‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 54 sur 138 · SERVICES · texte numérisé non relu

SERVICES

!• IXoMULUS, voulant prévenir et empêcher la jalousie que la diversité de conditions pouvoit exciter entre les deux ordres de l'Etat qu'il venoit de fonder, travailla à les attacher l'un à l'autre par des liaisons et des bienfaits réciproques , et à les unir ensemble de manière qu'en faisant honneur à la noblesse , il ne rendît point le peuple méprisable. Pour parvenir à ce but, il établit le dioit de patronage , et régla les services et les devoirs que les patrons et^es cliens se rendroient les uns aux autres. D'un côté, les patrons étoient obligés d'expliquer à leurs cliens les lois qu'ils n'étoient pas en état d'entendre, de prendre soin de leurs affaires , quelque part où ils fussent , et de se porter pour leurs intérêts avec la même ardeur qu'un père le pourroit faire f)our ceux de ses propres enfans. Ils étoient chargés de faire valoir l'argentdeleurs cliens, ^e présider aux contrats qu'ils en faisoient, et d'em-

{)êcher qu'on ne leur fît aucun tort. S'il arrivoit qu'on eur intentât quelque procès , c'étoit au patron à le^ soutenir , et à défendre ses cliens contre leurs accusateurs. En un mot , ils étoient obligés de leur procurer toute la tranquillité dont ils avoient besoin dans les affaires publiques ou particulières, afin qu'ils ne fussent point détournés de leurs travaux 5 et ee qu'il y ^ avoit de plus grands hommes dans la i:éç\\lb\iqvv^ s^

Êiisoient un plaisir, et tenoient h. honneur de ren ces sortes de services à leurs concitoyens. Les clie de leur cote, s'engageoient envers leurs patrons à fi nir la dot de leurs filles , si le pères n'étoient pas ëtat eux-mêmes de les pourvoir 5 à les racheter à le frais, eux et leurs enfans, s^il arrivoit qu^ils fiiss pris par les ennemis ; à payer les dépens des pro que leurs patrons auroient perdus, ou les amen pécuniaires auxquelles ils auroient été condamnés tout de leurs propres deniers , sans usure ni intérêt ^ à entrer dans toutes les dépenses qu^ils étoient obligés de faire dans leurs charges et dans leurs emplois, avec la même affection que s^ils eussent été de leurs famiUes. Outre ces engagemens particuliers et aux cliens et aux patrons , il y «n avoit encore entre eux de communs. Il ne leiu'étoit pas permis de s^entre-accuser en justice , de porter témoignage ou de donner leurs suffrages Tun ' contre l'autre, ni de se ranger duparti de leurs ennemis mutuels. Quiconquese rendoit coupable de quelqu^me de ces fautes, étoit puni très-sévèrement. Ce droit de patronage s'étendit avec la puissance de Rome. Quand Pempire eut été agrandi par des conquêtes , les colonies , les villes alliées ou conquises par les armes , prenoient aussi quelques Romains , à leur choix, pour être leurs patrons. Souvent même le sénat renvoyoit les différens des villes et des nations à leurs protecteurs, dont il confirmoit ensuite le jugement.

2. La ville de Naples avoit résolu d'ériger un arc de triomphe magnifique , afin de conserver à la postérité la mémoire du grand Alfonse V, son souverain, et le souvenir de ses actions héroïques. Déjà la place étoit marquée , et l'on se disposoit à renverser, pour l'agrandir , la maison d'un vieil officier qui avoit servi avec distinction pendant toute la guerre d'Italie. Alfonse l'ayant appris , défendit absolument qu'on touchât à cette maison. « J'aime mieux, dit-il, me passer « d'une masse de pierres et d'un vain monument , « que de souffrir qu'on détruise l'hôtel d'un guerrier, « qui , pour la gloire et le salut de son prince et de « sa patrie , a prodigué son sang et sa fortune. >

' sivÛKirié 193

3. Un des domestiques de M. de Turenne alla de* mander de sa part, quoiqu'il n'en sût rien, un emploi à M. de Colbert. Ce ministre, ravi de trouver une occasion de faire plaisir à ce grand homme , alla lui porter lui* même la commission. Le vicomte fûit assez surpris de la démarche et du compliment du contrôleur des finances. Néanmoins, recevant la commission, il remercia M.€2d Colbert, et fit appeler le domestique en faveur duquel elle étoit expédiée. Cet homme , à cette nouvelle , se îTut perdu , et se jeta aux pieds de son maître , en lui demandant miséricorde. M. de Turenne le fit relever ftussitôt avec bonté; et, lui remettant la commission entre les mains : «Sivous m'eussiez parlédecette affaire, « lui dit-il , je vous y aurois servi comme vous Tauriez « pu souhaiter; et tout ce qui me fâche en cela, c'est t que vous ne me disiez point ce qui vous oblige à me c quitter. » Ce domestique confus , et néanmoins rassuré, lui ayant dit qu'il n'avoit recherché cet emploi que parce qu'il avoit beaucoup d'enfans ,.le vicomte uii fit payer ce qu'il lui devoit de ses gages, et lui donna encore une somme considérable pour l'aider à faire subsister sa famille. Voyez Obligation, Office.

SÉVÉRITÉ

soldat avoit volé une poule à un paysan , et l'avoit mangée avec les neuf autres soldats de la chambrée. XJ^TCc^erexiixFescennius-Niger les condamna tqus dix à la mort»; et ce ne fut qu'aux instantes prières de toute l'armée qu'il leur laissa la vie , en les obligeant de donner chacun au paysan dix poules , et leur imposant une note d'infamie publique tant que durçroit la guerre. Que de crimes une telle rigidité est capable d'arrêter ! 2. Rollon, duc de Normandie , parvint, en très-peu de temps, à policer ses sujets ; et comme ils avoientété long-temps accoutumés au pillage , il fit dés lois si sévères contre le vol , qu'on n'osoit pas même ramasser ce qu'on trouvoit, dans la crainte de passer pour l'avoir volé. Un jour que Rollon étoit à la chasse , il s\xsçeuâL\\ Tome III. "^

Page 1