‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 78 sur 130 · En se rappelant les vertus stibKmes de HenrilV · texte numérisé non relu

En se rappelant les vertus stibKmes de HenrilV

on ne peut se dissimuler qu^il les a termes par un amoifr excessif du jeu. « Il n^éloit pas beau joueur, dit Péri- %Jixe ; mais âpre au gain , timide dans les grands coups, « et de mauvaise humeur dans' la pçrte. » Quantité de familles illustres se ruinèrent à sa cour, en partageant avec lui cette passion funeste. Le duc de Biron y perdit, en une seule année, plus de cinq cent mille ëcus. « Mon fils Constant , dit à'Aubignà , y perdit « vingt fois plus qu'il n'avoit vaillant , de sorte que, « se trouvant sans ressource, il abjura sa religion, y^ 4i • Sous le règne de ce prince , on ne croyoït pas que la passion du jeu fût susceptible de nouveaux accroisse^ mens. « En i668,dit J}a^v^077i/iidrr6,ôn^ouoit àFontaine- « bleau le jeu plus terrible dont jamais on eût entendu iK parler : il ne se passoit pas de journée sans quil y « eût au moins vingt mille pistoles de perte ou de gain. « Il y avoit des signes de diverses valeurs : quelques- « uns étoient de cmq cents pistoles ; de sorte qu'à Taide m de ces marques, on pouvoit tenir dans sa main de» « sommes exorbitantes. » Ce jeu, qui n'avoit lieu qu'à la cour et chez les grands , ajoute IVI. Dusaulx, on le joue maintenant' dans toute la France et chez les étrangers. Nous avons aussi les signes de convention, à Paide desquels nous jouons secrètement nos contrats, nos maisons , nos terres. En Russie, on joue ses esclaves : il n'est pas rare , soit à Pétersboûrg , soit àMoskou, de voir de pauvres Ëimilles appartenis successivement à dix maîtres en un seul jour. On cherchoit autrefois Toccasion de jouer : à présent on annonce les parties; on fait courir les billets circulaires. Les joueurs de tout pays se connoissent , correspondent ensemble. C'est principalement aux eaux que se tiennent les diètes, que se forment les confédérations. Depuis quelque temps , continue-t-il , on ne veut plus jouer que de Tor, même chez des bourgeois. L'argent s'avilit : pour en purger le tapis j pour forcer les acteurs 2i développer leurs rouleaux y les banquiers ont soin de ramasser les écus , de les mettre de côté à mesure qu'ils les gagnent. Ou vient, dit-il encore, de supprimer un tripot dottt la maîtresse , tous frais faits y re-

cueilloit

iîueiUoit cinq à six cents livres par séance : chaque fois

r'on jouoit chez elle , on usoit pour dix louis de cartes* ce tripot subalterne en a succédé un autre , qu'il est pins difficile de supprimer. Je ne me rappelle pas, dit toujours M. Dusaulxy quelles sont les conditions du bail ; mais je sais qu'un grand hôtel est défrayé ; qiie ^entrepreneur compte tant par mois pour la table > tant pour le secrétaire , etc. etc.

42. Un capitaine français , nommé la Roue y joueur intrcpide , proposa de jouer vingt mille écus contre [''une des galères du célèbre André Doria : celui-ci retira sa parole , quoiqu'il l'eût formellement donnée : ic Je ne veux pas , disoitril , que ce jeune aventurier, « qui n'a de quoi perdre \ me gagne ma galère , pour « s'en aller triompher en Framte de ma fortune et de ce mon honneur. »

43. Un père exigea que la communauté entre sa fille et son gendre fiit rompue , le lendemain dime séaiice où celui-ci avoit gagné cent mille écus. On le supplioit d^ différer : « Non , non , dit-il ; je ne veux pas que 4C mon sang profite un seuljnstant de Tin justice , ni que « ma fille meure sur un fumier. » 11 fit dater la sépa« ration de la veille, et l'événement ne tarda point à prouver la sagesse de sa prévoyance. Son gendre fut ruiné et obligé de mendier bassement dçs secours à safemme.

44* Un riche habitant de la ville de Riom , voyant son fils prêt à s'oublier au jeu, le laissa faire. Le jeune homme perdit une somme assez coQsidérable : « Je « la paierai , lui dit son père , parce que l'honneur « m'est plus cher que l'argent. Cependant expliquons- « nous : vous aimez le jeu, mon fils , et moi, les pau- « vres. J'ai moins donné , depuis que je songe à vous « pourvoir; je n'y songe plus : un joueur ne doit point « se marier. Jouez tant qu'il vous plaira, mais à cette « condition : je déclare qu'à chaque perte nouvelle , « les infortunés recevront de ma part autant d'argent 4C que j'en aurai compté pour acquitter de semblables « dettes. Commençons dès aujourd'hui. » La somme fut sur-le-champ portée à l'hôpital, et le jeune hommes x>e s'avisa pas de récidiver.

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