TENDRESSE
1. V-^'HABLfes V, surnommé le Sage, avoit été empoisonné dans sa jeunesse, par Charles-le-Mauvais , roi de JVavarre. Un médecin allemand arrêta l'effet du poison par une légère incision au bras , et avertit ce prince de se disposer à la mort, quand la plaie se refevmeroit d'elle-même \ ce qui arriva dans un temps <Hi z^ Jbon roi craignoit y surttout pour la Eraxice ^ V^
TEKDJIESSE.
'une minorité. Quelques heures avant u
ouvrir les portes de son appartement, &Ba
iore une fois son peuple , et d'en être vuj
, et de se recommander à ses prières,
ircroi, avocat, pUidoit pour un jeune homme
narié sans le consentement de son père, le-
idoit la cassation de cet hymen fuifitif. L'a-
,, .v,,ant que sa partie perdroit infaiUihJement sa
lya de toucher les cœurs. II fit venir, pour
à l'audience , le jour qu'il devoit plaider,
ta. 15 nés de ce mariage. Il tâcha d'intéresseï
juj^i^ ^a «jur iaveui , ,1., sachant que le grand-
fiere étoit présent , il «e tourna palhétiquement ven ni, et, lui montrajit de la main ces deux innocem, ■1 l'attendi'it si fort, que celni qui demandoit la cassam du mariage, déclara hautement qu'il l'approuvoit.
3, Quelle pliimepourroit peindre toutes lesscèaes de ileuroudeioiequisepassoitdansleseind'unenièrc? lipourroitdécj'iresesiendressollicitudespoiu' follet
ae sa tendresse; ses alarmes, ses agitations, lorsqu'elle est en danger dcicperdrc; sondcsespoir, lorsqu'ellel'a perdu? La femme d'un noble Vénitien, avant vu mourir son fils unique , s'abaadonnoit à la plus vive dooleur- Un religieux tâchoit de la consoler. « Souvenee- «vous, luidisoit-il,du patriarche j^A/-aAamjàquiDieii « commanda de plonger lui-même le poignard dans le <! sein de sonfils, et qui obcitsans murmurer.^ Ah! mon f révcrcad père, répondàt-elle avec impéluosilé, Dieu « n'auroit jamais commandé ce s<M;riiicc à une mère- >
4. Arioharzane, roi de Cappadoce, s'étant rendu an campdcP(j*«)9^tf,s'assitsoru»e-chai6eciirale auprèsda tribunal de ce grand capitaine. IVIais,tandis qu'il conversoit avec hii, il aperçut son fils placé auprès du bureau d'un greffier. La tendresse de ce père ne put suwwrler de voir son fils tenir une place si peu convenable à sca rang. Il descendit, et alla lui ceindie le diadème, et l'exhorter à prendre la place qu'il vcnoit de quitter. ■ fils com])ntlantparson respect contre la tendresse des père, laissa tomber le dia(&me,etne voulutpoint ser dre, quelques ifi$taiicesfi|i^ fusfeflt&it$#.U iàjJ^Hl
T E N 13 R X t SE. 267
■^ Tautoritë de Pompée intervint pour terminer une que-
^ relie \\ singulière. Il confirma le jugement du père^ et
' ordonna au fils d^obëir. Ainsi , par un événement cfui
^ semble incroyable , relui gui quitloit une couronne
^ 'ëtoit plein de joie , et celui a qui on la mettoit sur la
^ tête , étoit plongé dans une tristesse amère.
c 5. D*-^a/û,page de Charles ^jayant suivice prince
■ en AUemagnejapprit que son père étoit pro8crit.Il ven-
r dit aussitôt son cheval, et en envoya le prix ^ un gentil-
fc homme espagnol pour le lui faire tenir .Dès qu'on se fut
~ "tipercu qu'il n'avoit plus de cheval ^ on lui imposa des
' peines, pour savoir ce qu'il en avoit fait; mais on ne put
^en obtenir ni par les châtimeus, ni par les caresses.On
apprit enfin la vérité : on le dénonça li Tcmpercur , et
dtjiyala avoua tout à son prince. C'fcirZejfeij^it d'être
f&ché^ pour ne pas autoriser une action qui étoit contre
la discipline; mais pour ne pas laisser sans récompense
une marqiiede tendresse si héroïque^il saisit la première
occasion dans laquelle d'Ayala se distingua « et lui
donna des gages de sa générosité et de son estime.
6. Jamais peut-être sujet n'aima son prince comme le célèbre le iV^^r^.Ëtant allé en Italie de la partde Louis jr//^,lepape/A»ocexï^J!r/;>'ins(ruitdesonméritei voulut le Toir, et lui donna une assez longue audience, sur la . finde laquelleZeiVi^^^s'écria,eas'adressantau pontife: € Pai vu les deux plus grands hommes du monde, votre « sainteté et le roi mon maître. — Il j a une grande difie- , € rence,ditlepape;leroiestungrandprince victorieux, * « je suis un pauvre prêtre 9 serviteur des serviteurs de « Dieu* I» jLeiVnd/r^, charmé de cette réponse qui flattoit Jon prince, oublia qui la hii feisoit; et^ fripant sur l'épaule du p^e , lui répondit à ^aa tour : «Mon révé- € rend père , vous vous portez bien , et ^imê enterre- ^« rce tout le sacré oJlége. » Le pontife ritdttpronostic; ^etle Nôtre ^ charmé de plus en plus de sa boulé, se jeta au cou du pape, et Tembrassa : c'étoit^u reste^sa coutumed'embrasser tous ceux qui publioient: les louanges de Louis XIV ^ et il embrassoit le roi lui-même , toutes les fois que ce prince revenoit de campagne.Ayant * ^taouvé^ce monarque dans les jafdinsdeMarli^cei^iucj^
monta dans sa chaise couverte, traînée par des Suisses» et voulut que le Nôtre prit place dans un autrrfà peu près semblable. Ce vénérable vieillard, les larmes aux yeux , se voyant à côté du roi , et remarquant Man" sard y surintendant des bâtimens , qu^il avoit produit à la cour j marchant à pied, s écria : « Sire , en vérité, « mon bon-homme de père ouvriroit de grands yeuxi « s^il me voyoit dans un char auprès du plus grand roî « de la terre ; il faut avouer que votre majesté traite « bien son maçon et son jardinier. » En 1675 , Lom XI f^ hii -ayant accordé des lettres de noblesse et U croix de S. Michel, voulut lui donner des armes ; ma» il répondit qu^il avoit les siennes , qui étoient trois H- \ maçons couronnés d^une pomme de chou. « Sire , ajou- « ta-t-il , pourrois-je oublier ma bêche ? Combien doit- « elle m^être chère ! N^est-ce pas à elle que je dois les ' « bontés dont votre majesté m'honore ? » et il se jeta à son cou les larmes aux yeux.
1. ^ I nous n'avions à former que des hommes profines , on pourroit se contenler de leur inspirer Tamour des vertus sociales 5 et cet article seroit inutile. Mais notre objet est encore de perfectionner les véritables enfans de Jésus^Christ ; et comme la tentation est, en quelque sorte , le creuset de leur vertu, nous leur offrons les moyens de la soutenir et de la repousser , à Pexemple du divin Sauveur et de ses Saints.
Aussitôt que Jésus-Christ fut baptisé , il se setira dans le désert , ou plutôt il y fut porté par le Saint- Esprit. Dans cette vaste sohtude , le démon vint le tenter après un jeûne de quarante jours et de quarante nuits. Cet esprit superbe ne pouvant croire qu'un Dieu* fut caché sous cette bassesse extérieure , après avoir inutilement épuisé toutes ses tentations secrètes pour l'éprouver , résolut enfin de faire vun dernier effort, et dé ^attaquer sous une forme visible. 11 s'approcha de lui avec d'autant plus d'adresse , qu'il paroissoit agir simplement 3 et j» sans découvrir le dessein qu'il cacheît
wtk Im-ihêmè , il dit a Jésus ^ Christ: « Si vous êtes le fH Fils de Dieu , dites que ces pierres se changent en « pain. » Jésus, à cette parole, se tint aussi caché que lé démon tâchoit de Pêtre. Il $e contenta de lui répondre par ce passage de TEcriture: «L'homme ne vit pas seutf lement de pain , mais de toute parole qui sort de la ■ bouche de Dieu. » Le tentateur ne se rebuta point; m, voyant que le désert éloijun lieu peu favorable pour vaincre le Sauveur, il l'en retira , pour Ip transporter au haut du temple. « Si vous êtes le Fils de Dieu, lui « dit-il encore, précipitez-vous en bas ; car il eçt écrit: « Dieu a ordonné à se* anges d'avoir soin de vous et de f vous recevoir entre leurs mains , de peur que vous « ne heurtiez votre pied contre la pierre. » Jésus, qui nous fait voir qu'ayant été victorieux dans la première fÇntation, on devoit espérer de l'être aussi dans les autres, répondit au démon, avec la même simplicité que la première fois , par un passage de l'Ecriture. II est écrit : «Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu.» Cette réponse si sage confondit l'orgueil du démon, et irrita sa colère." 11 ne garda plus ce respect extérieiir qu'il avoit témoigné d'abord ; et , an lieu qu'il avoit traité au commencement Jésus-Christ comme le Fils deDieu, il voulutqu'il l'adorât lui-même comme Dieu, pt lui promit, pour cela, de lui donner tous les royaumes du monde , dont il lui fit voir l'éclat et la gloire. Tamais l'insolence du démon ne monta plus haut. 11 en avoit moins témoigné envers les plus grands saints : il le cpntentoit de leur nuire comme àJoA; mais il n'exi- |eoit pas d'eux qu'ils l'adorassent, comme il l'exigeoit 16 Jésus-Christ y dont il connoissoit l'excellence par sa résistance même. Mais cette impudence extrême fut lussitôt repoussée du Sauveur par la fermeté de ces paroles : « Retire-toi, satan, lui dit-ij ; car il est écrit : K Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et vous le K servirez lui seul. » Cette réponse foudroyante mit le démon en fuite , et les anges s'approchèrent de fésus , et le servirent.
2. EMeu permet que les plus saints personnages, au nilieudes plus grandes austérités, soient exposés aux :raits de Pesprit tentateur, afin.de purifier le\xr s \e,tV\3LS,
TïWTATiorrr.
)lier leurs couronnes, s Combien de fins te , en parlant de hii-m^me ; cnoiliien de ans la plus profonde solitude , m'imagi-f moins être aux spectacles des Romains i •1 es «CCS et décharnés ^toientcoavertsâ'oa urs se passoient eo grmissemens ; et 8t le ■ accabIcHt qiieltjuefois malgré moi ,1a temH uclle je coiicbois , éloit moins un rejar . I iifime espèce de tourment- Cepenfianlje
. T>o" irer mon imagination volage. Mon visagi
•é par le jeûne , et mon cœnr brûloit , iigi itanvai Toute ma consolation
eioitde me jeter ans pied. hnj-ChristiuTlirvmXf
et de les arroser de me fies. Combien de foia,
pour domter relte chair , e » ai-je jeûnrf , les se-
maines entières , au paii l'eaurf Combien de fait
ai-je poussé des cris vers îl , le jour et la huit ,
en frappant ma poirjHne l'à re qtie le Seign«zr
meut rendn te oalme ! -.1 Dieul je vous rends
grâces de toutes ces persécutions intérieiu"ps. Rien n'est plus à craindre pour un chrétien qu'un trop iong calme. La tempi'te fait qu'on veille , et qu'on redouble SCS eiTorts pour éviter le nanfraf;e. »
3. Quoique S. Benoît eiit U>nt quitté pour suivre Dieu dans ie secret de la solitude ; quoiqu'il se fût livré sans réserve î\ toutes les macérations de U pénitence, la tentation vint troidjter la pals de son ame. Le souvenff d'une femme qu'il avolt autrefois vue à Rome esdta dans son cœur un si grand trouble , qu'il fut snt le pMnt de quitter le désert. Mai», après de longs cotnbats,ft«^ tifié par la grâce , et voulant Vaincre la volupté par la douleur, il se roula tout nu, pendant quelque temps , ait milieu des orties et des épine», ensorlcquesoncorps fut tout ensaniçlanté. Etant ainsi sorti victorieux d'une attaques! rude , il reçut de Dieu, pour récompense,!a grace d'être etempt A l'avenir de ces sortes de tcnUitions,dont la plus légère est loiijourstrès-dangeri
4. S, ^n/oirteavoit abandonne de grands biens à 1 sceiirqu Tliiimoif.pour s'enfoncer dans un désert.ll jfittfie eff««re. Le démimitte pouvuusouffrir «œ.
in âge si peu avance , ce solitaire adolescent eût une elle ardeiu* pour la perfection , lui livra de terribles issauts. Il lui mettoit devant les yeux , tantôt le soin pi*îl devoit pi'endre de sa sœur , tantôt les immenses ichesses qu^il avoitcfuittëes : il lui représentoit les diiBeultës qui se rencontrent dans le chemin de la vertu, la dareté de la vie qu^il menoit , la foiblesse de son corps, k longueur du temps qui lui restoit h vivre , et mille tntres pensées de cette nature, capables de le dëcourai«er. Antoine\e% repoussoitpar la foi, les prières et les feûnes.Le démon, vaincu de ce côté-là, rattaoua violemment par des pensées d'impureté , dont il Je tourtaieiitoit jour et nuit.^n^oîn^ alors redoubla ^es veilles et ses prières. Il élevoit ses censées yers Jésus-Christ, 86 représentoit la noblesse d'une ame consacrée à Dieu^ et opposoitàla tentation de la volupté, la vue des supplices étemels dont leà impudiques sont menaces. iHctorieux dans ces premiers combats, le saint solitaire ïe prépara à de nouveaux triomphes par une vie plus austère que jamais.Il veilloit îusqu'à passer souvent les teuits entières sans fermer Pœil: il ne mangeoitqu^me Ibis le jour, ou de deux en deux jours , après le soleil couché : quelquefois il passoit trois jours entiers sans manger. Sa nourriture étoil du pain et du sel ; et il ne %uvoitque de Veau. Son lit étoit une natte : mais le plus «cuvent il couchoit sur laterre toute nue. Sonhabit con- •istoit en un cilice , unmanteau depeauxde mouton,une ^«eintureétuncapuce* Jamais il ne se frottoitd*huile,ni ne prenoitle bain; ce qui étoit en Egypte où il habitoit, ^ une austérité considérable : enfin il s'enferma dans lui tombeau , sans avoir de communication qu'avec celui qui lui apportoit de temps en temps du pain.
5. La vertu de Pierre ôonçalès, plusconnu sous lenom de S.Ëlme , édiBoit toute TEspagne; mais le démon ja-^ loiix mit tout en œuvre pour la corrompre. Quelques jeunes seigneursdelacours'entretenantunjourdugrand mérite de ce saintjvirentpasserunefameuse courtisane; et ^arrêtant, ils lui dirent que si elle avoit entendu prêcher Cro/tçafô^, elle changeroitbîenlôt de vie.Cettemalheureuse répondit effrontément : « Si j'avois hi \\h^T\^. « de lui parler seuJeà seul, on verroitquesaveTV^vxv'^sX.
î pas plus affermie que celle de tant d'autres quionl « ronsenti à mes volontés. » Celte réponse piqua la nial'^ne cm-iosité de ces jeunes seigneurs , et ils Iiii promirent une somme d'argent, si elle pouvoit engager Gonçalès à se rendre à ses désirs. La courtisane , enhardie par cette promesse, va tronver le saint ; et, afia d'écarler ceux qui étoient avec hii , elle lui dit qu'elle aune affaire importante et secrète à lui communiquer. Quand le Saint fut seul: «C'est de moi qu'il s'agit, dit cette femme;» puis se jetant à ses genoux , et versant des larmes feintes : «Je veiJX,ajouta-t-elle, changer de « vie ; je suis une malheureuse, je viens  vous aliu qiie « vous roe tiriez du bourbier où j'ai été si long-temps « plongée. » Comme le jour éloit près de finir, Gonçalès lui dit de revenir le lendemain , et qu'il lui donneroit tout le loisir que demandoit une affaire de cette importance- «Ah! monpère! s'écria- t-elle en redoublant ses « larmes, si vous ne m'ëcoulez à présent , peut-^trc « que demain un nouveau crime aura fortifié mesmaa- « vaises habitudes , et je n'aurai plus la force de reve- « nir. Je vous en coniiu^c , ayez pitié d'une ame qm « mdritc toute votre compassion.» Gonçalès attendnse retira avec elle dans lui lieu secret pour n'être point interrompu ; et, après avoir prié pour celle qu'il croyoit repentante , il Ini dit de co/iimcnrer la coufessiei^ de ses crimes. Alors cette hypocrite, changeant de ton et de langage r « Mon cher frère Pierre , lui dit-elle ,-Ia « blessure mortelle dont je suis atteinte, c'est vous qui « l'avez faite ; je vous aime, et je meurs si vous ne satis' « imites ma passion.» Joignant ensuite seslarmés criminelles avecsesairs libres et séduisans, elle lui dit toutce que le démon put lui inspirer de plus tendie et déplus passionné. Mais Dieu, qui, en permet tant que la tentation attaque ses saints pour les éprouver, leur donnedes forces supérienrespour en triompher, soutintGonçaî^' contre les attaques de celle-ci, f< A Dieu ne plaise, ma « fille, lui dit-il, que je sois cause de votre mort! Atten- «dez un moment, et votre maladie sera guérie.» Puis, fntranl dans une autre chambre, il y allume un^and feu , s'enveloppe de son manteau ; et, appellant cette
femme, il se coucha sur ce brasier, et dit à la courtisane : fc Venez ; voici le lit oii je vous attends.» Cette femme , interdite d'une action si peu attendue, etplus surprise encore de ce que la flamme ne hrûloitpasGonçalèsySe jette à ses genoux; et, versant des larmes plus sincères qu'auparavant: « Ah ! mon père, s'écria-t-ellc , vous ne « voyez plus ime infâme pécheresse , vous voyez ime « pénitente. Obtenez-moi miséricorde du Sauveur qui « vous favorise. » La conversion fut sincère. Cette femme confessa tous ses péchés , et entra dans un monastère pour en faire pénitence le reste de ses jours- 6» Quelque mortifié que fut S. Macaire dans tous ses sens, et dans tous les mouvemens de son cœur, Dieu permit qu'il fat exercé, pendant toute sa vie, par diverses tentations. Une des plus violentes et des plui opiniâtres , fiit la pensée qu'il eut de sortir de sa cellule , pour aller à Rome exercer la charité envers les malades. Il y résista long-temps ; mais voyant que l'ennemi ne lui donnoit point de relâche , et qu'au contraire $on esprit étoit de plus en plus agité de cette pensée, il se coucha par teri-e ; et , embrassant le seuil de sa porte , il dit au tentateur qui le prcssoit si fort: « Ari'a- « che-moi d'ici si tu peux , et ti'aî ne-moi par foi-ce où « tu veux que j'aille ; autrement je suis résolu de no « point sortir d'ici.» 11 demeura dans cette posture jusqu'au soir ; mais se sentant la nuit plus agité que jamais , il prit une grande corbeille pleine de sable, qu'il mit sur ses épaules , et se mit à marcher à ti^avers lo déserUUndesjfrères le rencontrant, s'offrit de le soulager , et le pria de ne se point tourmenter davantage. 4C Je tourmente , répondilMacaire y celui qui me tour- « mente, et qui , me voyant si lâche et si paresseux, me « veut persuader d'entreprendre de longs voyages. » Ayant ainsi marché long-temps , il retourna dans sa cellule le corps brisé de fatigue; et le calme fut rendu à son ame. Ces tentations étoient fort affligeantes pour uneameaussipure et aussi élevéeque celle deiHaca/re," mais Dieu le permettoit par un effet do sa miséricorde 8urlui,pourempêcherqu'ilnefutséduitparlaplusdan-gère use de toutes, qui est celle de Forgueil. Il y était tà^^sv^ Tom. m. Si
é par la grande réputation de sainteté dontil t par les dons extraordinaires dont le Ciel sa vertu. Illiiifitvoir un jour, sous des iibles, les dispositions intérieures des soliinl les divins offices ; l'attention et laferveiir négligence et les distractions des autres, et appliqués à troubler le saint exercice delà aille pensées vaines et frivoles qn'ils excileurimagination.iHiîcai/'e, touché de cette de profonds soupirs ; et, fondant en larmes cedeDieUjil luidit: «Regardez, Seigneur,
j^ — i. i j.r .^ tend des pièges. Le-
« vez-vous , mon ^.-^n , i que vos ennemis soient « dissipés , et fuient Jit vous ; car vous voyez
« comment ils reniplisi>k.uu nos âmes d'illusions. »
y.Moyse, qui, de capitaine de voleurs, étoit devenu
un grand solitaire , pratiquoit dans les déserts les plus
islères macérations pour domter ses anciennes hauitu-
s;mais , malgré tous ses efforts jrenferjfiirîeax d'avoir
perducettevictitne,armoittou5sesministrespoiu-lefaire
rentrerdans l'abime-Mille idées dangereuses seprésen-
toienlsaUs cesse à son esprit pour réveiller lès passions
impures auxquelles il s'étoit autrefois livre. Un jour
même cette tentation fut si forte , que peu s'en fallut
qu'il ne quittât 1.1 solitude. Dans cette agitaliou , il alla
. trouver le grandIjirfore,prêtre dudésertdeScété, et lui
découvrit son cœur, «Mon frère, lui dit ce saint, que
cela ne vous étonne pas: vous ne faite-s que commencer
à quitter vos mauvaises habitudes, et elles cherchent
encore les choses auxquelles elles ont été accoutumées.
Un chien, dont Thabitude est de ronger des os dans la
boucherie, y revient toujours ;maissil 'on ne! ni donne
plus rien , et qu'on ferme la boucherie , il n'y revient
plus , et la faim l'obhge d'aller ailleurs : de oiême.s'
vous persévérez dans rexercîce de la continence , <;n
mortifiant votre chair , et vous tenant en garde contre
la gourmandise , qui est comme la mère de l'impureté,
ce dernier démon, voyant qu'il ne recevra point de i
■vous les viandes dont il a coutume de se nourrir, vous
quittera, et vous laissera enfindans uncalmeprofond.»
jJfo;;'j-e,3ycintreçuce\.3.Via,aereiifecmadaûS sa cellule, |
ctcommencakpratiqiieruiijeûneplus rigoureux qu'au* paravant. Il ne mangeoit par jour que douze onces de pain, sans aucune autre nourriture, travaiiloit beaucoup^ etfaisoit de fréquentes oraisons.Mais, quoi qu'il fît pour abattre son corps, il ne laissoit pas d'être encore inquiété par des pensées d'impureté, particulièrement dans les songes 5 sur quoi il alla consulter un vieillard d'une vertu très-éprouvée, qui lui dit : « Cela vient de ce que vous
«nedétournezpas assez votre espritdeces imaginations; « mais, croyez-moi, accoutumez-vous à veiller, priez <( avec attention ; vous en serez bientôt délivre. >^ Moyse prit donc la résolution de passer les nuits entières sans dormir , et même sans se mettre h genoux pour prier Dieu, de peur de succomber au sommeil. II vécut six ans delasorte , demeurant toutes les nuits debout au milieu desa cellule, et priant sans relâche. Néanmoins il ne put encore, par tant de mortifications et de veilles, écvir* ter ces pensées importantes : tant il est difficile de se délivrer du démon dej'impureté, quand une ifbis on lui a laissé prendre ime place dans son cœur ! Ces pensées poursuivoient Moyse avec tant de violence, qu 'un jour, ne pouvant plus demeurer dans sa cellule, il alla trouver le saint prêtre IsidorCy qui tâcha de le consoler par divers passages de l'Ecriture-Sainte, et 1 exhorta à retourner dans son ermitage. Mais le sohtaire étoit tellement décourage, qu'il ne pouvoit s'y résoudre^ Alors Isidore le mena sur le haut de la maison, etluifitvpv, du côté de l'Occident,une nombreuse troupe de démons dans l'agitation et dans le trouble. Il lui dit ensuite de regarder du côté de l'Orient, et il y vit une multitude innombrable d'anges , et une armée céleste plus brillante que le soleil. « Ceux que vous voyez K l'Occident, « lui dit Isidore y sont ceux qui attaquent les saints de « Dieu 5 h l'Orient sont ceux que Dieu envoie pour les « défendre. Reconnoissez donc que j comme Jc dit le « prophète Elisée ^ nous en avons plus pour nous que « contre nous, et que S. Jean a raison de dire que celui « qui est en nous cstplns grand queceluiquiest dans le « monde ; ce qui sigtiitie queDieu qui habite en nous-, « et qui nous soutient par sa grâce ^ est \)lus ïoYt o^^ Vu
376 TKNTATIOWg.
« démon qiii nous tente. » Moyse , fortifié par celte vision , s'en retournaà sa cellule pleinde conilancedans le secours de Dieu, et rendant grâces à la bonté àeJésus- Ckrist. 11 s'avisa ensuite d'une nouvelle austérité pour achever de mortifier sa chair. Il alloit, durant la nuit , aux cellules des anachorètes, qui, ayant vieilli dans les travaux de la pénitence , n'avoient plus la force d'aller quérir l'eau qui leurétoit nécessaire j car, dans ces déserts, il falloitfaire quelquefois une ou deux lieues pour en avoir. Moyse prenoitdonc les cruches de ces saints vieillards, etlesalloit remplir sans qu'ils le sujisent. 7jtdore,quicraignoilqu'ilneparlât ses austérités trop loin, l'exhorta à les modérer. Mais JUo^-jfi l'assura qu'ilnecesseroitpointde combattre les démons de toutes ses forces, jusqu'à ce qu'il se vîtdélivré des tentations et de» fantômespar lesquels iiscontinuoientdele persécuter. Alors S. lsidore\\i\ dit : « Jevou8déclareqae,parlat;racede « ^o\TC~?sc\^eMT Jésus-Christ, toutes ces illusions cea- « seront dès oemoment.Prenez doiiccouraf;e,etnecrai- « gnez plus désormais de vousappi^orher de la sain teeu- « charislie jcarc'esl une grâce que Dieu vous a faite de « vous laisser silong-tcmpssous le jouj^ et sous la lyraii- « nie de cette tentation, afin que vous ne soyez point « enllé de vanité, comme si vous l'aviez surmontée par «vos mortifications. »Enmême-temps, ilpria pour lui;et Moyse, étant retourné dans sa cellule, y vécut toujours ,4epuiS fort tranquille , pratii^uant avec modération, .toutes les austérités ordinaires aux solitaires. Ces lerriile» épreuves luidonnèrenCunegrande défiance de luimême, et une charité saqa bornes pour les autres. Toujours prêt à -excuser leur» Êiutcs , il ne se pardonnoit jrien ; et la vue de ses misères le rendoit circonspect quand il falloitiuger ses frères. 11 en donna un jour un I)el «-xempie. Un solitaire de Scété ayant commis une grande faute , les Pères du désert s'assemblèrent pour dcliliérer. sur ce qu'il y avoit à faire. On y appela Moyse , qui reftisa d'abord de s'y trouver ', mais , cédant enfin aux instances réitérées qu'oji lui fit , il s'y rendit, portant sur son idos un panier plein de sable. Lçs autres isolitaifes , fort étonnés , lui demandèrent ce «juec'fitoit •'' « Ce aouV j âivil , ni.es eéchés que j«
« porte derrière moi , et que je ne vois pas ; et Pon « me fait venir ici pour juger des péchés des autres. » Cette parole fit rentrer chacun en soi-même , et personne n^osa condamner le coupable.
8. S.Jean Cû/yiàcëtoitle troisièmeetdcmîerfilsd^un homme des plus qualifiés de Constantinople, nommé EutropCy dont la femme s^appeloit Théodore. Ses parens relevèrent chrétiennement, et Rappliquèrent de bonne heure à Vétude des sciences. Il y réussit ; mais il ne s'y attacha point. A Page de douze ans , il eut occasion de s'entretenir avec un religieux du monastère des Acémètes , qui passoit par Constantinople , en allant visiter les saints lieux de Jérusalem. Jean ayant appris de lui la manière dont on vivoit dans son monastère, fut touché d'un si violent désir d'aller servir Dieu dans cette maison , qu'il fit promettre à ce bon religieux qu'à son retour il repasseroit par Constantinople , pour l'emmener avec lui. Depuis ce moment, Jean n'étoit plus occupé que du dessein qu'il avoit formé de suivre Jésus-Christ pauvre et crucifié. Dans cette vue, il pria ses parens de lui donner un livre des Evangiles, afin d'y étudier le divin modèle qu'il s'étoit proposé d'imiter. Comme ils avoient delà piété, ils se tirent un plaisir de seconder ime inclination si louable. Ils lui donnèrent un livre d'Evangiles , bien écrit, et relié magnifiquement, afin que la beauté du livre fut pour l'enfant un nouvel attrait qui l'invitât à le lire.
LereligieuxAcémète revint, comme il l'avoitpromis; et Jean y ayant pris son temps, quitta secrètement la maison de son père pour le suivre, emportant avec lui son livre d'Evangiles. Il alla au monastèVe des Acémètes; et , s'étant présenté à l'abbé, il le pria de le recevoir et de lui couper les cheveux. L'abbé, qui avoit appris du religieux quel étoit cet enfant, et de quelle manière il s'étoit échappé de la maison paternelle, fit d'abord difficulté de le recevons à cause de sa grande jeunesse, et de Ja délicatesse dans-laquelle il avoit été élevé ; mais enfin, vaincu par ses instances et par ses larmes, il l'admit au nombre des religieux. Il est aisé de juger qtielle douleur causa à son père et à sa mère la perte d'ww e^o&xiX
tktîtations;
t ei cher. Ils le firent chercher de tous fi-
uoique le monastère où il s'êtoit retir(5 ne
]n^ de ConslantinopIe,Dien, qui l'y avoit
int si bien caché, qu'onneputl'y dérouvrir.
t ./can s'exerc oit, avec uncardeurijicroja-
que des vertus monastiques ; et, quoi«fue le
I tous, il parvint à un dcf^ré de perfection où
lins âf^és pouvoient alteindi'e. Après qu'il
ans dans cet étatj le démon lui suscita une
5 plus violentes. Il lui rappela le souvenir
Je son père, et le pressa d'y rctourner.Cette
^c. ■..■jI .-lout, « kiilaissoitaucunrepos.
en iiuvrit à son ahbé,etle pria de lui permettre d'aller
^oir ses parens.Celui-ci essaya d'abord de l'en détour-
r , ni rappelant sa première ferveur , et les vives
• tri qu'il lui avoit faites autrefois pour être reçu
' monastère. Mais la vue de son corps, exténué
nnui, le toucha; et, sur ce que Jean lui dit qu'il
i3e la bonté de Dieu et de la grâce de Jésus-
ijriïiùi., qu'en contentant le désir qu'il avoit de revoirses
pai ens, non-seulement il ne seroit pas vaincu par l'en-
ntiiLiiîesonsahit-maisqu'ille terrasseroit lui-même; il
pensa que peut-être Dieu avoit dessein de feire entrer
ce jeune homme dans quelque voie extraordinaire. Ces
raisons le firent consentir à son départ ; et , après l'avoir
recommandé aux prièresde tous les frères , il lui donna
sa bénédiction, en répandantbeaucoupdelarm es. 7ean,
étant sorti du monastère, rencontra à quelque dislance
de là un pauvre fort mal vêtu. 11 lui donna ses habits ,
et se revêtit des haillons dont ce pauvre étoit couvert.
En cet état, il s'en alla à Constantinople ; et, après avoir
Îirié Dieu de le fortifier dans le dessein qu'il avoit pris de ivrer à son ennemi un combat don j^enrc tout nouveau, il alla se coucher à la porte de la maison de son père , qi il passa la nuit.Lelendemainmatin, les domestiques de la maison, le voyant, eurent jyitié daaa misère ; et on lyi permit de se faire une petite loge mus la porte, pour s'y retirer. 11 y vécut ainsi , sans être reconnu de per- .sonne,esposcauimépris et aux rebuts de loutle monde, sonffrant danssoBcœur un combat continuel entre l'amourde£)ieuqmieiclenoil&%its(:«\^XAV4LV\umIiatioii,