TRISTESSE
1. V ARus , capitaine imprudent et sans expérience) ft^étant laissé surprendre par les Germains, fut vaincu» et se donna la mort de désespoir. Ses légions , Télitô des troupes de la république , furent taillées en pièces: les drapeaux et deux aigles romaines tombèrent au pouvoir du vainqueur.Lorsque la renommée eut répandu dans Rome la nouvelle de ce désastre , la douleur j fut générale ; la tristesse régna dans tous les cœurs. Auguste en donna Pexemple : non-seulement il prit le deuil, et laissa croître sa barbe et ses cheveux 3 mais entrant encore dans des espèces de vertiges , il se heurtoit la tête contre les murailles , et s'écrioit souvent : « Varus ! téméraire Varus ! rènds-moi mes légions ! » Cette affliction si légitime , puisqu'elle avoit la patrie
f)Our objet , ne fat point passagère : tant qu'il vécut ^ e jour de la défaite de Varus fat pour lui tous les ans, un jour de tristesse et d'amertume.
2.Le philosophe Démonax ayant appris qu'un homme ne pou voit se consoler de la mort de son fils , alla le trouver : «Mon ami, lui dit-il ,jevous promets de ressusciter « volic fils, si vous pouvez me trouver seulement trois « hommes dont la maison ait toujours été exempte de « deuil. » Ce père affligé chercha vainement ; il n'en put pas même trouver un seul. «Pourquoi donc, reprit « alors le sage ; pourquoi vous tourmenter ainsi pour un « malheur qui vous est commun avec tant d'autres.^» 3. La reine Blanche^ mère de St, Louis ^ mourut lorsque ce prince étoit encore dans la Terre-Sainte. Le légat du pape , qui étoit auprès du monarque , en fut le premier instruit. 11 connoissoit la tendîpesse? du roi pour une mère si respectable : il crut devoir prendre des mesures , avant de lui annoncer une si affligeante nouvelle. 11 se fait accompagner de l'archevêque de Tyr , va trouver le prince , lui demande une audience particulière , en présence de son garde des sceaux et de son confesseur.Le saint roi connut au visage du prélat qu'il avoit quelque chose de fâcheux à lui apprendre ^et le mena dans sachapelle. Alors le pontife lui