‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 79 sur 138 · TRAVAIL · texte numérisé non relu

TRAVAIL

1 • vJ N solitaire étant allé trouver l'abbé Sihain qui demeuroit sur la montagne de Sinaï , et voyant les frères, qui travailloient : « Quoi, leur dit-il, vous Iravail- « lez ainsi pour une nourriture périssable ? Marie'n'ar « telle pas choisi la meilleure part?» Le saint vieillard, iUrant appris le propos du solitaire , dit à Zacharie , P|ni disciple : « Donnez un litre a^u- frère pour l'entreé tenir, et menez-le dans une cellule où il n'y ait rien « à manger. » L'heure du repas étant venue, le voyageur s'attendoit à y être invité ; mais personne ne se montra : enfin, pressé par le besoin, il quitte la cellule, et vient trouver Sihain. « Mon père, les frères n'ont- 4c ils pas mangé aujourd'hui ? — rardonnez-moi. — Et « d'où vient donc ne m'«ivez-vous point fait appeler?— « Parce que vous êtes un homine tout spirituel, muni

-, oe-lam nnre pari; ei passant les journées entièrej i « à lire i. vous n'avez pas besoin de cetle nourriture pé- <t rlssable ; au lien que nous , qui sommes charnels et « grossiers, nous ne pouvons pas nous passer de man- « ger; et c'est ce qui nous oblige de travailler. » A ces mots, le solitaire reconnut son imprudence; il en eut du regret, et en demanda pardou à l'abbé, qui lui dit: « Je suis bien aise, mon frère, que vous sachiez que « Marie ne sauroit se passer de Marthe , et qu'aine « Marthe a part auï louanges qu'on donne à Marie. »

2. Jefln-Ze-A''fltn, pieux sobtahe de Scété,dituniour àson frère aîné: «Je voudiois bien être commeles anges « qui n'ont point d'inquiétude , qui ne sont point obli- « gés de travailler, et qui n'ont d'autre occupation que « celle de louer l'Etemel- » En même temps, i! quitta *on babit , et s'en alla dans le désert. Après y avoir passé une semaine, il vint retrouver son frère, qui, l'entendant frapper à la porte, lui dit : « Qui ètes-vous? — Je « suis Jean votre frère. — Jean n'est plus maintenant « avec les hommes ; il est devenu un ange ; » et il le laissa frapper toute la nuitsans vouloir lui ouvrir. Quand le jour fut venu, il lui ouvrit sa porte, et lui dit : «Si « vous êtes un ange, vous n'avez pas besoin de inaper- « mission pour entrer dans ma cellule ; mais si vous «n'èles qu'un homme, ne devez-vous pas travailler pour « gagner votre vie ? Alors, reconnoissant sa faute, il se jetaaux pieds de son frère, etluidit : «Pardonnez-moi, «je me suis abusé.» Depuis ce temps-là, il ne s'occupa plus quedutravailetdela pratique desditférentesTertus qui convenoient i unsolilaire.Onluidemandoitceqiic c étoit qu'un moino? « C'est un homme de travail, o^ « plutôt le travail même , répondit-il , puisqu'il d<âP «s'exercer à toutes sortes de peines et de travaux. »

3. Quelques solitaires vinrent visiter l'abbé Lucius. « A quels ouvrages des mains vous occupez-vous, mes « frères Pleur demanda ce saint homme. — Nousnetra- « vaillons point ; mais nous prions sans cesse, suivant le « précepte de l'apôtre. — Mangez-vous? — Oui, sans

« doute Etquiprie alors pourvous ?» A celte ques-

lioii,ils ne surent querépondre.ïNe dormez- vous point?

TRAVAIL. !2g$

« contînua-t-il.-^Oui, nous dormons.— Et (|uand vous « dormez , qui prie pour vous?» Autre demande aussi embarrassante qae la première. «Pardonnez-moi, mes frères 3 si je vous avertis que vous ne faites pas ce que vous dites. Je veux vous faire yoir comment , en travaillant des mains y je prie sans cesse. Demeurant assis depuis le matin jusqu'à une certaine heure, je trempe dans Teau quelques feuilles de palmier dont je fais des cordes 5 et, durant ce temps, je prie , en disant: Le traitait est la pénitence que vous avez imposée àVhom- Tne , 6 mon Dieu ! Faites que je la remplisse avec zhle. Ayez pitié de moiy Seigneur , selon Vétendue de votre miséricorde , et daignez effacer tous m,es péchés , selon la grandeur et la multitude de vos bontés. Quand mon travail est fini , je le vends : j'emploie une petite partie de ce qu'il me produit pour me noiu:rir , et je donne le reste aux pauvres, qui , par ce moyen , lorsque je mange ou que je bois, demandent à Dieu p^ur moi, qu^illui plaise de me pardonner mes péchés 3 et , suppléant ainsi à ce qui manque à ma prière , ils la rendent continuelle. »

4. Le fameux Coton Tancien avoitpour le travail et pour la vie rustique im amour sin£[ulier 5 et toujours il sV exerçoit avec l'application lapins grande. L^exemple d'un ancien Romain, dont la métairie étoit voisine de la sienne , lui servoit infiniment. (C'étoit Curius Dentatus y qui , trois fois, avoit reçu les honneurs du triomphe.) Caton alloit souvent s'y promener ; et, considérant la petitesse de cette terre , la pauvreté et la simplicité de la maison , il se sentoit pénétré d'admiration pour cet illustre personnage , qui, étant devenu le plus grand des Romains , ayant vaincu les nations les plus belliqueuses, et chsiSséPyrrhusAe l'Italie, cultivait lui-même ce petit coin de terre , et , après tant de triomphes , habitoit encore une si chétive cabane- . « C 'est-là, disoit-il en lui-même ; c'est dans ce même lieu que les ambassadeurs des Samnites venoient le supplier d'accepter leur or , et que ce grand homme ^fusoit leurs présens , avec cette noblesse et cette grandeur d'ame qui ne se trouvent que dans des cœurs héroïques.» Plein de ces pensées, Catou s'eax^Vwtt-r

T ft A V A I t.

iioit clieî i ; et faisant de nouveati la ï'eViïe clé Si inaison , ap ses rhamps , de ses esclaves et de louW sa dépense il angmentoit son ardeur pmir le travail j j et retranrtii t toute vaine superfluité. Quoique jeun*f encore , il I oit Ini-méine l'admiration de tons ceuxqui leconnoissui^nt.^a/^/'zaJi*'/acc«j, l'un des plus nobles et des plus piiissaûs deRome ,avoit des terres contiguw à la petite mëtairie de Caton.hk , il entendoit souvent parler ses esclaves , de la manière dé vivre de son voisÎDj et du travail qu'il faisoit aux champs. On lui racontoit> que , dès le matin , il aDoit aux peliLes villes des envi-' roTis plaideretdéfendre les causes de ceux quis'adres' soient à lui ; que de là ilrevenoit dans son champ , oïl je" tant une méchante tuniquesur ses épaules, si c'étoiteiï hiver, et presque nu, si c'étoiten élé,iItraVailloit avec SCS domestiques; et; après le travail, assisaveceuxà ta* hle , il mangeoit du même pain etbuvoit du même vin<

5. Continuellement livré au travail, Aristote man" geoit peu , et dormoît encore moins. On rapporte qu'a* fin de ne pas succomber à l'accablement du sommeil^ il étendoit hors du lit une main dans laquelle il tt^iioit une boule dairain, pour que le bruit qu'elle feroit en tombant dans un bassin du même métal , ie réveilfàtj

6. Jamais peut-être on ne sG livra au travail avec plu* d'ardeur que M. de Tschirnhaus , ftuneux mathématicien de l'académie des sciences. Tout étoil réglé ohe7. lui ; tout tendoit vers cette passion , si capable de faire de grands hommes. En été , il faisoit ses expériences ; et il les meltoit en ordre , ou en tiroit ses conséquences , ou enfin faisoit ses grandes recherches' de théorie, pendant l'hiver , qu'il trouvoit plus pro^ pre à la méditation. Sur la fin de l'automne, il donnoit quelques soins particuliers à sa santé , et faisoit tme espèce de revue de ses forces corporelles , poiil* enlrer dans celte saison destinée aux grands travaux de l'esprit. 11 relisoît les compositions de l'hiver précèdent , s'en fappeloit les idées , se faisoit renaîtra l'envie de les continuer ; et alors il cOmmencoit à se retrancher le repas du soir , et .î diminuer même un peii du dîner de jour en jour. Au lieu de souper , ou ii lisait sur les m&lièies ^'^'i^ a\Q\i dessein de traitery

t T H A t A ï t- agf

en il s^en enlretenoit aT€c quelque ami savant. Il se conchoit à neuf heures , et se faisoit éveiller à deux heures après minuit: il se tenoit exactement , pendant quelque temps > dans la même situation où le réveil Tavoit trouvé, ce qui Pempêchoit d^oublier le songe Cfu^il faisoit en ce moment ; et si, cpmme il pouvoit assez naturellement arriver , ce songe ronloit sur la matière dont il étoit rempli , il en avoit plus de faci* lité à la continuer. Il travailloit dans le silence et le irepos de la nuit : il se rendormoit à six heures ; mais seulement jusqu'à sept , et reprenoit son travail. Il a dit quil n'a jamais fait dîe plus grands progrès dans les sciences , qu'il n'a jamais senti son allure plus vigoureuse et pins rapide , que quand il a observé toutes ces pratiques avec le plus de régularité. On y pourra trouver un soin excessif de se ménager tous les avantages possibles ; mais toutes les grandes passions vont, à regard de leur objet, jusqu'à une espèce de superstition. U lui arFÎvoit souvent, pendant la nuit, de voir une grande quantité d'étincelles très-brillantes , qui Voltigeoient et jouoient en l'air. Quand il vouloit les regarder fixement > elles disparoissoient ; mais quand il les négligeoit , non-seulement elles duroient presque autant que son application au travail 9 mais elles redoubloient d'éclat et de vivacité. Ensuite il parvint à les voir en plein jour , lorsqu'il eut acquis un certain degré de facilité dans la méditation. U les voyoit sur une muraille blanche , ou sur un papier qu'il avoit placé à côté de lui. Ces étincelles , visibles pour lui seul , étoient en même temps et un effet et une représentation des esprits de son cerveau , violemment agités.

7. Si un homme fort et en état de travailler , fait le métier de mendiant en HoUande , on le saisit , on le descend dans un puits profond , et on lâche un robinet* Si le pauvre ne pompoit pas sans relâche, il seroit bientôt noyé.Peîidant que ce malheureux travaille,degraves Hollandais font des paris sur le bord du puits : l'un gage que cet homme est lâche et paresseux, et que l'eau va l'ensevelir ; l'autre soutient le contraire. Enfin, après quelques heures , on tire le mendiant plus mort c\ixe vif, et on le renvoie avec cette utile lecou àw \x»n«^^^

Page 1