‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 31 sur 130 · La ville de Messène s'étoit détachée de la ligue · texte numérisé non relu

La ville de Messène s'étoit détachée de la ligue

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rendre un service &* injportant. Eugène ^ i^novnnicc qui se tramoit contre lui, s'avancoi-tvers Vienne, aumilieu des acclamations des pcnples. Lorsqii^il arriva , les habitans accoururent en foule pour le voir. Ils le nomnioieniV an ge tu télaire , le libérateur de Z'e/7z/>£rc. Il demanda et obtint audience de l'empereur; mais il en lut i-ecu si froidement , qu^il en fut tout déconcerté. 11 se remi t cependant bientôt du trouble où Tavoit jeté un accueil si peu attendu. Il déposa entre les mains de sa majesté impériale le sceau de l'empire ottoman , que le grand-visir avoitlaissé avec la vie à la bataille de Zenta; et , avec une fermeté digne de son innocence , il rendit compte à Tempereur de tout ce qu'il avoit fait , et de Tétat oh il avoit laissé les affaires en Hongrie. Ce monarque Pécouta sans l'interrompre , ni pour le louer, ni pour le blâmer. Si Eugène frit étonné de cette conduite , il eut sujet de VùXve bien davantage j lorsqu'mi seigneur de ses amis lui donna avis qu^on peiisoit à l'arrêter , et que Pon parloit de lui faire son procès dans le conseil aulique de guerre. Quelques momens après, le couite de Schilcky capitaine des trabans de la garde impériale , vint lui demander son épée , et lui défendre de la part de l'empereur, de sortir de Vienne. jEi«gène reçut avec respect cet ordre, quelque peu équitable qu^il lui parût. « Voilà , dit-il à cet officier, cette « épée que Penipereur demande : elle est encore fu- « mante du sang de ses ennemis ; et je consens à ne la « pins reprendre, si je ne puis continuer à remployer « pour son service. » Quelque soin qu^on prît pour cacher cette affaire , toute la ville en fut bientôt informée. Les bourgeois s'assembloient et complotoient comment ils feroient pour délivrer le prince Eugène , si Ion vouloit attenter q\ielque chose contre sa vie ou conti'c sa liberté. « Quoi ! disoient-ils , voilà donc la « reconnoissance qu'on a pour un héros qui a sauvé « Vienne et Penipire de la fureur des Inhdèles ? » Leur affection pour ce prince alla si loin , qu'ils lui dcputeiput les principaux d'entr^eux pour l'assurer qu^ilsle dofendroient contre quiconque oseroit attenter sur sa personne : Us lui offrirent i^ênie de veiller à la gaixic de

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^ son palais. « Je vous remercie , Messieurs , leur ré- « pondit le prince , de votre zèle et de votre affection « pour moi ; je ne veux point d'autre garant de ma « sûreté , que la droiture de ma conduite , le bon té- 4 moignage de ma conscience , et le peu que j'ai £iit .« pour le service de sa majesté impériale. Ce monarque « est trop éclairé pour ne pas discerner la vérité d\avec

c la calomnie , et trop équitable pour ne pas me rendre

r.« bientôt justice. » Les députés se retirèrent, en l'assurant que tous les bourgeois étoient résolus de Mcrifier leurs biens et leurs vies, plutôt que de souffrir qu^on lui causât le moindre déplaisir. Soit que cette démarche des habitans de Vienne eût fait craindre quelque émeute à l'empereur , soit qu'elle eût réveille sa bonté naturelle , et qu'il ne voulût pas céder au peuple en reconnoissance , le cœur de ce monarque dumgea y dès ce jour même , en faveur d'Eugène. Il lui rendit toute sa confiance , et n'oublia rien pour I' effacer de son esprit toute idée du chagrin qu'il luiavoiC f causé ; il le nomma encore pour commander son armée de Hongrie; et, pourôter à ses ennemis tout prétexte de blâmer ses actions, il lui donna par écrit une per* mission secrète , et signée de sa propre main , de faire tout ce qu'il jugeroit de plus à propos pour son service , sans qu'il pût être recherché ni pour les bons ni pour les mauvais succès , sous quelque prétexte que ce pût être. Ce ne fut qu'à cette condition qyjL Eugène Toulut commander désormais les armées de l'empereur. 5. Lareîne£/waiefAayantfaitarrêtrriViarz> Stuardy reine d'Ecosse, sa cousine, qu'elle n'aimoit pas, résolut delà faire mourir , sous prétexte qu'elle avoit trempé dans une conjuration contre l'Angleterre. On lui fit son procès ; et des juges , vendus à la cour de Londres , prononcèrent l'arrêt de mort. Marie , qui ctoit renfermée au château de Frondigua , enrecutla nouvelleavcc Une héroïque fermeté. Le soir , après avoir partagé le

Bu qu'elle avoit à ses domestiques, elle se mit à souper. le but à la santé de ses amis, qui, fondant en larmes, la remercièrent à genoux. Apres souper , elle les fît tous approcher y baisa les iiUes et les femmes , et çci^-* Tome U. 1

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mit aux hommes de lui baiser la main. Ensuite ellest C43nfessa , et se mit à prier , les genoux en terre. S'étant levée , elle se coucha et dormit un peu toute habillée; et après un léger et court sommeil , elle se remit à prier avec son confesseur. Le lendemain matin, les comtes de Saliébury cide Kent y exécuteurs delà sentence., entrèrent dans sa chambre. Sitôt qu'elle entendit ouvrir la porte , elle alla au-devant de ces seigneurs 5 et leur dit : « Milords , soyez les bien venus! É ^ J'ai été cette nuit plus vigilante que vous. » Ensuite ] elle mit la main sur répaule du miîord qui la gardoit, parce que sa longue prison lui avoit causé une goutte ^ciatique qui rerapêchoit de marcher ; et s'appiiyant ainsi sur lui y elle alla au lieu du supplice. Elle avoit la tête couverte d'un voije ; elle tenoit un crucifix à lu main , et sa couronne pendoit à sa ceinture. On. la conduisit dai]$ une grande salle du palais y qui étoit tapissée de noir , et s'éiant assise sur une chaise, le {{reffierlutlasentence^aprèsquoijlareines'étanttoumée 4u côté du peuple qui assistoit à son exécution , elle l^nr dit : « Vous vayez un spectacle nouveau : une « reine qui meurt sur un échataud. Je n'avois pas cou- « turae de me déshabiller eu présence de tant de gens, « encore moins d'avoir des bourreaux pour valets-de- « chambre ; mais il faut vouloir ce que Dieu veut.» Elle se mit h genoux , tendit la tctc que l'exécuteur lui abattit en deux coups. Un autre bourreau la prit, et la montrant aux spectateurs : « Ainsi puissent périr, <c s'écria-t-il , les ennemis de Dieu et ceuxdelareine! » Souhait bien digne de la princesse qui l'avoit dicté ! (i. Alexandre-le-Grandy s'élantbaignédans les eaux du Cydnus, fut'iout-à-coupsaisid un frisson qui le mit aux portes du tombeau. Quand il eut repris connoissance , il iît venir ses confidens et ses médecins. Il les [jria de lui faire recouvrer la santé , ou de lui donner une prompte mort. L impatience du monarque alarma tout le monde. Les médecins , qui savoient qu'on les rcndroit responsables de l'évèuenicnt , n'osoient hasarder un reuicde violent et extraordinaire , d'autant moins que Varii^s a^oit fait publier qu'il douneroit»

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mille talens à quiconque tueroit le roi de Macédoine. Philippe y un des médecins d'Alexandre, qui, Payant tx)ujours servi dès son bas âge , Tainjoit tendrement, non-seulementcommc son souverain, mais comme soa noarrissôn , s^ëlevant , par affection pour son maître, au dessus de toutes les considérations d'ime prudence timide , offrit de lui donner un remède qui , sans élre fort violent , opëreroit un prompt effet. II demanda trois jours pour le préparer. Cependant le monarque reçut une lettre de Parménion , par laquelle cet officier, en qui il avoit beaucoup de confiance, lui ujandoitde se garder de Philippe , parce que Darius l'avoit corrompu par ses promesses. Cette lettre jeta le prince dans une erande perplexité ; mais enfin la confiance en un médecm dont il avoit connu et éprouvé , dès sa première enfance, le tendre et fidèle attachement, remporta bientôt , et dissipa tous ses doutes. S^armant d^ime héroïque fermeté, il refenna la lettre , et la mit sous ^n chevet, sans la communiquer h personne. Le jour venu , PAi7zp;?e entra avec son remède. Alexandre y tirant la lettre de Parménion , la donne à lire au médecin : en même temps, il prend la coupe; et, les yeux attachés sur lui , il l'avale sans hésiter, et sans témoin gner ni le moindre soupçon , ni la moindre inquiétude. Philippe , en lisant la lettre , avoit montré plus d'indignation que de surprise et dcî crainte; et la jetant sur le lit du roi : « Seigneur , lui dit-il d'un ton ferme «r et assuré , votre guérison me justifiera bientôt du <f parricide dont on m'accuse. La seule grâce que je « vous demande est que vous mettiez votre esprit en « repos , et que vous laissiez opérer le remède , sans « songer à cet avis que vous ont donné des scr^âteura « pleins de zèle, à la vérité , mais d'un zèle indiscret, » et tout à fait hors de saison. » Ces paroles ne rassurèrent pas seulement le roi , mais remplirent son ame de joie et d'espérance ; et prenant Philippe par la main : « Soyez vous-même en repos, lui dit-il ; car je «{ vous crois doublement inquiet , sur ma guérison « d'abord, puis sur votre justification. » La médecine CotUeureuse. Le monarque recouvra ses forces cl s 5^

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première vigueur; et bientôt il se fit voir à ses soldato qui adorèrent presque comme un dieu Thabile homme qui leur avoit rendu ce prince chéri.

7. Louis Xlf^ne fut pas toujours heureux ; maïs sa constance ^ Pégalité d'ame , rhiéroïque fermeté , avec lesquelles il soutnt ses disgrâces , prouvèrent qu'il \ avoitmérité de l'être. Il perdit son fils tmique en 1711; et , quoique très - sensible à cette perte , il sut la supporter en roi. Voyant une princesse qui poussoit des soupirs et des cris , et marquoit une douleur ex- , traordinaire , il lui dit : a Eh ! madame , modères- « vous ; j'y perds encore plus que vous : à quoi ser- « vent ces cris? « L'année suivante , il vit périr, dans l'espace de moins d'un mois , le duc de Bourgogne son petit-fils , la duchesse de Bourgogne , et le auc de Bretagne, l'aîné de ses arrière-petits- fils. Ce grand monarque , la gloire de son peuple et de son siècle 9 la gloire de la religion et de l'état , vit passer comme . l'ombre sa nombreuse postérité. Seul dans ses immenses palais , il sembloit se survivre à lui-même. . A la place de tant de fleurs moissonnées dans leiur printemps , ses yeux , prêts à se fermer pour toujours, u'apercevoient plus qu'une fleur à peine éclose , foible , chancelante , presque dévorée par le souiHe qui avoit séché , consumé tant de tiges florissantes. A la vue de ce nouveau Joas , unique reste du sang de David , arraché aux débris de son auguste maison , ayant peine à se faire jour à travers les ruines sous lesquelles il avoit paru enseveli , tout ce que Louis XIP^ dit , pour exprimer tant de pertes accu- . mulées , furent ces paroles remplies tout à lafoisde sen-* sibilitéet de constance : «Voilà donc M. le dauphin !> Cette magnanime constance , il la fit briller avec plus d'éclat encore dans les maladies cnielles qui consumèrent sa vieillesse. On lui fit , en 1686 , l'opératioa de la fistule. Tout le monde trembloit pour ses jours. Se» amis , ses ministres , sa famille , fondoient en larmes. Le médecin , le chirurgien éloient saisis de frayeur , lors-même qu'ils arrachoient, d'une mainimpitoyable 9 jusqu'aux dernières racines du mal. Louis seul ëtoit

: tranquille. Le calme de son ame fut sans nuage : il ne ]^aussa pas la moindre plainte. Le lendemain , il donna audience aux ambassadeurs , et tint conseil avec ses ministres. LTiomme souffroit : le roi se portoit bien. Madame de Maintenon lui dit : <? Avouez , sire , que vous

^ « avez bien souffert. — Oui , répondit le prince , de « vous voir souffrir. » Malgré les douleurs vives dont il fut attaqué le 24 d'Août i7i5, et la foiblesse extrême <Jui leur avoit succédé , il ne laissa pas de se préparer le lendemain à dîner en public ; mais ou fiit obligé de faire sortir tous ceux qui étoient entrés dans sa chambre , et il ne retint que le maréchal de ViUeroiy avec lequel il resta seul pins de deux heures, « Je vois , lui dit-il , que mon heure approche : il « faut penser sérieusement à mourir. » Pendant qu'on lui Ëdsoit des incisions qu^on avoit jugé à propos de lui faire à la jambe , pour retarder , s'il se pouvoit 3 les effets de la gangrène dont elle étoit attaquée , son premier médecin lui tenoit le bras , et n^y remarqua aucune émotion considérable. Ces incisions furent mutiles. On délibéra si on lui couperoit la cuisse ; et il païut que c^étoit l'exposer à des douleurs qui ne pouvoient rien produire d'avantageux 11 se résolut alors à la mort ; et comme quelqu^un vouloit le consoler ; « Il a plus de dix ans , dit-il , que jç pense « à mourir en roi très-chrétien. » Le 25 d^Août , joiu* de St. Louis , ri demanda pourquoi ses musiciens ne lui avoient pas donné le bouquet ordinaire. On lui répondit qu^on les en avoit empêchés. « Eh î « non , dit-il ; Tétat où je suis ne doit rien empêcher. » lis vinrent 5 ils lui donnèrent lé concert préparé ; il témoigna j prendre quelque plaisir. Il fît appeler le lendemain les princes et les princesses de son sang. Tous fondoient en larmes. 11 parla sans trouble, sans émotion , avec une constance qu'on ne pouvoit trop admirer dans un prince qu'un instant va dépouiller de tout ce que le monde offre do plus brillant. Après avoir dit à chacun de ceux qui étoient présens ce qu'il convenoit , il tint à son successeur im discours proportionné à l^àge de ce prince encore enfant , et I1&

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finit par ces paroles , qui ne devroient jamais s'effacer du souvenir des monarques : « J'ai chargé mon peuple; « les longues guerres m'y ont force. Aimez la paix, « et ne vous engagez jamais dans une guerre , qu'au- « tant que Tinlérêt de Tétat et le bien des peuples « Texigeront. » Puis , adressant la parole auit princes et a ses premiers officiers : « Vous avez pu voir > leur « dit-il , quelques personnes qui , pendant mon règne, « se sont écartées de leur devoir pour un temps , et « s'en sont repenties toute leur vie ; profitez de leur « exemple , et ne le suivez pas. Voyez Constance , Fermeté.

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