‹ Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderneChapitre 36 sur 67 · T 3G CM · texte numérisé non relu

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dartres, qu'il a moins bien décrites que Celse. Malgré 1 exactitude qu'il a mise à dénommer, définir et classer les maladies des yeux, leurs nombreuses variétés , leurs nuances symptomatiques les plus légères, l'ophthalmologie n'a reçu de ses travaux aucun perfectionnement ni dans sa théorie ni dans sa pratique. Enfin, si Galien a tait nreuve à diverses occasions d'habileté dans le diagnostic et la réduction des fractures et des luxations , il ne parait pas avoir fait faire de progrès à cette branche importante de la chirurgie. L'emploi qu'il faisait de machines très - compliquées prouve que quelquesuns de ses prédécesseurs étaient plus avancés que lui sur ce sujet. Du reste , il a montré une très-grande hardiesse dans certaines circonstances : il a pratiqué l'extraction de portions de côtes cariées, et même d'une côte tout entière. Une autre fois, il enleva une portion du sternum, et, dans ce cas , l'enveloppe du cœur étant tombée en pourriture , ce viscère fut mis à nu, à ce qu'il prétend , et lé malade guérit î Dans un passage, on a cru trouver l'idée de la cure de lTiydrocèle par le séton. , .f^4t***-*

Vers cette époque vécurent deux chirurgiens célèbres, sur la biographie desquels règne une grande incertitude, mais que l'on présume, avec beaucoup de vraisemblance, avoir été postérieurs à Galien , qui n'en a fait aucune mention dans la liste nombreuse de ceux , beau- .coup moins importais, qu'il a cités : ce sont Léonides d'Alexandrie, et Antyllus. Les fragmens qui nous restent du premier ont tous pour sujet des matières chirurgicales, et annoncent un observateur exact et un praticien habile. Léonides apporta beaucoup de discernement et de méthode dans l'emploi du cautère actuel. 11 n'a pas craint d'ouvrir l'hydrocéphale interne comme l'externe. Son procédé pour opérer la fistule de l'anus n'est, ni celui d'Hippocrate ni celui de Celse. Il introduit un stylet flexible dans le trajet fistuleux; puis, portant le doigt dans le rectum, il saisit la téte du stylet h et la ramène à lui ; il rapproche ainsi les deux embouchures de la fistule, et excise d'un seul coup, s'il est possible, tout ce qni est calleux; sinon ilxlissèque ou scarifie les callosités échappées à l'instrument. Ce qu'il dit du traitement de la même maladie par le cuiutique est trop obscur pour s'en former une idée. Divers. autres points de la chirurgie ont été encore certainement mieux traités par Léonides que par les auteurs antérieurs. Nous terminerons ce qui le concerne, en citant de lui, moins pour constater les progrès que les caractères de sa chirurgie , son procédé d'amputation des mamelles cancéreuses, dans lequel il employait des incisions et des

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cautérisations successives, dans le but d'éviter lTiémorrhagie et de détruire les restes du cancer.— Antvllus ne nous est connu, de même que Léonides, que par quelques firagmens qui donnent une idée avantageuse de sa chirurgie. Sa méthode de guérir l'ectropion consistait à faire l'excision d'une portion de la conjonctive taillée en V. Il décrivit la trachéotomie : il incisait les tégumens vers le troisième ou quatrième anneau, et divisait transversalement une certaine étendue de la membrane entre les deux anneaux cartilagineux, prévenant qu'il y avait du danger à diviser en totalité la trachée artère; ce qui ferait supposer qu'on en aurait pratiqué la section circulaire et complète. — On peut aussi rapporter â ces époques , quoique d'une manière plus vague encore, les auteurs dont il est fait mention dans Aétius, sous les noms de Philumenus, d'Aspasie et de Moschion, et qui nous ont plus particulièrement occupé, lorsque nous avons fait l'histoire de l'art des accouchemens. Ces auteurs pratiquaient certainement la chirurgie. Philumenus connut très-bien les déplacemens de la matrice; et l'on attribue à Moschion l'acte hardi d'avoir extirpé en entier cet organe tombé hors de la vulve.

Après Galien, la décadence des sciences et des arts devint de plus en plus sensible. La médecine subit le sort commun. Un grand nombre de causes, dont quelques-unes ont été signalées déjà, et qui seront indiquées ailleurs avec plus de détails, devaient entraîner la ruine de cette science. Pour ce qui concerne la chirurgie en particulier, nous n'avons rien à recueillir pour son histoire pendant les deux siècles écoulés entre Galien et Oribase. On cite cependant Adamantius, connu par deux fragmens sur les maladies des dents, conservés par Oribase , et peut-être le même homme qu'Adamantinus, qui avait écrit sur les hernies; on cite encore Philagrius, qui a donné des notions exactes sur le ganglion, qu'il a cherché à distinguer par des signes un peu équivoques du méliceris et de l'athérôme, et qu'il guérissait eu écrasant la tumeur, comme on le fait encore aujourd'hui (Aétius, liv. i5, chap. 9.). Le même Philagrius, dans un cas où il n'avait pu réussir à extraire un calcul engagé dans l'urètre, le retira de ce canal par une incision semblable à celle qui constitue l'opération de la boutonnière; mais il faisait l'incision, sur la partie supérieure du pénis , de peur qu'il ne se formât une fistule (Aétius, liv. 11, chap. 5). Il est le premier qui traite fie l'opération de l'anévrisme. Son procédé consistait à exciser la tumeur, après avoir appliqué une ligature au-dessus et une

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autre au-dessous (Aétius , tetr. iv, serm. 3, «kap. S). Orïbase loimême n'a remki à la chirurgie d'antre servie que celai de rassembler avec ordre ce que les meilleurs auteurs, et surtout Gaïten, avaient écrit sur cette partie de l'art Aétius, mai vivait au eh*quième ou sixième siècle , ne fut, comme Oribase, qu'un compila* leur. Cependant son ouvrage contient , sur divers points de chirurgie, plusieurs bonnes choses qui ne se trouvent pas ailleurs, et qui ne sont rapportées à aucun auteur. Ainsi, l'excision de répuittetdu parulis y est indiquée comme devant être substituée à la s fmplë incision ; l'arrachement de la dent est proposé comme le meiHeofr et souvent le seul moyen pour guérir la fistule qui succède à eea tumeurs. On y trouve quelques bons préceptes pour la réduction des hernies, et la première bonne description de l'hydropisie li y da tique dé la matrice. Aélius a bien décrit aussi l'œdème et le» abcès des grandes lèvres. Il parle de l'ablation des nymphes, pratiquée dans le but de dinûnuer 1 excitation vénérienne, et de k division: du col de la matrice avec le scalpel, pour extraire des coacpétions tophacées de cet organe.

De Aétius à Paul d'Égine, on ne peut guère citer qu'Alexandre de Tralles , auteur plus original qu'Oribase et Aétius , mai» qui écrivit peu de choses sur la chirurgie. Il ne nous reste aucun monument qui indique l'état de cette science depuis le cinquième sièclt jusqu'au septième, où vécut Paul. Cet homme célèbre soutint seul, chez les Grecs, l'honneur de la chirurgie, dans ces temps où les ténèbres s'épaississaient de plus én plus. Il se donne lui-même pour un compilateur ( in prœfat. ) , et dit n'avoir que peu ajouté aux écrits qu'il avait copiés. Les auteurs auxquels il s'est principalement attaché, sont Celse et Aétius; son ouvrage contient aussi des fragmens d'Archigèncs , de Soranus, de Léonides et d'Antyllus, qu'oa ne trouve pas ailleurs. Toutefois, il est un grand nombre d'idées qu'on peut regarder comme lui appartenant, quoiqu'on poisse également supposer que les auteurs nous en sont restés incon*nus. Nous ne citerons ici que quelques-unes des choses les plus importantes que l'on doive rapporter à Paul. Il a parfaitement distingué l'anévrisme vrai de l'anévrîsme faux. Le procédé qu'il indique pour l'opération de la faille, est le petit? appareil latéral; a dit, en opposition avec Cel se , que l'incision ne doit pas être foitt au milieu du périnée, mais plutôt obliquement sur !e côté gauche, vers la fesse. Il parle de Timperfbration du vagin et de Tanea. I traite de la fracture de la rotule , qui n'est pas mentionnée dans

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Gdbtf; enfin U ouvrait les veines jugulaires , ce qui afctoit été fait que par un petit nombre d'auteurs plus anciens , nommément par Alexandre, qui avait ordonné cette saignée dans; le cas d'esqui? nancie.

JPaul d'Egine fut le dernier médecin grec qui Cultiva la chirurgie avec quelque distinction. Chez les Grecs les plus modernes, on -ne trouve même pas de bons compilateurs. Il faut, toutefois, excepter Sirotas, médecin de Gonstantinople, au onzième siècle, qui rassembla divers fragraens d'auteurs antérieurs qui écrivirent sur fat chirurgie, et surtout Actuarius, qui, au treizième ou quatorzième siècle, donna un non abrégé de Gahen. Mais déjà depuis long temps les sciences et les arts s'étaient éteints en Occident; et, dans l'Orient, c'est chez les Arabes qu'il faut se transporter pour en trouver quelques vestiges , et pour voir la chirurgie, quoiqu'ayant perdu beaucoup de son antique éclat, conserver quelque apparence scientifique.

$. V. De la chirurgie des Arabes. La chirurgie , de même que les autres branches de la médecine , ne fut long-temps, chez les Arabes, que ce qu'elle est chez tous les peuples barbares ; et lorsqu'après la conquête 4le l'Egypte par les successeurs de Mahomet, la version des livres grecs eut répandu les connaissances médicales parmi eux, la chirurgie fut peu cultivée, et resta toujours en arrière de ce qufeiie avait été chez les Grecs et les Romains. Cela provient des coutnmes et des idées superstitieuses ' que & religion musulmane imposait à ses sectateurs. Les Arabes , ne pouvant pas se livrer à la dissection des cadavres humains, n'apprirent l'anatomie que dans les livres grecs; une connaissance pratique de cette science, à laquelle est lié si intimement le sort de la chirurgie, leur fut toujours interdite. De plus , une sorte de honte était attachée à la pratique des opérations, dont une pudeur déplacée limitait encore le champ. En faisant l'histoire de l'art des* accouchemens, nous avons fait remarquer combien cette réservé, poussée à l'excès, devint funeste aux femmes, qui ne pouvaient recevoir les secours que leur état réclamait.

Dans le premier livre qui transmit aux Arabes les connaissantes médicales des Grecs, les Pandeetes d'Aaron, la chirurgie, au dire d'AU-Abbas, était traitée d'une manière sùperfièîèlîè. Mais au neti- Viènîë siècle, les Arabes possédaient dans leur Tàngùe, par les soins â'ffônata, les ënvràges d'ffippdcraiè et de Galîen , ainsi que een* de Paul d'Éigmè. 1 Malgré -cérte circonstance 9 qui aurait dû, favoriser les progrès èîe là enfrurgie, nous île voyons pas Iftfia

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temps de Rhazès (au dixième siècle) , la pratique de cet art rat beaucoup répandue chez les Arabes , et qu'on suivit les exemples et les préceptes qu'avaient laissés les derniers Grecs. Les médecins n'exerçaient pas la chirurgie. Rhazès parle souvent de maladies cliirurgicales pour lesquelles il avait été appelé ; mais après avoir prescrit le traitement , il en laissait l'exécution à # des Chirurgiens. Ce médecin cite en plusieurs endroits de ses ouvrages les chirurgiens de l'hôpital qui lui était confié; il avoue en avoir appris différentes choses , et £it que c'est après les avoir vus opérer , qu'il put lui-même pratiquer la chirurgie. Certaines gens se livraient exclusivement au traitement des maladies des yeux; d'autres à l'opération de la lithotomie. Les livres de Rhazès sont en général des compilations; cependant il y rapporte beaucoup d'observations faites par lui-même. Il a , le premier, décrit la maladie des os connue sous le nom de spina ventosa. Du reste , on y trouve peu de détails sur les opérations. Les théories subtiles de Galicn, qui fructifièrent tant chez les Arabes , dominaient dans la chirurgie comme dans la médecine de Rhazès : les qualités élémentaires lui servaient de règles dans l'emploi des emplâtres. Les fractures et les luxations étaient réduites avec des machines, comme dans les premières époques de l'art Rhazès n'opérait pas la fistule lacrymale; il se bornait à y établir un point de compression : ce moyen était beaucoup employé par les chirurgiens de son temps pour guérir les fistules et les ulcères. Ali-Abbas, qui vivait peu de temps après Rhazès, a , moins encore que celui-ci i des observations qui lui soient propres sur la chirurgie. On voit qu'il pratiquait la taille d'après ce qu'en avait dit Pauld'Egine, qu'il opérait la fistule anale par l'incision, quand elle était complète , et la respectait lorsqu'elle ne s'étendait pas jusque rectum. La chirurgie, dans le canon d'Avicenne, n'est pas moins faible que ce qui a rapport à la médecine pratique. La dépression était la méthode qu'il employait pour l'opération de la cataracte : il assure que plusieurs chirurgiens de son temps tentèrent de la guérir par l'extraction; mais, suivant lui, ce procédé est fort dangereux. 11 n'opérait pas les hernies , même lorsqu'elles étaient étranglées. Avenzoar, qui vivait vers la fin du douzième siècle, parmi les Maures d'Espagne , se*fit gloire de réunir à la pratique de la médecine celle de la chirurgie, dont les médecins de son temps avaient encore honte, et qu'ils abandonnaient à des subalternes. Mais , il s'abstenait de faire la lithotomie, opération qu'il considérait comme déshonorante. D'après le tableau que trace Avenzoar, on

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▼oit que la chirurgie était peu cultivée dans le pays même où les Arabes firent fleurir le plus les sciences et les arts. Ce* médecin se plaint qu'il n'y ait pas de chirurgiens assez habiles pour appliquer le trépan : du reste, lui-même nous a laissé peu de choses intéressantes. U dit avoir extirpé avec succès un utérus tombé hors de la vulve ; il en a été dit autant de Moschion. Dans le cas de dysphagie, Avenzoar prescrivait d'introduire au-delà de l'obstacle un tube par lequel on injectait des alimens liquides.

Au commencement de ce même siècle, existait chez les Arabes d'As je le seul des auteurs de cette nation qui ait pratiqué avec ardeur la chirurgie , et qui nous ait transmis un traité étendu sur cette partie de la médecine; c'est Albucasis. Son ouvrage, dans lequel il eut l'idée, le premier, de décrir^ et de figurer les instrumens dont il se servait, est un curieux monument de cette époque. H déplore l'état de langueur dans lequel était la chirurgie chez les Arabes, et qu'il «attribue à l'ignorance des médecins en anatomie. Jamais l'usage des caustiques ne fut plus répandu que de son temps. Un livre tout entier est consacré à ce sujet. Une foule d'instrumens propres à appliquer le feu y sont décrits avec leurs différens usages. Il n'est presque pas d'affection locale contre laquelle Albucasis ne conseille ces moyens. Dans le cas de fistule lacrymale, il dénudait l'os, le brûlait, le ratissait; pour dernier moyen, il le perforait jusque dans les narines. Il décrit les tumeurs cystiques des paupières, et la manière dont on doit les extirper. H a inventé des procédés ingénieux pour tirer les corps étrangers avalés; c'est à lui qu'on doit l'idée d'introduire dans L'estomac une éponge attachée à un fil. Il arrêtait les hémorrhagies occasionnées par les plaies des artères, de la même manière que les Grecs. Son -procédé pour la taille ressemble à celui de Paul d'Égine; mais .le premier, il indiqua celui qu'on doit suivre pour délivrer les femmes d'un calcul vésical : ce qu'en avait dit Celse avant lui est trop peu précis pour lui enlever ce mérite .Toutefois, il nejîarait pas avoir pratiqué çette opération , et doute même qu'elle pût l'être, à cause de la difficulté de trouver une sage-femme assez habile pour s'en charger. Aucune femme n'eût consenti à exposer aux regards d'un chirurgien les parties sur lesquelles il aurait dû opérer; et le chirurgien lui-même eût répugné à attenter ainsi à la pudeur des femmes. Après Albucasis et Avenzoar, les sciences dégénérèrent bientôt chez les Arabes, courbés en Asie sous le gouvernement despotique des Turcs, et resserrés déplus en plus, et enfin chassés

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d'Espagne. Noos l'avons déjà dH , la chirurgie ne fit aucun progrès chez*eux.~Mais à côté de eelle des peuples chrétien* leurs contemporains , Tà chirurgie des Arabes briHe d'an vif* édat ; sons ce rapport seulement, ils servirent et préparèrent la restauration de cet art èn Occident.

5. VI. Chirurgie des peuples occidentaux pendant ie rnàjcen ë*è èt jusqu'au milieu du ï6 e siècle. Le spectacle le pins pénible qni puisse frapper un ami des lumières, c'est celui que présente l'Europe depuis le cinquième siècle. L'âge de Théodbse'fnt le crépuscule des Sciences èt deè arts. La nuit la plus longues la pluslénëbreude è$ suivit, et sembla avoir obscurci pour jamais toutes le* lumières de l'esprit humain. L'horrible bouleversement de l'empire en (ht la première et là principàïe fause. Le faible Honortus semblait n'avoir recueilli ce riche héritage 011e pour en faire la proie des Barbares. Ils se rèpàndirënt comme un torrent dans le midi rte l'Europe, tlétftn> sant les monumens des arts ? effaçant jusqu'aux dernières traces 'dès sciences et des lettres, et substituant au* mœurs pbttes des Romains le caractère inculte et sauvage de leur pairie; â la langue de.Cicfc' ron, un idiome dur et sans règles. LltSliè, jadis la* reine fciu monde et lè centre dès arts, essuya les plus affreux ravages. Il n'y eut pas une ville qui ne fût plusieurs fois prise et reprise par les Goths et les Grecs, saccagée et démantelée, tes victoires de Èélftalffe et dé iSFarsès loi procurèrent un calme passager; mais bientôt les Lombards *t les Sarrasins se précipitant sur elle, y zpçWmiklkfmreur, lé meurtre et la désolation. H faut joindre à faut de mau*, bien capables assurément d'anéantir là goût de* Pences et 3e*îèttrès, la destruction dés livres, et l'extrême difficulté m étadei Les Gaules subirent, cômme l'Italie, 1ë fléau dés con^nêtes. qu'alors les habitans de ces -pays avaieiit conservé, eontrte stijers dé l'empire, des droits àirx premières dignités de l'État; ifc avaient même brillé, dans les derniers siècles, par la supériorité cte leurs lumiè/es. Les Usages et les lois d'un peilpte chasseur et brigand changèrent bientôt leurs mœurs et leurs • idées. Ils toe connurent plus d'autre supériorité que celle de la forte; d'autre génies, que celui de l'adresse; d'autre vertu, qu'une bravoure téméraire e* féroce. L'ignorance maintint pendant pins de six cents ans «on sceptre de plomb. À la vérité, Charlemagne, cet homme si supérieur à son siècle, si véritablement grand en foutes choses* ** dont ie génie s'appliquait à tout, travailla de tout son pouvoir au rétâiblissemedt des études. Attirant de tons côtés les hommes doués de

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quelque instruction, par les honneurs et les récompenses; il fonda des écoles dans les principales villes de son empire, et établit, au sein même de son palais, une académie chargée de diriger l'instruction générale. Mais à quoi aboutirent ses efforts, qu'à laisser des monuroens d'un tèle admirable et impuissant? Sous les indignes successeurs de ce grand homme, l'esprit humain descendit au dernier terme de l'ignorance et de la dégradation.

Nous exposerons ailleurs , avec plus de détail , les causes de cette révolution déplorable; nous nous arrêterons particulièrement à celles qui exercèrent plus directement leur funeste influence sur l'art de guérir. (V. Médecine. } La décadence avait été plus rapide encore et plus complète pour cette branche des connaissances , que pour toute autre. Les moines, pour qui, dans les temps de troubles, la superstition générale fut une sauve-garde, et que les revenus et l'oisiveté de leur état mettaient seuls en position de s'occuper d'études, étaient seuls dépositaires de l'art de traiter les malades. Les prières, l'invocation des saints, l'application des reliques, furent trop souvent les seuls re* inêdes employés par cqs singuliers successeurs d'Hippocrate, et la médecine se trouva réduite, dans leurs mains, à peu près à ce qu'elle avait été entre celles des Asclépiades, dans les Jenips primitifs de la Grèce. De pieux enthousiastes ont vanté les services rendus aux sciences par les habitans des cloîtres. Le seul éloge que la vérité permette à un médecin de leur accorder, c'est de n'avoir pas détruit tous les manuscrits dont ils furent long-temps dépositaires, Dans les siècles de leur profonde ignorance, ils étaient hors d'état de jeter sur l'art de guérir le moindre rayon de lumière. Quand rétablissement régulier des écoles épiscopales eut commencé à les éclairer, d'autres études absorbèrent le temps que leur laissaient les plaisirs et les pratiques de leur état, et l'exercice delà chirurgie leur fut interdit. L'Église, qui a horreur du sang, si ce n'est quand elle le fait verser pour le salut des âmes , défendit d'abord tonte opération, nuclle aux religieux élevés en grade, dont elle aurait cornirais la dignité (concile de Tours et autres); plus tard, elle ne crut k aevqir permettre- que les doigts sacrés de ses plus humbles S^rvans lussent p lus long-temps souillés par des fonctions qui ne convenaient b,u aux mains profanes des laïcs. (Bonifacc VIII.) 1 -Aucun monument des connaissances chirurgicales, ou plutôt de l'ignorance grossière, de cet âge, n'a été conservé, et l'histoire de la chirurgie de cette époque est tout entière dans celles des circonstances qui amenèrent sa décadence et son anéantissement.

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Au onzième siècle, on voit poindre les premiers rayons d'un meilleur avenir. En Italie, les habitans des grandes villes , dans la nécessité de se défendre contre l'anarchie, la violence et l'oppression, s'engagèrent par des sermens à se défendre les uns les autres. Les républiques italiennes se formèrent, grandirent quelque temps à l'ombre de leurs garanties municipales. Au douzième siècle elles conquirent leur indépendance. Dés -lors le monde apprit qu'il peut y avoir des lois, des garanties, un ordre public, à l'abri desquels les âmes s'ennoblissent; dès-lors aussi les mœurs se purifièrent; la raison humaine se développa, l'industrie, le commerce prirent de l'extension, les arts libéraux commencèrent à naître, et les hommes entrevirent le bonheur et le perfectionnement pour lequel ils furent créés.

Les relayons» qu'avaient eues les chrétiens d'Occident avec les Arabes, les avaient préparés aux études. Malgré la haine religieuse qui séparait ces deux peuples, les Chrétiens ne pouvaient s'empêcher de reconnaître que les Musulmans avaient sur eox l'avantage de la civilisation. Les hommes qui se sentaient quelque talent pour les sciences , allaient étudier dans les universités des Maures, et revenaient propager dans leur patrie les connaissances qu'ils» avaient acquises, soit au moyen de l'enseignement, soit par la traduction des œuvres de ces maîtres de l'art. D'ailleurs , les médecins juifs , qui passaient pour joindre à la connaissance des langues et des sciences orientales une grande habileté dans l'exercice de l'art de guérir, venaient souvent se fixer dans nos contrées, attirés par les récompenses que leur prodiguaient, pour les attacher auprès d'eux, les princes , et quelquefois même les papes. Ce furent là quelques-unes des principales circonstances qui amenèrent la fondation des universités, et particulièrement des écoles de médecine. L'Italie devait, comme on pense bien, précéder les autres contrées de l'Europe dans la carrière des progrès scientifiques. L'école de Saleme rat le précurseur et le modèle de celle de Montpellier, et c'est à des Italiens qu'on rapporte la renaissance de la«chirurgie en France. Quoique l'école de, Saleme existât probablement avant Constantin l'Africain, c'est pourtant à cet homme célèbre qu'elle dut, en grande partie, l'éclat dont elle brilla à partir du milieu du onzième siècle. L'histoire des travaux de ce moine médecin appartient à un autre article ; qu'il nous suffise de dire ici que ses ouvrages sont les premiers, parmi ceux qui furent publiés dans les contrées occidentales de l'Europe , de-

puis l'invasion des Barbares, où Ton trouve un tableau régulier de! connaissances chirurgicales. Il les avait puisées dans quelques ouvrages d'Hippocrate , de Galien et de Paul d'Égine , dans Sextus Placitus, et dans les œuvres des premiers médecins arabes, d'Ali- Abbas surtout, dont il devait la connaissance aux voyages et au séjour qu'il avait fait, pendant quarante ans, dans la Gialdée, la Perse , l'Inde , l'Arabie et l'Égypte.

Nous nommerons Gariapontus et £ros, non pour avoir éclairé l'art de quelques rayons nouveaux de lumière ( les véritables progrès sont réservés pour une époque encore bien éloignée), mais pour s'être élevés au-dessus du grossier empirisme de leurs contemporains; ce qui est beaucoup pour un pareil siècle. . Roger de Parme, Roland son disciple, Bruno, Hugues de Lucques et Théodoric, sont plus connus et pins dignes de l'être, quoiqu'ils ne s'élèvent pas au-dessus du rôle de très*médiocres compilateurs. Nous ne saurions leur refuser un tribut de reconnaissance pour avoir acclimaté dans nos contrées la chirurgie d'Albucasis, et pour y avoir même quelquefois ajouté les résultats de leurs propres observations. C'est ainsi que Roger recommande l'éponge contre les scrophules et le goitre. Il faisait un très-grand usage, ainsi que Roland et les quatre maîtres qui le commentèrent, de cataplasmes, et d'autres topiques cm ol liens, se fondant , dit Guy de Chauliac , sur cet aphorisme d'Hippocrate (sect. 5,aph. 67), laxi tumores* boni ; crudivcro , mtilL Bruno r au contraire, et Théodoric, suivaient une méthode opposée, et traitaient indifféremment les tumeurs,, les plaies. et les ulcères de toute espèce, par des topiques échàuffans et dessiccatifs, d'après cette opinion ae Galien : Siccum sanà propinquius , humidum verb non sono. Du reste, Bruno avait bien vu que le véritable moyen de guérir la fistule à l'anus est de l'inciser dans sa hauteur ; et Théodoric, outre qu'il fait connaître des observations importantes tirées de la pratique de son père et son maître Hugues de Lucques, apprécie comme il convient, d'après l'expérience, l'emploi delà compression dans le traitement des anévrismes faux , propose de détruire par le fer un cal vicieusement formé , et rapporte f sur plusieurs points, des exemples de guérison dans des cas graves.

Bien supérieur, à tous ceux qui précèdent, par son savoir, son expérience et son jugement, Guillaume de Salicéto, né âPUusance, et professeur à Vérone, fut le digne précurseur dé,Guy de Chwliac,

âc qui il a reçu des éloges dont celui-ci n'était pas prodigue. On remarque dans son ouvrage un cas de guérison d'une hydrocéphale , obtenue par l'application répétée du cautère actuel, le traitement qu'il prescrit contre le charbon pestilentiel , plusieurs observations de plaies du cerveau suivies de guérison , l'histoire d'un homme qui sétait coupé volontairement avec un rasoir la trachée et l'œsophage, et qu'il guérit au moyen de la suture , et l'exemple encore plus rare d'un intestin blessé d'un coup de couteau, réuni au moyen de la suture du pelletier , replacé dans le ventre , maintenu par la suture des parois abdominales, suivi d'une guérison complète. Son disciple, Lanfranc de Milan , moins remarquable comme auteur et comme artiste, est encore plus digne de fixer l'attention de l'historien, à cause de l'heureuse et puissante influence qu'il exerça sur la chirurgie , particulièrement en France. 11 vivait à l'époque des plus grands troubles excités par les factions des Guelfes et des Gibelins; et comme il avait pris une part active à ces disputes, Matthieu Yisconti l'exila de Milan. Il se réfugia en France, s'arrêta quelque temps à Lvon , et vint, en 1 395, à Paris, où il ouvrit des cours publics et acquit une célébrité extraordinaire. Un grand nombre d'autres chirurgiens, italiens comme lui, et réfugiés en France pour la môme cause, s'établirent -aussi dans la capitale, et y firent fleurir les connaissances de leur pays. Les Français étaient d'ailleurs convenablement disposés pour mettre ces circonstances à profit. Les nations académiques , et l'Université qui leur Succéda vers celte époque, avaient , par leur système d'études et la célébrité de leurs maîtres, assuré , depuis quelque temps à Paris, le privilège d'attirer, de l'Angleterre et de toutes les contrées du Nord , quiconque se sentait quelque goût pour les lettres. Les lumières commençaient à n'y être plus la propriété exclusive de la classe religieuse; enfin, la chirurgie elle-même y comptait déjà quelques hommes de mérite. Tels étaient satis doute les quatre maîtres , dont les noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous, non plus que l'ouvrage qu'ils avaient composé en commun , et dont iY ne nous est plus permis de juger que par le témoignage avantageux que rend Guy de Chauliac de leur mérite et de leur expérience. Déjà brillait Jean Pitard, chirurgien de Louis IX , epii suivit son maître dans ses expéditions à la Terre- Sainte , puisa dans les rapports qu'il put avoir avec les Sarrasins j non moins que dans l'ardeur de son propre génie, lç désir de renouveler son art , et qui, sous le roi que nous venons de nommer, et sous Philippe-le-Bcl , dont la santé fut aussi confiée à ses soins ,

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composa et fit approuver les statuts par lasquel» le Collège des c&*~ rut^ieris fat légalement coastitaé. Ua enseignement tégulier te établi; Relèves furent soumis à des examens, et. les maîtres tinrent des assemblées dans l'église Saint- Jacq^es-de-la-Boucherie, en attendant qu'ils eussent une demeure fixe. Depuis lors , la tradition des connaissances acquises ne fut plus interrompue ; des moyens nou- ▼eaux d'instruction , et le nombre de ceux qui purent courir désormais, daas cette nouvelle carrière , excitèrent de toutes parti l'émulation \ la chirurgie française Se plaça au premier rang dans l'estime des connaisseurs, et le Collège de chirurgie et la Faculté de Médecine de Paris furent la source où. les étrangers Vinrent puiser des connaissances approfondies. C'est de là, sans doute, que Gilbert, ïeatt ^e Gaddesden , Jean du Ardern, Richard, etc., chirurgiens anglais des treizième et quatorzième Siècles , tirèrent les leurs ; du moins est-il certain que le premier avait "voyagé sur lé confinent} et tons aVaient une connaissance des chirurgiens italiens ét français, qui supposé qu'ils avaient fait leurs étude» ailleurs que danS leur patrie; car les progrès scientifiques ne se propageaient pas, à cette époque , avec la facilité dè commûnicatién qùi les transporté aujourd'hui d'un bout du monde à l'autre ? U fallait , pour en. profiter^ les recueillir aux lieux où ils prenaient naissance.

Ibes noms de Henri de Môndavitle ou Hermondaville, de Robert £e Myre, de* Jean de Sàigt-AniânaYcfe Nicolas T Berrrucci,-€lu$nuuJne Varignagna* Dino dfei Garbo et ' dé tant d'autres , dont Vlndex furierëux de J. Devaux a donné la liste , ceux dé plusieurs médecins qtri Érent entrer dans leurs outrages les maHères 1 f qtri >fo*^ èomààe de la chirurgie, comme Arnaud de VHletoetire, Pisrie tfAbahoi, Bernard. de Gordon, «!ci, etc., n^éresséât l^istoHen ^Q'en tant qu'ils montrent Tcxtatsfori et l'importance quepfiftfttude <ie la chirurgie^ >!i •■" -v--r"J ■ >

Malgré tant de travaux - réunis ç il ; restait encore wi e d i stanee teonsidéràble entré ïa chirurgie An quatorzième' «wele et celle dél'anv tiquité Poiir se placer >à la hauteur dès Ôfedsl,^ fallait ^ npri-seuler âréntclu génie; màés un amour passionné» pour son 'état, et une constance à toute épreuve , capable de surmonter les difficultés qui s'opposaient, an milieu de ta rareté des livret , aux études longues

W de^ré toutes ces qifalîtés. ï>oué d'une heureuse perspicacité, d'un esprit droit , d'une raison sévère , il dut à des travaux constant

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et a la méthode qu'il mit dans ses études , Térudition la plus étendue qu'il fut possible d'acquérir de son temps , et une notion des travaux de ses prédécesseurs , aussi complète que l'exigeait le projet qu'il avait formé de tracer le code des connaissances acquises en chirurgie. Un savant et judicièux historien (Ackermann) a dit que la chirurgie de Guy de Chauliac pouvait tenir lieu de tout ce qui avait été écrit jusqu'à cette époque. S'il était permis d'adopter à la lettre ce jugement, le chirurgien du quatorzième siècle serait le premier, et jusqu'ici peut-être l'unique auteur qui eût jamais mérité un pareil éloge. Du moins ne saurait-on lui refuser celui d'avoir fait un ouvrage infiniment supérieur à tous ceux qui parurent vers le même temps , et même bien long-temps après. La postérité lui a rendu cette justice , puisqu'il fut pendant près de trois siècles le classique par excellence. Il rendit l'étude facile, profitable, et les nations- étrangères tributaires de notre patrie (1).

Tout semblait assurer à la chirurgie un avenir de perfectionnement et de bonheur, et à la France la gloire de marcher désormais la première dans cette honorable carrière; mais la cupidité, l'égoïsme et l'envie jurèrent la ruine de l'art, et firent consumer en de vaines et déplorables disputes près de deux siècles d'études et de progrès. Jusqu'au règne de Charles VII, tous les membres des facultés de médecine avaient été des clercs , à qui le mariage était interdit. Quoiqu'ils ne fussent point attachés à la caste religieuse par des liens indissolubles, la loi du célibat* leur conservait toujours l'entrée dans l'état ecclésiastique, et leurs succès dans l'art de guérir les conduisaient souvent aux bénéfices les plus riches , et aux dignités les plus élevées. 11 était donc naturel qu'ils se conformassent aux. lois de l'église, qui leur promettait, au déclin de leur «arrière • les honneurs et la fortune. C'était donc probablement l'obéissance aux canons des conciles , autant que les répugnances d'une fausse délicatesse et d'une vanité ridicule, qui avait engagé ces docteurs à s'abstenir de l'exercice de la chirurgie. Us avaient pris dès long-temps l'habitude de faire exécuter sous leurs yeux, par des barbiers , les pansemens qui n'exigeaient point la main, d'un

(1) Nous indiquerons à l'article Gur de Cbâcluc les découvertes de deuil dont on est redevable à cet habile chirurgien ; il aurait pu n'en taire aucune sans exercer pour cela une influence moins avantageuse sur les progrès de l'art.

CHI 749 chirurgien. Soit par l'effet de circonstances fortuites , ou pour éviter d'avoir recours à une industrie rivale, ils introduisirent peu à peu l'usage de faire pratiquer par les mêmes servons des saignées, des ouvertures d'abcès , et quelques autres petites opérations de même espèce. Les chirurgiens avaient eux-mêmes contribué à étendre et à enraciner cet abus , en se déchargeant quelquefois sur ces mains étrangères de ce qu'un esprit étroit 'peut trouver de* vil dans les fonctions de leur état. Ils payèrent bien cher les secours qu'ils purent recevoir de pareils aides. Fiers de l'adresse manuelle que leur donnait l'habitude de manier l'instrument tranchant, disposés, comme l'est nécessairement l'ignorance , à s'exagérer leur habileté , alléchés surtout par les bénéfices d'un état qui valait mieux que celui de faire des barbes ou d'arranger des coiffures, les barbiers ne rent pas à considérer le nouvel emploi qu'on leur avait confié, i la partie la plus importante de leur profession et celle qui leur convenait tamieux; ils en réclamèrent instamment pour leurs confrères, et finirent, dans ce temps de privilèges, par en obtenir le privilège légal. A l'ombre de cette constitution et de la crédulité du vulgaire, ils empiétèrent de jour en jour sur le domaine de la science, et se chargèrent «furtivement des maladies les plus graves. Ils osèrent même quelquefois s'ériger ouvertement en chirurgiens. Une ordonnance de i3oi, et des sentences plusieurs fois renouvelées, réprimèrent leurs prétentions. Par eux-mêmes, ils n'auraient jamais été, pour les chirurgiens, des rivaux bien dangereux; mais un ennemi plus puissant trouva en eux d'utiles auxiliaires.

• Depuis que le cardinal d'Etouteville eut abrogé, en i^Sa , la loi du célibat imposée aux médecins, depuis qu'on leur . eut donné, comme dit Quesnay , des femmes au lieu de bénéfices , leur, ambition s'éveilla; ils réservèrent pour eux-mêmes, de l'exercice de la chirurgie , tout ce qu'ils en pouvaient pratiquer sans déroger à leur dignité ; et rien ne leur coûta pour abaisser, de quelque façon que ce pût être , et pour supplanter les chirurgiens de robe longue ( ou du collège Saint-Côme j. Associés depuis quelque temps à l'Université, ils avaient déjà pris , de cette société savante, une affection jalouse pour ce qu'ils appelaient leurs droits et privilèges. Dans un siècle où l'Université s'opposait seule aux progrès de l'ignorance 9 elle fut dépositaire de toutes les sciences ; il ne fut plus permis de les apprendre hors de ses murs ; on ne fut reconnu savant qu'aux titres qu'elle accordait Animés du même esprit, les membres de la Faculté soutinrent

! étaient les chefs et les seuls maures de la médecine ;

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ils prétendirent étendre jusque sur les -chirurgiens les droits de l'Université, les obliger à venir écouter leurs leçons, et subir des examens devant eux , et engager le pouvoir à ne reconnaître comme authentiques que les titres émanés de la Faculté. Obligés, par la force des coutumes et l'évidence des lois , à renoncer aux tentatives directes d'usurpation, ils ne perdirent point de vue l'objet qui les y avait engages; ils marchèrent au même but par une voie détournée. Ce fut dans la compagnie des barbiers qu'ils cherchèrent des adversaires aux chirurgiens. Pour en former des ennemis plus redoutables, ils commencèrent par leur faire des leçons, dans la seule langue que ces disciples illettrés fussent entendre. Déroger à l'usage , qui avait été toujours sacré dans l'Université, d'enseigner en latin , était un véritable sacrilège dans ce siècle pédantesque. Les chirurgiens furent heureux d'avoir un pareil reproche à faire valoir contre les médecins. Ils réclamèrent, et durent à la confusion qu'en éprouvèrent ces derniers, bien plus qu'à l'évidence de leurs droits, la promesse que désormais de telles leçons seraient interdites. Peu d'années suffirent pour faire oublier cette promesse : on voit les docteurs de la Faculté régenter les barbiers , tantôt dans l'ombre, tantôt ouvertement, et , malgré les réclamations des chirurgiens de Saint-Cc-rae, finir par contester les titres de ces derniers, et vouloir mettre en leur place les vils instrumens de leur ambition. Il serait aussi fastidieux qu'inutile d'exposer en détail les contestations toujours renaissantes dont vingt décrets ou ordonnances ne purent tarir la source. Dans toutes ces disputes , on voit deux corps divisés par leurs intérêts ; héritiers des querelles de leurs prédécesseurs , tantôt ennemis cachés , tantôt déclarés ; animés de la haine la plus vive , lors même qu'ils paraissaient réunis , descendre à toutes les bassesses de l'intrigue, et compromettre leur dignité par des alliances déshonorantes, pour s'asservir ou se détruire mutuellement. 11 a fallu qu'une révolution complète s'opérât dans les mœurs et dans les idées, pour effacer , sur ce point , les dernières traces de la barbarie de nos ancêtres.

Pendant que la France restait stationnaire, ou semblait même rétrograder vers les temps d'ignorance, l'Italie marchait avec ardeur dans la carrière qu'elle avait ouverte , et où elle n'avait cesse de s'avancer. Toutes les villes de la Péninsule rivalisaient d'ardeur pour faire revivre les lettres, et rappeler les arts dans leur antique séjour. On cherchait partout des livres , <Jn comparait, on corrigeait , on multipliait les manuscrits' ; des bibliothèques publiques

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