GRACES
même en marchant, et en montant par (îes endroits? fort roides et fort escarpés ; en sorte qiie , dans la suite , nulle lettre ne Tarrêta, et que les plus longues^ périodes n^épuisoient point sa respiration. Il fit plus : il alloit sur le bord de la mer; et dans le temps que les flots étoient le plus violemment agités , il y déclamoit des harangues , pour s^'apprivoiser , par le bruit confus des vagues , aux émeutes du peuple , et aux cris tumultueux des assemblées. Il ne prit pas moins de soin du geste que de la voix. Il avoit chez lui un grand miroir qui lui servoit de maître à déclamer, et dans lequel il étudioit ses défauts pour les corriger. Il en avoit un sur-tout qui le mortifioit sensiblement : c^étoit de hausser continuellement les épaules. Pour s^en défaire, il s^exerçoit debout dans une espèce de tribune fort étroite , où pendoit une pique , afin que si , dans la chaleur de Faction, ce mouvement venoit à lui échapper, la pointe de cette pique lui servît d^avertisscment et de punition tout ensemble. Ce grand homme fut bien payé de toutes ses peines, puisque ce fut par ce moyen qu^il porta à son comble Tart de la déclamation : il en connoissoit bien le prix et Timpor tance. Aussi quelqu^m lui demandant quelle étoit la première quaUté nécessaire à Porateur , « C'est Taction , ré- « pondit-il. — La seconde ? — C^est Faction. — La « troisième ? — C^est encore Faction, c'est-à-dire , « Fart de déclamer et de prononcer avec grâces. »
2. ^gësilasy roi de Lacédémone , étoit boiteux, et d'ime taiUe fort petite ; mais ces dé&uts étoient couverts par les grâces de sa personne , et plus encore par la gaieté avec laquelle il les supporloit, et en railloit le premier. On peut dire même que ces vices du corps mettoient dans un plus grand jour son courage et son ardeur pour la gloire. Le travail le plus opiniâtre, les entreprises les plus fatigantes , il étoit le premier à les embrasser. Par ses manières officieuses et obligeantes, soutenues d'un mérite supérieur, il se fitun grand crédit , et acquit dans la ville un pouvoir presque a}>solu , qui alla jusqu'à le rendre suspect à sa patrie. Les éphores, pour en prévenir les suites , .et{)our amomx ^oxk Tom. IL S
S74 CRÀNDEVR d'ami.
ambition^ le oondamnèrent à une amende j allégiunt pour toute raison , que, par ses manières trop gracieuses I il s'attachoit à lui seul les cœurs de tous lei citovens qui appartenoient à la république^ et ne dévoient être possédés qu'en commun.
3. Louis XI y mettoit des grâces et de la noblesse, dant toutes ses actions. Il s expr'unoit avec une majestueuse précision , s'étudiant en public à parler commib à agir en souverain. Lorsque le duc d'Anjou partit pour aller régner en Espagne , il lui dit , pour marquer Timiôn qui alloit désormais joindre ces deux nations : « 11 n y a plus de Pyrénées. » Dans la conquête de la Franche-Comte y sa présence acheva de lui gagner les cœurs de ceux que ses armes lui ayoient soumis. Un paysan qui le vit , ne put s'empêcher de dire, dans cette surprise que donne un objet qu'on admire : « Je ne m'en étonne plus ! f^ojez masisêm*
timni^x
1. ITIatextai étoitle plus libéral et le plus généreux des Arabes de son temps. On lui demanda s'il avint jamais connu quelqu'un qui eut le cœur phis noUe que lui. il répondit : € Un jour « après avoir &it on « sacrikice de quarante chameaux, je sortis à la cam- € pa^ne avec (ies seignenrs arabes > et je vis on ^ hoiiune qui avoit ramas^ une charge d'é{Hnes sèches « |Hnir hniler. Je lui demandai pourquoi il n'alloit pas « chof ILzfirmuù^ où il y avoit im grand concoors de « |H*uplo , jynir ;*voir part au régal qu'il fùsoitr — QoB « IHnit uKuii^er .<i>n p^ùn du tra^-ail de ses mains, me < ivivndil-u « ne ^out p^is avoir oblù^ation à UaiemêiaL « — iVt bimiiito . ajvHiU Uatemiâu^ a le cœur plus « U\>lJe ^|ue nun. V
^. S.ni* W ix^A^Uf- ùu i:rAiKi t\^KjtiMml£a. un esprit dt icU^Uivsn N ou*iMisi Uc» tuUUus d'Alexâmdne» et,dans ^* tiuviu 4\«H^K» . b iH^mUvv « et^Hl portée jusqu'à «KkUi^i;o4 )^«4alu««Ui^ I «Ml(^rlvar. U« fat informé, oa
rexcîtoît à la vengeance. On se récrioit Sûr l'ëhôrtriité de l'attentat : en ne trouvoit pas de supplice assez rî-
foureux pour punir des forcenés qui avoient insulté , coups de pieites, la face du prince. Dans la rumeur de cette indistiation universelle , Constantin , portant la main à son visage, dit en souriant : « Pour moi, je né « me sens pas blessé. » Cette parole ferma la bouchdi aux courtisans , et ne sera jamais oubliée de la postérité;
3. Lorsque Louis Xllfal monté sur le trône , quelques courtisans essayèrent d'animer son ressentiment contre ceux qui lui avoient été contraires , quand il ii'étoit qtie duc d'Orléans. « Ce n'est pas à un isoi dé « France , répondit-il , à venger les injures du duc « d'Orléans. » Un seigUêiU' lui demanda la confiscatioAi des biens d'un bourgeois d'Orléans , qui a voit duftpefbis montré une haine ouverte contre lui. « Je n'étois « pas son roi, répondit-il, lorsqu'il m'a offensé : en lé 4t devenant, je Suis devenu son père 5 je suis obligé de « lui pardonner. *
4. On t)résentoit à Alexandre un pirate qu'on avoit arrêté , mais qui, au milieu de fers > à Jia vue des supplices, conservoit encore cette fierté d'ame qui distingue les cœurs intrépides. «t)é quel droit, lui demanda « le monarque, oses-tu infester les mers? — Ettoî, « répondit le captif, de quel droit ravages-tu l'universf « t^arce que je cours les mers avec un seul petit vais- « seau, on me traite de pirate; et toi , qui fais la même « chose avec une flotté nombreuse, on t'appelle roi. % Cette réponse hardie et pleine dé grandeur d'ame valut Iêl vie au pnsonnier.Alexandre le renvoya sur-le-champ^
5. yalentinien II, excité par Justine , sa mère et sa tutrice, avoit déclaré la guerre aux catholiques, pour faire triompher l'ariaiiisme. 11 voulut mettre les hérétiques en possession de toutes les églises de Milan 5 mais il trouva dans S. Ambroise, évêque de cette ville, une résistance qui triompha de tous ses efforts. Le préfet .offrit au prince de lui abandonner toutes les terres de l'Eglise ; mais il lui refusa de luilivrerlamaisondeDieu. On lui ordonne de sortir de Milan ; on le menacé de h mort, s'il n'obéit. Il se détermine à ne ço\s\\.^»ci\x
et à se laisser enlever de force , plutôt que de se rendre coupables d'avoir abandonné les temples du Seigneur à la merci des Infidèles. 11 répond aux officiers de yalenttme/i,qu^ilrespectel^emperear, mais qu'il craintDieu plus que le prince ; qu^il ne peut abandonner sonéglise; que la violence pourra bien en séparer son corps , mais non pas son esprit; que , si le prince fnit usage du pouvoir impérial, il ne lui opposera que la patience épiscopale. Le peuple, résolu de mourir avec son évêque, accourt à l'église : il y passe plusieurs jours etplusieurs nuits. Les églises étoient alors environnées d^un vaste enclos qui renfermoit plusieurs bàtimens pour le logement de l'évêque et du clergé. Tant que durèrent les attaques du prince , le peuple ne sortit pas de cette enceinte ; et il en restoit toujours un grand nombre dans Téglise même , où , prosternés aux pieds des autels qu*ik baignoicnt de leurs larmes , ils imploroient pour eux et pour leur pasteur le secours du Ciel. Ce fiit en cette rencontre que , pour occuper le peuple , et dissiper Fennui d'une si longue résidence, S. AmbroisêùH, pour la première fois , chanter des hymnes. Il en composa lui-même , qui firent dans la suite partie de l'office de PEglise : il introduisit aussi le chant des psaumes à deux chœurs; et cette coutume, déjà établie dans les églises orientales , se répandit de Milan dans tout POccident. Ces chants étoient interrompus par les gémissemens du peuple. Pour le consoler, et le. contenir en même tejnps dans les bornes de la soumission due aux souverains , S. Ambroise montoit de temps en temps dans la tril)uuc , et tâclioit de faire passer dans le cœur des Fidèles la sainte assurance dont le sien étoit rempli. « Je « ne consentirai jamais à vous abandonner , leurdisoit- « il ; mais je n'ai contre les soldats et les Goths d'au- <c très armes que des prières au Dieu que nous servons: « telle est la défense dun prêtre. Je ne puis ni ne dois « combattre autrement : je ne sais ni fuir par crainte , « ni oposer la force à la force. Vous savez que j'ai cou- « tume d'obéir aux empereurs ; mais je ne veux leur <i sacrifier ni ma reUgion , ni ma conscience. La mort « qu'on enduie pour Jésus-Christ n'est pas une mortj
C R A N P E r R D^ A M E. QrjJ
Ki c'est le commencement d^me vie immortelle. » Pendant qn^il parloit;, Péglise fiit investie de soldats que la cour envp voit pour garder les portes , et empêcher les catholiques d'en sortir. « J^entends^ disoit^/nAroz^e, le « bruit des armes qui nous environnent : ma foi n'en « est pas effrayée. Je ne crains que pour vous : laissez- « moi combattre seul. L^empereur demande Pégliseet « les vases sacres : ô prince! demandez-moi mes biens, « mes terres , mamaison^ ce que j^ai d'oret d'argent, je <( vous l'abandonne ^ Pour les richesses du Seigneur ^jè « n^en suis que le dépositaire : il vous est aussi perni- « cieux de les recevoir, qu'à moi de vous les donner. « Si vous me demandez le tribut, nous ne vous le re- « fiisons pas-, les terres de TEglise paient le tribut. Si « vous voulez nos terres , vous avez le pouvoir de les « prendre -, nous ne nous y opposons pas : les collectes « du peuple suffiront pour nourrir les pauvres. » Côs paroles généreuses étoient reçues avec de grands applaudissemens. Les soldats , qui étoient au dehors , pleins de respect pour celui môme qu'ils tenoient assiégé, joignoient leurs acclamations à celles du peuple. Ce concert alarma l'empereur et sa mère , qui, voyant qu'ils ne pouvoient rien gagner sur Pesprit du magnanime prélat , s'avouèrent vaincus en faisant cesser la persécution.
6. Lorsque S. Loi/wétoit en Palestine, il lui vint une ambassade du prince des Assasins , souverain de soixante mille fanatiques aveuglement soumis à ses ordres , et dont il se servoît quand il jugeoit à propos de faire périr les rois qui lui déplaisoient. Aussi , lorsqu'il sortoit de son palais, unhommemarchoit-il devant lui, en criant : «Détournez-vous de devant celui qui porte « entre ses mains la mort des monarques. » Le chef de la députation s'étant présenté devant le saint roi : « Sire, lui dit-il, connoissez-vous mon seigneur et maî- « tre , le Vieux de la Montagne ? — Non , répliqua froi- « dément Louis; mais j'en ai entendu parler. — Si cela « est , reprit l'ambassadeur, je m'étonne que vous ne « lui ayez pas encore envoyé des présens {)our vous « en faire vm ami. C^est un devoir doit s'^ecraciVX5ix&.
2^8 G R A N D E tl H d' A M E.
« légnlièrcment tous les ans l'empereur d'Allemagne, « le roi de Hongrie , le Soudan de Babylone , et plu- ^ siciu^s autres grands princes, parce qu'ils n ^ignorent « pas qu^il est rarLitre de leurs jours. Je viens donc {ji vous sommer , de sa part , de ne pas manquer à le « satisfaire sur ce point y ou du moins de le faire décharge ger du tribut qu'il est obligé de payer tous les ans « aux grands maîtres du temple et de l'hôpital de Jéru- « salem. Il pourroit se défaire de l'un et de Pautre ; « mais bientôt ils auroient des successeurs : sa maxime « n'est pas de hasarder ses sujets pour avoir toujours» « reconmiencer. » Le roi écouta paisiblement Tinsolente harangue du député, et lui ordonna de revenir le soir pour avoir sa réponse. U revint : le grand*mailre du temple et celui de l'hôpital , qui se tiouvèrent h l'audience, l'obligèrent, par ordre du monarque , à répéter ce qu'il avoit dit le matin , et le remirent encore au lendemain. Le fier assassin n'étoit point accoutumé h. ces manières hautaines. Mais quelle fut S4 surprise, lorsqr.e les grands-mailres lui dirent qu'on ne parloit point de la sorte à un roi de France ; que , sans le respect de son caractère , on Tauroit fait jeter à la mers V]'^ eut enfin à revenir dans quinze jours pour expier l'insulte faite à la majesté royale. Une si noble fierté fit trembler pour les jours du monarque. Op connoissoit et les attentais du barbare, et la fureur de ceux à qui il confioit l'exécution de ses crimes. Mais la grandeur d'aine de Louis étonAa le Vieiun de la Montagne : il craignit lui-même un prince qui lecraignoit^ipeu^etlui renvova sur-IcK^hamp l'ambassadeur, avec des présens également singuliers, bizarres, curieux et magnifiques. « C'étoit, d'un côté, sa propre chemise 3 pour marquer, <( par celui de tous le« véteaiens qui touche le corp^ de « plus près, qu'il étoit de tous les rois celui avec lequel « il vouloit avoir une plus étroite union ; et de l'autre, « mi anneau de lin or pur, où son nom étqit gravé ^ en « signifiant qu'il Tépousoit pour être tout à un, comme « les doigts de la main. » Ces symboles étranges furent jurxonipagnés d'une caisse remplie de plusieMu-s ouvrages 4^ cristal de roche , où il y ^voit un éléphant >
diverses figures d'homme, un échiquier, et des échecs de même matière , le tout orné d'or, et parfumé d'ambre. Le saint roi sentit une joie secrète d^avoîr obligé ce barbare à s^umîlier ; mais ne voulant pas se laisser vaincre en générosité, il lui envoya aussi de riches présens , qui r^nsistoient en un grand nombre de vestes d'écarlate , de coupes d'or et de vases d'argent. C'est ainsi que, par son héroïque intrépidité, iiOiiis s'attiroit les respects d'un prince inhumain , qui faisoit gloire de ne respecter personne : c'est ainsi que ce ffrand monarque avoit fait éclater sa constance dans les fers. Héros jusque dans sa captivité , mille fois il vit , d'un œil tranquille, la mort suspendue sur sa tête et sur celles de ses plus fidèles ser\iteurs : il la brava toujours , plutôt que de souscrire à des conditions flétrissantes. Toujours il traitoit en maître avec ses vainqueurs , qui, pleins d'admiration , disoient de lui : « C'est le plus fier chrétien que nous ayions jamais vu. » Souvent dans un accès de fiu*eur, ils s'écrioient en sa présence : «Quoi ! tu es notre captif, et tu nous traites t en souverain, comme si nous étions dans tes fers? > Après la mort de leur Soudan, qu'ils avoicnt assassiné, ils mirent en délibération de le placer siu* leur trône. Mais sa fermeté leur fit appréhender qu'il ne renversât leurs mosquées, qu'il ne détruisît leur religion.
Quand ce grand prince se fut embarqué poiu* retour-
.Ber dans son royaume , son vaisseau fut battu par la
tempête la plus affreuse. Le pilote et tous les matelots
; jressèrent le monarque de passer sur un autre navire.
[^!t.Dites-moi, leur répondit-il, sur la foi et la loyauté
l^e vous me devez, si le vaisseau étoit à vous , et
(chargé de ric^hes marchandises, l'abandonneriez^vous
len pareil état? — Non, sans doute, répliquèrent-ils
;f d'une voix unanime^ nous aimerions mieux hasarder
ctout, que défaire une perte si considérable. — Pour-
f quoi donc me conseillez-vous d'en descendre ? —
f frest que la conservation de quelques malheureux
matelots importe peu à Tunivers , mais rien ne peut^
, égaler le prix d'une vie comme celle de votre majesté.
If — Or, sachez, dit le généreux prince, qu'il n'y a per-
SSO GRANDEUR d' A M £•
« sonne ici qni n^ainio son existence, autant que je pnu « aimer la mienne. Si je descends, ils descendront « aussi : et ne trouvant aucun Mtiment qui puisse les « recevoir, ils se verront forcés de demeurer dans une « leiTe élrang^re,sans espérancederetoumerdanslcur « pays. C'est jiourquoi j'aime mieux mettre en la main « de Dieu ma vie , celle de la reine et de nos troi» « enfans, que de causer un tel dommage à un si grand « peuple. » Il n'appartient qu'auxhéros véritablement chiv^tiens de donner ces glorieux exemples de magiiani- " mité. C est par de scmhlaLles veitus que Louis s^acqoit sur tous les cœiu*s un empire plus puissant encore et plus sntisfaisanl. que celui qu'il devoit à sa naissance. 7. IjC clievalier Boyard avoit remarqué dans Grenoble une jeune fille d'une OTande beauté. Il s'informa de son nom et de son état ; et robscurilé de sa naissante, «T'usi que la misère de ses parens,laissant plusde liberté à SCS désirs , il les confia à son valet-de-chambre. Ce domestique, ayant trouvé moyen de s'introduire che* h\ Jïièi e de la jeune fille , reconnut dans la première ])! (].s c!e préj • ïgés que de véritables sentimens d'honneiu*^ et s.u'-tout un grand amour du gain; mais la j «une fille, relenne par l*(.*xeniple et les le< ons de quelques personnes <'ousid<»rables qui la recevoicnt chez elles, et fière comme le sotit toutes les belles , laissoit moins d'espérance au conliflenL du chevalier , qui la savoit d'ailleurs prévenue d'une forte passion pour un jeune • homme de son état. Ce domestique, voulant satisfaire son maître , parla ouvertement A la mère , offrît de l'argeiit, et obtint la fille. La réputation de générosité que SL-Loil acquise le chevalier Bayard fut en partie la cause de son peu de résistance : elle vint dans la chambre du héros , où, le voyant seul , elle se jeta à ses genoux : f< Monseigneur, lui dit-elle toute en pleius, « vous qui avez sauvé tant de villes , et conservé Thon- « neur ?i tant de .familles , voudriez-vous ravir celui « d "une malheureuse qu'on vous livre malgré elle , et « doiit voire vertu devroit vous rendre le premier dc- « feusenr ? » Ces mois touchèrent la grande ame du chevalier. U ue vit plus dans son action que ce qu'elle
^voît de criminel. « Levez-vous , ma fille , lui dit-il ; vous t* sortirez de chez le chevalier Bayard aussi sage et s« plus heureuse que vous n^y êtes entrée. » En même ç.temps il la conduisit chez une dame de ses parentes, ^à qui il recommanda le secret. Le chevalier envoya, ^le lendemain de bonne heure , chercher la mère de j cette fille , qui fiit consternée, quand , au lieu de la - récompense qu^on lui avoit promise, elle se vit exposée ;. aux reproches de Bayard, Cette femme alléf^na la misère , excuse valable pour le peuple, et l'impuissance où elle s^étoit trouvée de marier sa fille. « Com- 4C bien vous demande-t-on pour cela? dit Bayard. — « Six cent5 francs, répondit-elle. » Le généreux che- « vaher les donna sur-le-champ , et ajouta deux cents autres livres pour les habits delà fille; puis il la congédia, satisfait de s'être épargné un crime en domptant sa passion, et d^avoir contribué au bonheur d'une infortunée. 8. Le célèbre Cû/wzV/ô assiégeoit la ville de Paieries, dont les habitans, par les secours qu'ils avoient donnés aux Véiens , avoient provoqué le courroux de la république romaine. Pendant que ce grand homme Latoit ses travaux , la fortune lui offrit ime occasion de j|ii eiià-. la place , qu'une ame moins belle , moins généreuse que la sienne, auroit sans doute saisie. Le maître , qui instruisoit les enfans des principaux citovens, «011s prétexte de les mener promener, les fit sortir de la ville , et les conduisit au camp du général romain. « Ces enfans que je vous livre, lui dit-il, vous assurent « la prise de Paieries. » Camille y plein d'horreur pour cette noire perfidie, jeta sur le traître un regard menaçant. « Scélérat, lui dit-il , va faire ton infâme présent « à un peuple , à un général qui te ressemblent : tu « t^es trompé, en t'adressant aux Romains. Nous n'a- « vons , il est vrai , avec les Falisques , aucune union « politique ; mais la nature a mis entre eux et nous « un commun intérêt que nous respecterons toujours. « La guerre a ses droits , ainsi que la paix ; et nous « savons les observer avec autant de justice que ^ « courage. Nous sommes armés , non point contre cet '< âge , que Ton épargne da^ le saccagemeut même des
^a GRANDEUR d'AME.
« villes, mais contre des hommes armés eux-méiiMi « qui , sans être offensés , sans être provoqués « noiis , ont osé nous bloquer dans notre camp de « Ycies. Aujourd'hui ton crime a surpassé le leur: « triomphes de tes concitoyens en scélératesse. ï « triompherai , moi, par les vertus romaines, la « dence , 1 activité , le courage $ et bientôt F ' « aiu'a le sort de Véies. » Apres ce terrible Camille fait arrêter le traître , ordonne qu'on le pouille; puis armant les mains de ses jeunes élèvei fouets et de verges , il leur conunande de recondoi grands coups , dans la ville , leur perfide pé Les enfans obéirent avec joie , et leur retour singulièrement tous les citoyens. Quand ils appris le sujet de cette espèce de comécUe , d^admiratiou pour la vertu romaine , ils envoyèrèit sénat des ambassadeurs qui s^exprimèrent de la « Auguste compagnie , vaincus par vos soldats et « général, nous venons mettre le comble à votre « rieux triomphe, en nous soumettant à voufl, « dés que nous vivrons plus heureusement soui y « empire , qu'eu continuant d'obéir à nos lois. L^' « de cette guerre offre un bel exemple au m humain : vous l'instruisez, vous, eu préférant « la guerre, la bonne foi à la victoire ; nous, en « donnant sans réserve à des vainqueur» si gi « Maintenant nous sommes à vous, illustres sén <( envoyez à Paieries des guerriers qui prennent « session de la ville ; les portes sont ouverUi % « otages préparés. Nous vous serons toujours ^ ' « nous vous obéirons toujours avec reconnoiss 9. Pendant la guerre des Romains contre Pi "roi d'Epire , im inconnu vint tronver F^ibrieimSf rai de Parmée, dans son camp, et lui rendit une du médecin du roi , qui fui offrait d'em Pyrrhus , si les Romains lui promettoient une pense proportionnée au grand service qu'il leur droit , en terminant une guerre si importante > aucun danger pour eux. Fabricius , sachant qu'il des droits inviolables à l'égard même des ennemis»
GRANDEUR D^AME. d83
i^ppé d\ine juste horreur à cette proposition. Comme 3 ne s^étoit point laissé vaincre par Tor que le monar-^ i|ue lui avoit offert dans une autre circonstance , il crut %u*il sei-oil'honteuxde vaincre ce prince par le poison. ^A.près en avoir conféré avec son collègue Eniilws, il )fcrivit promptemcnt à Pyrrhus , pour l'avertir de se i^nrécautionner contre cette noire perfidie. Sa lettre moit conçue en ces termes :
, Ç^ius'FjBRiçius et Quintus-Emilius , consuls ^
au roi Pyrrhus : salut.
« Il paroît que vous vous connoissez mal en amis et ■^ en ennemis ; et vous en tomberez d'accord , quand 4C vous aurez lu la lettre qu'on nous a écrite ; car vous ■€ verrez que vous faites la guerre à des gens de bien '■m et d'honneur , et que vous donnez toute voti e con- « fiance à des médians y à des perfides. Ce n'est pas « seulement pour l'amour de vous que nous vous don- « nous cet «avis , mais pour l'amour de nous-mtmes , « afin que votre mort ne donne point une occasicu de c nous calomnier, et qu'on ne croie pas que nous avons « eu recours à la trahison, parce que nous désespérions € de terminer heureusement cette guerre par notre € courage. »
Pyrrhusy ayant reçu cette lettre, S'écria, plein d'ad-miration : « A ce trait, ]e reconnois Fabricius; il seroit « plus facile de détourner le soleil de sa route ordi- « naire ^ que de détoiuner ce Romain du- sentier de « la justice et de la probité. » Quand il eut bien avéré le fait énoncé dans la lettre ^ il fit pimir du dernier supplice son infâme médecin ; et pour témoigner au général ennemi sa vive reconnoissance, il lui renvoya tous les prisonniers sans rançon. Le magnanime consiil , ne voulant accepter ni une grâce de son ennemi , ni une récompense pour n'avoir pas commis la plus abominable de toutes les injustices , ne refusa point les prisonniers , mais il lui renvoya un pareil nombre de Tarentins et de Samnites.
lO. JEmilius-Scaurus , général romain , accusé par un certain Varius d'avoir reçu de l'argent du roi
2R4 GRANDEUR d' A :V F.
Mithridate , pour trahir la république , plaid, sa cause : « Varius accuse Scaurus de s^être 4C corrompre par les ennemis de Rome ; etScaur « avoir commis ce crime : lequel devez-vottà crc L'accusation tomba aussitôt.
1 1 . ScipionV Africdim , ayant été accusé par qu< tribuns , n'entreprit point de se justifier des c qu'on lui imputoit 5 il dit seulement : « Romain « jour est le même où j'ai vaincu Annibal da « plaines de Zama : je vais au Capitole en rendre^ « à Jupiter.» Aussitôt il s^avança vers le temple dieu j avec cet air majestueux qu'il avoit danj triomphe.Le peuple le suiviten faisant de grande^; mations , et les accusateurs restèrent seuls sur la]
12. De retour à Thèbes , après avoir remporta sieurs victoires, Epandnondas fut accusé d'avoir le commandement de l'armée plus long-temps n'étoit permis par les lois.Ce grand général ne s'a point .\ réfuter ses accusateurs. «Je ne refiisep* « il jdesubirlarigueur des lois ; je demande seule « qu'après ma mort , on grave sur mon tombeau « inscription: £pamz/zo/z£{â^ fut condamné à mor^ « avoir , malgré les ^hébains , ravagé les terr « Lacédémoniens leurs ennemis 5 rebâti la ville d « sine, établi dans l'Arcadie une paix solide, et « la liberté aux Grecs. » Cette harangue , d'un si nouveau , déconcerta les juges qui n'osèrent ! damner. En rentrant dans sa maison, accompaj ses amis qui le félicitoient , son petit chien vint à lui fit mille caresses. Epandnondas y diltenàri y %ç^ vers ceux qui l'environnoient: «Ce chien, leur « me marque sa reconnoissance des soins que je « de lui ; et les Thébains , à qui j'ai rendu t « services , veulent me condamner à la mort !
i3. Jbycurgue , après la mort de son frère , laissoit point d'enfant mâle , pouvoit aisément 1 sur le trône ; et il fut roi , en effet , pendant qu jours. Mais dès que la grossesse de sa belle-so connue, il déclara que la royauté appartenoit à 1 qui en naftroit , si c'étoit un fils ; et^ dès ce me
^'administra le royaume comme son tuteur. Cependant lit veuve lui envoya dire sous main qne s^il vouloit lui promettre de Tépouserj quand il seroit roi , elle feroit
tcrirson fruit : une proposition si détestable fit horreur Lff-curgue : il dissimula néanmoins, et amusant cette {femme par différens prétextes , il la mena jusqu^à son /'ierme. Quand l^enfant fut venu au monde , il le prit entre ses bras ; et adressant la parole à ceux qui étoient présens : « Voici , dit-il , le roi qui nous vient de naître , « seigneurs Spartiates ; » en même temps il le mit dans la place du roi , et le nomma Charilaûs, à cause de la joie que tout le peuple témoigna de sa naissance.
i4- A peine jéntigonus JJ fut-il monté sur le trône de Macédoine , que le peuple parut fâché de Favoir
Sour souverain. Il le fit assembler; et, détachant son iadéme , il dit qu^on n'avoit qu^à le donner à cehii qu'on en croiroit le plus digne. 'Le peuple, frappé de cette offre inattendue, et charmé d'ailleurs des exploits A'Andgonus , le pria de garder la couronne ; mais il ne consentit à la reprendre, qu'après que les séditieux eurent été punis.
i5. MœviuSy centurion de Pamjée A' Auguste , frit
Ï^ris et conduit à Antoine , qui , d'un ton terrible , ui demanda quel traitement il vouloit qu'on lui fît : « Fais-moi mourir , répondit-il ; car ni la crainte , ni 4e la reconnoissance ne pourront jamais m'engager à « quitter le parti A' Auguste pour embrasser le tien. i> f^ioyez Clémence, Constance, Egalité, Héroïsme, Intrépidité , Magnanimité.
..M.o'A.c.KSON,à,^iP»isdoi.,en^el^e,„r,.
la naissance de sa police , savoit quel est le pouvoir d'un magistrat sans armes , et avoit le courage de s'y fier. La cherté étant excessive dans les années 1709 et 1710 , le peuple, injuste parce qu'il souffroit, s'en prenoit en partie à M. à'Argenson , qui ceçeudas*.
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tâchoit , par tontes sortes de Tcyies , de reifaëdièr âii calamité. H y eut quelques ëmotions qu^il h^èût et prudent ni humain de punir trop sé^èreihelit. Ce| maeistrat les cailma , et par la sage hardiesse qn^ de les braver , et par la confiance que la popu quoique fiuîeuse y aroit toujours en lui. Un îoiir, siégé dans une maison où une troupe noi touloit mettre le feu , il en fit ouvrir la porte , seflÉ] senta , parla , et appaisa tout. ' f ]
2. Apottùfdus de Thyane , dont les actions sonté célèbres dans le paganisme , embrassa la secte àt Pythagore , et se condamna au silence pdur cinq soi/ Nul temps de la vie né lui parut ^ de son aveu ^ bidi' diu* et plus pénible ; mais si sa langue demeiutnt tuÉ Pinaction , toute sa personne pdiioit ; 1 air du visage^^ les mouvemens de tête y les yeux , la niain , tout ihàf employé poxïr suppléer an aéfaut de la parole } et Mf ' gestes éloquens avoient tant de vertu ^ que j -psat ee seul moyen, il appaisa une sédition. Aspendns^ Vntiè'' des ffrandes villes de ta Pamphihe y soufiroit la fiutmne/ par Tin juste avarice des riches qui serroienl le }Mt' afin de le vendre à un plus haut prix. Le peuple s^ea prit au magistrat y qui , se voyant menacé de périr ; se réfugia auprès d^une statue de Tempereur ; mais kr multitude , ne connoissant aucun frein dans sa fagè ^ se préparoit «\ brûler le magistrat suppliant au pï^ àA la statue même. Dans le moment arrive Apouéldms 3 qui y s^ldressant au magistrat, fit un geste de la maâà pour Pinterroger sur la cause de Pémeute. Le magîltrat répondit qu'il n^avoit rien à se reprocher , maiâ que le peuple ne vouloit pas entendre ses raison». Le philosophe muet se retourna vers les mutins , et par un signe de tête , il leur ordonna de se disposer à écouter. Non-seulement ils se turent , mais ils quittèrent le feu qu'ils avoient déjà dans les mains. Le maeistrat , reprenant courage y nomma les auteurs de Ta misère pubUque y qui se tenoient à la campagne > ayant de différetis côtés leurs maisons et leurs itiaga^ ^ins. Lés Aspendiens vouloîenty courir. Par un geste de dëéeme y jépolhniuê les àtrêta ^ etleur fit entendre
qu'il Taloit mieux Inander les coupables. On les fit venir ; et leur irue ayant renouvelé les plaintes dii peuple ; les vieillards , les femmes , les enfans jetètent des cris lamentables. Peu s'en fallut que le grave philosophe n'oubliât la loi qu^il s'ëtoit imposée, et n'exprimât , par des. paroles , lei sentimens d'indignation et de pitié qui le pénétroient en méine temps. îl^^pécta néanmoins son engagement pythagorique ; et s^étant &it apporter des t«J>lettes > il y écrivit ces tnots : ^Apol- « lonius , aux monopoleurs des blés d'Aspendus. La « terre est juste ; elle est mère commune de tous les « hommes ; et vous- , hommes barbares , vous voulez « seuls profiter de ses &veiu^ ! Si vous ne changez de « conduite , je ne vous laisserai pas subsister sur la « &ce du globe. » Les coupables , intimidés par cette menace , garnirent les marchés de blé , et la faminer cessa.
3. Une disette avoit mis les vivres à un prix excessif, et Rome se voyoit à la veille d'être en proie aux horreurs de la famine. Les tribuns, magistrats séditieux, qui profitoient des malheurs publics pour les aggraver par la disccMrde , s'efForccrient de révolter le peuple cen-^ tre le sénat; et suivis d'une foule de citoyens , vils sectateurs de cçs hommes turbulens,^ils voulurent finrcer le consul Scipion Nasiea à prendre certains arrangemens par rapport aux blés. Ce grand homme s'y opposa fortement , et rejeta leur requête , conune tendant au renversement des constitutions de la république. Il se rendit à l'assemblée du peuple^ et commença par exposer les raisons de sa résistance. Tout-à-K!oup, il fiit interrompu par des murmures et par des cris.. Alors , d'im ton d'autorité conforme & soii grand mérite : « Romains , dit-il, feites silence^ Je sais mieux que « vous ce qui est utile à la république. » A ces mots > toute l'assemblée se tut avec respect ; et la majestueuse gravité d*un seul honune fit plus d^impression sur 1» multitude , qu'un intérêt aussi vif et ailssi puissant que celui des vivres et du pain.
4- Eusèb , gouverneur du Pont et de la Cappadoce, •ncle de ^impératrice^ et dévoué aux Avions, saisiwn^
toutes les occasions de chagriner Basile , évêqne à Césarée. Un de ses assesseurs , devenu éperdumcA amoureux d^une veuve de famille illustre , vouloith contraindre à Téponser. Pour éviter ses poursuit», soutenues de rauloril^ du pouvemeur , elle se réfugu dans Péji[lise , aupr^s de la tahle sacrée. Le mag^tnl voulut forcer cet asile. Le saint prélat prit ladésfense de cette femme : il s'opposa aux gaHes envoyés poiu la saisir, et lui procura les moyens de s'échapper.I< eouvemeur inîté cita Basile devant son tribunal ; et, le traitîuit comme un criminel , il ordonna de le dépouiller , et de lui déchirer les flancs avec les ongles de fer. Le. prélat se contenta de lui dire : « Vous me « ferez un {jrand bien^ si vous m^arrachez le foie, qui « me cause de perpétuelles douleurs.)^ Mais les habitans a])preuant aussitôt le péril de leur évêque , entrent en fureur: hommes , femmes , enfans ,. armés de tout ce qu^ils rencontrent , accourent , avec des cris horribles , à la maison à^Euscbe ; chacun brûle d'envie' de lui porterie premier coup. Ce magistrat, un moment auparavant y si Rer et si intraitable y tremblant pour lors , se jette aux pieds de sa victime. Il n'eut pas besoin de prières. JBû.î£/c , délivré des bourreaux, alla au devant du peuple. Sa seule vue cabna la sédition , et sauva la vie à celui qui lui préparoit une mort cruelle.
5. Caton l'ancien assistoit aux Jeux Floraux. Le peuple , en présence d'im homme si vertueux et si grave , eut honte de se livrer à la licence ordinaire à ce spectacle. Le rigide censeur s'en étant aperça , sortit aussitôt pour ne pas troubler les plaisirs du peuple. Tonte l'assemblée l'applaudit avec de grands cris , et Von continua de célébrer les jeu:^ , selon la coutume. Cette contrainte d'un grand peuple , en présence d'un citoyen , est l'hommage le plus glorieux et le plus vrai q[u'on ait jamais rendu à la vertu.
6. Après la mort de Henri IV ^ le duc de Sully , son ci^nfident et son ministre , se retira dans sa maison de Villebon au Perche. Ayant été invité, comme l'un des plus anciens officiers de la couronne , à se trouver à
un
un conseil, pour y donner son avis , il y parut avec son épaisse barbe a la Huguenotte > un habit et des airs passes de mode. S^étant aperçu que les jeuàes seigneurs de la nouvelle courcherchoient à lui donner des ridicules , il dit* au roi Louis XIII , en entrant dan» le cabinet : « Sire , quand le roi votre père, de glorieuse « mémoire , me faisoit Thonneur de me consulter , « nous ne commencions à parler d^affaires , qu^au « préalable on n'eût fait passer dans Fanti-chambre 4c les baladins et bouffons de cour. >^
7. Un ambassadeur de Charles- Quiné auprès de Soliman II, empereur des Turcs, yenoit d'être appelé à l'audience de ce prince. Comme il vit , en entrant dans la salle de l'audience , qu'il n'y avoit point de f iége pour lui, et que ce n'étoit point par oubli , mais par orgueil qu'on le laissoit tenir debout , il ôta sou manteau , et 5'assit dessus avec autant de liberté que si c'eût été un usage établi depuis long-temps. Il exposa l'objet de sa commission , avec une assurance et une présence d'esprit , que Soliman lui-même ne put s'empêcher d'admirer. Lorsque l'audience fut lînie , l'ambassadeur sortit sans prendre son manteauj. On l'en avertit ; il répondit avec autant de gravité que de douceur : « Les ambassadeurs de l'empereur « mon maître ne sont point dans l'usage d'empester « leurs sièges avec eux. »
8. L^ambassadeur d'Angleterre se plaignoit hautement, à Versailles, des travaux que Louis AT^faisoit faire au portdeMardick.il demanda une audience particulière 5 il l'obtint , et jparla au roi avec plus de véhémence que de retenue. Sa majesté ne l'interrompit point ; mais lorsqu'il eut achevé , eUe dit : « Môn- « sieur l'ambassadeur, j'ai toujours été le maître chez « moi , quelquefois, chez les autres 5 ne m'en faites 4( pas souvenir. » ;