‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 5 sur 138 · PAUVRETE · texte numérisé non relu

PAUVRETE

pauvreté;

i.LJne honnête pauvreté, dîsoit Caton , est mille fois préférable à des richesses acquises par des voies iniques : on plaint le pauvre ; on déteste le riche.

2. La fille de Thémistocle étant recherchée en mariage, cet illustre Athénien préféra un honnête homme

ruivre ^ à un riche dont la réputation étoit suspecte ; et dit que, dans le choix d'un gendre, « il aimoit mieux f du mérite sans bien , que du bien sans mérite. »

3. Un homme de grande condition , et qui ne vouloît point être connu, vint avec beaucoup d^argent au désert de Scété , pour le faire distribuer aux solitaires. On lui répondit qu'ils n'en avoient pas besoin : mais cet homme ne se contentant point de cette raison , jeta cet aident dans une corbeille qui étoit à l'entrée de rëglise , et le prêtre dit ensuite tout haut : « Que « ceux qui en ont besoin en prennent. » Il n'y en eut pas un seul qui y voulût toucher ; plusieurs même détournèrent leurs regards , pour témoigner le mépris qu'ils faisoient de ce métal , vil objet des désirs de la plupart des honimes. Alors le bon prêtre dit au riche : f Dieu a reçu votre offrande ; distribuez-la aux véri- « tables indigens ; car , pour nous , comme vous vo- « yez 5 il ne nous manque rien. »

4- Un grand seigneur , apportant de l'argent à un vieux solitaire lépreux , et accablé d'infirmités, lui dit : « Je vous supplie , mon père , de recevoir cette petite « bagatelle pour satisfaire à vos besoins. — Eh ! quoi ! « mon frère , répondit ce généreux anachorète , veneza vous ici pour me ravir celui qui me nourrit depuis « plus de soixante ans, et qui,par sa miséricorde, a fait t que, dans mon infirmité , je n'ai eu besoin de rien ? »

o.^bou'Hatem y piennet célèbre docteur musulman, avoit embrassé par goût une vie Irès-pauvre et très-austère. Un jour un de ses amis lui demanda comment il pouvoit subsister ? « Le ciel et la terre , répondit-il , « sont les magasins et les; trésors de la Providence: les ^ hoj;nmes ^e imanqueut jamais de rien, quand ils put-

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«sent, avec confiance,. dans ces sources fécondes de^ « biens. »

6. Socrate s^étoit accoutumé, de bonne heure , à une vie sobre , dure , laborieuse , sans laquelle il est rare

u^on soit en état de satisfaire à la plupart des devoirs ^un bon citoyen. Il est difficile de porter plus loin quHl le fit le mépris des richesses , et Tamoiu* de la pauvreté. Il regardoit comme une perfection divine de n^avoir besoin de rien ; et il croyoit qu'on approchoit d'autant plus près de la Divinité , qu'on ^ cootentoit de moins de choses. Voyant la pompe et Tappareil que le luxe étaloit dans de certaines cérémonies , et la quantité d'or et d'argent qu'on y portoit : « Que de « choses , disoit-il , en se félicitant lui-même sur son « état; que de choses dont je n'ai pashesoin! » Quaniis non egeo !

7. Il est rare des voir de princes se livrer par goût à la pauvreté , et jie faire cas des richesses que pour les Eépaodre dans le seija de l'indigence. C'est pourtant ce que lit Alcamène , neuvième roi de Lacédémone* On lui demandoit pourquoi , avec tant de biens , U vivoit si pauvrement ? « C'est , dit-il , parce qu'un .« homme riche a plus de gloire en vivant suivant la « raison , qu'en se laissant aller à sa cupidité. 1^

8. Philoxènjs de Cyihère , poète fameux , ayant acquis de grandes richesses en Sicile , s'aperçut que le luxe et la mollesse , qui en sont inséparables , com.mencoient à le. gagner : « Par tous les dieux ! dit-il , a perdons nos richesses , plutôt qu'elles ne nous per- « dent. » Aussitôt il renonça à tout ce qu'il possédoit*, quitta la Sicile , et alla dans une agréable retraite , mettre ses moeurs en sûreté , sous les auspices d'une pauvreté volontaire.

9. Epcmùnondasy l'un des plus grands hommes de la Grèce , s'étoit livré par goût et par choix à l'amour de la pauvreté; et jamais il ne fît aucun cas des richesses. Mais sa pauvreté même lui attiroit l'estime et la confiance des riches , et le mit en état de faire du bien aux autres. Quelqu'un de ses amis se trouvant fort à l'étroit*, il renvx>ya chez un des citoyens de Thèbje^ les plus Qpu-

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knsy avec ordre de lui demander , de sa part , mille éciis. Celui-ci, étant venu chez lui pour s^informer du motif qui Pavoit porté à lui adresser cet ami : « C'est, « lui répondit Epaminondas^ que cet homme de bien € est dans le besoin , et que vous êtes riche. »

lO.MénéniuS'-Agrippa^'xxn des plus célèbres citoyens qui aient illustré Rome , après avoir été consul , après avoir reçu les honneurs du triomphe , mounit si pauvre, qu'il ne laissa pas de quoi fournir aux frais de ses funéniUles. Le^ublic y suppléa. Les triibuns ayant assemblé le peuple , firent Péloge du défunt. Ils racontèrent tou* ce qu'il a voit fait de grand , pendant la guerre et peudantlapaix : ils élevèrent jusqu'au ciel ses rares qualités, son désintéressement, sa frugalité , sadrdlhire , son mépris pour les richesses , Phorreur infinie qu'il avoit sur^ tout des usures et des profits cruels qui se tirent du sang des malheureux 5 et ils concUu'ent par représenter ^'ii seroit honteux qu'un si grand homme fût privé , ajffès sa mort, des honneurs qu'il méritoit, parce qu'if n'étoit point assez riche pour être inhumé selon son rang. Tous les particuliers se taxèrent par tête avec ■joie , ce qui fit une somme considérable. Le sénat , piqué d'une noble Jalousie , regarda comme un affront pour l'état, qu'un homme de ce mérite fiit enterré des aumônes des particuliers , et jugea qu'il étoit trop juste que le trésor public en fît lesi frais. L'ordre fut donné sur-le-champ aux questeurs de n'épargner rien pour donner à la pompe ftinèbre de Ménénius , tout l'éclat et toute la magnificence dignes de son rang et de sa vertu. Le peuple néanmoins , piqué à son tour d-émulalîon , refiisa constamment de reprendre l'argentqii'il avoit donné , et queles questeurs lui vouloient rendre. Il en fit présent aux enfans de Ménéniusy de crainte que leur pauvreté ne les engageât dans des professions indignes du rangetde la gloire de leur père.

1 1 . Cnllinsy très'proche parent à'Aristide^ et le plus opulent citoyen d'Athènes , fut appelé en jngemeiit. Son accusateur, insistant peu sur le fond de la cause , lui faisoit sur-tout un crime de ce que , riche comme il étoit , il ne rougissoit pas de laisser dans l'indigence le gTÊoaàj le juste u^ristide ^ avec sa femme el ses exv.

fans. Callias y voyant que ses reproches faîsoîent beaucoup jd^impression sur Pesprit des juges , somma Aristide de venir déclarer devant eux , s^il n^étoil pas vrai qu^il lui avoit plusieurs fois présente de grosses sommes d'argent , et Tavoit pressé avec instance de vouloir les accepter ; et s'il ne les avoit pas toujours constamment refusées , en lui répondant qu^il se pouvoit vanter à meilleur titre de sa pau^^:eté , que lui de son opulence ; que Pon pouvoit trouver assez de gens qui usoieut bien de leurs richesses; mais qu'on en rencontroit peu qui portassent la pauvreté avec courage , et même avec joie 5 et qu^il n^y avoit que ceux qui étoient pauvres malgré eux, ou par leur faute , pour avoir été parfcseux , intempérans , prodigues , déréglés , qui pussent en rougir. Aristide avoua que tout ce que son parent venoit de dire étoit viai; et il ajouta qu^uné ' disposition d^ame , qui retranche tout désir des choses superflues, et qui reserre les besoins de la vie dans les bornes les plus étroites, outre qu'elle délivre de ipille soins importuns, et laisse une liberté entière de nes\)ccuper que des affaires publiques, approche encore, en quelque sorte, l'homme vertueux de laDivinité même, qui est sans soins et sans besoins. Il n'y eut personne dans l'assemblée qui n'en sortit avec cette pensée et ce sentimentintérieur, qu'il eût mieux aimé être Aristide avec sa pauvreté , que Callias avec toutes ses richesses. Ainsi la vertu favorite de cet austère Athénien étoitelle ce noble et généreux désintéressement qui fait regarder les biens périssables, dont la fortune dispose à son gré, comme une possession incommode et dangereuse; et quoique ce grand homme eût été revêtu des premières charges de la république ; quoiqu'il eûtm*iniéles finances avec une autorité absolue, il mourut pauvre, et ne laissa pas même de quoi se faire entenrer. Il fallut que l'état fît les frais- de ses funérailles , et se chargeât de faire subsister sa famille. Sesfillesfarentmariées, et JLyjimflçrwesonfilsfiitentretenuauxdépensduprytanée, qui assigna aussi à la fille de ce dernier, après sa mort, le même entretien qu'on donnoit à ceux qui avoient vaincu aux jeux olympiques, ^cn^ez, Médiocrité. -m

piNETRATIOIf. 35

1. v/ N particulier, fort connu à la cour à'Alfonse V^ roi d'Aragon, ëtant venu àse brouiller avec un seigneur, en disoit pourtant du bien toutes les fois qu'il en parloit ; ce qui étonnoit'd'autant plus les gens qiH l'écoutoient, '^i'on savoit Textrême inimitië qu'il portoît a cette personne. Le monarque , dont la vue etoit plus perçante cme celle des autres , regarda toutes ces louanges ramme très-suspectes. Bien loin de s'y fier, il fit venir secrètement tous ceux de sa cour qni les avoient entendues 5 pour leur dire qu3 cet homme-là tramoit à coup sûr quelque trahison contre son ennemi , et que toute sa douceur apparente n'ctoit qu'une ruse pour le perdre plus siu^ment. Il ne se trompoit pas , et ce qu'il avoit prédit ne tarda guère à arriver. Six mois après , ce fourbfe , croyant qu'il étoit temps d'exëcuter son dessein , accusa le seigneur , son ennemi, d'un crime dont il ne trouvoit point coupable , et commença à le poursuivre en justice. Alfonse , qui s'étoit attendu à ce procédé injuste , dit alors qu'il vouloit qu'on mît l'accusé hors de cour, et qu'il fut déchargé du crime qu'on lui avoit faussement imputé. Il fit ensuite venir l'accusateur ; et , lui ayant fait les reproches qu'il mérite^ , il lui ordonna d'aller promptement trouver le crimmel prétendu , et de lui faire humblement des excuses devant tout Je monde.

2.LaurentdeMédécisaL\o\tvine si grande pénétration, que deux citoyens très-connus dansFlorence,qui s'accu- ^ soient mutuellement d'un vol de quelque argent, ayant comparu devant lui, il se contenta de les envisager, et, dans le moment , désigna le coupable. Comme il prévoyoit souvent ce qui devoit arriver, il prenoit presque toujoursdes mesures si justes, que l'événement lui étoit communément ou Ëivorable, oupeunuisible. Iléloitencore fort jeune, lorsqu'il sauva la vie k Pierre de Mddicis son père , par un sage conseil qu'il luî donna. Il s'étoit

forméune conspiration coiïtreceprince;etque\qyv.es-\xiCkâ Tome IJl. C

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des conjun?s, mis en embuscade, dévoient Passassiner au retour d'une course qu^il avoit faite hors de la ville. Il ëtoit en litière , parce que la goutte l'empêchoit de marcher. Son fils , qui Tacompagnoit, dit à ceux qui le portoient de quitter la route ordinaire , et d'en prendre une plus courte pour entrer dans la ville. Pour lui, monté sur son cheval , il prit le chemin naturel ; et il dit à ceux qu'il rencontroit , que son père le suivoiti , et qu'il n'i^oit pas éloigné : par cette ruse , il trpmp JH ceux. qui l'attendoient ; et tous deux arrivèrent, presque en même temps , sains et saufs à Florence.

5, Ij^RutenT du. Nighiaristan y on Collection curieu^ d^événemens mémorablesypourtsiire connoître la pénétration des Arabes, raconte l'histoire suivante.Trois frères arabes ,de la famille d'Adnan ^s'étsmi mis en voyage pour voirie pays, rencontrèrent un chamelier qui leur demanda s'ils n'avoient point vu un cl^araeau qui s'étoit égaré sur le chemin qu'ils tenoientPL'aîné d'entre eux demanda au chamelier, s'il n'étoit pas borgne? « Oui,» lui rçpondit-il. Le second frère ajouta : « Il lui « manque une dent sur le devant;» et , ceci se trouvant vrai, le troisième frère dit : « Je parierois qu'il est boiteux. » Le chamelier entendant tout ceci , ne douta plus qu'ils ne l'eussent vu, et les pria de lui dire où il étoit. Ces deux frères lui dirent : « Suivez le chemin que nous tenons.»Le chamelier leur obéit, et les suivit sans rien trouver. Quelque temps après, ils lui dirQ||t : « Il est chargé de blé.» Ils ajoutèrent peu après: «iT porte « de l'huile d'un côté , et du miel de l'autre. » Le chamelier, qui savoit la vérité de tout ce qu'ils lui disoient , leur réitéra ses instances, et les pressa de lui découvrirle lieu où ils l'avoient vu. Ce fut alors que ces trois frères lui jurèrent quenon-seulementilsnel'avoient point vu 5 mais qu'ils n^voient même entendu parler de son chameau qu'»\ lui-mênje. Après plusieurs contestations, il les mit en justice , et on les emprisonna. Le juge, s'apercevantque c'étoient desgens de qualité, les fit sortir de prison , et les renvoya au roi du pays, qui les reçut fort bien, et les logea dans son palais. Un jour, dans l'entretien qu'il eut avec eux, il leurdeman^a commeutih savoient tant de choses de ce c\x9L£aed.v>.>saa$.

Savoir jamais vu ? 11 répondirent: «Nous avons vu que, dans le chemin quHl a tenu , Fherbe et les chardons étoient broutés d^uncôté, sansqu^il panit rien démangé de Pautre; cela nous a fait juger qu^iî étoit borgne : nous avons aussi remarqué que ^ dans les herbes qu'il a broutées y il en est resté au défaut de sa dent ; et la trace de ses pieds nous a fait voir qu^il en avoit traîné un : c'est ce qui nous a fait dire qu'il lui manquoit une dent y et qu'il étoit boiteux. Les mêmes traces nous ont appris qu'il étoit extrêmement chargé , et que ce ne pouvoit être que de grain \ car ses deux pieds de devant étoient imprimés fort près de ceux de derrière. Quant à l'huile et au miel, nous nous en sommes aperçus par les fourmis et les mouches qui s'étoient amassées de côté el; d'autre du chemin , dans left lieux où il pouvoit être tombé qiatelques gouttes de ces deux liqueurs. Par les fourmis , nous avons conjecturé le côté de l'huile, et par les mouches celui du miel. » Voyez Sagacité.

1. J. héodose-le-Grand donna deux exemples égalementillustres:l'un,desterriblesexcèsauxquelslacolère peut emporter les meilleursprinces , lorsqu'ils ne pren-

nentconseilquedeleursadulateurs;l'autre,dugénéreux repentirquepeutexciterdansleurame un zèle salutaire. Thessalonique , capitale de l'IUyrie, ctoit devenue une ville des plus grandes et des plus peuplées de l'empire. La licence s'y étoit accrue dans la même proportion que l'opulence et le nombre des habitans. Le peuple étoit passionné pour les spectacles. Il chérissoit, il estimoit même ces vils ministres des divertissemens publics, qui sontla perte des mœurs, parce qu'ils ne peuvent se faire. des partisans sans diminuer l'horreur des vices dont ils 8ontinfectés.J5ofAerîccommandoitlestroupesenIllyrie. Son échanson se plaignit à lui des poursuites criminelles d'uncocherducirque^embraséd'unepassionbrutale.JSotheric fit mettre en prison cetinfame séducteur. Gomtae le jour des courses du r;irgueapprochoit, le peuple , cjvîv

SÇ PENITENCE,

croyoit ce cocher nécessaire à ses plaisirs, vintdemander son élargissement,Surle refus du commandaRt, il se mutina.La sédition fut violente.-plusieurs magistrats y perdirent laTie ; etSothericfat assommé à coups de pierres. La nouvelle de cet attentat excita Tindignation de Théodose A{ vouloit d'abord mettreàfeuet à sang toute la ville. Ambroise et les évêques des Gaules qui tenoient alors un synode à Milan , vinrent à bout de Tap-

{>ai8er. Il leur promit de procéder selon les règles de a justice ; mais ses courtisans, et sur-tout Rujin , effacèrent bientôt ces heureuses impressions. /li(/?i»^ homme de fortune , s'étoit élevé , à la faveur des vertus qu'il savoit feindre, jusqu'à la confiance de l'empereur: Il étoit alors maître des offices , et tenoit le premier rang dans les conseils. Appuyé de ses partisans ,'il fit entendre à Théodose qu^l étoit nécessaire de donner un exemple capable d'arrêter pour toujours les séditions , et de maintenir l'autorité du prince dans la personne de ses officiers. Il ne lui fut pas difficile de rat lumer un feu mal éteint. OnVésolut de punir les Thessalpniciens par un massacre générai. T&^odo^e recommanda expressément de cacher à S. Ambroise la décision du conseil ; et , après avoir donné ses ordres , il sortit de Milan , pour éviter de nouvelles remontrances , si le secret de la délibération venoit à transpirer. Les officiers chargés de cette barbare exécution^ ayant reçu la lettre du prince,annoncèrent une coursede chars pour le lendemain, et passèrent la nuit à faire toutes les dispositions nécessaires à leur dessein. Le jour venu , le , peuple , ne sachant pas qu'il couroi t à la mort, se rendit en foule dans lecirque,sanss'apercevoirdumouvemerit des soldats dont il fut tout-à-coup enveloppé. Ceux-ci avoient ordi^e de passertoutau fil de l'épée, sans distinction d'âge njide sexe. Au signal donné, ils poussent un grand cri,etse jettent avec fureur sur la multitude. On frappe ; on égorge ; on tue les enfans sur le sein de leurs mères.Les habitans renfermés dans cette vaste enceinte, morts , blessés, vivans accumulés les uns sur les autres, ne sont bientôt plus qu'un monceau. Ceux qui fuient trouvent la mort dans les rues de la ville. Thessalonique ^t jojuçhée de cadavres. Des étc^ftg^xs , das citoyens

f acîfiques , qui n^avoîent eu aucune part k la sédition y forent sacrifiés k cette aveugle vengeance. Jamais rhumanité ne montre plusde vigueiir que dans ces scènes cruelles^ où la barbarie triompne.Un esclave^ voyant son maître saisi parles soldats, Tarrache de leurs mabis ; et, pour lui donner le temps de s'échapper, i] se livre lui-mémCjet reçoit la mortavec joie*Unmarchand, nouvellement entré dans le port, courut à ses deux fils qu'il voyoit près de périr. Il demanda en grâce de mourir

. à leur place , et offrit à cette condition tout ce qu'il possédoit d'or et d'argent. Les soldats , par une inaulgence brutale^ui permirent d'en choisir un ;et le malheureu:K père, les regardant tour^-à-tour, pleurant, gémissant , et ne pouvant se déterminer dans ce choix foneste , qui déchiroit ses entrailles, les vit enfin égorger tous deux. Le massacre dura trois heures. Sept mille , ou même

^ quinze mille citpyens , selon d'autres , y périrent. On

* dj^t que Théodose , touché de repentir, peu de temps aprè^ le départ des coumers , en avoit dépêché d'autres pour révoquer l'ordre ; mais que ceux-ci arrivèrent trop tard , ainsi qu'on a vu presque toujours , que Elus les ordres méritent d'être révoqués , plus ils voîut rapidement , et s'exécutent avec promptitude. Cette affreuse tragédie répandit par tout l'empire l'ë* tonnement et la consternation. Ambroise et les évoques assemblés à Milan > forent pénétrés de la plus vive douleur. Le saint prélat , aussi afïiigé de la faute de Théodose q\\.')\. aimoit tendrement, que du malheur des Thessaloniciens , ue différa pas d'écrire au prince, pour le rappeler à lui-nxême : « Non , lui disoit-il , je « n'aurai pas la hardiesse d'offrir le saint sacrifice , si «f vous avez celle d'y assister. 11 ne me seroit par périr mis de célébrer ces augustes mystères en la présente ce du meurtrier d'un seul innocent ; et comment « le pourrois-je devant les yeux d'un prince qui vient ce d'immoler tant d'innoceutes victimes ? Pour partîci- « per au corps de J^^i/^-CArwf, attendez que vous vous « soyez mis en état de rendre votre hostie agréable à « Dieu 'y jusques-là , contentez-vous du sacrifice àe ^ vos \BTmeset de vos prières. :» La conscience de Théo-

i/ûse lui parloit encore arec plus de force et deWbexVfe

Sa bonté naturelle ayant enfindissipé les noires vapeurs de sa colère, lui montroit Tl]iessalonique en pleurs , et ses sujets égorges. Une se voy oit lui-même qu'a vechorrèur;et,pourse laver d'un forfait si ënorme,treml>lant de crainte et déchiré de remords,il revint à Milan^et marcha droit à Teglise, Ambroise sort au-devant de lui, et s'opposant à son passage,semblable à cet ange redoutable qui défendoitrentrée dujardin d'I^den^après la chute de notre premier père : « Arrêtez , prince , lui dit-il , vous ne sentez pas encore tout le poids de votre péché. La colère ne vous aveuglé |^us ; mais votre puissance et la qualité d'empereur Wtisquent votre raison , et vous dérobent la vue de ce que vous êtes. Rentrez en vous-même ; considérez la poussière d'où vous êtes sorti, et dans laquelle chaque instant se hâte de vous replonger : que l'éclat de la pourpre ne vous éblouisse pas jusqu'à vous cacher ce qu'elle couvre de foiblesse.Souverain de l'empire , mais mortel et fragile , vous con^mandez à des hommes de même nature que vous, et qui servent le même maîtreie'est le créateur de cetunîvers; le roi des empereurs , comme de leurs sujets. Aurezvous la hardiesse de lever les yeux dans son temple ! Comment entrerez - vous dans son sanctuaire ? Vos jnains fîiment encore du sang innocent : oserez-vous y recevoir le corps du Seigneur ? Porterez - vous sur la coupe sacrée ces lèvres qui ont prononcé un arrêt in-

5*uste et barbare ? Retirez-vous , prince : n'ajoutez pas e sacrilège à tant d'homicides. Acceptez la chaîne salutaire de la pénitence, que vous impose par mon ministère la sentence du souverain Juge. En la portant avec soumission , vous y trouverez un remède pour guérir vos plaies^ encore plus profondes que celles dont vous avez affligé Thessalonique. » L'empereur, voulant excuser sa feule par l'exemple de David : « Vous l'avez « imité dans son péché, lui repartit -^mAro we,imitez-le « dans sa pénitence.» Théodose reçut cet arrêt comme s'il fut émané de la bouche de Dieu même.ll avoitl'ame tropélevée pour rougir de l'humiliation qu'il essuyoit à ' la vue d'un grand peuple : il ne sentoit que la confiision de son crime. Il relouina à sou palais jeïii^Ve\3Li;siiit et eu

Soupirant. Il y demeura renfermé pendant huit mois 9 plongé dans cette douleur salutaire qui naît du brisement de Tame accablée à la vue de ses fautes. ^ ' Selon la discipline ordinaire de FE^gliseJes pénitens - A'éioientalorsréconciliés que vers laf%t^jdePâques;etles meurtres volontaires n^étoient remis qu api*ès plusieurs années de pénitence* Aux approches de la fête de Noël, Théodose sentit redoubler sa douleur.i?i^/i,moiiis affligé que lui ,(iuoiqu^il fût la principale cause de ses regrets, entreprit de Je consoler;et,comme ce courtisan lui demandoit pourquoi il s^abandonnoit à ime si profonde tristesse, l'empereur poussant un grand soupir qui fut suivi de larmes: «Hélas! i}2(/fn,lui ait-il,se peut-il que vous ne sentiez pas mon malheur ? Je gémis et je pleure de ivoirqiie le temple du Seign'eur est ouvert aux derniers de mes sujets , qu^ils y entrent sans crainte , qu'ils y adressent leurs prières à notre commun Maître, taud!s •que l'entrée m'en est interdite, et que le ciel nieiue est fermé pour moi ; car je me souviens de cette divine parole : Celui que vous aurez lié sur la terre j, sera lié dans le ciel. — Prince, répondit iliy^'n, j'irai , si vous Je permettez , trouver Tévêque , et je l'engagerai , par mes prières , à vous affrancfhir de «vos liens. -- II n'y consentira pas , répliqua l'empereur ; je confiois Ant" hr'oise : je sens la justice de son an et ; jamais il ne violera la loi divine par déférence pour la majesté impériale.» Sur les instances de Bi/Jm^ qui promet toit avec confiance de jfléchir-^/7iirowe,reniperenr lui permitde le tenter; et, se flattant lui-même de quelque succès, il le suivit de loin. Dès qix'Ambroise aperçut le ministre : fc Bjifin , lui dit-il , quelle ^est votre miprudence ? C'est vous dont le pernicieux conseil a rempli Thessalonique 'de carnage et d'horreur; et vous ne rougissez pas ? vous ne tremblez pas ? Vous osez approcher de la maison de Dieu , après avoir si cruellement déchiré ses images vivantes !» Rufin^ se jetant àf ses pieds, le supplioit de recevoir avec indulgence l'empereur qui alloit arriver. Alors Ambroiscy eimammé de zèle : « Je vous avertis, « Rujin y lui dit-il , que je l'empêcherai d'entrer dsLivsXe « lieu saint } etj s'il veut continuer d'agir en Ivt^a ^ *^

« pourra m'égorger enoope ; j'accepterai la mort avec « joie. » A ces paroles ^ Rufin manda pro^iptement à Théodosç qu^il ne pouvoit rien gagner sur l'inflexibk prclat ; <|iie pour éviter un éclat scandaleux > il luig conseiUoit de ne pas aller plus loin. L'empereur , qnirl étoit déjà dans la grande place de la ville , continua sa marche 5 en disant : « J'irai y et j'essuyerai Taffront « que je n'ai que trop mérité. »

Ambrcise étoit dans une salle voisine de l'église^dans laquelle il avoit coutume de donner ses audiences. Voyant approcher Théodose, il s'avança, en lui reprochant de vouloir user de tyrannie contre Dieu même , et de faire violence à la discipline de l'église> en préten* dant s'affranchir de la pénitence ; « Non , répondit le <c prince, je ne viens point ici pour violer les lois, maïs <f pour vous conjurer d'imiter la clémence du Dieu que « nous servons, qui ouvre la porte de ses miséricordes «.aux pécheurs pénitens. — Et quelle pénitence avezr « vous faite d'un si grand crime ^ répliqua l'évéque. — « C'est à vous, lui dit TA^o^o^e, d'appliquer le remède « sur mes plaies 5 et c'est à moi de le recevoir et de le « souffrir. » Alors AmbroisSy touché de son hmnble résignation , lui dit que, puisqu'il n'avoit écouté que sa colère dans l'affaire de Thessalonique, il de voit pour tou» jours imposer silence à cette passion téméraire et fougueuse, et ordonner par une foi, que les sentences de mort et de confiscation n'auroient leur exécution que trente jours après qu'elles auroient été prononcées, poiu* laisser à la raison le temps de revenir à l examen, et de réformer les jugemens dans lesquels elle n'aurôitpasété consultée. Theodose approuva ce conseil, et fit sur-lechamp dresser la loi que le prélat proposoit. Aussitôt le saint évêque lui permit l'entrée de l'église. Théodosëprosterné,baignantlaterrede sespleurs, et se frappant la poitrine, prononça à haute voix ces paroles duprophète-roi r iWbn ameest demeuréeatt{ichéecontre laterre ; rendez-moHavie, Seigneur y selon votre promesse ^TovA le peuple l'accompagnoit de ses prières etde ses]armes,et cette majesté Souveraine, dontlimpétueuse colère avoit fait tiemhkr tout l'empire, n'inspiroit plus alors que des

PERSEVIÊHANCE. ^l

sentiniens de compasson et de douleur. S. Ambroise régla le temps de sa pénitence ; Tempereur raccomplit avee soumission et fidélité. Il s^abstint, pendant cet intervalle^ de porter les omemens impériaux. C'est ainsi

qpi'^/7iirowcsutréparerlecrimederA^odoj'e;exemple à jamais mémorable^ mais unique dans tous les siècles! 11 ne pouvoit naître que d\m heureux concours de circonstances.Pour le donner au mpnde^ il étoit besoin de la rencontre d'un prélat et d'un prince également extraordinaires : il falloit un évêque digne de représenter Ja maîestë divine par Péminente sainteté de sa V^e , par la sublimité de son génie, par une fermelé prudente et éclaire i^> par la force d'une éloquence invinrible,autant que ppx Vautorité de son caractère ; il falloit aussi un emperear vraiment pieux , humble dans la grandeur y maïF a^^ez relevé par ses qualités personnelles,pour s'a-> ba' jser sans s'avilir.De plus , les bornes des deux puisse nces^spirituelle et temporelle^posécs pas Jésus- Christ /aêmeei affermies sous le long règne du paganisme , étoient encore si solidement éta})lies, qu'un prince, publiquement suspendu de la communion, ne couroit alors aucun risque de rien perdre du respect et de l'obéissance de ses sujets, j^oy^s Remords , Repentir.

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