‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 4 sur 138 · PATIENCE · texte numérisé non relu

PATIENCE

1. Lje célèbre M. Domat^2ax milieu de ses plus grandes douleurs, disoit : « D.eu me fait la grâce de soufre £rir sans me plaindre; mais il me sei^bîe qu'un chré- « tien doit aller jusqu'à souffrir avec foie. »

2. S. Ho/iu/aZ^Ï, fondateur de l'ordre des Camaldules, [ résolu d'embrasser la vie d'ermite, se mit sous la con- } duite d'unpieuxsolitaire nommé MaWw.Cethomme ne

comptoit pas la douceur parmi ses vertus ; et sa dureté

étoit capable de rebuter un élève moins affermi dans sa

vocation que Romuald, Toutes les fois que son disciple

; faisoit quelque faute en lisant, l'impitoyable Marin lui

donnoit un grand coup de baguette sur la tête, du côté

gauche. Romuald souffrit long-temps ce traitement

rigoureux avec une patience héroïque. Enfin il dit un

jour à Marin : « Mon maître , je suis presque devenu

I « sourd du côté gauche ; je vous prie d'avoir la bonté

. « de me fi'apper désormais dn côté droit. »

3. Une desqualités les plus marquées de Socrate étoit une tranquillité d'ame que nul accident , nulle perte , nullçinjure,nulmauvaistrailementnepouvoientaltérer. On a dit que ce philosophe étoitnaturellementfouçueux el emporté, et que la modération à laquelle il étoit par- Tenu, éfoit l'effet de ses réflexions, et des efforts qu'il avoit faits pour se vaincre lui-même et pour se corriger. Davoit exigéde ses amis del'avertirqtiandikleverroient

1)rès de se mettre en colère.Au premier signal,ilbaissoit e ton,ou même se taisoit.Sé sentant un jour de rémotiou tcoûtre \mçsc}ave:<Je te Êrtipperois^dil-W^sx je n clo\& eu

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« colère. }^ Uïie âaitre fois , ayant reçu d^ûÉ brutal iin/n^ goureux soufflet^ ilse contenta de dire en riant: «Ilestfà* cheux de ne savoir pas quand il faut s^armerd^uncasque Ji

Il trouva dans sa propre maison une ample carrière pour exercer sa patien<îe dans toute soia étendue ;, et Xantippe y son épouse > la mit aux plus rudes épreuves par son humeur bizarre^ emportée , violente. U paroU qu^avant de la choisirpour compagne, il n^avoitpasigndîré son caractère.U disoit lui-même qu^iiravoît prise exprès , persuadé que s^ilvenoit à bout de souffrir seseï»porlemens, il pourroit vivre avec les personnes les plus^ difficiles. Les traits suivans feront connoîtrè que ce grand homme avoit parfaitement réussi dans son choii^

Il donnoit à souper à Èuthidhme son ami. Peadant le repas , Xaniippe lui chercha querelle , cria , tempêta, suivant I\isage > se leva toute furieuse > et reiH yèrsa les plats qui étoient sur la table. EutJddèmt étonné de ce fracas ^ profitoitdu bruit pour s'esquiver doucement par la porte , quand Socrate , le retenant: « Ne vous troublez point, lui dit-il; l'autre jour, qu^ « j-e mangeois chez vous , une poule , en volant suç. « la table y ne renversa-t-telle pas tout ? Nous n'eBj^ « fûmes cependant pas plus émus. 2^ La tranquillité di|j| mari mettoit le comble à la fureur de l'épouse: «Touî^ « jours, disoit-elle avec un ton de désespoir , toujouit^ « il rentre à la maison avec le même air et le m4^ït « visage qu'il avoit en sortant. » • ^

Un jour , pour l'outrager d'une manière sensible j elle lui arracha son manteau de dessus les épaules, ajL milieu de la rue , et le jetta dans la crotte. Les anuE du sage lui conseilloient de se venger sur-le-champ dly cette épouse insolente, et de lui faire sentir une bcôiA^ fois qu'il portoit un bâton. « C'est-à-dire , messieurs-,| « répondit Socrate , qu'un mari et une femme ai^ « prises , seroient pour vous en spectacle fort amil « sant 5 mais je ne suis pas d'humciu: de vous donn€g « la comédie à mes dépens. » ^

Une autre fois , après avoir long-temps suppcMC

sans rien dire ses assauts de mauvaise humeur , et \t torrens d'injures qui les accompagnoient , il sortit i

h maison pour laisser le champ libre à son inépuisable moitié^ et s^assii devant sa porte. Xantippe , dësespërée du phlegme de son mari , monte à sa chambre , et , par la fenêtre, renverse sur la tête chauve du trop patient philosophe , un pot plein d'eau :

Ce n'ëtoit pas dîe l'eau de rose , Mais de l'eau de quelque autre chose.

Les passans , témoins de Paventure , en firent de grands ëclats de rire. Socrate en rit aussi , et dit tranquiUement : «f Je m'y attendois bien 5 après le ton- € nerre vient la pluie. »

Alçibiade s^étonnoit qu'il pût résister aux cris éternels de cette femme acariâtre. «J'y suis tellement ac- 4C coutume , répondit-il , que ses clameurs ne font « pas plus d^inipression sur moi , que le bruit d'une « charrette. » C'est ainsi que , jusqu'à sa mort , ce grand philosophe souffrit en riant , et sans se plaindre , les excès inouis de cette furie domestique , que le Ciel sembloit avoir formée pour exercer sa vertu-

^.Alfonse V^ roi d'Aragon, passoit devant Capoue avec son armée. Tout-à-coup un homme , ayant la mine d'un soldat , vient à lui comme un fiiricux , arrête d'abord son cheval par la bride , et se met ensuite à l'accabler d'injures. Le monarque eut la patience de l'écouter , et attendit qu'il eût déchargé toute sa mauvaise humeur ; puis il continua son chemin sans lui répondre un seul mot , et sans vouloir même le re^rder.

5. Une dame vertueuse fut priée , par une de ses amies , de lui apprendre quels secrets elle avoit pour conserver les bonnes grâces de son mari: « C'est, lui « dit-elle , en faisant tout ce qui lui plaît , et en souf- « frant patiemment , de sa part , tout ce qui ne me « plaît pas. »

6. Un jeune homme, après avoir été élevé, pendant quelque temps, chez le philosophe Zenon , revint dans la maison paternelle: «Eh bien '.lui dit son père, qu'as- « tu appris de bon chez ce philosophe } — Vous le fr saurez bientôt^ i»o7î/>ère^ » réponditle îeunelvoiïviîve', et ensuite il se tut. Le père ^ irrité de son silence ^ e\.

le prenant pour un ayeu tacite du peu de fruit <5pi'il avoit retiré de l'étude de la philosophie , se leva tout en colère : « Malheureux, lui dit-il, tu as donc perdu « ton temps ? C'est donc en vain que j'ai fait tant de « dépenses pour ton éducation ? » En même temps, il commença à le frapper rudement. Le jeune homme reçut avec soumission ce traitement cruel; et , lorsque la colère de son père se frit appaisée : « Voilà , lui dit- « il avec douceur , ce que j'ai appris à l'école de Zrf- « non , à souffrir patiemment la colère et les mauvais' « traitemens de mon père. »

7. Le célèbre »9er^oriW, voyant ses soldats découragés par la perte d'une bataille , les fit assembleir , et commanda qu'on amenât devant eux deux chevaux , l'un vieux , maigre , défait , et d'une extrême foiblesse 5 l'autre jeune , eras , vigoureux , et fort, remarquable sur-tout par la beauté de sa queue , et par la quantité de crins dont elle étoit fournie. Auprès du cheval foible , il mit un homme grand et fort 5 et , auprès du cheval vigoureux , il mit un petit homme foible , et de mauvaise mine. Le signal étant donné, l'homme fort prit à deux mains la queue du cheval foible , et latiroit à lui de toute sa force f comme pour l'arracher j et le petit homme foible se mita arracher un à un les crins de la queue du cheval fort. Après que le premier eut pris beaucoup de peine inutilement , et qu'il eut bien faitrire tous les spectateurs, il renonça à son entreprise; mais le petit homme Jfoible , sans aucun effort , fit bientôt voir la queue de son vigoureux cheval , toute nue , et dépouillée de ses crins. Alors Sertorius se levant dit ; « Mes alliés , vous voyez que la patience est « plus efficace que la force , et que la plupart des fc choses dont on ne sauroît venir à bout tout à la fois , « quelques efforts qu'on fasse , on les exécute sans « peine peu à peu. Ne vous laisse^^ donc point abattre « par un mauvais succès ; soyez sûrs qu'en revenant 4L souvent à la charge , votre persévérance vous fera «c enfin triompher. ;> Ployez Retenue.

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