à sa profession chérie. 11 combattoit armé : il montoit à cheval; illançoitlc javelot ; et, comme il paroissoit très-bien formé et très-bien constitué pour la lutte, et que quelques amis particuliers PexhortoieviV
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k s'y appliquer , il leur demanda si Texercicedes athlètes étoit propre à faire un bon soldat? Ils ne purent s^empêcher de lui répondre que la vie des athlètes , obliges de garder un régime fixe et régie . de prendre de certaines nourritures 5 et toujours aux mêmes heures, et de donneruncertaintempsausommeil pour conserver leur embonpoint qui faisoit la plus grande partie de leur mérite, étoittoute différente de celle des gensdegiierre, qui sont souvent dans la nc('essitc de supporter Ta faim et la soif, le fi^oid et le chaud^ et qui n^ont point toujours des heures marquées ni pour la nourriture, ni pour le repos. Depuis cette réponse, il eut im souverain mépris pour les exercices athlétiques , ne les jugeant d'aucune utilité pour le bien pubhc, et les trouv«'mt
J)arcela même peu dignes d^un homme qui a quelqu'éc vation, quelques talens , quelqu^amour pour sa patrie. Dès qu'il fut sorti des mains de ses gouverneur et de ses maîtres, il se mit dans les troupes que la ville de Mégalopolis envoyoit faire des courses dans la Ijaconic , pour piller et pour en emmener des troupeaux et des esclaves ; et , dans toutes ces courses , il étoit toujours le premier quand on sortoit , et le dernier
auand on revenoit. Tout ce qu'il gagnoit à la guerre, le dépensoit en chevaux et en armes , ou bien il .l'cmployoit à payer la rançon de ceux de ses concitoyens qui avoient été faits prisonniers. Il tâchoit d'aug- Tïienter son revenu , en mettant lui-même ses terres en valeur , durant le loisir de la paix , et il ne se contentoit pas de s'y annoter en passant, et pour son seid plaisir ; mais il y donnoit tous ses soins, persuadé qu^il n^y a rien qui convienne plus à un homme de pix)bité et d'honneur , que de faire profiter son bien, en s'abstcnant de celui des autres. Le soir il se jetoit sur une méchante paillasse , comme ses esclaves , et passoit ainsi la nuit. Le lendemain, à la pointe du jour, ilalloit avec ses vignei'ons travailler à la vigne , ou mener la charrue avec ses laboureurs , ou ])ien il alloit à la . chasse , afin de se rendre plus robuste et plus léger; après quoi il s'en letournoit à la ville , pour vaquer aux affaires publiques, avec ses amis et les magistrats.
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16. Tout conspiroit à inspirer aux Romains une ardeur martiale. Les guerres continuelles qu^ils eurent à soutenir contre leurs voisins leur rendirent le métier des armes nécessaire et familier. Le labour, quifaisoit leur occupation ordinaire , les préparoit merveilleusement auï exercices militaircsi. Le rude travail de la campagne endurcit et fortifie le soldat, au lieu que la ville n^est propre qu'à Pamollir. Nulles fatigues ne rebutent des mains qui passent de la charrue aux armes. On a peine à croire ce que les aut-eurs nous disent des soldats romains. On les accoutumoit à faire , en cinq heures , vingt , et quelquefois vingt-quatre milles de chemin, c'e^t-à-dire , au moins six ou sept lieues. Pendant ces marches , on leur faisoit porter des poids de soixante livres. On les entretenoit dans ^habitude de courir et de sauter tout armés. Combien les jeunes Romains s'endurcissoient-ils par les exercices du Champ-de-Mars , où , après de longues courses à pied et à cheval , ils se jetoient , pleins de sueur, dans le Tibre, et le passoient à la nage ! Voilà de quoi ils se piquoient , et voilà ce qui formoit les soldats et les officiers. La jemiesse romaine , dit Salluste , dès qu'elle étoit en état de porter les armes , apprenoit le métier de la guerre , en s'exerçant dans le camp aux plus rudes travaux. Elle se piquoi t , non de donner des repas , ou de se livrer aux plaisirs , mais d'avoir de belles armes et de beaux chevaux. AussinuUes fatiguesnelassoientdetclshommes , nulles difficullésne lesrebutoient, nulennemineleurinspiroit de la frayeur.Leur courage les rendoitsupérieurs à tout. Nul combat plus vif et plus animé pour eux que celui de Témulatiou qui les portoit à se disputer les uns aux auti'cs le prix de la gloire. Frapper l'ennemi , escalader une muraille, sefaire distinguer par quelque action hardie, c'étoit là toute leur ambition 5 c'est par où ils cherchoient à se faire estimer, c'est en quoi ils croyoient que consistoit la véritable noblesse. Les soldats, endurcis de la sorte dès leurs plus tendres années , jouissoient ordinairement dune santé robuste. On ne remarque pas , dans les auteurs , que les armées romaines , qui Ëûsoient la guerre en tant de climats, pcrisseul be^xxr
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• coup par les maladies 3 au lieu qu^il arrive souvent aujourd'hui que les armées , sans avoir combattu , se fondent , pour ainsi dire , dans une seule campagne. 17. Henri de Mesmes\ Tun des plus illustres magistrats du seizième siècle, raconte en ces termes la manière dont il fut élevé. « Mon père , dit-il, me donna « pour précepteur JeanMalvauriy Limousin, disciple « de Dauzat , homme savant , choisi pour sa vie inAo- <i cente , d^âge convenable à conduire ma jeunesse , « jusqu'à temps que je me susse gouverner moi-même, « comme il fit; car il avança tellement ses études, par « veilles et tiavauî incroyables , qu'il alla toujours aussi « avant devant moi , comme il étoit requis pour m^en- « seigner , et ne sortit de sa charge , sinon lorsque j*en- « trai en office* Avec lui et mon puis-né Jean-Jacques « de Mesmesy je fus mis au collège de Bourgogne, dès « Pan 1542, eu la troisième classe ; puis je fis un an peu « moins de la première. Mon père disoit qu'en cette « nourriture du collège , il civoit eu deux regards; l'un, « à la conversation de la jeunesse gaie et mnocente ; « Tautre , à la discipline scholastique , pour nous faire « oublier les mignardises de la maison , et conune pour « nous dégorger en eau courante. Je trouve que ces « dix-huit mois de collège me firent assez bien. J'aç- « pris h répéter , disputer et haranguer en public ; pris « connoissance d'honnêtes enfans, dont aucuns vivent << aujourd'hui ; appris la vie frugale de la scholarite, et « à régler mes heiu'es : tellement que sortant de 1^ j® « récitai en pnblic plusieurs vers latins, et deux mille « vers grecs, faits selon râgejrecitaiHomèreparccBur « d'un bout à Tautre. Qui fut cause , après cela, que « j'étois bien vu par les premiers hommes dutemps,et « monprécepteiu* me menoitquclquefois ch^zLazarus « Baïjiusy TwsanuSyStrazelliusyCastillanuseX.Dact' « siuSyVi"ec honneur et progrès aux lettres. L'an i54S^ « je fus envoyé à Toulouse , pour étudier en lois ^ « avec mon précepteur et mon frère , sous la con-* « duite d'rm vieil gentilhomme tout blanc , qui avtnb « long-temps voyagé pai* le monde. Nous fûmes trois-
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^ ans auditeurs , en plus étroites et péniHlcs études « que ceux de maintenant ne voudroient supporter. t Nous étions debout à quatre heures , et , a}^nt prié 4j Dieu , allions à cinq heures aux études , nos f2;ro» « livres sous le bras y nos écritoires et nos chandeliers (( à la main. Nous oyons toutes les lectures fusqu^à « dix heures sonnées, sans intermission; puis venions « dîner , après avoir en hâte conféré demi-heure ce « qu'avions écrit des lectures. Aprèsdîner, nouslisions^ « par forme de jeu , Sophocles , ou Aristophanes , oa « Euripides , et quelquefois Démosthcnes , ' Cicero , f( Virgilius , Horatius. A \uie heure , aux études ; « à cinq , au logis , à répéter et voir dans nos livres « les lieux allégués y jusq^i'après six ; puis nous sou* « pions y et lisions en grec ou en latin. Les fêtes , à « la grand'messe etr vêpres. Au reste du jour , un peu « de musique et de pourmenoir. Quelquefois nous « allions diner chez nos amis paternels , qui nous in* « vitoient plus souvent qu'on ne nous y vouloit mener. « Le reste du jour , aux livres , et avions ordinaîre- « ment avec nouslladrianus Turnehus^ et Dionysius € Lamhynus , et autres savans du temps. »
18. Diogène, voyant im Jeune homme se comporter avec indécence , se mit à battre son précepteur , en lai disant : « Est-ce ainsi , misérable y que tu formes f nos citoyens ? »
19. Le défaut ordinaire des gouverneurs et de tous peux qui travaillent à l'éducation des princes , est de les flatter dans leurs caprices. C'est ce que fit très-
. bien sentir y un jour , le domestique d'un prince , par une expression vive et plaisante. On lui demandoit ce que ce jeune seigneur , qui venoit d'achever ses études et ses exercices , avoit le mieux appris ? « C'est , répondit-il , à monter à cheval y parce que « ses chevaux ne l'ont pas flatté. »
zo. L'éducation anglaise se trouve, pour ainsi dire, noyée dans les auteurs classiques : c'est un reproche qu'on lui fait depuis lon^-temps. Le célèbre Bentley en offre wne preuve. Dans un voyage qu'il fit en France,
il alla voir la comtesse de Ferrers. Il trouva chez icette dame une compagnie très-nombreuse, aumiliea de laqiielle il fut si embarrassé , qii^il ne savoît quelle contenance tenir. Las de cette situation pénible qu'il sentoit lui-même , il se retira. Dès qu'il fut sorti , on demanda à la comtesse ce que c'étoit que cet homme,
Su'on trouvoit très-ridicule , et sur lequel chacnn isoit son mot. « C'est un homme si savant , répondit « la. comtesse , qu'il peut vous dire en grec et en « hébreu ce que c'est qu'une chaise , mais qui ne « sait pas s'en servir. >>
21. Une dame d'esprit avoit un fils , et craignoit si fort de le rendre malade en le contredisant, qu'il étoit devenu un petit tyran , et entroit en fureur à la moindre résistance qu on osoit £siire à ses volontés les plus bizarres. Le mari de cette dame, ses parens, ses amis, lui représentoient qu'elle perdoit ce fils chéri; tout étoit inutile. Un jour qu'elle étoit dans sa chambre , elle entendit son fils qui pleuroit dans la cour : il s'égratignoit le visage de race , parce qu'un domestique lui refiiisoit une chose qu'il vouloit. «Vous êtes bien impertinent, « dit-elle à ce valet, de ne pas donner à cet enfant ce « qu'il demande : obéissez-lui tout à l'heure. — Par ma « fpi , madame , répondit le valet , il pouta)it crier ju*- <f qu'à demain , qu'il ne l'auroit pas. » A ces mots , la dame devint furieuse et prête à tomber en convulsion. Elle court ; et passant dans une salle ou étoit son mari , avec quelques-uns de ses amis , elle le prie de la suivre , et de mettre dehors l'impudent qui lui résiste. Le mari , qui étoit aussi foible pour sa femme , qu'elle l'étoit pour son fils , la suit en levant les épaules 5 et la compagnie se mit à la fenêtre , pour voir de quoi il étoit question. « Insolent , dit-il au valet, comment avez-vous la har- « diesse de désobéir à madame , en refusant à l'enfant « ce qu'il vous demande "^ — En vérité , monsieur , dit « le valet , madame n'a qu'à le lui donner elle-même. « Il y a un quart-d'heure qu'il a vu la Imie dans un seau «' d'eau , et il veut que je la lui donne. » A ces paroles 9 le mari et toute la compagnie ne purent retenir de grands éclats de rire. La dame elle-même , malgré sa