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ies temps anciens. Cette opinion devient évidente , par la connaissa*nce de plusieurs passages de Scribonius Largus , qui vivait peu de temps après Celse. « Le domaine de la médecine est si vaste, dit-i J . que chacun est le maître d'y choisir sa part; aussi en voit-on porter le nom de médecins , bien qu'ils ne professent qu'une seule partie de Fart. » Dans les écrits des anciens, de 'même que dans le texte de quelques lois relatives à la responsabilité des médecins, ce titre s'applique également, et à ceux qui guérissent par le régime et les médicamens, et à ceux qui pratiquent des opérations. Aucune loi ne réglant l'exercice de la médecine, chacun pouvait, suivant sa vocation ou les circonstances , pratiquer Fart tout entier, ou seulement quelques parties plus ou moins restreintes et faciles; de là les dénominations de médecins diététiques', pharmaceutiques et chirurgiques, et la distinction plus réelle' de ceux-ci en médecins oculistes , herniaires, dentistes, anaires, articulaires, etc.; aussi Galien dit-il qu'il y avait autant de ces médecins particuliers que d'organes du corps humain (G'alen. De part. art. med., cap. 11). C'est avec moins de fondement encore que , se basant sur un passage obscur et altéré d'Aristote, on avait admis, dès le temps d'Hippocrate, des médecins-architectes et des médeems-ministres, espèce de manœuvres destinés à exécuter les ordres des premiers. Il est bien avéré, comme l'a démontré Goulin {EncycL méthode Med. art. Architecte), que le passage cité a un tout autre sens que celui qu'on a voulu lui donner. On est fondé seulement à croire , d'après divers documens, que les médecins anciens confièrent, dans plusieurs occasions, à leurs esclaves ou à leurs élèves, l'exécution de certaines opérations peu importantes. ♦
Rome , devenue la maîtresse du monde , attira bientôt dans son sein toutes les illustrations et les talens. Long-temps les Romains, livrés à la seule science des armes , n'eurent pour médecins que des hommes ignorans et grossiers , dont l'art consistait en quelques pratiques superstitieuses. La chirurgie , dont leurs guerres continuelles semblaient devoir favoriser les progrès , n'était pas chez eux plus avancée que la médecine interne. Dans un siècle avancé, l'un des hommes les plus éminens de la république donnait un exemple singulier d'ignorance et de crédulité: Caton l'ancien, cet austère èen^ seur, connu par son aversion pour les m edecios eomme pour lesbeaux-arts, prétendait posséder des secrets particuliers pour la guérison des fractures, li a consigné dans son ouvrage les paroles barbares qu'il fallait prononcer pour cela. Deux oenis ans environ avant
l'ère chrétienne , le grée Àrchagatus vinlexercer la médecine à Rome. . Hais il perdit bientôt le crédit qu'il avait acquis , et reçut le surnom de bourreau, à cause du fréquent usage qu'il faisait du fer et ^ du feu. Un siècle après , Asclépiade réussit mieux en suivant une autre voie. Ce médecin pratiqua la laryngotomie , à l'imitation des anciens , à ce qu'il prétend ; mais Caelius Àurelianus lui attribue l'invention de cette opération , qu'il considère comme une tentative téméraire. C'est la première mention qui en soit faite dans l'histoire de l'art. Nous n'avons à parler de Thémison, son disciple et chef de la secte méthodique, que parce qu'il est le premier qui indique l'emploi des sangsues, qu'il disait n'être pas d'un usage récent; des ventouses étaient appliquées sur le siège de leurs piqûres , afin d'en tirer plus de sang. A cette époque, appartiennent encore plusieurs chirurgiens habiles qui exercèrent à Rome ; tels sont Tryphon le père, Evelpiste et Megès, le plus 6avant d'entre eux, dit Celse, comme on peut en juger par ses écrits. La chirurgie , ajoute cet écrivain, est redevable de ses progrès aux chângemens heureux qu'y ont introduits ces hommes célèbres.
Enfin nous arrivons à Celse , dont l'ouvrage nous donne la mesure assez exacte des progrès que la chirurgie avait faits depuis Uippocrate jusqu'à lui. Malgré les détails étendus dans lesquels entre Celse au sujet des plaies et des ulcères , on y trouve peu de connaissances nouvelles ; mais on peut se faire une idée de l'ardeur avec laquelle on s'était occupé du traitement de ces maladies, par la liste des médicamens qu'on employait pour arrêter l'écoulement de sang, pour déterminer la cicatrisation, favoriser la formation du pus, pour déterger, corroder, etc. On doit noter que dans les cas d'hémorrhagie que les moyens ordinaires n'arrêtaient pas, Celse conseille de faire deux ligatures au vaisseau , à l'endroit dé la blessure, et de couper ce qu\ reste entre elles, afin que les vaisseaux se cicatrisent en dedans et que leurs orifices demeurent fermas. Si la ligature est impraticable , il propose la cautérisation actuelle ( Liv. 5, ch. a6, §. ai). Dans les plaies par morsure d'hommes, de singes, de chiens , de serpens et d'autres animaux , blessures qu'on croyait avoir toutes quelque chose de venimeux , on commençait par faire une ligature du membre au-dessus de l'endroit blessé , puis on faisait autour de la plaie des scarifications, et l'on y appliquait des ventouses , ou bien on y pratiquait la succion. Les morsures de chiens enragés étaient en outre traitées par l'application du cautère actuel ou de eaustiques actifs, On trouve dans Celse des détails
curieux sur l'extraction des traits et des corps étrangers. La description que Celse fait des abcès est beaucoup plus complète que celle que l'on trouve dans les écrits bippocratiques ; et les principes de traitement sont généralement bons. On peut en dire autant des fistules. Quand une fistule pénétrait au-dessous d'une côte, on emportait la portion de cet os, pour ne rien laisser de vicié qui pût entretenir la fistule ; ce qui a été imité plus tard par Lecat et David. Les fistules à l'anus étaient traitées, comme du temps d'Hippocrate , par la ligature; mais le procédé était différent à quelques égards. Dans les cas cependant où la fistule s'ouvrait dans le rectum , ou bien lorsqu'elle avait plusieurs sinus, on se servait de l'instrument tranchant. Au sujet de la gangrène , Celse décrit l'amputation des membres , opération que l'on pratiquait lorsque la mortification n'avait point cédé aux moyens ordinaires et faisait des progrès. On incisait circulairement jusqu'à l'os la chair du membre gangrené , entre le mort et le vif, jamais près de l'article. Les chairs étaient relevées et détachées de l'os , qu'on sciait le plus près possible des 1 chairs saines restées adhérentes. L'on n'opposait à l'hémorrhagie que la compression et les styptiques; aussi les opérés périssaient-ils souvent d'hémorrhagie et de syncope.
Les maladies des yeux sont plus exactement décrites que dans Hippocrate ; mais le traitement est le même que celui des Grecs. Les pratiques absurdes en usage chez ces derniers n'en ont pas encore disparu ; toutefois il est quelques points sur lesquels la science avait fait de notables progrès. Celse croyait la cataracte susceptible de guérison dans son origine , tout en en méconnaissant la nature ; plus tard, l'opération était regardée comme la seule ressource. Il décrit les préparatifs de l'opération et le procédé de l'abaissement du cristallin , tel à peu près qu'on le fait aujourd'hui. On enlevait avec l'instrument tranchant les vaisseaux engorgés de la conjonctive, qui forment l'onglet. L'opération de la fistule lacrymale ^est indiquée aussi par Celse ; mais comme on n'avait pas saisi l'indication de conserver la voie des larmes , on ne devait que rarement réussir par les incisions et cautérisations qu'on pratiquait. Il n'en est pas de tie des opérations ingénieuses par lesquelles on cherchait à remédier slu relâchement et au renversement des paupières. On n'a rien inventé de mieux pour atteindre le but qu'on se proposait. La déviation des cils était traitée par la cautérisation de leurs bulbes. On guérissait le staphylôme, soit en liant la tumeur, soit en la cautérisant, après en avoir excisé une petite portion.
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Les maladies de l'oreille sont décrites avec soin, et le traitement bien ordonné. Déjà, des celte époque, on avait imaginé de restaurer des parties mutilées à l'aide d'opérations que l'on n'a fait qu'imiter dans notre siècle. C'est ainsi que par des incisions appropriées on attirait la peau environnante, pour suppléer à des parties des oreilles, du nez ou des lèvres qui manquaient. L'opération du becdc-lièvre était pratiquée telle qu'on la fait aujourd'hui (Liv. 7, ch. \ , . Dans la grenouillette, Celse enlevait le kvste tout entier, et arrivait ainsi à une cure radicale, que plus tard on n'obtenait pas, parte qu'on négligeait de suivre son procédé. Il excisait le filet trop long de la langue, avec la précaution de ne pas endommager les veines voisines, d'où l'on avait reconnu que peut provenir une hémorrhagie fâcheuse. L'excision des amygdales était faite lorsque ces glandes étaient restées squirrheuses à la suite de l'inflammation. Enfin, l'on portait la hardiesse jusqu'à faire l'extirpation du goitre, qu'il fût constitué par une chair indolente ou par une matière molle ou fluide; et lorsqu'on n'avait pu emporter toute la tumeur , on consumait le reste par les caustiques.
Gorgias, Sostrate, Héron et Megcs , avaient assez bien détermina quelles sont les parties qui entrent dans les tumeurs ombilicales , et avaient établi les signes qui indiquent que la hernie est formée par l'intestin ou Tépiploon, ou par ces organes réunis, ainsi que ceux qui distinguent la tumeur herniaire de toute autre tumeur sarcomateuse, humorale ou venteuse. Pour guérir la hernie ombilicale, après avoir» fait rentrer les parties, on détruisait la peau et le sac de la tumeur, soit par la compression entre deux clavettes de bois, soit par la ligature et la cautérisation. Les précautions les plus grandes étaient prises avant de se décider à cettè opération. La méthode que les chirurgiens employaient pour la cure des hernies ventrales était moins rationnelle. On croyait à la rupture du péritoine, et l'on se proposait d'y remédier par la suture de cette membrane , que l'on pratiquait comme celle du gros intestin , dans le cas de plaie de l'abdomen. On ne sait pourquoi l'on regardait comme au-dessus de toute ressource la blessure de l'intestin grêle dans le même cas. Les détails que Celse donne sur le diagnostic et la cure de la hernie inguinale montrent combien on s'était déjà occupé de ce point de la chirurgie. Un bandage avec une pelotte était employé chez les enfans, chez lesquels ce moyen suffit souvent pour procurer la guérison. Chez les adultes, on avait recours à l'opération; on croyait devoir enlever le sac herniaire , en ménageant avec soin le testicule. Dans le
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cas d'étranglement, que l'on connaissait très-bien, mais dont on n'avait pas saisi l'indication, on ne pensait qu'à l'arrêt des matières , et Ton se bornait aux cataplasmes et aux bains émoi liens.
Les maladies des organes génitaux et ui inaires ne sont pas traitées avec moins de soins : telles sont le paraphimosis naturel, le phimosis, les ulcères du pénis , les diverses affections du testicule et tic la vessie. L'opération de la castration était pratiquée avec la plus grande régularité. On prenait des soins tout particuliers pour ne comprendre que les vaisseaux du cordon spermatique dans la ligature. Lliydrocèle , qu'on savait parfaitement distinguer de la hernie scrotale, était opérée par l'incision; puis on faisait des injections avec une dissolution de sel ou de nitre dans l'eau, probablemen» pour obtenir l'adhérence de la poche séreuse, comme on le fait maintenant par un procédé analogue. Le cathétérisme était pratiqua de la môme manière que dans notre siècle; les sondes ne différaient guère des nôtres que par le métal dont elles étaient fabriquées, et qui était le cuivre. On a long-temps disserté sur la méthode que décrit Cclse pour l'opération de la taille ; et l'on a donné le nom de cet auteur à un procédé différent de celui qu'il indique. Il est bien avéré maintenant que l'incision semi-lunaire , faite au périnée au d< vant de l'anus, était transversale, et s'étendait également de chaque côté du raphé , et non pas obliquement sur un seul côté , comme on l'a long-temps compris. Après un grand nombre de tentatives de divers procédés, on est revenu, dans ces derniers temps , à la véritable méthode deCelse, qu'on avait méconnue, et à laquelle on a trouvé plusieurs avantages que n'offrent pas toutes celles qu'on avait laborieusement imaginées.
Celse est le premier qui ait parlé des épanchemens sous le crâne, satts léttôn apparente des os. Il signala l'erreur des anciens qui, dans les fractures ou les fissures du crâne, croyaient devoir, sans tarder, ^ emporter l'os blessé en tout ou en partie. Ce n'était que dans le cas où la plaie devenait sordide et ne se remplissait pas, qu'on avait recours à l'opération. On avait donc au temps de Celse, sur les plaies de tête, des idées plus saines que celles que nous avons trouvées «Jans les écrits hippocratiques. Ce n e.st plus la lésion du crâne en elle-même que l'on redoute, mais bien le séjour des liquides épanchés dans cette cavité, la compression des parties qu'elle contient, et l'irritation des membranes par les esquilles osseuses. C'est dans la vue de parer aux accidens que déterminent de semblables causes, qu'on se livre u diverses opérations avec le trépan, tarée le ciseau ou . la rugine.
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Il n'y a pas de maladies au sujet desquelles la chirurgie de Celse s'écarte moins de celle d'Hippocrate , que les fractures et les luxations. Toutefois, il est certains détails donnés par l'auteur romain qui ne se trouvent pas dans les écrits hippocratiques , et qui annoncent quelles progrès dans cette partie de l'art ; elle y est beaucoup plus méthodiquement traitée. Celse signale l'analogie qui existe entre les fractures de la cuisse et celles du bras, entre les fractures de la jambe et celles de l'avant-bras. Il déduit très-bien le pronostic que l'on doit porter d'après les caractères de la fracture , suivant qu'elle existe au milieu ou aux extrémités de l'os, suivant qu'elle est simple, transversale , oblique ou avec esquilles. Les signes sur lesquels se fonde le diagnostic des fractures sont mieux établis que dans HippocrateJ; et le traitement est , à quelques égards près , sensiblement amélioré. On procède sans délai à la réduction, dans la crainte que la contraction des muscles et l'inflammation qui survient n'y mettent obstacle plus tard. Si cette inflammation s'est développée, on attend, pour opérer la réduction , qu'elle se soit dissipée. Dans le cas où l'os fracturé ne s'était pas réuni, par suite des mouvemens trop fréquens qui lui auraient été imprimés , on cherchait à raviver, à renouveler en quelque sorte les surfaces en frottant tune contre l'autre les extrémités des fragmens. On rompait même les cals difformes pour obtenir une consolidation plus régulière. Quant aux luxations, Celse remarque qu'elles ont toutes des signes communs , et qu'il en^ est de propres à chaque espèce particulière.
Pour nous résumer sur les caractères de la chirurgie au temps de Celse , telle que cet auteur nous l'a transmise , nous y saisissons de notables progrès depuis les\ écrits hippocratiques. Les affections sont mieux et plus complètement décrites; la thérapeutique est en. général plus rationnelle , et enrichie de moyens inusités ou plus puissans. Mais, sous d'autres rapports, la science perd de sa simplicité; elle s'encombre de recettes , nées au milieu des discussions subtiles des dogmatiques et des recherches des empiriques , et dont le moindre inconvénient est d'être inutiles dans les maux auxquels on les applique.
§. IV. État de la chirurgie depuis k premier siècle de Vère chrétienne jusqu'aux Arabes. Dans la période de temps qui sépare Celse de Galien, et qui comprend cent" cinquante ans environ, la chirurgie fit. quelques progrès partiels; mais aucune découverte fondamentale ne vint enrichir le domaine de cet art. JL'empirisme , qui déjà avait envahi l'école d'Alexandrie, ne fit
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que s'étendre de plus en plus , et eut sur la chirurgie en particulier l'influence la plus funeste. Les hommes qui auraient pu servir la science par d'utiles travaux, ne surent gagner la célébrité et les faveurs de la fortune que par l'invention ou l'application de remèdes le plus souvent bizarres ou inutiles. Presque tous les noms fameux de cette époque ne nous sont parvenus qu'à la faveur (Jes médicamens empiriques auxquels ils sont accolés. Les maladies des yeux et des oreilles, les affections de la peau, qui paraissent avoir abonde dans les principales villes populeuses de l'empire romain , furent surtout le sujet des milliers de recettes que les médecins-chirurgiens de ce temps nous ont laissées. Les noms des médecins-oculistes sont particulièrement connus par les inscriptions placées sur le cachet dont ils scellaient les boites ou vases contenant leurs remèdes , et rassemblées par Walchius , dans son livre curieux : Sigillum mcdicL ocularii romani. Toutefois, au milieu de cet engouement général pour la médecine et la chirurgie pharmaceutiques , on peut citer plusieurs auteurs aux noms desquels se rattachent quelques travaux recommandâmes. Scribonius Largus, qui vivait peu de temps après Celse, et qui a laissé des formules de collyres et d'emplâtres, mérite d'être mentionné pour avoir, un des premiers, décrit les ulcères cancéreux du rectum , et avoir indiqué une assez bonne méthode de traiter la chute de cet intestin. Pamphife , sous le règne de Claude , devint célèbre et acquit une fortune immense, par un vésicatoire avec lequel il guérissait la mentagre , fort commune chez les Romains, lorsqu'on repoussait de toutes parts la méthode des chirurgiens d'Égypte, appelés quelque temps auparavant pour traiter cette maladie. Cette méthode, qui consistait à détruire jusqu'aux os la partie affectée par les caustiques les plus actifs, laissait une cicatrice aussi difforme que la maladie. Dans le même temps, Alcon excellait dans, l'opération de la hernie et dans la réduction des fractures (Pline, liv. 29). Vers cette époque, brilla Thessalus de Tralles, de la secte méthodique. Son orgueil et sa forfanterie ne doivent pas nous porter à rabaisser, à l'exemple de Galien, le mérite éminent dont il donna tant de preuves. Si le médecin de Pergame avait donné autant de témoignages d'impartialité et de justesse d'esprit que de savoir et d'imagination, on ne comprendrait pas qu'il eût osé avancer que le système des méthodistes devait ruiner la chirurgie de fond en Comble, s'il se fût soutenu. Malgré cet anathême, nous croyons* que Thessalus introduisit une manière plus philosophique d'envisager les maladies externes , de considérer leurs causes corn-.
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m u nos, par conséquent de simplifier leur étude et leur thérapea» tique. Certains préceptes que donne Thessalus, relativement an traitement des plaies, semblent avoir été écrits dans les meilleafe momens de nos auteurs les plus modernes. On ne peut donc mie regretter la perte de ses écrits sur les maladies chirurgicales. Le tdn d'assurance de ce médecin, joint à la simplicité de ses théorie* et à la sûreté de ses méthodes thérapeutiques, lui donna pendant sa y£ une vogue extraordinaire. Mais la foule des empiriques, toujours accueillie par le vulgaire ignorant qui ne voit dans la
l'art de trouver et d'administrer des spécifiques, çt surtç^ ses écrits remportèrent sur cette école méthodique qui avait déjà fait luire un si beau jour sur la science, et lui promettait un avenir si imposant.
Dioscoride est principalement connu par les formules de inédica* mens qu'il nous a transmises, et parmi lesquels s'en trouve un grand nombre employés en applications extérieures ou pour des maladies clûrurgicales ; mais ce qui le recommande à l'historien de la chirurgie, c'est la description qu'il fait dans son livj-e intitulé: Theriaca , des effets des morsures d'animaux enragés et venimeux; description qu'avait négligée Celse. Nous omettons à dessein la sèche et futile nomenclature de noms sans titre qui remplissent cette époque , pour arriver à Arétée, dont les écrits firent un moment revivre l'ancienne splendeur de l'art de guérir. Les écrits où ce grand médecin a traité de la chirurgie ne nous sont pas parvenus, et peutêtre même n'ont pas été connus d'Aetius , le premier auteur qui fasse mention de lui. Ce n'est donc que par occasion qu'Arétée parle de chirurgie dans celui de ses ouvrages que le temps a respecté. Mais ce qu'il en dit dénote le profond observateur et l'habile praticien. Ses connaissances en anatomie , supérieures à celles de ses contemporains et même de la plupart de ses successeurs , jusqu'à la renaissance des lettres, donnèrent une plus grande sûrelé à ses notions sur les maladies et les opérations chirurgicales. Il décrit très-bien les dangereux effets de la bronchotomie dans l'angine, et nie les avantages qu'on prétendait en avoir retirés. Dans l'angine gangréneuse, dont il parle avec plus d'exactitude qu'on ne l'avait fait avant lui , aux moyens énergiques usit'és il joint la cautérisation actuelle et potentielle. On n'a rien ajouté d'important à sa doctrine des dépôts purulcns de la poitrine et de l'abdomen. La rétention d'urine, ses causes, ses phénomènes sont beaucoup mieux exposés que clans les écrits de Celse* Arétée donne des détails curieux sur les calculs
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et les abcès des -reins, sur l'hématurie, sur le diagnostic des calculs de la vessie, sur les plaies, les ulcères de cet organe. Malheureusement les écrits d'Arétée, qui loin de la métropole ne fut pas connu de ses contemporains, n'eurent pas l'influence qu'ils méritaient d'avoir. La science marchait dans une autuc voie.
A peu près dans le même temps qu'Arétéc, à la fin du premier siècle et au commencement du second, vivaient Àrchigènes, Rufus, Sornntis et Héliodore, auxquels la chirurgie fut redevable des découvertes ou des travaux les plus importans qu'offre cette * époque. Le premier, dont Cocrhi a traduit et publié plusieurs fragmens recueillis dans la collection de Nicétas, décrivit mieux qu'on ne l'avait encore fait les accidens des plaies de tète. Il fait usage du trépan exfoliatif, et dans la carie du temporal, il rugine Qt cautérise l'os. J^our guérir Ta fistule lacrymale , il perforait l'os imguis. Dans l'amputation des membres, il tirait la peau en haut ; il entourait et serrait le membre avec une bande. Avant l'opération, il embr assait les vaisseaux de la partie qu'il se proposait d'amputer, dans un lacs ou dans quelques brius de fils qu'il passait autour , au moyen d'une aiguille , et qu'il liait ; quelquefois même, ce qui paraît assez obscur, il appliquait la même construction au membre entier [Collect. Nicetîe» Dç atnputandis partibiis ). Archigènes avait inventé un instrument propre à dilater le vagin, dans le but d'y ouvrir un abcès avec le bistouri ( Aétius , liv. iv, c. 86). Rufus, qui écrivit un grand nombre de traités, et dont il ne reste que quelques fragmens imparfaits, définit l'anévrisme faux, en distingua les espèces , en assigna le traitement, ce qu'on attribue communément à Galien (Aétius, tetr. îv, serai, a, ç. ôi). Soranus, que Ca;lius Aurelianns nous a si bien fait connaître, et dont il reste un fragment d'un traité des fractures, dans la collection de Nicétas , donna des signes très-exacts pour faire reconnaître les diverses fractures, surtout celles des vertèbres. Il simplifia beaucoup le traitement de ces maladies, en rejetant les machines qu'on employait pour la réduction, et en ne se servant que de ses mains et de plusieurs aides (Paul d'Eg., liv. vi, ch. 99). Enfin Héliodore, dont Oribase et la collection delVicétas nous font connaître la chirurgie, a préconisé le débridement des petites plaies fie la tête. Il n'hésitait pas à inciser ou débrider les muscles temporaux blessés ou contus,,et allait même jusqu'à voir le remède des convulsions dans une opération qu'on croyait devoir les produire Pour éviter l'effusion extrême de sang pendant les amputations , U
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divisait d'abord la partie du membre la moins charnue ; puis, après avoir scié Pos , il faisait la section des chairs les plus épaisses. Dans la description qu'il a faite de l'excision des doigts surnuméraires , on peut trouver la première trace des amputations à lambeaux.
Tels sont , au •milieu de la foule de noms que l'histoire nous a transmis , le petit, nombre de ceux qui soient dignes d'être remarqués dans cette époque presque stérile pour la chirurgie. Quelquesuns de ces noms, à la vérité, sont grands, mais ce n'est pas la chirurgie qui a fourni leurs principaux titres. L'école d' Alexandrie avait encpre conservé son éclat; mais l'étude del'anatomie n y était plus en honneur comme dans les temps d'Hérophile et d'Erasistrate; cette étude était presque proscrite à Rome : doit-on s'étonner dèslors du peu de progrès de la chirurgie? L'absence de sur le choix des personnes exerçant la médecine , le de recettes que devait nécessairement amener cette liberté contribuèrent à la dégradation de la science. Ce n'est donc pas, comme le pense Peyrilhe , parce que les monumens de la chirurgie de cette époque ont péri, qu'elle nous apparaît pauvre en décou* vertes , mais parce qu'elle le fut réellement. ^ -iMbi
Dans la dernière moitié du second siècle parut Galien. Cet homme extraordinaire, dont l'influence funeste sur la médecine se continua si long-temps après lui , n'exerça la chirurgie que dans les premières années de sa pratique , et n'en traita qu'accessoirement dans ses écrits. Lorsqu'il vint se fixer à Rome , il se livra exclusivement à la médecine interne, pour se conformer à l'usage suivant lequel chacun embrassait la partie de l'art qui convenait le mieux à ses goûts et à ses talens , abandonnant , comme il le dit , les opérations à ceux qu'on nommait chirurgiens. Toutefois, plusieurs faits rapportés dans ses ouvrages montrent qu'il ne renonça pas entièrement à la chirurgie. Galien eut sur cette partie de la médecine la même influence que sur les autres. Plus remarquable par sa vaste érudition que par son génie , il ne contribua aux progrès de la chirurgie par aur «une invention de quelque importance ; et s'il introduisit dans cetté partie de la science un esprit plus méthodique , si , par ses préceptes «t ses exemples, if montra tout l'avantage qu'elle retire de l'anatomie, il la remplit aussi de ses distinctions subtiles , de ses hypothèses écologiques et de sa pol y pharmacie. L'éclat que son imagination répandit sur ses doctrines, fit que par la suite on s'attacha plus à imiter ses erreurs que ses boiraes qualités. Nous allons passer succinctement «n revue quelques-uns des points remarquables de la chirurgie de Galien.
Galien a fait une description méthodique du phlegmon, et a indiqué un traitement assez rationnel de cette affection ; mais il ne tarde pas à gâter ces préceptes, en admettant la nécessité d'appliquer des remèdes différens, suivant le siège du phlegmon; et à cette occasion surtout il reproche aux méthodistes de prescrire le même remède pour des maux variés. Il a signalé les effets du bandage roulé dans le traitement des fractures simples, comme préservatif ou défensif , c'est-à-dire , comme prévenant ou répercutant l'inflammation phlegmoneuse dont elles sont quelquefois suivies. Relativement aux plaies, Galien n'a rien dit de nouveau. Toutefois, ses connaissances anatomiques lui firent porter dans le pronostic de ces maladies une sûreté qu'il n'avait pas encore eue : elles lui permirent de prédire avec confiance les lésions de fonctions dont certaines plaies seraient suivies a cause des parties qui en étaient le siège. De plus , personne , avant lui , n'avait traité . ni aussi amplement ni aussi soigneusement des diverses espèces de bandages ( De fascïis). Galien a traité , mieux que ses prédécesseurs , des hémorrhagies artérielles et des moyens de les arrêter, quoiqu'on doive rapporter à Archigènes et à Rufus l'invention des procédés opératoires que nécessite la blessure des artères , nous voulons dire de la compression et de la ligature qui déjà se trouvaient indiquées dans Celse, mais d'une manière trop concise. Galien a eu une idée nette de la formation du' caillot et de son utilité pour arrêter l'écoulement du sang. Lorsque la compression opérée par le doigt ne réussit pas , il recommande de soulever le vaisseau avec un crochet et de le tordre un peu. Si c'est une artère qui est lésée, les topiques ne suffisent pas pour suspendre l'hémorrhagie , il faut en faire la ligature, ou la couper en travers: les extrémités se retirent dans les chairs, et le sang cesse de couler. La description qu'il donne de l'anévrisme faux est moins succincte que celle de Rufus. Dans toute cette partie de la chirurgie, Galien apporta une précision remarquable, ce qui tenait à l'avantage qu'il avait sur ses prédécesseurs et ses contemporains de possède]- des connaissances plus étendues sur l'anatomie des vaisseaux. Aussi reprochc-t-il à ces derniers de ne savoir pas évite» ceux qui se rencontraient sur le chemin de l'instrument. Galien a indiqué d'une manière plus complète toutes lès matières qui peuvent être contenues dans les diverses tumeurs; mais il a prodigué les subtilités et les hypothèses sur la formation et le traitement de ces maladies , comme il l'a fait aussi pour l'érysipèle , le cancer, le squirrhe et les