PRUDENCE
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iES Athéniens et leurs alliés, commandés par C/mon, ayantfait un très-riche butin dans la conquête des villes de Seste et de Byzance, prièrent ce grand général d'en faire le partage. Cimonm\\ d'un côté les prisonniers tout nus, et de Tautre tous leurs ornemens et toute leur dépouille. Les alliés se plaignirent d'abord de ce partage, comme y trouvant trop d'inégalité; mais le capitaine leur donna le choix. Ils prirent , sans hésiter, les ornemens des Perses , et laissèrent les prisonniers aux Athéniens. Cimon partit donc avec le lot qui étoit resté, passant pour un homme peu entendu à faire des partages ; car les alliés emportoient une quantité de chaînes, de colliers et de bracelets d'or, de riches vêtemens , de beaux manteaux de pourpre ; et les Athéniens n'avoient pour leur part que des corps tout nus , et qui étoient peu propres au travail. Mais bientôt après on vit arriver de la Phrygie et de la Lydie les parens et les amis de ces prisonniers , qui les rachetèrent jusqu'au dernier, avec de grosses sommes d'argent 5 de sorte que , des deniers provenant de cette rançon , Cimon eut de quoi entretenir sa flotte quatre mois , et qu'il y eut encore beaucoup d'or de reste pour le trésor public , sans coinpter ce qui lui en revint à lui-même.
2. KhosrouyTOx de Perse^ délibéroit dans son conseil sur une affaire de grande îAportance } el le» \îsVïs tjxçv-
posoient chacun lenr sentiment : le m ^onna ^ lBouxourf;emîhirjèoagraî^yisiT^le suivit. Aprèsle ocm •eU,onlm demftndapoun]uoiiI avoitprëfér^le sentiaiea^ du souTerainàcelni de tousles yisirs;!] répondit: dL'esa»'>] « cèsde ràffaire dont il s'agit esttrès-incerikain;e1j'ai cnt € qu'ilétoîtplus sage de suivre le conseilduroi^afiud'étaM « à couvert de sa colère^au cas qu'il n^ réussisse poinU .3. On ne peut trop admirer la rare prudence avec laquelle Scipion rAfiricaiirse comporta dans une sédition qui s'éleva parmi ses troupes , pendant la guerre qall ' fiten Espagne .Gegrand général avant été attaqué d'une maladie assez fâcheuse , la nouvelle s'en répandit asses promptement dans toute la province y et y jeta le trouble et la confusion. Bientôt le bruit courut que Stipim^ ëtoit mort. Les alliés devinrent infideUes , et lea soldats séditieu:^. Les princes espagnols sl^dl|vèrent leurs |||r jets y et portèrent la désolation daij^ès contrées sJ^ mises h la puissance romaine. Près de SuoMne , étoit iin corps de hùll milleRomains y qu'on avoit &it camper en ce lieu pour contenir dans le devoir les peuples vmsins de l'Ëbre. Ces troupes a voient déjà commencé à se mutiner y avant que la nouvelle de ta maladie de Scipion se fut répandue. Le long repos avoit insensiblement produit la licence. Accoutumées^ pendant la guerre , a vivre au large dans le pays ennemi y elles soufiroient avec peine de se voir réduites à l'étroit en temps de paix. D'abord ce n'étoientque des murmures secrets : <eS'il y a encore des ennemis dans la provin- « ce y disoieftt ces soldais y pourquoi nous retient-cm € dans un pays tranquille y où nous languissons dann « une honteuse oisiveté ? Si la guerre est terminée ^ « pourquoi ne nous fait-on pas repasser en Italie ? ^ La nouvelle de la maladie de «^c/pfoi^^ suivie de près du bruitde sa mort^augmenta infiniment cettemauvaisfdi»position.Les séditieux demandèrent leur soldeavecplns de hauteur et de fierté qu'il ne .convenoit à des soldats bien disciplinés. Dans les corps-^e-garde y on porta Unsolence jusqu'à dii^ des injures aux tribuns qui fsiisoient la ronde : plusieurs allèrent jpiller^ pendant la nuit, les villages voisins, dontles.hai^pûisétoientdu nombredes alliés* En pltitajour y et ioùtouNetVAxciexLt) ils abandonr
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noient leurs drapeaux, et s'en alloientou ilsjn^^eoient à propos, .sans demander congéàleursoflîciers. Us en vinrent mémejusqu^JiIeschasser du camp d'une voixunanW me^ et déférèrent le commandement à deux simples sol* dats^auteurs de la sédition.Cesdeuxinsolenseurentrim** pudence de prendre les marques du souverain pouvoir, et de faire porter devant enxles haches et ies faisceaux. Les séditieux attendoient , de moment en moment^ des courriers qui leur apprissent les fiuicrailles deSci-'
Îion^maisy plusieurs jours $' étant passés sans que le mit de sa moi t se confirmât, alors on commença h en rechercher les premiers auteurs;chacun s'en défendoit, et aimoit mieux paroître avoir cru trop légèj'ement une pareille nouvelle , que l'avoir invenlée. Dans cette circonstance , les chefs du soulèvement ne se voyant plus soutenus avec la même chaleur, commencèrent à envisager avec frayeur les faisceaux qu'ils avoient usurpés^ et k redouter les effets d une puissance légitime. •La sédition étoitdéjàun peu ralentie , lorsqu'on apprit par des courriers sûrs et fidelles , premièrement queî'czpion vivoit , et ensuite qu'il étoit absolument liors de danger. Bientôt après, sept tribims légionnaires , envoyés par le général même, arrivèrent dans le camp.La vue de ces officiers aigritd'ahord les esprits ; mais leurs manières douces et familières , accompagnées d'un air de bon lé, firent bientôt rentrer tout le monde dans le calme. Se mêlant dans les cercles où ils voyoient plusieurs soldats s'entretenir ensemble, ils prcnoient part à la conversation 5 et, sans leur faire aucun reproche siu: leurcondui te passée , ils paroissoient seulement cimeux d'apprendre ce quipouvoitcauserleurmécontentement et leurs alarmes.Les soldats se plaignoientsuMoutque, malgré les services qu'ils avoient rendus , on ne leur avoit point payé leur solde aux jours marqués. Les tribuns répondirent que ces plaintes étoient légitimes , et qu'ils ne manqueroient pas d'en avertir le général. 5ci/i£0/2n'é toit point embarrassé, quand il s'agissoit de Élire la guerre 5 c'étoit son métier : mais, n'ayant point encore éprouvé de sédition, celle-ci l'inquiétoit. Il craignoit, de la part de son armée, des excès quincXvù-çexmissent/>Ji2^ d'user de clémence. IlcraiguoilVui-ta&isie
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d'outrer la sëvërité.Il rësoliit enfin de n^ëcouter que la
Enidence et la môdëratîon.Pour cet effet, il envoya dam 38 villes tributaires ceux qui étoientcharg^s de le ver les deniers de la république; et cette démarche fit espérer aux soldats ^'ilstoucheroient incessamment la somme qui leur étoit due. Quelques jours après, i] publia une ordonnance qui leur enjoignoît de veniràCarthagène, pour recevoir leur paie, séparément par compagnies, ou tous ensemble, s^ilsraimoient mieux. La sédition étoit déjà bien affoiblie ; mais quand on sut que ceux des Espagnols qui s'étoient soulevés,rentroient dans lecalme, elle fat tout-à-fait éteinte ; car JManrfowîi/j etindibilisj princes espagnols , n^avoient pas plutôt appris que Scipion jouissoit d'une parfaite santé , qu'abandonnant leur entreprise , ils étoient retournés dans leur pays. Ainsi, il n'y avoit plus ni citoyen, ni étranger, que les soldats de Sucrone pussent associeràleurrévolte.Après bien des réflexions , ils prirent l'unique parti qui se présentoit à eux : c'étoit de remettre leur sort entre lés mains de leur général. Ils se représentoient qu'il avoit bien pardonné à des ennemis vaincus par la force dés armes ; que , dans leur sédition, il n'y avoit pas eu une épée tirée, pas une goutte desang répandue. Ils étoient seulement en doute s'ils iroient chercher leur solde tous ensemble, ou en différentes bandes. Ils prirent le parti qui le.ur parutleplus sûr: c'étoit de ne se point séparer. Scipion , de son côté , délibéroit sur la conduite qu'il devoit tenir à leur égard. Son conseil étoit partagé en deux sentimens. Les uns vouloient que l'on se bornât au supplice des chefs , au nombre d'environ trentecinq ; les autres croyoierft qu'une sédition si criminelle demandoit une punition plus générale. L'avis le plus doux prévalut. Au sortit du conseil , on avertit les soldats, qui étoient à Carthagène, de se tenir prêts à marcher contre les Espagnols révoltés , et de se munir de vivres pour plusieurs jours. On vouloit donner lieu de croire que c'étoit sur cette expédition qu'on venoit de délibérer. Quand les séditieux approchèrent de Carthagène, ils apprirent que le lendemain toutes les troupes que Scipion avoit dans cette ville , dévoient partir sous la conduite de£ilaiiii.£«^Cie\\j&iLQivxN^Uelâur causa
beaucoup de ]o\e : ils s'imaginoient avec plaisir que leur général alloit rester seul avec eux , et qu^ils seroient plutôt en état de donner la loi, que de la recevoir. Ih entrèrent dans la ville vers le coucher du soleil , et virent les tronpes de Carthagène qui faisoient tous le^ préparati& de leiu* départ. Pendant la nuit, ceux sur qui Ton voiiloit faire tomber la punition, fîirent arrêtés. On avoit pris de bonnes mesures pour se saisir d^eux sans bruit. Vers la fin de la nuit, les bagages de Parmée que Ton feignoit de Ëdre partir, commencèrent à se mettre en marcne. A la pointe du jour, les troupes s'avancèrent jusqueshors de la ville , mais s'arrêtèrent à la porte ; et Pou mit des gardes à toutes les autres portes , pour empêcher que qui que ce fût ne sortit.
Après ces précautions , ceux qui étoient arrivés la veille vinrent à Passemblée^ où ils étoient appelés ; et par l'air de fierté et d^arrogance qu'ils aifectoient, on eût dit qu'ils alloient donner de la terreur à leur général, loin de rien craindre de sa part. Alors Scipion monta sur son tribunal ; et en même temps, les troupes qu'on avoit fait sortir de la ville en armes , étant rentrées , se répandirent autour des soldats qui étoient venus à l'assemblée sans armes, suivant l'usage. Dans ce moment toute leur fierté les abandonna. Ce qui le» effraya davantage , fiit la vigueur et l'embonpoint de Scipion y qu'ils s'ctoient attendus de trouver abattu d'une longue maladie , et les plus audacieux tremblèrent en voyant le feu de ses yeux et la tranquille sévérité de son visage. 11 demeura quelque temps assis ^ sans rien dire , jusqu'à ce qu'on vînt l'avertir que les auteurs de la sédition avoient été conduits dans la place publique , et que tout étoit prêt. Alors, ayant fait fairQ silence par le héraut , il prit la parole avec cette éloquence vive et mâle qui accable, qui anéantit le coupable : «Quel nom vous donnerai-je ? dit-il aux séditieux. Vous appellerai-je citoyens ? vous vous êtes révoltés contre votre patrie. Soldais ? vous avez secoué le joug de la discipline militaire. Ennemis ? l'extérieur, les visages , l'habillement annoncent des citoyens : les ac> tiens, les discours, les complots me montrexilexi.Na>ûi% âes ennemis.... Ajprè^ avoir chassé lesCarÛvagvuQv^ â^
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TB^spagne > je ne m'itnaginois pa^s , tu la conduite que
i* 'a vois tenue, qu'il y eût dans touteia province un seul ieu ou ma vie fût odieuse ^ un seul homme qui souhaitât ma mort.. .Dans mon armée , dans mon camp y mes soldats ont appris avec \o\e le bruit de ma mort ; ils en ont attendu la conârmation avec empressement.... Je suppose que je n'aie pas mérité , comme je le croyois^ votre attachement et votre fidélité ; hélas ! que vous avoit fait la patrie que vous trahissez , en vous unissant avec les Espagnols révoltés?... Quel étoit le but de votre entreprise ? Espériez-vous ôter au peuple romain la possession de TEspagne , et vous en rendre maîtres ? Insensés ! vous aviez donc oublié que la république , qui a triomphé de tant de nations ^ pouvoit aussi triompher de vos perfides eiforts ?... Mais que tout le passé demeure enseveli, s'il se peut, dans un étemel oubli, et que la punition des scélérats qui vous ont portés à ce crime, vous serve à l'avenir d'expiation et d'exemple.» A'pemeScipion eut-il cessé déparier, qu'on présenta de concert aux yeux et aux oreilles des coupables, tout ce qui pouvoit porter la terreur dans leurs âmes .Les soldats de l'autre armée, qui s'étoient répandus autour de l'assemblée y commencèrent à frapper de leurs épées sur leurs boucliers 5 et, dans le même moment, on entendit la voix du héraut qui citoit ceux qu'on avoit condamnés dans le conseil. Après les avoir dépouillés de leurs habits, on les traîna au milieu delaplace ; et, sur-le-champ, onfitparoîtrelesinstrumensdeleur supplice. Pendant qu'on les attacha au poteau, qu'on les battit de verges, et qu'on leur tranchala tête, leurs complices demeurèrent immobiles, et tellement saisis de crainte , qu^ilne leur échappa aucune plainte, ni même aucun gémissement. 4. Zénis y Dardanien , avoit gouverné TEolie sous l'autorité du satrape Pharnabaze; et , comme après sa mort on vouloit donner cette province à un autre, Jkfama,sa veuve, vint ironver Pharnabaze avec des troupes et des présens, et lui dit qu'étant veuve d'un homme qui lui avoit rendu de grands services, elle le prioit de ne lui point ôter les récompenses deson mari, qu'elle le serviroitaveckmêmsxileet la même obéissances et que, si
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èlleymanquoit, il lui setx)it toujours libre de la dépouiller de son gouvernement. Elle le conserva donc, et s'y conduisit avec toute la sagesse et toute l'habileté qu'on' auroit pu attendre de l'homme le plus consommé dans l'art de commander. Aux tributs ordinaires qu'avoit payés son mari , elle ajoutoit des présens d'une magni*. ficence extraordinaire ; et lorsque Phamabaze venoit dans sa province, elle letraitoitplus splendidement qu# ne faisoient tous les autres gouverneurs. Elle ne se contenta pas de conserver les places qu'on avoit commises h sa garde ; elle en conquit de nouvelles , et prit , sur la cAte dé Larisse , Leuxite et Colonne. On voit ici que la prudence , le bon esprit et le courage sont de tout sexe. Mania se trouvoit présente à tout , montée sur un char , et proncmçoit elle-même sup les peines et sur les recompenses. Il n'y avoit point , dans les provinces voisines , de plus belle armée que la sienne ; et elle tenoit à sa solde un grand nombre de soldats grecs. Elle accompagnoit même Pharnabaze dans toutes ses entreprises^ et ne lui étoit pas d'un médiocre secours : aussi ce satrape , qui connoîssoit tout le prix d'un si rare mérite, faisoit à cette dame plus d'honneur qu'à tous les autres gouverneurs ; il lui donnoit même entrée dans son conseil; et il la traitoit avec une distinction ca« pable d'exciter la jalousie, si la modestie et la douceur de cette héroïne n'eussent tempéré l'éclat de ses vertus,
5. Cotis , roi de Thrace , étoit extrêmement vif et colère, et punissoit avec sévérité les moindresfautes.Un étranger lui ayant apporté de très-beaux vases, admirablement bien ciselés, ettravaillés avec un artinfîni, mais très-fragiles, Cotis les reçut, et fit un riche présent à cel homme. Ensuite il brisa tous ces effets précieux, disant qu'il ne vouloitpas s'exposera punir ceux quiiescasseroient. Le sage se connoît lui-même, et prévient, par sa prudenre,lesfautesoiisespassionspourroientrengager.
6. IphicratCy général athénien, étant un jour campé sur les terres de ses alliés , ne laissoit pas de fortifier 8on camp d'un fossé et d'une pahssade , comme s'il eût été en pays ennemi. « A quoi bon tant de soins , f Im dit quelqu'un ? que craignez-vous ? — Quand ou \ ne voit rieM craindre , repo^dit le çmàexvt c«ç\-
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« c^est alors qu'on doit craindre le plus. Lorsqu^im « malheur imprévu est arrivé , il est honteux pour un « général d^êtreobligé de dire : Jen'y avois pas pensé. » Après avoir vaincu et mis en fuite les Lacédémoniens , il les poursuivit jusques dans un défilé trèsétroit, dont ils ne pouvaient plus sortir , à moins qu^ils ne s'ouvrissent un passage à travers son armée. ipA£crate sachant que le desespoir donne du cœur aux plus lâches , s'arrêta , et dit : « Ne forçons pas no» en- « nemis à devenir braves. » Il les laissa échapper, et ne voulut point risquer de perdre le fruitde sa victobe, en combattant contre des gens qui n'avoicnt plus rien à perdre. Voyez Prévoyance , Sagesse.