PERSUASION
1. JL/ans la guerre d^Italie , en 1701 , deux dragons de la garnison française qui éloit dans Mantoue, passoient dans la rue. Un Italien , irrité contre Tun d^eux, lui enfonce son poignard par derrière, le tue sur la place, et se réfugie dans un endroit privilégié. Le camarade du mort poursuit Passassin dans cet asile , et le massacre. Le peuple, indigné qu^on ait violé les immunités ecclésiastiques, s'attroupe, et veut fermer les portes 3 mais le meurtrier, s^étant fait jour l'épée à la main , se retira dans la maison de son colonel. Elle est investie dans le moment, et le dragon est demandé avec menace d'un soulèvement général. Le colonel , dans la vue d'appaiser ce tumulte, fait aussitôt conduire ledtsiç^o^^ chargé àe fers y dans une prison j mais , peudauX. \^
44 PSILOfiOPRtS»
nuit 3 il le feît partir pour une place éloignée. Quelque jours après , on produit un cadavre qu'on dit être celui du dragon. La multitude le croit et s'appaise; et sapersuasion est telle , qu'elle rend des actions de grâce uouat \t cette mort^qu'elle regarde comme un châtiment duC^ieL ;i 3. Pour se venger a une parleuse impitoyable,femme \ d'esprit d'ailleurs , on s'avisa un jour de lui présenter un \ homme qu'on lui disoit très-savant. Cette femme ]e re« ; Mit avec les plus grands égards ; mais, pressée de s'en faire admirer, elle se met à parier, lui fait centquestions différentes , sans s'apercevoir qu'il ne rcpondoit rien» La visite finie : « Êtes- vous contente , lui dit-on , du « savant qui vous est venu voir ? — Ah ! qu'il est chaiv « manti répondit-elle; qu'il a d'esprit I » A cettç excla^ mation , chacun de rire. Cet homme si charmant , ce grand esprit , c'étoit un muet. Voyex Opinion.
1. Lie nombre des philosophes , on plutôt des sophis*tes, s'étoit tellement augmenté dans la Grèce, et surtout à Athènes , du temps du poète Aristarque , qu'il s'écrioit quelquefois : « Nos pères ne coniptoient « autrefois que sept sages ; mais que les siècles ont « changé ! A peine compteroit-on à présent sept hom- « ra^^ qui ne se décorent point de ce beau nom. »
2. Eudamidnsyx^ àe Lacédém.one , entendant le ^\e^x%.XénocTatn disputer dans l'académie, à Athènes, demanda : « Quel est donc ce vieillard ? — C'est un « homme sage et du nombre de ceux qui cherchent « la vertu. — Oh ! s'il la cherche encore , quazkd « veut-il en faire usage ? »
5. On demandoit au philosophe Cléanthe pourquoi, parmi les anôiens qui ne connoissoient pas la philosophie , l'on voyoit plus de grands hommes que de soa temps. « C'est qu'alors , répondit-il , on étoit bon réet- « lement; au lieu qu'aujourd'hui on se contente de « prouver comment on doit l'être. »
4' Polémon ^ jeune Athénien très-débauché , ayant
PHILOSOPHIl. 4^
passé la nuit à table , s'en retourna dans son logis , après le lever du soleil. Dans sa route , il vit la porte du philosophe Xénocrate ouverte. Chargé du vin , frotté de pprfums y la tête couronnée de fleurs ^ paré d'une robe très-fine , il entre dans Técole de ce sage > et se met au nombre de ses disciples , pour tourner en ridicule sou éloquence et ses sublimes préceptes.Toute l'assemblée en conçut une juste indignation. Xénocrate seul n'en parut point ému. Seulement, interrompant le fd de la matière qu'il traitoit , il se jeta sur la tempérance et sur la modestie. Polémon , forcé de revenir à son bon sens par l'énergie victorieuse des discoin^s^du philosophe , arracha d'abord de sa tête la couronne de fleurs qu'il portoit : un instant après il remit son manteau sur son bras nu > quitta la gaieté de son visage, et déposa eniin par degrés toutes les marques de sa dissolution. Guéri par ^impression salutaire d'une seule leçon , il devint tout-à-coup l'amateur le plus zélé de la phUosophie , qui rendit bientôt son nom célèbre.
5. « Pourquoi , seigneur, vous livrez-vous avec tant c d^ardeur à Fétude de la philosophie ?)^disoit quelqu'un au ibi Hiéron. « A quoi peut-efle vous servir ? — Elle « m'apprend , répondit le monarque , à faire volontiers « et avec plaisir ce que le$ autres hommes font par la f crainte de lois. »
6. Alexandre-le-Grand ayant pris une forte place, ordonna qu'on la saccageât; mais quelques grands de sa cour lui dirent qu'il y avoit dans cette ville un philosophe célèbre qui méritoit bien d'être écouté. Le con» quérant se le fit amener ; et l'ayant trouvé de fort mauvaise mine , il dit à ceux qui le lui avoient présenté : € Voilà une étrange figure d'homme ! » Le philosophe, indigne de ce mépris, récita hardiment à ce prince des ver» qu'il composa su i>le-champ, et dont voici le sens : « Monarque dédaigneux, vous avez tort de me mépriser « surniamauvaisemine;lecorpsderhoramen'estqu'un «fourreau dans lequell'ameest mise, comme une épée : « c'est elle qu'il iautestimer, et non pas le fourreau. » A ces vers il ajouta celte instruction dont le vainqueur de Darius avoit alors bçsoin : « On peut dire d'un hommç
qui n'est doue d'aucune vertu, que son corps n'estpour lui qu'une affreuse prison où mille bourreaux le tourmentent.Il ne faut ni prévôt, ni archers pour le mettre aux fers , ni pour lui donner la torture : ses vices le poursuivent sans cesse ; et la peau qui couvre son corps est pour lui un cachot perpétuel. » Ces réflexions plurent tellement au roi de Macédoine, qu'il pria le philosophe de continuer d'en faire ;et le sage , charmé d'instruire un grand roi , ajouta : « 11 n'est pas raisonnable d'envier aux autres les biens que Dieu et la nature leur ont donnés ; l'envieux n'est jamais content : il querelle, pour ainsi dire, sans cesse le Créateur ; il trouve mauvais tout ce qu'il donne aux autres , et voudroit toujours avoir ce qui n'est pas fait pour lui. 11 résiste perpétuellement aux ordres suprêmes de celui qui gouverne le monde avec tant de sagesse ; et sa bouche criminelle murmure à chaque instant contre la divine Providence. » Puis , entrant plus avant dans ce qui le regardoit plus particulièrement, il lui dit : «Les raiUeries *t les injures que les grands font auxpetits ternissent le lustre de leur grandeur, diminuent le respect quel'on a pour eux , et leur attirent enfin le mépris. Si vous vous divertissez aux dépens d'un pauvre misérable,je crains bien que oet orgueil ne vous fasse perdre quelque chosede la grandeur que vous affectez. Ne vousmoquez jamais d'un homme de basse fortiine^ car, en le faisant, vous perdrez toujours quelque chose du respect qui vous est dû.» Cette excellente morale frappa singulièrement Alexandre ; et , la philosophie triomphant de la colère, le conquérant pardonna à la ville qu'il vouloit ruiner , en considération du philosophe , qu'il renvoya comblé de faveurs et de très-riches presens. y.Solony l'un des sept sages de la Grèce , après avoir établi de sages lois à Athènes , crut devoir s'en absenter pendant quelques années , et profiter de ce temps pour faire différens voyages. 11 vint à Sardes, chpitaleae Lydie, où régnoit Crésusyle plus opulent des monaVquesde sonsiecle. llyfutreçu avec tousles honneurs dûs à sa haute réputation. Le prince , accompagné d'une cour nombreuse , parut dans tout l'éclat de laroyauté>
PRIL080PiriE. 4;^
t avec les habits les plus magnifiques ^ oi\ Por et les ierreries brilloient de toutes parts. Quelque nouveau ne fi(it ce spectacle pour Solon , on ne s'aperçut point [u'il en fut ému ; et il ne proféra pas la moindre parole [iii sentît la surprise ou Tadmiration ; mais il laissa întrevoir aux gens de bons sens , qu'il reçardoît toute «tte pompe comme un vain éclat, capable de frapper les regards vulgaires , mais indifférent pour des yeux accoutumés à juger des choses par les lumières de la philosophie. Un abord si froid et si tranquille ne prévint pas Crésus en faveur de son hôte.
Ce prince commanda qu'on lui montrât tous se^tré^ sors , et qu'on lui fît voir la somptuosité et la magnificence de ses appartemens et de ses meid)les , comme pour vaincre , par cette multitude de vases précieux ,. de pierreries , de statues , de peintures , l'indifférence du philosophe. Mais tout cela n'étoit point le roi , et c'étoit lui que Solon venoit visiter y non les murs ni les chambres de son palais ; et il croyoit devoir juger de lui, et l'estimer , non par tout cet appareil extérieur qui lui étoît étranger , mais par lui-même et par &e^ qualités personnelles. Ce seroit réduire bien des grands à une affreuse solitude , que d'en user ainsi. Quand le sage observateur eut tout vu , on le ramena. Crésus alors lui demanda qui , dans les différens voyages qu'il avoit faits , lui avoit paru jouir d'un véritable bonheur. «C'est, répondit «So/ow, un bourgeois d'Athènes, « nommé Tellus , forthomme de bien, qui , après avoir I « été toute sa vie à couvert de la nécessité, et avoir vu « sa patrie toujours florissante , a laissé après lui des « enfans généralement^ estimés de tout le monde , a « eu la joie de voir les enfans de ses enfans , et enfin est f mort en combattant glorieusement pour sa patrie. » Une t4J|||p réponse , oii l'on comptoit pour rien 1'<m^ et l'an;ent,parutà Crésusà'xme grossièreté et d'une stupidit^)eucommunes.CependantjCommeilnedésespéroii pas d'avoir le secondrang dans lafélicité,il lui demanda qui, après TeZZi^j, il avoitvudeplus heùroiix.«SoZo« répondit que c'étoient Cléobis et Biton d'Argos , deux. frères qui avoient été un parfait modèle de l'amilié fea- (enieU€> et du respect qui est dû aux parens • Uu ^our àe
48 paiLOSOPHIE.
fête solennelle ^ où la prêtresse , leur mère , demi aller au temple de Junon , ses bœufs tardant trop à venir, ils se mirent eux-mêmes au joug, et traînèrent le char de leur mère jusqu'au temple , pendant près de deux lieues. Toutes les mères , ravies en admiration , ^ félicitèrent celle-ci d'avoir mis au monde de tels en- V Êins. Pénétrée des plus vifs sentimens de joie et de ^ reconnoisssance , elle pria instam ment la déesse de vouloir accorder à ses deux fils, pour récompense, ce qu'il y j avoit de meilleur pour les hommes. Elle fut exaucée. I Après le sacrifice , ils s'endormirent dans le temple mé- T me^un doux sommeil,et terminèrent leur vie par une mort tranquille.Pour honorer leur piété , ceux d'Ai^os consacrèrent leurs statues dans le temple de Delphes.
« Vous ne me mettez donc point du nombre des i « gens heureux ?» dit Crésus d'un ton qui marquoit son mécontentement? Solon^ qui ne vouloit ni le flatter , ni l'aigrir davantage , lui dit avec douceur : « Roi ^ de Lydie , Dieu nous a donné , à nous autres Grecs, ^ outre plusieurs autres avantages, un esprit de mqdé- « ration et de reteAue y qui a formé panni nous une 4( sorte de philosophie simple et populaire , accompa- « gnée d une noble hardiesse , sans faste et sans os- « tention , peu propre à la cour des rois, et qui , nous 4( apprenant que la vie des hommes est sujette à mille « vicissitudes , ne nous permet ni de nous glorifier des « biens dont nous jouissons nous-mêmes, ni d'admirer « dans les autres une félicité qui peut n'être que pas- « sagère , et n'avoir rien de réel. » A cette occasion , il lui représenta que la vie de l'homme est ordinairemeijt composée de soixante et.dix années , qui font en tout vingt-six mille deux cent cinquante joiurs , dont aucun ne ressemble à l'autre. « Ainsi , l'avenir est pour chaque homme un tissu d'accidens toutdivers , qui ne peuvent être prévus ; celui-là donc nous paipit très-heureux , de qui Dieu a continué la félicité jusqu'au dernier moment de sa vie : pour les autres qui se trouvent exposés à mille dangers , leur bonheur nous paroi t aussi incertain que la couronne pour celui gui combat encore ^ et qui n'a pas encore vaincu. )>
Selon
l>fettLOSOPfit£. 4d
Solon se retira après ces paroles , qui' né firent iju'affliger Crésus , sans le corriger.
fi.Pythagore , citoyen de Samos^après avoir parcouru beaucoup de pays, et s^être enrichi l^esprit d'un grand nombre de rares connoissances , revint dans sa patrie , t)ù il ne fit pas un long séjour , à cause du gouvernement tyranniq ue qu^il y trouva établi par Polycrate , qu i a voit néanmoins pour lui tous les égards possibles , et qui faisoit de son mérite tout le cas qu^il devoit.MaisFétude des sciences, etsur-tout delà philosophie, ne peut guère «^accorder avec la servitude, même la plus douce et la plus honorable. Il passa donc en Italie 5 et bientôt cette contrée se ressentit de la présence decegravephilosophe.Le goût de Pétude et Pamour de la sagesse s^y répandirent généralement en fort peu de temps. On accouroit de toutes les villes voisines pour voir Pythagorcy
Ç)ur Tentendre, et pour profiter de ses salutaires avii. ous les princes du pays se faisoient un plaisir et un honneur de Tavoir chez eux, de s^enlretenir avec lui , et de prendre ses leçons sur la manière de gouverner sagement les peuples. Son école devint la pins célèbre qui eût encore été. Il n^avoit pas moins de quatre ou cinq cents disciples. A vaut que de les admettre dans ce rang, il les éprouvoit par une espèce de noviciat qui duroit 'cinq ans ; et pendant tout ce temps-là il les condamuoit à un rigoureux silence , parce qu^il vouloit qu^ils fussent instruits avant que de parler. Ses disciples avoient un srand respect pour tout ce qui sortoit de sa bouche ; et , ^s autre examen , il sufïisoit qu^il eût parlé pour se faire croire ; et pour assurer que quelque cliOî(e étoifc vrai, ils avoient coutumede s^exprimer ainsi : «Le mai-* tre Pa dit*» G^é toit sans doute porter trop loin la déférence et la docilité, que défaire le sacrifice absolu de saraisonetde seslumière. Il sortit de l'école de Py^Aag^ore un grand nombre d^illustres disciples , qui firent un honneurinfiniàleur maître ; de sages législateurs, de
?;rands politiques , des persomies habiles dans toutes es sciences, des hommes capablesde gouverner les Etats, et d'être les ministres des plus grands pvVwoes. Long-temps après sa mort , cetlle partie de VVvAva
âo PHILOSOPHIE.
qu'il avoSt cultivée et instruite par ses leçons, ëtoit encore regardée comme la pépinière et le séjour des savans en tout genre ; et elle se maintint, pendant plusieurs siècles y dans cette glorieuse position. Il falloit qu^à Rome on eût une grande idée du mérite et de la vertu de Pytkagore ^ipmsqvxe Toracle de Delphes ayant ordonné aux Romains, pendant la. guerre des Samuites, d'ériger deux statues dans l'endroit le plus célèbre de la ville , Pune au plus sage , Tautre au plus courageux des Grecs , ils les érigèrent , dans le lieu des Comi ces , à Pythagore et a Thémistocle.
9. HiéronlIjToide Syracuse, honora singulièrement la philosophie et ses amateurs ; et c'est au bon goût de ce prince que Syracuse fut redevable de ces étonnantes
livré ions
géom^ ^
chimède. Ce sage étoit célèbre , non-seulement par la vaste étendue deses connoissanes, mais par sa noblesse, puisqu'il étoit parent du monarque. Uniquement sensible aux plaisirs de l'esprit, et plein de dégoût pour le tumulte des affaires du gouvernement , il s'étoit h tout entier à l'étude d'une science dont les spéculati sublimes sur des vérités purement intelligibles et spirituelles , et tout-à-fait séparées de la matière , ont un attrait pour les savans du premier ordre , qui ne leur laisse presque pasla libertéde s'appliquer à aiicunau^ oh\e\.Hiéron eut pourtant assez de pouvoir sur ArcnL m'Wcpour l'engager à descendre de ces hautes spéculations \ l'exercice de cette mécanique qui dépend de la main, mais qui est conduite par l'esprit. Il le pressoit sans cesse de ne pxis toujours donner l'essor à schi art vers des objets immatériels et abstraits ; de le rabaisser sur les choses sensibles et corporelles, et de rendre ses raisonnemens en quelque sorte plus évidens et plus palpables au commun des hommes , en les mêlant > par l'expérience , avec les choses d'usage*
Archimhde entretenoit souvent le roi, qui l'écoutoit
toujours avec un nouveau plaisir.Un jourqu'illui expli-
giuoit les merveilleux effets des diioso^ mo>xs^T3d.^s ^ il
s^appliqna à lui démontrer « qu^avec une foi ce donnée^ « onpouvoit remuer unfardeau quelconque.» S'applaudissant en&uite de la force de sa démonstration , il osa se vanter que s^ilavoit une autre terre que celle que nous habitons^ il remueroit celle-ci à sa fantaisie^ en passant dans l'autre. Le roi , étonné et ravi, le pria d^exécuter lui-même sa proposition^enremuant quelque grandfardeau avec une petite force.Le philosophe se met en devoir de satisfaire la juste et louable curiosité de son parent et de son ami. Il choisit une galère qui é toit dans le port, la fait tirer à terre avec beaucoup de travail et à force d^hommes, y fait mettre sa charge ordinaire , et par-dessus autant d'hommes qu'elle en peut contenir. Ensuite, se plaçant à quelque distance, assis à son aise, sans travail, sans le moindre eSbrt, en remuant seulement de la laain le bout d' une machine àplusieurscordes, et poulies qu'il avoit préparée , il ramena la galère à lui, par terre, aussi doucement et aussi uniment que «i elle n'eût fait que fendre les flots. A la vue d'un si prodigieux effet des forces mouvantes , le prince étoit tout hors de lui; et jugeant par cet essai de la puissance de cet art, il pria instamment Archimkde d'en réitérer les merveilles. Le géomètre répondit a ses désirs 3 et Athénée parle d'une galère construite sous sa direction , dont la description pourra plaire et instruirct
C'étoit lui navire à vingt rangs de rankes.Cette masse énorme fut affermie de tous côtés avec de gros clous dé cuivre qui pesoient dix livres et plus. L'intérieur, avoit trois corridors , dont le plus bas conduisoit au fond à^ cale, oîi l'on descendoit par degrés. Un autre conduisoit aux appartemens. Le premier, et le plus haut, menoit au logement des soldats. Au corridor du milieu on trouvoit, à droite et à gauche, des appartemens au nombre de trente,dans chacun desquels ily avoit quatre lits pour des hommes.L'appartement des patronset des matelots avoit quinze lits et trois salles à manger , dans la dernière desquelles , qui étoit la poupe , on faisoit la cuisine.Tous les pavés de ces appartemens étoient composés de petites pièces rapportées de différentes coulewrs ^ 9à étoit représentée l'Iliade d'Homère. Les çlaivclxQi:^
52 P U i I. 6 8 6 p lA ï É.
les fenêtres , et tout le reste, étoient travaillés avec uiî artmerveilleux,et embellis de toutes sortes d^nemen». Au plus haut corridor il y avoit un gymnase et des pro* ménades proportionnées à la grandeur du navire. On voyoit là des jardins et des plantesdetoute espèce,d'uii arrangement merveilleux.Des tuyaux, les uns de terre cuite, les autres de plomb, portoient Peau tout autour pour les arroser. On y voyoit, outre cela, des berceaux de lierre blanc et de vigne, dont les racines étoient dans de grands tonneaux plems de terre .Ces tonneaux étoient arroses de la même manière que les j ardins . L es berceaux faisoîent ombre aux promenades. Ensuite on trouvoit Tappartement de Vénus, à trois lits, dont le pavé étoit composé d'agates et d'autres pierres précieusesjes plus belles qu'on avoit pu trouver dans rîle.Lès murailles et le toit étoient de bois de cyprès. Les fenêtres étoient ornées d'ivoire, de peintiu^es et de petites statues.Dftns un autre appartement il y avoit une bibliothèque , au haut de laquelle , en dehors , on avoit placé un cadran solaire. Il y avoit aussi un appartement à trois lits pour le bain, où se voyoient trois grandes chaudières d'airain, et une baignoire faite d'une seule pierre de différentes couleurs. La baignoire contenoit deux cent cinquante pintes. A la proue étoit un grand réservoir d'eau qui contenoit cent mille pintes. Tout autour du navire on voyoit, en dehors, des Atlas de neuf pieds de haut, qui soutenoient les hauts bords. Ils étoient à une égale distance les uns des autres. Le navire étoit encore orné de peintures magnifiques. Oh y voyoit huit tours proportionnées à sa grosseur ; deux à la poupe , deux d'égalé grandeur à laproue,et quatre au milieu du vaisseau.Sur ces tours étoient des parapets "par lesquels on pôuvoit jeter des pierres sur les vaisseaux ennemis qui auroient trop approché.Chaque tour étoit gardée par quatre jeunes hommes armés de pied en cap , et par deux archers. Tout le dedans des toursétoit plein de pierres et de traits. Sur le bord du vaisseau , bien planchéyé, étoit une espèce de rempart sur lequel on avoi t dressé un e machine à jeter des pieiTes, faite pav^rchimède. Elle jetoit nue pierre dupoids de trois cents livres et une flèche ée dix-bixit pieds^ à la distance àe ceïv\.\m^X-ç;ms\^^s.
PHILOSOPRIS. 55
Lenavire avoit trois mâts,à chacun desquels étoîent deux machines chargées de pierres.Là étoient aussi des crocs et des masses de plomb pour jeter sur ceux qui appro-
cheroient.Toutlebâtimentétoitenvironnéd'unrempart de fer 5 pour empêcher ceux qui voudroientvenirà l'abordage. Tout autour du navire étoient disposés de» coi-beaux de fer, qui , étant lancés par des machines^ accrochoient les -vaisseaux des ennemis , et les approchoient du navire, d'où on les pouvoit accabler facilement.Sur chacun des bords se tenoient soixante jeunes hommes armés de pied en capj un pareil nombre défendoit les mats et les pierriers. Quoique la sentine iût extrêmement profonde , un setu homme la vidoit avec une machine à vis, inventée 'par jirchimède. Le prince, ayant appris qu^il n'y avoit point de port en Sicile qui pût contenir cet énorme vaisseau , résolut d'en faire présent à Ptolémée , roi d'Egypte. Il le fit cingler vers Alexandrie^ chargé de soixante mille muids de blés, de dix mille grands vases de terre pleins de poisson salé, de vingt mille quintaux pesant de chair salée , et de vingt mille grands fardeaux de différentes hardes, sans comprendre les vivres pour tout l'équipage.
Après la mort d'Hier on, les Syracusains, excités par des magistrats séditieux, prirent les armes contre les Romains, et rompirent le traité d'alliance conclu par ce prince aveclarépublique.LeconsiilMarceZZz^ç^quiétoit pour lors en Sicile avec une forte armée de terre, et de mer, s'avança contre SyracusCjCt se disposa à l'attaquer. La consternation des rebelles étoit grande. On craignoit de succomber sous l'effort des Romains;mais la merveilleuse industrieduseul^rcAi/iiè^ZafitpourSyracusecequc n'auroient pu faire les troupes les plus nombreuses et les plus aguerries ; et l'on vit alors combien la philosophie peutfournirderessourcesauxEtatsquisaventhonoreret ménager ceux qui la cultivent. Le génie du célèbre géomètre arrêta tout-à-coupcesformidableslégions,devant qui la puissance deCarthage et des peuples d'Italie s'étoif humiliée. Il avoit construit une infinité de machines d'une invention nouvelle , gui lançoient à q\ie\qvxe âàstance que ce lut^des traitsde toute espèce, eldes^ierre^
54 PHI^dsOPHtE.
d'une pesanteur ënorme. Tantôt il faisoit tomLer $nr les galères de grosses poutres chargées au bout d'un poids immense , qui les sibimoient dans les flots : tantôt il faisoit partir une main de fer attachée à une chaîne, et par laquelle celui qui la gouvemoit saisissoit les vaisseaux, les élevoit en Tair par le moyen d'un contre-poids, les dressoit sur la pouppe; puis, les lâchant tout- à- coup, les submergeoit, ouïes brisoit entièrement. Le général romain fit dresser, à fi[rands frais, une grande machine appelée sambuque.llïSL&t apjprocher de la ville sur plusieurs galères fortement attachées ensemblejet déjà Von abattoit le pont qui Licomposoit, pour passer sur le mur des assiégés, lorsqu'il partit de dessus tes remparts une pierre du poids de dix quintaux ; et coup sur coup une seconde, une troisième plus énorme encore, qui, donnant sur cette machine avec un sifflement et un tonnerre épouvantables, en fraccassèrent la base, et détruisirent en un momentrouvrage de plusieurs jours. JkfarceZZizj, à toutes ces attaques , avoit perdu un nombre jprodi* gieux de soldats. L'épouvante s'étoit mise parmi les Romains. De quelque côté que ce flit , on n'osoit plus approcher de la viUe. Dès qu'on apercevoit le bout d'une cîôrde , ou quelques pièces de bois sur les murailles , chacun fuyoit, en criant qix'Archimède alloit tout fou'^ droyer. Ce qui les désespéroit, c'est qu'ils ne pouvoient sevengersurles ennemis. 11 n'en paroissoit aucun. Les machines étoient derrière les fortifications^ et le service a'en faisoit à couvert. Marcellus prit donc le parti de convertir le siège en blocus. Il avoit ménagé une intelligepce avec quelques citoyens , et c'étoit-là le fondement de ses espérances. Mais la conjuration fut découverte, et les coupables furent punis. Le généralromain ne voyoit plus d'autre parti à prendre , que celui de lever le siège. Mais qu'elle honte ! quel affront pour la république ! Tandis qu'il s'occupoit de ces chagrinantes pensées , un soldat vint lui dire qu'il avoit remarqué un côté du mur beaucoup plus. bas qu'on ne,le croyoit, et qu'avec de médiocres échelles oh pourvoit façilemisnt monter. Le général s'en assure de ses propres yenxy iJ^itpréparerdes échelles-, et pendant la nuit, Jorsque les assiégés j qui avoien.tfail\adâùaL\xcYieiè.Vc;\^\:iX
plongés dans le sommeil , un corps de mille soldats d^élile se rend maître de la muraille , enfonce la porte, et s'empare de plusieurs quartiers sans presque livrer de combat. Bientôt toute la ville est emportée , et les soldats la mettent au pillage. Marcellusy dit-on, pleura sur le sort de cette cité fameuse et opulente , qu^il se voyoit forcé de détruire en la dépouillant de tous ses oi;^ nemens. Un accident funeste vint encore augmenter sa douleur. Archimhde ignoroit la victoire des Romains. Appliqué dans son cabinet à tracer des figures,et à pré parer peut-être encore de nouveaux foudres contre les assiégeans,iln^avoitentenduniletumulte des vainqueurs, ni les cris des vaincus. A Tinstant un soldat se présente à lui, répée à la main ; et , d'un ton terrible, lui ordonne de le suivre dans la tente du général. Le géomètre le prie d'attendre un moment, jusqu'à ce qu'il eût trouvé la solution de son problème , et se remet au travail. Le Romain, irrité de ce délai, ets'embarrassantpeu de ses problèmes et deses figures, lui plonge sonépée dans le sein, etle tue.jMiarceWi/j,quiavoit recommandé surtoutqu'on épairgnat^rchimède, fiit vivement affligé de cette mort. Il fit a cet illustre savant de magnifiques obsèques , et
S'atifia tous ceux de sa famille qui étoiênt dans la ville. * n parle d'un miroir ardent , par le moyen duqnel ^rchimède brûla une partie de la flotte romaine. Ce fait ne se trouve dans aucun écrivain de l'antiquité ; c'est sans doute une tradition moderne et sans fondement. lo. Thalèsy ayant entendu dire à quelques personnes que les philosophes étoientpauvres,plutôtpar nécessité que par choix, ce grand homme voulutvenger l'honneur de la philosophie , et prouver à ses détracteurs la futilité de leur reproche. Dans ce temps-là les olives ne cornmencoient encore qu'à fleurir ; par la connoissahcc qu'il avoit de la physique , il prévît que la récolte de ce fruit seroit cette année très-abondante ;il sehâta d'acheter tous les plants d'oliviers du territoire deMilet, sa patrie. H loua tous les pressoirs; dfe sorte que la saison des olives étant venue, il retira seul tout le profit de ce commerce, et prouva que si les philosophes ne sont poinlncYxes , c'est que l'étude de la sagesse leur apprend kméçnset
Quel « la philosophie ? demandoit-on à Craths. — De me « contenter d'un plat de fèves , répondit-il , et de « vivre sans souci. » Ce fameux cynique disoit qu'un philosophe n'avoit besoin de rien ; et if agissoit suivant -son système. Il déposa chez un banquier tout l'argent qu'il possédoit .y à condition qu'il le remettroit à ses cnians , s'ils embrassoient le genre de vie commun ; mais qu'il le distribneroit au peuple , si &e& enfans .ëtoient philosophes. Il s'imaginoit que l'argent n'étoit nécessaire qu'aux ignbrans. Voyez Sagesse.
1. J^'homme pieux est capable de tout, dès qu'il a pu se mettre , par sa vertu , au-dessus de tout. Cette pensée du père Massûlon est confirmée parce beau trait de M. .llû Jmtf »3i)remier pasteur de l'église suédoise, érigée en 3Pensylvanie.Ce pasteur étoit un homme savant,et fidèle à remplir st^ devoirs .Les quakers et ceux des autres communions s'empressoient également de l'entendre prêcher : ils proposèrent des souscriptions pour bâtir son éîçlise.Lorsqu'ellesfiirentouverteSjM.ilaÉÎma/isouscrivit pour une somme considérable, qu'il ne fut pas en état de payer dans le temps ; mais , pour ne point manquer h ses engagemens , il s'obligea envers l'entrepreneur à porler du mortier , à tant par jour, jusqu'à ce qu'il eût rempli la somme pour lequelle il avoit souscrit.
*i^AJimedS^^^ioMay natif de Damas, lisant un jour •àsonpèreetàsamèrel'histoiredusacrificequ'^irû/i^TTft voulutfaire de son fils à Dieu,Ges.religieux musulmans, pénétrés de la piété du saint patriarche , dirent aussitôt à leur fils unique : « Lève-toi , et va-t-en ; nous te don- « noîis , nous te consacrons à Dieu. » Ahmed^ après ces paroles ,, se leva, et dit à Dieu : « Seigneur , je n'ai plus « d'autre père ni d'autre mère que vous; » et prenant aussitôt le chemin delaMecque, il se dédia entièrement mt service dii tçaiple. Après vmgVcyialxe wiSiâL ^V^b^^wc^^