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L'application du feu était usitée daus une foule de cas : ce qu'on ne guérit pas par les médicamens, a dit Ilippocrate dans un de ses. apliorismes, le ferle guérit; ce que le fer ne guérit pas cède à l'action du feu, ou le mal est incurable. Les instrumens dont Ilippocrate se servait étaient des fers chauds , des fuseaux de bouis trempes dans ! Imi le bouillante; tantôt une espèce de champignon qu'il faisait brûler sur la partie malade, tantôt du Un cru. Cette dernière méthode était la même que celle que Prosper Alpin prétend avoir été pratiquée chez les Kgyptiens, et paraîtrait représenter assez exactement le moxa, dont nous avons emprunté l'usage aux Chinois. Dans le cas de douleurs de tète, où les cautérisations n'avaient aucun effet, Hippocrate formait une sorte d'exutoire, çn faisant au front une incision coronaire, et mettant entre les deux lèvres de la plaie de la ( liai pie pour les tenir écartées et laisser un libre cours au sang et aux humeurs. • ,jÀ
On voit, d'après le traité De vulneribuf capUis y et divers passages de plusieurs autres écrits, que les plaies de tète avaient attiré parti culièrement l'attention; un grand nombre d'observations intéressantes avaienç été faites sur le diagnostic et le pronostic de ces plaies. Les contre-coups paraissent ayoiç; été bien connus. Mais 1)8 traitement % qui consistait principalement dans la trépanation, nout» semblera bien vicieux, aujourd'hui que cette opération est, si rarement pratiquée. Dans toutes les fractures sensibles ou non à la vue, lorsque la trace du trait restait sur l'os, qu'il y, eût fente,, ou qu'il n') eu eût pas, Ilippocrate avait recpurSj au trépan. S'il se déclarait de», accidens graves, et qu'on ne. reconnût pa* de lésion à l'endroit frappé, il faisait des, recherches à l'encjroit opposé, et même des incisions, pour constater l'état (}e l'os. Quand les accidens l'engageaient à recourir aux incisjpus., pour savoir si l'os était endommagé, il le* faisait assez grandes, et détachait çle Pos les tégqmens et le périr crâne. Le lendemain, après lajevée de l'appareil , s'il présumait que le trait eût atteint et endommagé l'os, quoiqu'il n'y vtt aucune lésion, il le ruginait en long et en travers, ainsi que les enviions, persuadé que la fracture et la contusion ne sont pas toujours à. l'endroit où]» coup a porté. Pour vérifier jusqu'où Fos était lésé,, il l'enduisait d'une matière noire, et ruginait toutes les parties pénétrées par cette matière, qu'il regardait comme malades. Lorsque la sonde ou la vue ne pouvaient indiquer la nature et l'étendue de la lésion de l'os, il faisait serrer entre les dents du malade la férule ou l'asphodilc, pour entendre le cliquetis qu'il croyait devoir se produire, JRippoçrate re-
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gardait donc le trépan indiqué toutes les fois qu'il existait une fissure ou une contusion, qu'un coup avait été porté par un homme fort et robuste, que le trait était venimeux, que le malade avait éprouvé un vertige ténébreux ou un sommeil profond , enfin que la fente était trop profonde pour être enlevée par la rugine. Il paraît, contre l'opinion de Leclerc et de Sprengel, qu'il n'a jamais trépané pour ouvrir un passage aux humeurs épanchées sous le crâne, mais seulement pour enlever quelque portion d'os viciée. Toutes ses vues curatives se portaient sur la lésion de l'os , accident auquel il attribuait tous les autres. Ilippocrate avait deux espèces de trépan : l'un à couronne armée de dents , en forme de scie à son extrémité, et assez semblable à celui dont nous nous servons aujourd'hui; et un autre qui servait dans certaines affections de l'os, ou dans l'hydropisic «le poitrine, pour en tirer l'eau par la perforation d'une cote (Foësius, OEnonom. Hippocrat. , aux mots ijvkùahu et r.tprrï t {.irj). Il se servait aussi, pour déterminer IVxfolialion de la première table, en cas de contusion et de fente, d'un trépan nommé de nos jours encore perforât if; procédé qui a été renouvelé depuis par le chirurgien Belloste. Ilippocrate ne voulait pas qu'on pénétrât jusqu'à la membrane, dans la crainte que, restant trop longtemps à découvert, elle ne se tuméfiât et ne pourrît, ou qu'elle ne fut blessée par les dents du trépan. Il laissait donc la portion d'os qui tenait se détacher d'elle-même. Aussi, lorsqu'à vaut ratissé l'os jusqu'à la seconde table, il trouvait la carie étendue plus loin, il refermait l'ulcère le plus tôt possible, sans oser attaquer la partie profondément lésée. Déjà il avait reconnu l'inconvénient de trépaner sur les sutures. Du reste, Ilippocrate donne les préceptes les plus judicieux pour l'exécution même de l'opération du trépan.
Notre auteur établit assez bien le diagnostic des polypes du nez (De morb. lib. 1 1). Pour extirper celui qui est mou, oblong et pendant, il Élit passer de la bouche dans les fosses nasales un fil auquel est attachée une éponge ronde et maintenue à une consistance solide par un lien. Cette éponge, tirée avec force dans les fosses nasales, détermine l'arrachement du polype. Si le polype était charnu et remplissait les narines, il brûlait hardiment la tumeur avec un fer chaud, introduit à trois ou quatre reprises, à l'aide d'une canule. Dans le cas où la tumeur était charnue, ronde et mollette, il l'extirpait au moyen de la ligature pratiquée par un procédé fort ingénieux. Le polype était-il dur et calleux, il incisait l'aile du nez; il enlevait la tumeur, cautérisai! la plabe et réunissait le nez par une
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suture. Il traitait l'ozén* en cautérisant l'ulcère et le saupoudrant d'ellébore.
Il parait que révulsion des dents a été pratiquée très-anciennement. Hippocrate prescrit de n'arracher que les dents cariées et branlantes} mais quand elles ne sont ni cariées ni mobiles et qu'elles causent cependant des douleurs violentes, il fout les cautériser
(De affettibus).
Il traitait la grenouillette en y excitant la suppuration ; il incisait la tumeur lorsque le pus était formé, à moins qu'elle ne s'ouvrit d'elle-même; ensuite il y appliquait le feu (De moràAïb. tï). — Il ouvrait les amygdales suppurées avec l'instrument tranchant (De morb 9 épidem. lib. 1 1). — L'excision de la luette était assez usitée du temps d'Hippocrate, puisqu'il recommande de ne pas la pratiquer avec maladresse et à contre-temps. Toutefois, dans on des ouvrages hippocratiques il est dit qu'il ne fout pas l'inciser lorsqu'elle est enflammée, à moins qu'elle n'ait une sorte de pédicule à sa partie supérieure (Prœnotiones). Dans deux autres, au contraire, il est donné le précepte de l'exciser, d'y plonger un instrument très* acéré lorsqu'elle est très-gonflée par l'inflammatidu {Dé- réoré. lib. ix. — De affection.). Il distingue cette inflammation d'une tuméfaction œdémateuse de la luette. Dans ce cas, il mut en inciser la pointe et presser la tumeur contre le palais. — Dans l'angine* si M danger de suffocation était imminent, il introduisait dans la trachée-artère une canule à laquelle était attachée une vessie; au moyen de quoi on poussait de l'air dâas les powirous (De morb. lib. ix) k
L'oJ>ération de l'empyème a été pratiquée dès les temps les plus reculés. Ces* du moins ce qu'on peut inférer de l'origine presque fabuleuse qu'on lui assigne. Les détails dans lesquels entrent Hippocrate et les auteurs des* écrits Hippocratiques, prouvent qu'il avait fallu qu'avant eux on eût trouvé des occasions nombreuses dé la pratiquer et de la soumettre à des règles générales (Apkor>'-r- Di intem. affection. — De lo c in hofn* — — De morb.)~ On ouvrait lt poitrine, soit avec le feu , soit avec le fer: Les derniers hippocratistes semblent avoir donné la préférence à l'instrtiment tranchant. -Quinze jours après que les signes d'épànchement dans la poitrine avaient été observés, on faisait baigner le malade; puis il était placé sur ta siège, et on l'agitait par les épaules, pour savoir de quel côté où entendait le bruit du liquide. On y faisait l'ouverture, plutôt J>arderrière que par -devant, à la partie la plus déclive. On regardait le côté gauche comme moins dangereux. Il est possible que réléva-
CHI 7*5 lion du foie à droite, mal appréciée, ait été cause de quelques accidens. On coupait d'abord la peau avec un large bistouri, puis on perforait le restant des parties molles avec une lancette entourée de ill jusqu'à quelque distance de sa pointe; on ne laissait écouler qu'une partie du liquide épanché, et l'on fermait l'ouverture par une tente de lin cru, fixée à un fil, qui était retirée deux fois par joui*. Le dixième jour, où tout le pus était sorti, on injectait dans la poitrine, du vin et de l'huile tiède pour nettoyer le poumon, ele. Dans quelques cas on faisait l'ouverture avec un fer rougi; mais les disciples de l'école d'Hippocrate paraissent avoir tellement redouté l'évacuation complète de la sérosité dans l'hydropisie de poitrine, qu'ils aimaient mieux perforer une côte, parce qu'il était plus facile de boucher une ouverture faite à un os : c'est ce qu'on pratiquait avec un trépan pointu.
Hippocrate avait observé l'incurabilité des cancers des mamelles , dont il décrit assez bien la marche. Suivant lui, cette maladie élude l'effet de tous les remèdes ( Prœdictor. lib. n). Il se peut qu'on pratiquât déjà des opérations sur cette partie; mais d'après l'opinion ex primée ci- dessus, ce ne devait être que rarement. L'incision des mamelles en suppuration, dont U est fait un précepte, n'est que l'opération usitée dans les abcès (De morb. millier, lib. ti).
Dans l'hydropisie, Hippocrate évacuait Feau du scrotum , des cuisses, des jambes, par de petites scarifications ou mouchetures, qu'il faisait avec un scalpel fortaigu (De intern. affection.). La ponction de l'abdomen était généralement pratiquée dans l'école de Cos. On se servait aussi bien du fer rouge que de l'instrument tranchant pour la faire.
Les signes çt le traitement de la néphrite calculeuse sont indiqués avec une précision vraiment remarquable [De intern. af/ectionibX Les abcès des reins, annoncés par la tuméfaction et la protubérance de la partie, étaient ouverts. On pensait qu'en ouvrant l'abcès , on avait l'espoir de sauver )e malade, qui périssait si l'on n'agissait pas ainsi. Il est parié encore d'une autre maladie des reins annoncée, comme la néphrite calculeuse, par des douleurs violentes. Elle était attribuée à la rupture des veines qui se rendent aux reins, lesquels se remplissent de sang. Le malade en rend d'abord avec les urines , efl par la suite on voit au sang succéder le pus. Lors donc que le rein est suppuré, il s'élève aux environs de l'épine une tumeur qu'il faut ouvrir par une incision assez profonde, pour parvenir au foyer du
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pus. Si on l'atteint, le malade guérit. Si le pus 9e fait jour parle rectum, il y a encore a espérer pour le salut du malade.
Il est peu fait mention des fistules dans les écrits hippoeratiques, à l'exception des fistules à l'anus, auxquelles est consacré tout entier le traité De fi.stulis. On employait plusieurs méthodes pour traiter celles-ci. Dans certains cas, on faisait passer à travers 1rs orifices externes et internes de la fistule une mèche mince de toile de lin, enduite de suc de grande tilhymale, et saupoudrée de fleurs d'airain brûlé, dont les chefs étaient rapprochés également; on introduisait dans l'anus un gland de corne rempli de terre cimolce, qu'on ôtait toutes les fois que le malade voulait se présenter à ta garde-rnbe. Le sixième jour, on remplissait ce gland d'alun pulvérisé; il était laissé dans l'anus jusqu'à ce que l'alun fut fondu; enfin on enduisait l'anus de myrrhe, jusqu'à ce que l'ulcère parût tout-à-fait consolidé. On ne dit pas quel était le succès de cette met h ode. Dâns d'autres cas, la fistule était traitée par la ligature. Un lien composé de fils de lin entouré d'un crin de cheval, était introduit au mnven d'une sonde d'étain dans l'ouverture fistuleuse. Avec un doigt porté dans l'anus, on recourbait l'extrémité de la sonde qui était retirée au dehors. La sonde détachée, on faisait , avec les deux extrémité du lien, un nœud bien serré. Le nœud était resserré tous les jours, a mesure que les chairs comprises dans l'anse étaient détruites. Cest cette méthode qu'on a plus tard renouvelée, en substituant un fil de plomb aux fils de lin.
tlippocratc se servait encore de la ligature pour l'extirpation dc> tumeurs hémorrhoïdales; mais il eu réservait toujours mie, pourne point contrarier la nature en lui fermant totalement et tout à coup, une voie de décharge qu'elle s'était ouverte i^Aphor. 12, sect. 6. — De victus rat. in acut.). Dans le Traite des hémorrhoïdes % au contraire, il est prescrit de détruire toutes les tumeurs par le feu.
Il parle de la chute du rectum, dans le livre n des Pmrr/ietiqucs , ainsi que dans le Traité des Jistules..hn chute de la mal rice a été décrite assez exactement dans plusieurs endroits des livres liip|'° cra " tiques. On en distinguait de trois esp< < c> : la première, lohqi» col de la matrice s'abaisse et entraîne avec lui une portion du ""I" de ce viscère, ce qui est sensible au tact; la seconde, lorsque | e corps de la matrice s'avance au point de se laisser apercevoir a 1 ° n ' fice du vagin; la troisième enfin, quand la matrice esl totalement renversée. Des topiques froids et astringens étaient, avec la p MSl,,0,) du tronc plus bas que les jambes, les principaux moyens employé*.
CHI 717 Il en est mi autre que l'on mettait encore en usage , et que sa singularité a fait souvent citer. Persuadé que la matrice était sensible au parfum des odeurs suaves , on en plaçait de fétides aux parties naturelles, et d'agréables sous le nez. Dans le cas où la matrice pendante et renversée n'avait pas repris sa situation naturelle à l'aide de ces moyens, on en opérait la réduction avec la main. On liait ensuite les cuisses rapprochées, et on laissait dans cet état la malade le jour et la nuit suivante. Le lendemain, pour rappeler ou fixer la matrice, on appliquait à la hanche une large ventouse, qui était laissée long-temps. La malade gardait le lit quarante jours, sans qu'il lui fût permis de se lever, même pour les évacuations naturelles. Ce temps expiré, elle pouvait se lever, mais il. fallait qu'elle marchât peu et vécût de régime. Bien des siècles après, Th. Bartholin avait conservé, dans le traitement de la chute de matrice, l'usage des ventouses et des odeurs ( De naturâ pueri. — De morb. mulier. — De sterilib.).
Nous ne dirons rien de ce qui concerne les accouchemens ; nous en avons traité ailleurs. V. Accouchemens (art des).
C'est surtout dans l'étude des fractures et des luxations, qu'on est frappé des progrès qu'avait faits la chirurgie au temps d'Hippocrate. On en trouve l'explication dans les connaissances plus pré- < 1m 's que l'on avait alors sur l'anatomie des os et des articulations. Nous ne citerons pas tout ce que contiennent sur ce sujet les traités De officimi medici , de fractis , de arlicidis. 11 suffira d'en extraire les principales propositions, pour juger de l'état de cette partie de la science.
Déjà l'on ]> ossédait des notions satisfaisantes sur le pronostic des fractures, par rapport aux différences qu'elles présentaient dans leurs complications, leur forme, leur direction et leur siège, aux membres supérieurs ou inférieurs, et à telle ou telle partie de l'os. Tous les anciens se sont servis d'attcllés dans .le traitement des fractures. Hippocrate donne, sur ces moyens de contention et sur les autres pièces du pansement, ainsi que sur l'application de ces pièces, les détails les plus sati.sfaisans. On maintenait en général les fractures avec un bandage roulé, méthodiquement appliqué. Les préceptes qu'il expose sur la position des membre*, dans le temps de ta réduction, sont excellens. Hippocrate avait senti la nécessité d'une extension graduelle dans la réduction des fractures; c'est ce qu'on peut inférer 4e ce qu'il dit au sujet de là fracture du bras. Toutes les fois qtie l'extension faite par des hommes suffit, il veut qu'on s'en contente. Il
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faut rejeter les machines lorsqu'on peut s'en dispenser; sinon il faut choisir les plus simples. Il censure les gouttières dont on se serrait de son temps, et qui étaient destinées à recevoir la cuisse fracturée. Il pensait qu'on pouvait très-bien guérir sans elles, par les moyens ordinaires, et que lorsqu'elles ne dépassaient pas le genou, elles avaient l'inconvénient de ne pas s'opposer à la flexion de la jambe qu'il avait reconnue très-défavorable au maintien des fragmens du fémur. Dans les fractures compliquées de plaie sans saillie des os, il employait les moyens curatifs ordinaires; seulement le bandage était moins serré. Il blâme fortement l'usage commun des praticiens de son temps, qui appliquaient dès le commencement le bandage ordinaire. Dans le cas de plaies, d'ulcérations où il fallait lever fréquemment l'appareil, il se servait d'un bandage assez semblable à celui qu'on nomme à dix-huit chefs. Lorsqu'aucun des bandages ordinaires ne maintient la fracture, on doit avoir recours à quelque machine capable de tenir le membre dans un état d'extension. A ce sujet Hippocrate condamne la pratique de ceux qui attachaient au lit le pied du malade, comme toujours nuisible et jamais utile; le reste du corps venant à céder, il n'y a plus d'extension. Il décrit une machine assez ingénieuse, propre à atteindre le but désiré. Après de trèsbons préceptes sur la réduction des fractures compliquées, il conseille, si tous les efforts ont été inutiles, de ne pas aggraver le mal par des tentatives nouvelles. Quand l'os qu'on n'a pu réduire pique et agace les chairs, il faut couper l'excédant, surtout s'il est dénudé, puisqu'on ne saurait le conserver. Hippocrate annonce qu'il réchappe peu de personnes après des fractures de la cuisse ou du bras où l'os a percé les chairs, tant parce que ces os sont grands et garnis de moelle, que par la lésion des nerfs, des muscles et des veines qui les avoisinent.— On peut lire encore avec intérêt les détails qui sont donnés sur la fracture de l'avant-bras et du bras, sur celles de la mâchoire inférieure, du nez, sur le décollement de l'acromion, que bien des médecins prenaient pour une luxation de l'humérus, et surtout sur la fracture de la clavicule. Beaucoup de médecins de ce temps pensaient obtenir la réunion des deux fragmens de la clavicule par un bandage qui abaisserait le fragment interne. Hippocrate signale le vice de cette pratique et pose l'indication essentielle de la guérison de cette fracture. Suivant lui, il fallait rapprocher de sa situation naturelle la portion externe, seule susceptible de déplacement. Il avait très-bien observé que la portion de la clavicule qui tient à la poitrine, reste élevée, tandis que la partie attachée à
l'épaule s'affaisse. Les situations et les bandages prescrits par Hippocrate pour le traitement de cette fracture étaient assez propres à remplir l'indication posée. Sa pratique, dans la fracture des côtes, était très-saine. Il remarque que Ton a tort de s'inquiéter moins de la contusion que de la fracture. Toutefois, il prolongeait d'autant plus l'application du bandage roulé sur la 'poitrine, que les accidens de contusion étaient plus longs et plus graves.
Les luxations n'étaient pas traitées avec moins de soins que les fractures. L'auteur du traité De articulés dit n'avoir vu que la luxation du bras sous l'aisselle, c'est-à-dire en bas, qui est en effet la plus ordinaire, et jamais en haut, en arrière ni en devant. Contre l'opinion de ses contemporains, il révoque en doute la possibilité de cette dernière. Il établit très-bien le diagnostic de la luxation du bras en bas, et donne, pour faire la réduction, plusieurs procédés qui ont été long-temps en usage, et parmi lesquels sont ceux de l'échelle, de la porte, et la machine connue sous le nom ftambi. Les remarques faites à l'occasion du pronostic et de quelques autres points de l'histoire de ces maladies montrent une observation trèsattentive, une expérience très-éclairée. L'auteur parle des luxations spontanées du bras, que la plupart des médecins du temps n'entreprenaient pas de guérir , et pour lesquelles il appliquait le cautère actuel, suivant certaines règles qu'il serait difficile de justifier toutes. On trouve également des détails très-Curieux, sinon toujours trèsexacts, sur les luxations du coude, du poignet, des doigts, de la mâchoire inférieure. La cuisse se luxe en dedans, plus souvent en dehors, rarement en devant et en arrière. La réduction de cette luxation était opérée par des procédés analogues à ceux qu'on suivait pour celle du bras. Ainsi, dans la luxation en dedans, le malade était suspendu, et un homme fort et adroit, embrassant de l'avantbras le haut de la cuisse, se suspendait lui-même à ce membre, et opérait ainsi, en portant la tête de l'os en dehors, l'extension et la coaptation. La machine connue sous le nom de banc d'Hippocrate, servait aussi à cette luxation , et est donnée comme très-avantageuse non-seulement dans les luxations de la cuisse, mais encore dans celles d'autres membres, en l'accommodant aux cas particuliers et en l'employant avec intelligence. L'auteur de l'ouvrage cité décrit très-bien la luxation de la cuisse en dehors, et les moyens d'y remédier. Il veut qu'en faisant l'extension et la contre-extension, on pousse la tête de l'os de dehors en dedans avec un levier large placé au gros de la fesse et même un peu au - dessus. Suivant lui, le procédé de réduction
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par la suspension ne conviendrait pas, parce que l'avant-bras de celui qui se suspend repousserait la tête hors de sa cavité; Les luxa* tions en arrière et en devant sont également décrites avec les moyens d'en faire la réduction. L'auteur indique parfaitement les suites de ces luxations non réduites. Il ne parle pas des luxations spontanées de la cuisse, qui sont cependant plus fréquentes que celles du bras. Toutefois, il est un passage de son traité qui indique qu'il avait observé ce genre de maladie; c'est lorsqu'il remarque que ceux dont la cuisse est luxée depuis leur naissance ou dans le cours de lenr accroissement, par une cause interne ou par une cause externe, qui est la plus ordinaire , ont dans la suite la cuisse plus courte et plus décharnée parce qu'ils ne peuvent s'en servir.
L'auteur du traité hippocratique De articulis décrit les différentes affections que produisent les gibbosités, et même les fractures des vertèbres prises pour des luxations de ces os. Il établit fort bien les divers accidéns résultant de ces dernières affections : la géne de la respiration quand la gibbosité est au-dessus du diaphragme ; les maladies des reins et de la vessie; des abcès vers les hypocondres et les aines, quand 1» bosse est au-dessous du diaphragme; la compression, et même h rupture de la moelle épinière, et par suite l'engourdissement de beaucoup de parties nobles, la suppression des urines, des fèces, quand un poids considérable sur l'épine cause un déplacement en dedans des vertèbres. Il avait très-bien distingué, sans s'en rendre compte, les diverses gibbosités. Les bosses angulaires sont dangereuses et mortelles* tandis que celles qui sont demi-circulaires et externes ne causent ni suppression d'urine, ni paralysie, ni la mort» en ce qu'elles n'empêchent pas le cours des liqueurs, ce qui arrive dans la courbure angulaire, outre plusieurs autres accidéns, telsqne la paralysie des parties supérieures et inférieures, et même de toutfe corps. Il décrit, pour le blâmer, le procédé que quelques médecins charlatans et ignorans de son temps employaient pour guérir les gibbosités. Ce moyen, qu'il dit n'avoir jamais vu réussir, ce qu'&a** pas de peine à croire, consistait à lier le patient aux degrés ''d'une échelle qu'on laissait tomber perpendiculairement d'une hauteur considérable. Il prépose, de son côté, dans le cas de gibbosité, machine à l'aide de laquelle on faisait une extension graduelle, pendant qu'on pressait de diverses 'manières Sur la partie saillant e l'épine. Il rend compte de procédés ou*d*essais qti*on faisait de son temps, tous plus ou* moins ridicules et qui ne pouvaient rewsstr* voit que Fart et le métiet d'orthopédiste ne sont pas des un de nos jours.
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. Dans le méihe traité De articnlis , et dans quelques passages de ceux connus sous les titres de Mochlicon, de fractis, se trouvent des détails étendus sur lès luxations du genou, de la jambe, du pied. A propos des luxations de cette partie, sont décrits les effets des pieds-bots, quoique cette difformité ne soit pas considérée comme une luxation. Le traitement prescrit contre cette déviation des pieds en dehors ou en dedans , est analogue à celui qu'employa, au siècle dernier, Venel, qu'on regarda comme ayant fait une découverte pratique importante. •
Tel fut l'état de la chirurgie à cette première époque de son histoire, autant du moins que nous pouvons le saisir, d'après les écrits hippocratiques; car il est probable que beaucoup de documens sur divers points ne nous sont pas parvenus, et que plusieurs opérations autres que celles dont nous avons parlé, étaient pratiquées. Ainsi, les amputations, dont la nature fournit en quelque sorte l'exemple dans la séparation qu'elle détermine de certaines parties gangrenées, étaient probablement mises à exécution dans les temps anciens. Un passage du traité De articulis paraît se rapporter à ce genre d'opération. L'auteur ne voit de danger que dans la syncope dont l'amputation est suivie. On cherchait à prévenir rhemorrhagie, y. est- il dit, en prescrivant un régime rafraîchissant et peu substantiel , après l'ablation de la partie , et en donnant au moignon une position horizontale ou élevée au-dessus du plan du corps. La lithotomie était également pratiquée, et nous n'avons aucun détail sur la manière dont cette opération était faite, il n'en est question que dans le serment, où Hippocrate faisait jurer à ses élèves de ne la point pratiquer. On a conclu de cette défense, qu'Hippocrate n'avait point exercé la chirurgie: c'est une erreur; dans les traités de chirurgie qu'on s'accorde universellement à lui attribue*, il parle toud'après lui-même, d'après sa propre expérience; il oppose >uvent ce qu'il fait aux pratiques vicieuses de ses contemporains, îdu la lithotomie, c'est probablement que cette opération aissait si délicate et si grave, qu'il n'était pas prudent de la pratiquer, ou qu'on devait l'abandonner à certaines personnes qui a^y livraient exclusivement.
Plusieurs médecins, contemporains d'Hippocrate, jouirent d'un grand renom et exercèrent comme lui la chirurgie aussi bien que la médecine interne. Mais l'histoire ne nous dit pas quelle part ils étirent aux progrès ^u premier de ces arts. Parmi eux, l'on cite Philistion, qui, suivant Oribase, inventa une machine pour réduire les î. .46
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luxations; et Ctésias, qui guérit Artaxerce-Memnon d'une blessure que ce prince reçut à la bataille de Cunaxa, et qui, d'après le fragment, seul reste de ses écrits sur la médecine, regardait la réduction de la cuisse comme parfaitement inutile, persuadé que la tète du fémur, une fols déplacée, ne pouvait plus être retenue dans sa cavité (Galien, In comm. iv, ad libr. de articulis).
§. III. État de la chirurgie depuis le temps d* Hippocrate jusqu'à celui de Celse , c'est-à-dire ,jusqu* au premier siècle de tère c/w* tienne. Aucun écrit des médecins qui ont fleuri dans cette période de trois cents ans environ n'est parvenu jusqu'à nous. L'Encyclopédie médicale de Celse, dans laquelle sont recueillies la plupart des connaissances que la médecine' avait acquises avant lui , et diters passages de plusieurs auteurs postérieurs, sont les seules sources où Ton puisse puiser pour esquisser l'histoire de l'art à cette époque, qui comprend la célèbre école d'Alexandrie.
Hippocrate transmit à ses successeurs des connaissances chirurgicales, qu'ils étendirent sans doute, mais non en proportion des circonstances plus heureuses où ils se trouvèrent. Les fils et le gendre de l'illustre médecin de Cos, Thessaîus et Polybe, cultivèrent comme lui la chirurgie. Cest même à eux que l'on attribue la rédaction de quelques-uns des traités de la collection hippocratique où il est question de maladies chirurgicales et d'opérations. On cite aussi, après Hippocrate, Dioclès de Caryste, qui, au rapport de Celse, inventa un instrument propre à tirer les traits qui ne pouvaient être poussés par le côté opposé , et qui est donné par Galien comme Paateur d'un traité sur les bandages et appareils [De Us egk quœfiunt m letT/itict) ; Philotime, que le même Galien dit avoir composé un semblable traité. Mais le médecin de ces temps au nom duquel se rattacbe une des opérations les plus hardies que Ton puisse tenter , c'est Proxagoras, de Cos, maître d'Hérophile, et qui s'adonna tout particulièrement à l'anatomie. Caelius Aurelianus rapporte ( liv. S, ch. 18) que ce médecin, lorsqu'il avait vainement employé les vomitifs et autres moyens par lesquels il combattait la passion iliaque, ouvrait le ventre et même l'intestin, qu'il désobstruait, et recousait ensuite les parois de la cavité. Aucun autre nom recommandante, sous le rapport de l'art chirurgical, ne nous a été transmis comme ayant brillé dans cet intervalle de temps qui sépare Hippocrate de l'école d'Alexandrie.
Attirées par les faveurs des Ptolémées, les sciences, dans la nouvelle capitale de l'Égypte, qui devint bientôt celle du monde savant ,
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prirent un essor inconnu jusqu'alors. L'anatomie, cultivée avec ardeur, semblait promettre à la chirurgie de rapides progrès. Mais les connaissances anatoroiques dont s'enrichit alors la médecine servirent plutôt de texte à des théories spéculatives, qu'elles ne fournirent d'applications positives; à ce point que les médecins de la secte empirique n'hésitèrent pas à proscrire l'étude de l'anatomie comme inutile et funeste. On ne peut croire cependant que cette science , malgré l'abus qu'où en faisait, n'ait en rien contribué à l'avancera ent de la chirurgie, que Celse dit avoir été cultivée *avec tant de succès en Egypte , et qu'elle n'ait pas servi de guide dans ces opérations sûres et hardies dont l'écrivain romain nous, a laissé la trop concise description. Hérophile, qui doit être cité le premier* en date comme en génie , exerçait la chirurgie , témoin Diodore Cronos qu'il traita d'une luxation , après lui avoir ironiquement démontré que l'os du bras n'avait pu changer de position , par un raisonnement semblable à celui dont se servait ce sophiste pour nier le mouvement. Mais c'est là tout ce que nous savons d'Hérophile comme chirurgien. Ërasistrate , son émule en découvertes anatomiques, pratiquait, au rapport de Caelius Aurelianus, la chirurgie avec tant de hardiesse, que dans les abcès du foie et de la rate, il ne craignait pas d'ouvrir l'abdomen pour appliquer les remèdes immédiatement sur les parties malades ( Cœl. Aur. chron. lib. 3, ch. 4). H se servait aussi du cathéter qui porta son nom par la suite (Introd. in galen. oper., t. rv), Ce cathéter avait la forme d'un S romain. Mantias , disciple d'Hérophile , écrivit un traité sur les appareils de chirurgie LGalen. de fasciis); et Andréas de Caryste, rangé par Celse au é nombre des anciens partisans de la secte d'Hérophile, inventa plusieurs collyres actifs et quelques machines destinées à réduire les luxations du fémur. Alexandre Philalète et Démosthènes, de l'école hérophilienne de Laodicée, composèrent, au rapport de Gàlien et d'Oribase, sur les maladies des yeux, des traités fort estimés des anciens
Après Hérophile et Ërasistrate, la chirurgie, suivant Celse, fit de grands progrès en Égypte. Elle y fut pratiquée , dit cet auteur , par Philoxène , qui écrivit plusieurs traités sur cette partie de l'art ; par Gorgias, Sostrate, Héron, les deux Apollonius, Ammonius, surnommé le lithotomiste , pour avoir imaginé de rompre les pierres trop volumineuses pour être extraites sans déchirer le col de la vessie. Le même Ammonius arrêtait leshémorrhagies par l'application de caustiques, notamment de l'arsenic rouge, dans le but de former
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une < t ii ir sur les vaisseaux d'où sortait le sang [Aetius. /c7r, n. serin. 2, c. 5|, col. 71). Celse, d'après lequel nous avons enuméré les médecins de l'école d'Alexandrie renommés par leurs talens dans l'art chirurgical , ajoute que cet art fut cultivé par plusieurs autres hommes célèbres qui l'emicliirent de leurs travaux et de leur> découvertes. Il est à regretter que l'auteur romain n'indique pas quelle part chacun eut à ces découvertes. Mais déjà, à celte époque, le goût d'une polypharniacie futile commençait à infester la science. l r n grand nombre de médicamens composés furent inventés pour le traitement des maladies externes. Plusieurs médecins sont cités pour leurs col!) ros, propres à diverses affections des yeux , pour leurs on- Çuçns destinés au pansement «les plaies et des ulcères, etc. 11 est probable que l'invention de ces remèdes formait une grande partie des travaux et des découvertes en chirurgie dont parle Cclse. Aux noms indiqués plus haut , nous devons ajouter ceux de quelques médecins de la secte empirique : de Glaucias , qui est connu par plusieurs corrections faites aux bandages usités dans les plaies de tète, les fractures de ('humérus et celles de la clavicule; d llei aelide, àt Tarente,qui fit une étude particulière de la chirurgie et la cultiva ensuite avec distinction. Ce médecin , du reste , est plus connu par les médicamens qu'il inventa ; on rapporte cependant de lui la dissection habile qu'il faisait de la paupière adhérente au globe de l'œil ( Celse y lib. 7, ch. 7).
C'est du temps d'Hérophile et d'Erasistrate , que quelques auteurs, d'après un passage mal interprété de Celse , pensèrent qu'avait en lu* 11 la séparation de la chirurgie et de la médecine. Mais celte prétendue séparation n'est fondée que sur une distinction scolastiquc qu établit Celse entre les maladies qui sont traitées, ou par le régime, ou parles médicamens, ou par les moyens chirurgicaux. Ce ne fut dans le moyen âge que le partage de la médecine et de la clûrur; eut réellement lieu. Ni les médecins qui (précédèrent llerophile et iïrasistratc , ni ceux qui les suivirent long-temps après, ne s'abstinrent de cultiver et d'exercer toutes les parties de la médecine. Le* principaux chefs de secte, Hérophile, Asclépiade, Thémison, Philinus, vSérapiov. , pratiquèrent la chirurgie. 11 en fut de inèmc,pl lb tard, d'Axétée, de Galien et de tous les médec ins anciens dont U nom est venu à la postérité. Il n'y a nul doute .que quelques personnes, s'étant montrées plus habiles dans certaines parties do l'art , dans la pratique de certaines opérations, ne s'y soient livrées plus partie " licrement; mais c-est là toute la division qu'a subie la uiédefciafrdan*