SOCIABILITÉ
1. I j*iMMORTEL maréchal de Turenne comptoit au nombre de ses vertus, toutes celles qui caractérisent et qui rendent aimable Phomme qui vit en société. 11 vivoit & Paris dans une grande simplicité, semblable aux héros de l'ancienne Rome, qui ne se distinguoient par aucun édat extérieur. Un jeunehomme de condition, arrivé de province , et qui ne connoissoit pas lé vicomte , frappa nn jour son cocher dans un embarras des ruesde Paris. Un artisan sortit de sa boutique , un bâton à la main , en criant : « Comment ! on maltraite ainsi les gens de «M. de Turenne! » A ces mots,le jeune hommeéperdu vint à la portière du carrosse faire des excuses au vicomte , qui dit en souriant : « Vous vous entendez fort t bien , monsieur , à châtier les gens ; quand les miens t feront des sottises , trouvez bon que je vous les enf voie. » Il alloit souvent entendre la messe à pied, et de là se promener seul sur le rempart, sans domestiques^ et sans aucune marque de distinction. Un jour , 4ans sa promenade, il passa près d'une troupe d'artisans qui jouoient à la boule , et qui, sans le connoître, le prièrent de juger un coup. 11 prit sa canne, et après avoir mesuré les distances , prononça. Celui qu'il avoit condamnélui dit des injures : lemaréchalsouritjet, comme il alloit mesurer une seconde fois, plusieurs officiers qui ^aperçurent vinrent l'aborder. L'artisan demeura confos^ et se jeta a ses genoux pour lui demander pardon. Le vicomte répondit : « Mon ami , vous aviez tort de f croire que je voulusse vous tromper. » Il alloit quelquefois aux spectacles , mais rarement. Un jour il se trouva seul dans une loge , où entrèrent quelques provinciaux en pompeux équipage. Ils ne le connoissoient pas , et voulurent l'obliger à leur céder sa place sur le
C'cmier banc. Comme il le refusa, ils eurent l'insonce de jeter son chapeaju et ses gants sur le théâtre. Sans s'émouvoir , il pria un jeune seigneur de la première qualité de les lui ramasser. Ceux qui l'a voient
»BOCTAJILITE. '
•irent , et voulurent se retirer; mais il les bonté , et leur dit que , s'ils vouloient s'ar- ' aiiroit place pour tous, leux Scipion l'Africain fut moins admirable sa valeur et par ses victoires , que par ses iales , par sou humanité , par sa douceur. 1 qli'il tint en Espagne, nous offre plusieurs pes de bonté et de clémence. Après s'être [a ville de Carthagènc , il fit asseiuhlerlet qui étoientau nombre de près de dix mille, qu'on eu fit deux classes : une des gens .1 j„^ i-—irg — ■- •'" Carlhagène , de leurJ i....v;»t:i ...us cnfaiiaj itre,dcs artisans. Après avoir exhorie les premiers a s'attacher aux Romain*, et à ne jamais perdre le souvenir de la grâce qu'il '"oit leur accorder , il les renvoya chacun chez eux. se prosternèrent devant lui , et se retirèrent en saut de larmes de joie. Pour les artisans , il leur qu'ils étoient maintenant esclaves du peuple rowidiu , mais que , s'ils s'affeotionnoient à la république , et lui rendoient , chacun selon sa profession , les services qu'ils doivent , ils pouvoient compter qu'on les mcttroit en lilierlé, dès que la guerre contre les Carthaginois scroit heureusement terminée. 11 mit ensuite à part Magon , noble Carthaginois , qui commandoit dans Garthagène , et quelques autres des plus distingués de sa nation. Il en conha la garde kLélius son lieutenant , lui recommandant d'avoir pour eux tous les égards possibles. Puis, s'étant fait amener tous les " otages des Espagnols , qui étoiept au nombre de plus de trois cent , il commença par fl.ittcr et caresser les enfans les uns après les autres , leur promettant , pour les consoler , que dans peu ils reverroient leurs parens ; il exhorta les autres .'i ne pas se laisser abattre k la douleur. 11 leur représenta qu'ils étoient sous la puissance d'un peuple qui ainioit mieux gagner les hommes par les bienfaits , que de les assujettir par la crainte. Après cela , ayant choisi , entre les dépouilles, celles qui convcnoient le mieux .à son dessein , il en fit des présens à chacun, seionson sexe elson âge. Il doima