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des préjugés et dei a prévention, établit définitivement dans le domaine de l'art la ligature des artères pour arrêter les hémorrhagies , ou guérir Tanévrismc. C'est à lui que les chirurgiens français et ceux de toute l'Europe, à l'exception des Italiens, durent la connaissance de la nature et du véritable traitement des plaies d'armes à feu, et les blessés, le bonheur d'échapper pour toujours aux secours employés jusqu'alors en chirurgie, secours bien plus cruels et plus douloureux que les plaies auxquelles on les appliquait. Il a particulièrement bien décrit les plaies de tète, exposé les accidens qui peuvent les compliquer, et déterminé avec plus de justesse qu'on n avait fait avant lui, le véritable traitement qu'elles réclament. La doctrine des hernies lui doit plusieurs perfectionnemens; celle des maladies des yeux ne lui a pas moins d'obligations; enfin, l'on peut dire qu'il fut, chez nous, le premier auteur qui ait écrit avec quelque justesse sur l'expertise chirurgicale.
Après Ambroise Paré, nul auteur n'a plus de droits que Franco à être cité pour son originalité. Plusieurs des sujets sur lesquels il s'exerça, sont les mêmes que ceux qui occupèrent son illustre contemporain; le traitement des hernies, par exemple , auquel il ajouta néanmoins un perfectionnement capital , le débridement de l'anneau pour faire cesser l'étranglement et rendre la réduction possible. Il s'acquit d'ailleurs une gloire sans partage , en inventant, dans une occasion difficile, la taille par-dessus le pubis.
Pigray, le disciple et l'ami de Paré, donna aux doctrines de ce dernier une forme plus régulière et plus commode que n'avait fait leur auteur. Guillemeau ne mérita pas moins bien de son maître , en le faisant parler la langue des savans. Il a d'autres titres à notre estime; l'ophthalmologie lui doit divers perfectionnemens, et il a droit à être çpmpté au nombre des réformateurs de l'art des accouchcmens. Séverin Pineau, habile lithotomiste et chirurgien expert , Jacques De marque, le premier, chez les modernes, et l'un des meilleurs écrivains sur les bandages, Rousset, lithotomiste, écrivain savant, et auteur original sur l'opération césarienne, Adrien et Jacques d'Amboise , Thévenin , Nicolas Habicot , anatomistc industrieux , et hardi chirurgien , qui appuya par des succès l'emploi de la bronchotomic , Barthélemi Cabrôl , professeur à Montpellier, appartiennent à cette école formée aux leçons d'Ambroise Paré, ou à l'étude de ses écrits, qui peut soutenir sans désavantage la comparaison avec les chirurgiens contemporains des diverses contrées de l'Europe. Mais l'éclat qu'elle jeta sur la France ne fut qu'un éclat passager. La Faculté
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île médecine ne pouvait laisser au Cftllége des chirurgiens le repos et la liberté dont les fruits menaçaient de faire oublier ses propres travaux. Les moyens ne lui avaient jamais manqué pour nuire à ses ri- Taux ; mais elle sut trouver dans cette occasion le plus sur et le plus funeste. Ce fut d'avilir et de dégrader par une association déshonorante le corps qui lui faisait ombrage. Grâce à l'impudence de ses valets, les barbiers, et à la bassesse de quelques chirurgiens indignes d'appartenir au Collège de Saint-Louis, elle réussit par surprise et par intrigue à faire prononcer par l'autorité suprême la réunion des barbiers et des chirurgiens en une seule corporation, et à faire exclure de l'Université la chirurgie qui y avait été un instant reconnue, et dont la dignité se trouvait alors si gravement compromise. Cet événement, qui eut des suites si déplorables, a inspiré à Qucsnay des pages* éloquentes. « Le spectacle qu'offrent ces désordres, s'écrie-t-il , ne peut inspirer que de. l'indignation : un ancien collège, ouvrage de deux grands rois, est dégradé lorsqu'il est le phis utile ; ses titres sont effacés par une fureur semblable à celle de ces barbares qui détruisirent les monumens de la Grèce et de Rome : il est séparé des sociétés savantes, malgré tant d'édits qui en formaient les liens. Elles l'avaient adopté par leur estime et par leurs décrets; mais il leur prétait à son tour un nouveau lustre par les lumières dont il brillait. Dépouillé aujourd'hui de ses titres, de ses privilèges, il n'est plus qu'un objet* de mépris pour les Facultés. Elles le retranchent de l'Université comme un corps gâté dont la contagion est à craindre. Et ce qu'il y a de plus flétrissant, c'est que ce collège fameux est condamné à devenir l'asyle de l'ignorance, et à l'adopter par ses propres décrets. »
Depuis lors tout zèle et toute émulation pour la chirurgie furent éteints en France ; à peine pourrait-on citer les noms de quelques hommes généreux qui cherchèrent à relever l'honneur de leur état, les travaux d'un petit nombre de chirurgiens qui auraient pu briller dans un siècle moins défavorable ( 1 ) , et la faible influence qu'exerça r sur la renaissance de notre art, à la fin du dix- septième siècle,
, l'institution de l'Académie des sciences. Il est temps d'écarter le
triste tableau de la chirurgie dégradée dans la patrie d'Ambroisc Paré, pour porter ses regards sur celui des progrès qu'elle faisait
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(r) Ant. Lambert, Covillard , lithotomiste fort distingué, Fournier, Léon Tassin , Bonet , Boirel , etc.
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dans des pays moins esclaves^des préjugés, moins asservis au joug des privilèges.
L'Italie s'était élevée, dans les belles-lettres et la culture des beaux-arts, au plus haut degré de gloire où fût parvenue aucune contrée de l'Europe. Le seizième siècle fut le siècle d'or de sa littérature. Les sciences commençaient aussi à y briller du plus vif éclat. Rien ne manquait à leur encouragement : Universités sans nombre, richement dotées, et soumises à des réglemens où tout tendait à l'instruction; Académies libres, où rien n'était négligé de ce qui pouvait exciter l'émulation; honneurs reudus aux hommes qui se dis? t in gu aient par leur génie, leur talent ou leur savoir. Au milieu des travaux qui enrichirent alors les sciences naturelles et la médecine, on est saisi d'admiration quand on considère les découvertes des anatomistes. Les noms des Vesale, Eustachi, Fallopia, Colombo, Ingrassia , Canani, Aranzi, Varoli, Aquapendente, suffisent pour faire considérer cette époque comme la plus brillante de l'histoire de l'anatomie. La chirurgie partagea cet éclat, qu'elle dut en partie aux grands hommes que nous venons de nommer. Vesale avait acquis dans la pratique et l'enseignement de la chirurgie, une assez hante réputation, pour engager, après sa mort, Prosper Borgarucci à publier sous son nom un ouvrage peu digne d'un aussi grand maître. Philippe d' Ingrassia, surnommé l'Hippocrate sicilien, homme savant, dont le principal défaut est de manquer de critique et d'écrire avec une grande proxilité, appréciait en praticien expérimenté les œuvres de ses prédécesseurs, et, contre l'opinion encore assez généralement répandue de son temps, mettait les Arabe* à leur véritable place, en montrant que leur plus grand mérite fut d'avoir copié assez exactement la chirurgie des Grecs. Gabriel Fallopia, enlevé trop tôt à la science qu'il cultivait avec tant de zèk, n'était pas moins habile chirurgien qu'excellent anatomiste. Quoique publics après sa mort, et sans qu'il y eût mis la dernière main, ses ouvrages de chirurgie tiennent un rang distingué parmi ceux de h même époque. Il suffira de rappeler que Fallopia apporta à la ligature des polypes des fosses nasales un perfectionnement remarquable. Il se servait d'une canule d'argent pour conduire un double fil d'archal, dans l'anse duquel il embrassait le pédicule de l'excroissance, et dont les deux bouts, pendans hors de la narine, permettaient, par des tractions graduées, de couper peu à peu le polype Levret et Dcsault n'ont eu plus tard qu'à modifier légèrement ce procédé. Nous citerons encore la distinetion importante, faite y&
Failopfa, entre Fhydrocèle vaginale et f accumulation de sérosité dans la cavité d'un sac herniaire, la part qu'il eut dans les modifications que subirent les idées qu'on s'était faites de la fistule lacrymale, et un exemple deguérison, obtenue par ce chirurgien, d'une plaie de l'estomac. J. Andr. Délia Croce embrassait, dans un vaste traité, l'ensemble des matières dont s'occupe la chirurgie, et travaillait utilement pour la postérité, en rassemblant À grands frais, et en figurant et décrivant avec soin les instrumens déjà trop nombreux qui encombraient l'arsenal chirurgical. J. C. Arânzi, neveu et disciple de Maggi, défendit les principes de son oncle. Félix Palazzo ramena à une extrême simplicité le traitement des plaies. Kealdo Colombo proposa le premier le trépan du sternum pour vider les abcès du médiastin. Arcolani enseigna l'art d'obturer les dents percées par la carie, au moyen de feuilles d'or. J. Cassario rassemblait les témoignages les plus solides en faveur de la bronchotomie, et décrivait avec plus de précision la manière de la pratiquer, et les instrumens qu'elle exige. Durand Sacchi donnait, sur les maladies des yeux et de la vessie, sur les tumeurs, les ulcères, et les maladies dès .os ) des préceptes ordinairement judicieux, dont quelques-uns lui appartiennent.
Mais entre tous les chirurgiens italiens de cette époque, brillait le disciple de Fallôpia, Jérôme Fabrizzio d'Aquapendente, précurseur d'un autre Fabrice, qui fit bientôt la gloire de la Suisse. Son premier mérite est d'avoir rassemblé dans Un ordre régulier, et exposé avec lucidité, l'ensemble des connaissances chirurgicales alors acquises; mais ce mérite n f est pas le seul qui recommande sa mémoire. Plusieurs points de chirurgie doivent à Fabrizzio, ou des notions plus justes sur la nature de diverses maladies , ou des méthodes de traitement plus rationnelles, ou divers perfectionncmêns dans les procédés opératoires. Le premier il éleva des doutes sur l'opinion alors reçue, que la cataracte consiste en une pellicule opaque tendue au-devant de la pupille, et il soupçonna que le véritable siège de la maladie était le cristallin. Il apprit à distinguer l'hypertrophie simple du testicule du squirrhe de cette glande, l'hydro-sarcocèlc de l'hydrocèle sans complication. Fabrizzio détermina avec sagesse les cas dans lesquels la bronchotomie doit être employée , ceux dans lesquels elle n'offre aucune chance de salut. Il expose avec soin les différentes méthodes de traitement applicables à la fistule à l'anus, et donne la préférence à l'incision du rectum; il proscrit l'abus qu'on faisait alors des sutures , etc. II faut convenir qu'il mérite moins d'e-
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luges dans ce qu'il dit sur les abcès, qu'il ouvre trop tard, <le> amputations , à la suite desquelles il n'apprécie pas comme il convient la ligature des artères, des hernies, dans le traitement desquelles il redoute l'opération, et s'en tient à des moyens bien insigni6ans contre des maladies aussi graves. Marc-Aurèle Severino reproche à Fabrizzip d'avoir fait tomber en désuétude la mâle chirurgie des Qrecs, pour y substituer la thérapeutique sans énergie des onguens et des emplâtres. Le reproche est trop sévère : si Fabrizzio rejette avec trop de faiblesse l'excision de la conjonctive dans l'ectropion, la rescision des amygdales , l'opération des hernies , etc., il sait ordinairement employer, avec toute la hardiesse que .la prudence autorise, le fer et le feu. Il pratiquait le trépan, et fit aux instrumens employés pour cette opération quelques modifications utiles; il brûlait l'épulie, extirpait le cancer à la mamelle, qu'on se borna» trop fréquemment alors à combattre par des topiques, etc., etc.
Fabrizzio vivait encore quand parut l'ouvrage de César Magati Qontre la fréquence des pansemens des plaies, et l'usage des tentes; ouvrage rempli des principes les plus sages , et où le point important de chirurgie qui y est traité , est ramené à cette simplicité qui forme dans les sciences le caractère de la vérité.
A partir de celte époque jusqu'au temps de Marc-Aurèle Severino, la chirurgie italienne offre une sorte de lacune; et c'est une chose assez remarquable, qu'il y eut aussi pour les autres parties de l'Europe un quart de siècle de stérilité. Avant de franchir cet espace, durant lequel la chirurgie resta stationnaire y ou déclina sensiblement, revenons sur nos pas, et consacrons quelques lignes a l'histoire d'une opération que nous avons déjà signalée comme une découverte du quinzième et du seizième siècles; nous parlons de la rhinoplastique. .JÛ*
S'il faut en croire des relations qui ne sont pas sans vraisemblance, on pratique, de temps immémorial , dans les Indes, l'art qui consiste à réparer, au moyen d'un lambeau de la peau du front, 1< nez mutilé par un genre de supplice fort usité dans ces contrées. Carpue , et Graefe après lui, ont conjecturé qu'il fallait rapporter! cette source orientale la méthode rhinoplastique, dont on trouve les premières traces en .Sicile, au milieu du quinzième siècle. Suivant eux, nous aurions aux Arabes l'obligation de nous avoir apporté, cet art des Indes, comme ils nous en transmirent tant il autres, et les peuples occidentaux ne seraient encore ici que ■* disciples ou desjunitateurs de l'Orient. Quoi qu'il en soit de celle
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opinion qu'on n'appuie d'aucun document historique positif, la * première mention -que l'on trouve de la pratique de cette opération, se rapporte à l'an époque où florissait le Sicilien Branca, dont on vante l'habileté, mais qui fit un secret de sa méthode» Il la transmit à son fils Antoine, qui la perfectionna. De Sicile Part passa en Calabre, où il fut exercé d'abord par Vincent Vianeo, ou Boiano, puis par son neveu Bernardin, et par Pierre son fils. Ce dernier vivait encore en 1571. Mais vingt ans plus tard, au rapport de Cortesi, l'art qu'il avait exercé était complètement oublié dans la Calabre. ( Jette opération curieuse ne fut point perdue néanmoins, et on la vit bientôt reparaître à Bologne plus brillante que jamais. Soit qu'il en dût la connaissance à la tradition, ou qu'il l'eût lui-même inventre de nouveau, Tagliaeozzi a la gloire d'avoir le premier introduit la i hinoplastique dans le domaine de l'art. Ce titre peut d'autant moins lui être contesté, que son ouvrage fut pendant plus de deux siècles le seul, traité ex professa que Ton eût sur cette matière, et que durant ce même intervalle, la seule opération qui ait peut-être été faite, est celle que pratiqua Molinetti en i6a5.
Reprenons la suite de l'histoire, et franchissons un espace d'un quart de siècle, pendant lequel nous ne trouverions à nommer qu'Antoine Tozzi, auteur d'un ouvrage estimable sur l'anthrax, et Jean-Baptiste Cortesi, pour arriver à Marc-Aurèle Severino. Jusqu'à l'époque où parut ce chirurgien célèbre, Padoue était l'école où les Anglais, les Danois, les Hollandais et les Allemands, allaient étudier l'anal < unie et la chirurgie. La célébrité de Severino transporta «à Naples, où il enseignait, le privilège de passer dans toute l'Europe pour la véritable source où l'on devait aller puiser une solide instruction. Il dut exercer sur les destinées ultérieures de l'art une influence d'autant plus sensible j qu'on était accoutumé aie considérer comme un grand maître, et que sa chirurgie différait beaucoup de celle de ses précédesseurs ou de ses contemporains. Cette branche de la médecine avait perdu ce caractère de hardiesse qu'elle avait eu entre les mains des Grecs, et qu'elle n'avait retrouvé qu'imparfaitement au seizième siècle. On trouvait difficilement alors en Italie des chirurgiens qui osassent pratiquer les grandes opérations. Pas un, suivant J. B. Sylvaticus, n'aurait osé porter l'instrument sur un anévrisine; on abandonnait la lithotomie à quelques familles, où se transmettait de père en fils, sinon l'art de la bien finie, au moins la hardiesse de l'entreprendre. L'emploi du fer et du feu avait fait place à ce qu'on nommait une chirurgie douce et balsamique. Marc-
♦ Aurèle Severino s'éleva avec la plus grande énergie contre cette mollesse, qu'il regardait comme l'anéantissement de l'art. Il mit tous ses efforts à relever cette médecine efficace , qui , suivant ses expressions, armée en quelque sorte d'une main d'Hercule, écrase toutes maladies (Z)<? efficaci medicina, quâ, Herculeâ quasi manu armatâ cun et a m a la proteruntur)\ il abusa certainement du fer et du feu, et sa chirurgie fut quelquefois inutilement cruelle. Mais peut-être cette exagération dans un sens était-elle nécessaire pour détruire l'excès contraire, enraciné qu'il était depuis des siècles dans les habitudes des chirurgiens. Quoi cfu'il en soit, sous beaucoup d'autres rapports, comme sous celui-ci, Marc-Aurèle Severino rendit incontestablement des services signalés à notre art.
Il trouva un digne continuateur danB Pierre de MarchettL Mais avec ces deux hommes célèbres finit la période la plus glorieuse de la chirurgie italienne. L'Italie sembla céder à l'Angleterre, qui pouvait alors s'enorgueillir de son Wisemann, le haut rang .qu'elle avait occupé depuis deux siècles.
Pendant que la médecine s'égarait en Allemagne sur les traces de Paracelse , la chirurgie comptait dans ce pays plusieurs hommes attachés à la méthode pure de l'observation. Depuis le milieu du seizième siècle. ses progrès furent rapides, et au commencement du dix -septième cette partie de l'Europe marchait de pair avec h France et l'Italie. La Suisse, et particulièrement la ville de Bâle, se plaçait en tête de ce mouvement , soit par suite de l'établissement de l'Université de cette ville, ou à cause de la proximité de l'Italie; soit par l'effet du développement général des lumières et de la philosophie dans cette contrée, développement dont elle avait donné une preuve si remarquable par la marche aaisonnée, et en quelque sorte scientifique, suivant laquelle elle avait procédé à la reformations soit plutôt par l'effet de toutes ces causes réunies. Félix YYurtzen, l'ami de Conrad Gesner, secoua le premier le joug des traditions de l'-écoïe, ou des usages établis, pour écouter la nature, et tirer ses principes de ses propres obs'ervations. Cette indépendance doit faire absoudre son excessive prédilection pour les remèdes chimiques qu'il préparait lui-même. C'est un travers qu'il racheta d'ailleurs par un grand nombre de remarques neuves et intéressantes. Les préceptes qu'il donne sur le traitement des plaies simples et des plaies d'armes à feu, ne le cèdent point à ceux des Maggi, des Paré et des Magati, dont ils se rapprochent beaucoup. Il connaissait les fissures des os, ou fractures en long, dont on a
long-temps nié l'existence, mais que des observations authentiques et assez nombreuses ne permettent plus de révoquer en doute. A ce chirurgien distingué succède un homme bien plus célèbre, et dont le nom se retrouve partout où il faut citer des observations recueil- . lies avec perspicacité et bonne foi, et publiées avec franchise. GuUlaume Fabrice de Hilden donne à chaque instant des preuves qu'il était doué de ce génie vraiment chirurgical , qui saisit les indications thérapeutiques fondamentales, et sait bientôt les moyens de les remplir , et qui trouve en lui - même plus de ressources pour modifier, suivant le besoin , les méthodes reçues , que les maladies ne présentent de circonstances extraordinaires ou imprévues. Il serait trop long d'indiquer tous les points de chirurgie qui lui durent des perfection ne mens ou des remarques utiles; Fabrice de Hilden sera long-temps encore un de ces auteurs dont l'histoire peut se borner à rappeler le nom , parce que chacun veut connaître par soi-même, et méditer leurs œuvres. L'auteur du Sepulchreturn , Théophile Bonet, exerça incontestablement une influence avantageuse sur les progrès de la chirurgie , soit par l'excellent ouvrage que nous venons de nommer, soit par la publication en français d'un riche recueil d'observations chirurgicales tirées des meilleures sources. Nous pourrions encore indiquer, parmi les hommes qiû firent faire en Suisse des progrès à la chirurgie, les deux Félix Plater, oncle et neveu, qui, quoiqu'ils n'eussent point pratiqué spécialement cette partie de l'art de guérir, n'en ont pas moins publié des observations chirurgicales intéressantes. Nous- pourrions enfin citer au même titre J. J. Wepfer, et le nom de cet excellent observateur fermerait honorablement pour la Suisse l'époque que nous parcourons»
Durant cette même période > l'Allemagne proprement dite avait vu fleurir un assez grand nombre d'hommes distingués. D'abord George Bartisch, célèbre par son habileté dans la chirurgie oculaire, qui , en publiant le premier traité spécial d'ophthalmologie qui ait été fait, semblait 'réclamer pour son pays la gloire de. marcher au premier rang dans cette carrière , et présager les succès qui ont illustré, deux siècles plus tard, les ophthalmologistes allemands. Schenck de (îraffenberg, comme, plus tard, Henri de Heers et Salmuth, admettait dans son précieux recueil d'observations de médecine, les faits chirurgicaux, et servait â la fois ces deux branches de l'art de guérir. J. Jessenins a Jessen, et Sebiz donnaient d'utiles et judicieuses compilations. Mathias Louis Glandorp, tout
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( >n faisant usage des livres, et se distinguant même par sou érudition, consultait surtout son expérience, et .y trouvait des choses nouvelles; par exemple, sur les plaies du cerveau, sur Fincision de !a dure-mère dans l'opération du trépan, sur les panaris, les polypes, etc. Scûltet, en courant une carrière où il n'avait qu'un petit nombre de prédécesseurs, fit consister sa gloire à titèr de l'oubli tous les instrumens bons ou mauvais qu'on eût jamais .employés en chirurgie, et à y en ajoujter encore dfe son invention. C'était bien peu connaître le caractère d'un art qui doit tirer de sa simplicité son pilla bel éclat; et néanmoins l'ouvrage de Scultet ne fut pas *ans utilité; car pour apprécier ce qu'ont fait nos prédécesseurs, il faut le connaître; vérité triviale dont l'oubli a coûté tant d'efforts inatiles au génie, et tant fait perdre de temps à inventer ce qui était connu depuis long-temps. Ammann et Bonn, en étudiant les plaies sous le point de vue de la médecine légale, donnèrent à l'Allemagne une supériorité dans cette partie des sciences médicales, qu'elle sut conserver dans le siècle suivant. Enfin, le même pays peut citer avec honneur un chirurgien de cette époque qui ne le cédait peut-être à aucun de ses contemporains, si ce u'est au grand A \isemann : rfest Mathieu-Godefroy Purmann, chirurgien militaire, homme d'une grande expérience, et dont on fait suffisamment connaître la hardiesse, en disant qu'il se soumit lui-même deux fois à l'infusion de substances médicamenteuses dans les veines
Jusques vers la fin du seizième siècle nous ne trouvons pas même à mentionner les Pays-Bas. Pendant qu'elle fut soumise à la domination espagnole (et cette époque est celle des brillans travaux <!< la France et de l'Italie ) , la Hollande, qui ne jouait dans les affaires de l'Europe qu'un rôle bien secondaire , n'eut , si l'on peut ainsi parler, aucune existence scientifique. Mais dès qu'elle eut conquis son indépendance les armes à la main , elle donna au monde le sper taclc le plus frappant de ce que peut la liberté pour le développement de l'industrie et des lumières. Ses Universités s'élevèrent rapidement à un haut degré de célébrité, et l'on y compta des sayaris, des médecins distingués, en particulier en aussi grand nombre que dans aucun autre pays. La chirurgie y fut cultivée avec éclat, tantôt par des hommes qui en faisaient leur unique profession, plus souvent par des médecins qui embrassaient dans leurs études les diverses branches de l'arf de guérir. C'est à cette classe qu'appartient Pierre Forcest, l'un des hommes de son temps qui rendirent le pta de services à la médecine d'observation , et à qui la chirurgie est re-
CHI 7 S 9 devable d'un assez grand nombre de faits curieux , quoique on puisse lui reprocher une thérapeutique trop peu chirurgicale. Thomas F*yens , au contraire , quoique plus médecin que chirurgien , se déclarait l'apologiste du feu et des opérations hardies, comme le trépan, la laryngotomie, l'opération césarienne, etc. Nicolas Fonteyn pwblia des observations curieuses, parmi lesquelles nous nous contenterons de citer l'extirpation d'une matrice en état de prolapsus. Les ouvrages de l'habile anatomiste Paw, du savant Beverwyk, de Nicolas Tulpius, n'appartiennent à notre sujet que d'une manière secondaire. Il n'en est pas ainsi de ceux de Jean de Home, digne disciple de l'école italienne, homme d'un jugement solide, rempli d'enthousiasme pour la chirurgie, qui aurait pu lui devoir des progrès importans, s'il n'eût été enlevé par une mort prématurée. Nous jugerons moins favorablement ,Paul Barbette, qui jouit pourtant de son vivant d'une grande célébrité, mais qui fut seulement un utile compilateur. Un de ses ouvrages eut pointant le mérite de rapprocher plus qu'on ne l'avait fait Tabatomie de la chirurgie, et de laisser apercevoir; dans une exécution à la vérité fort imparfaite, l'idée d'une anatomie chirurgicale. Henri de Roonhuysen et Job de Meekren , furent assurément de fort habiles chirurgiens. Ils se bornent dans leurs ouvrages à rapporter les résultats de leur propre expérience. On y trouve un grand nombre de faits curieux, et des exemples de cas graves et difficiles, dans plusieurs desquels on ne se conduirait point aujourd'hui autrement que ne firent nos deux chirurgiens d'Amsterdam. Il ne faut point confondre ce Henri de • Roonhuysen avec son fils Roger, qui imprima une tache à sa mémoire en faisant un secret d'un instrument au moyen duquel il terminait , dit-on , l'accouchement avec autant de bonheur que de promptitude, et que l'on ne croit pas différent du levier. Corneille Solingen, Muys, Antoine Nuck, Corneille Stalpaart , Vander Wiel , sont des noms (rue Ton cite encore avec honneur, et dont la réunion avec ceux qui précèdent , dans un espace de temps peu étendu , donne au pays auquel ils appartiennent, des droits à une haute estime.
Après la France, nul pays n'eut tant à souffrir que le Danemarck des rivalités des inédeeins et des chirurgiens, au seizième et au dixseptième siècles. La partie n'était pas égale entre ces deux corps, dont le dernier n'ayant, pour ainsi dire, que depuis quelques jours une constitution régulière , ne pouvait opposer que les connaissances anatomiques positives d'un très- petit nombre de ses membres,
leur habileté dans l'art des opérations, l'utilité de leur ministère, à la réputation d'un corps qui passait pour posséder beaucoup de science grecque et latine, et des droits transmis d'âge en âge La faveur de la cour fut presque toujours pour les médecins , et plusieurs d'entr'eux, hommes distingués d'ailleurs, tels que Olaiis Worm et Kuster, ne manquèrent jamais l'occasion d'en user contre les chirurgiens. Thomas Bartholin se montra plus libéral que ces hommes toujours prêts à sacrifier les intérêts de la science à leur intérêt particulier ; mais il n'eut point de successeur à qui il transmit cet amour pour toutes les branches 'des sciences médicales, dont il s était montré animé. Après lui, les docteurs, que Riegels nomme si bien rétablirent de tout leur pouvoir l'empire absolu du
pédantisme. La chirurgie, privée d'aiUeurs des études anatomiques, dont la superstition ne l'avait laissée jouir qu'un instant , végéta dans Tarissement et le mépris. Ce n'est qu'au milieu du dix-huitieme siècle que le Danemarck commença à prendre un rang honorable parmi les pays qui cuttivent la chirurgie.
L'Angleterre le précéda d'environ cent ans. On a vu le misérable état dans lequel languissait, au quinzième siècle, cette branche de l'art de guérir, dans la patrie de Hunter et de Pott. Son soit ne fut pas beaucoup plus heureux durant le seizième, et la moitié du suivant n'amena qu'avec lenteur de faibles et insensibles progrès. A peine oserait-on citer, comme ayant rempli cet intervalle , des chirurgiens tels que Banister et Read. Ce pays si industrieux était en quelque sorte obligé d'appeler à son secours l'industrie étrangère ; et le lithotomistc hollandais Groenevelt, se trouva sans rivaux a Londres où il alla s'établir, et où il chercha à se naturaliser, en bntannisant son nom (il s'appela Greenfield). Mais au milieu du dixseptième siècle commence pour la chirurgie anglaise une ère brillante, dont l'éclat ne s'est pas encore affaibli. Wisemann fut le Pare de son pavs; il fit pour l'Angleterre ce qu'Ambroise Paré avait fait pour la France. L'influence puissante qu'il exerça, suffirait, indépendamment des témoignages qu'il a laissés de son esprit observa- # teur et de son excellent jugement, pour prouver qu il posséda a un haut degré toutes les qualités qui distinguaient si éminemment notre illustre compatriote. Cette influence, en effet, est d'autant plus remarquable, qu'on peut douter si les Anglais étaient, au milieu du dix-septième siècle , aussi bien préparés à profiter des leçons du génie que nous l'étions un siècle auparavant. Quoi qu'il en soit, ils ont depuis lors marché d'un pas ferme et non interrompu dans
cette carrière, où ils nous ont souvent disputé le premier rang La période que n.ous parcourons fut pour l'Espagne et le Por tugal une époque moins stérile que la précédente, et même que les temps qui ont suivi. Si les noms de Miguel Juan Pascual Antonio Perez, Andréa Alcazar, ne sont pas des noms bien dignes de célébrité, ceux de Bartholomeo Hidalgo de Aguerro, Juan Fragoso, rrancisco de Arce, rappellent des services incontestables rendus a notre art. Aguerro introduisit dans la chirurgie de son pays la plupart des réformes d'Ambroise Paré, et François de Arce donna un fort bon traité de tout ce qui concerne la chirurgie des plaies. Du reste, leur grand mérite est surtout relatif à leur patriecar a vrai dire, les sciences européennes n'ont jamais dû un progrès quelconque au pays des moines et de l'inquisition
Durant la période d'un siècle et demi qui commence à Ambroise Paré, on voit la chirurgie pénétrer successivement et s'établir dans des contrées où jusqu'alors on n'en avait eu qu'une idée grossière; on peut suivre sans trop de peine les progrès isolés qu'elle fait dans chaque pays, distinguer avec assez de précision la part que chacun de ces derniers peut avoir dans les découvertes nouvelles ou les perfectionnemens de l'art; aussi ce développement, en quelque sorte géographique, de la chirurgie, fournit-il pour cette époque aussi-bien que pour le moyen âge , le point de vue le plus convenable sous lequel l'historien puisse l'examiner et en tracer le tableau. Dans les temps postérieurs, au contraire, la multitude des travaux qui s'accomplissent en cent endroits à la fois, le» communications continuelles qui confondent et réunissent en quelque sorte les hommes les plus éloignés les uns des autres, et diverses raisons encore doivent faire préférer un autre ordre. Celui-ci n'est plus applicable qu'à l'histoire des circonstances extérieures, politiques ou autres, qui ont eu quelque influence sur l'étude ou l'exercice de 1 art, et au recensement purement littéraire des hommes qui ont acquis des droits à l'eslime de la postérité. C'est par un aperçu sur ces divers objets que nous allons commencer le tableau de la chi rurgie au dix-huitième siècle; l'histoire technologique viendra après et sera traitée suivant un ordre de matières. '
§. VJII. Dix-huitième sitclc. — Le siècle auquel nous sommes parvenus l'emporte sur tous ceux qui le précédèrent, par les découvertes et les perfectionnemens sans nombre dont il enrichit la chirurgie. La première moitié de ce siècle compte des hommes qu, feront éternellement la gloire de notre art. La même époque vit
naître plusieurs des institutions qui ont exercé sur ses progrès 1 influence la plus heureuse. La! seconde moitié de cette période brille encore d'un éclat plus solide. C'est surtout alors qu'on voit se foi mer le caractère philosophique du dix-huitième siècle, qu'il semble aujourd'hui de mode de calomnier, mais que ses admirables résultats politiques et scientifiques défendent assez contre les ennemis des lumières et contre les partisans d'une philosophie mystique et intolérante Ce génie du siècle influe sur toutes les connaissances, et leur imprime un car actère de solidité qu'elles n'avaient jamais eu. Le joug de l'autorité cède pour toujours à l'empire de la raison j la culture de l'esprit, bornée jusqu'alors à quelques classes d'hommes , devient un besoin général ; les spéculations stériles ou abstraites s évanouissent devant les recherches utiles; le goût dé 'l'observation fait sans cesse des progrès au détriment des rêveries chimériques de l'imagination. Au milieu de telles disposition, ies ésjmts, 1 empire gothiquedes privilèges touche inévitablement a sa tin ; la Chirurgie, qui a eu tant à en souffrir, ne pouvait être la dernière à s'en affranchir; le pédantisme en robe et en bonnet a perdu pour toujours le droit de lui dicter des lois. Ces grands résultats frappent d'abord et absorbent toute l'attention de celui qui jette un regard sur ce grand siècle; mais bientôt on sent le besoin de pénétrer les causes de cette révolution, et l'on vent suivre en détail la série des circonstances qui la préparèrent et l'accomplirent. Cette étude embrasse un ensemble de considérations qui trouveront place dans nn article plus Céuéral que celui-ci; nous n'examinerons ici que les circonstances qui se rapportent directement à la spécialité qui nous occupe. Commençons par la France, car la patrie des J. k Petit , Louis, Desault, ne peut être placée en seconde ligne. Et quel pays oserait disputer la première à celui qui posséda pendant un demi-siecle 1' Académie royale db Chirurgie ? ""J*
Dans la seconde moitié du dix-septième siècle, au milieu même de l'avilissement de la chirurgie, deux hommes également distingua par leurs talens et par leur élévation aux premières charges de leur Àat, conçurent le noble dessein de réveiller dans les esprits l'amour de la science. C'était là lé véritable moyen de relever dans i opinion publique la chirurgie tombée dans le mépris. Bienaise, et après lui Roberdeau, rétablirent à leurs frais, dans les écoles désertés de chirurgie, et entretinrent par une pension annuelle plusieurs charges de démonstrateurs. Nous verrons bientôt que cet exemple ée générosité ne fut pias perdu.
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Louis XIV, en réformant, par une déclaration du mots de décembre 1671, l'école royaié de chirurgie du Jardin deV Plantés * voulut que l'enseignement, dont les docteurs des facultés dé Paris et de Montpellier s'étaient jusqu'alors disputé le; privilège connue une proie, fût confié à un chirurgien. Dionis fut nommé pour l'anatomie et les opérations. La disti Action avec laquelle il s'acquitta de < son emploi, justifia la mesure prise par le monarque, et prouva qu'à l'avenir , pour avoir des leçons de chirurgie , il ne serait pas déraisonnable de s'adresser à des chirurgiens. Le même Louis XlV comblait d'honneurs* et de richesses Félix, Clément, Mareschal, Beissier, et tous ceux dont la cour avait reçu les services. Ces encouragemens, bien qu'ils ne s'adressassent qu'individuellement à un cortain nombre d'hommes distingués * n'en étaient pas moins très -capables d'enflammer l'émulation des autres, et de faire avancer lai science. Mais en étudiant cette époque avec plus de soin, on ne peur manquer d'être frappé d'une circonstance dont les historiens de la chirurgie n'ont pa* terni compte, et qui néanmoins remporte irifi* niment par son importance sur toutes celles qui viennent d'être estposées. Si l'on ne peut pas dire qu'il existât alors des cliniques cl», rurgicales telles que celles que nous possédons aujourd'hui, aU> moins est-il certain que les chirurgiens des hôpitaux avaient la liberté et même l'habitude d'amener à leurs visites, et de rendre témoins de leurs opérations f leurs élèves particuliers, leurs amis , et les étrangers que les leçons an atomiques des Duverncy , Littre, Mery , Winslow , attiraient alors à Paris en assez grand nombre. Les. médecins français n'ayant senti que beaucoup plus tard l'avantage de faire étudier aux élèves les maladies au lit du malade , et les historiens qui ont parlé des cliniques, n'ayant eu en vue que celles d* médecine, il n'est question nulle part de celles dont nous parlons? cependant ^espace seul , et non les preuves , nous manque pour dér montrer que Saviard à l'H6tel-Dieu , Mareschal et le HthotomisteXoi et à la Charité, et même Mauriceau dans les salles d'aocouchemens du premier de ces hôpitaux, formèrent a la pratique un grand nombre de chirurgiens français et étrangers. Il serait bien superflu de s'attacher à faire ressortir par de longs développemens l'heureuse et puissante influence que dut avait , quelque restreint qu'on le suppose 9 cet enseignement clinique si supérieur à tout autre enseignement. La chirurgie des champs de bataille ne fournissait alors que trop de leçons du même genre. « .
Tandis que le plus grand chirurgien du siècle, l'immortel k4in
Petit , faisait passer dam l'âme des élèves son enthousiasme pour l'art auquel il consacra sa vie, Mareschal, premier Chirurgien du rpi, et La Peyrome, si digne de le seconder et de lui succéder dans ces fonctions , éveillaient chez le monarque ces sentimeiis de bienveillance dont il a donné tant de preuves pour la profession de deux hommes pour lesquels il avait une haute estime et même une véritable affection. Le premier fruit de leurs sollicitations fut la création, par lettres patentes du mois de septembre 1724, dans l'école de Saint-Côme , de cinq places de démonstrateurs , chargés d'enseigner toutes les parties de l'anatomie et de la chirurgie. \ I
Parlerons-nous des clameurs que fit pousser à la faculté de médecine cette institution si nécessaire ? Elle avait , disait- elle , le monopole légal de l'enseignement des sciences médicales ; nul n'avait le droit d'apprendre que ce qu'il lui plaisait à elle d'enseigner. Convenons que de tous les moyens qu'elle eût jusqu'alors mis en œuvre pour entraver les progrès de la chirurgie, le plus efficace eût été de rester elle-même chargée de les lui faire faire. Qujjque ridicules que nous paraissent aujourd'hui ces prétentions de la Faculté, quelquesunes des démarches dont elle les appuya l'étaient encore davantage. Quesnay décrit d'une manière fort plaisante l'assaut que livrèrent aux portes de l'amphithéâtre anatomique de Saint-Côme , les docteurs 'en robe et en bonnet, suivis de leurs écoliers, ayant en tétele doyen de la Faculté , orné des insignes, de sa dignité , un professeur armé d'un squelette , et un huissier qùi , frappant à la porte à coups redoublés et menaçant de la faire enfoncer, criait; Foicivos seigneurs et maîtres de la Faculté qui viennent réclamer le droit de vous instruire. Ils viennent , ajoute le malin historien , s'emparer de l'amphithéâtre que vous n'avez pu bâtir que pour eux ; ils vous portent tout le savoir qui est renfermé dans leurs livres. Les huées du peuple, que la curiosité avait rassemblé, couvrirent la voix du et les seigneurs et maîtres furent reconduits au bruit des siffle L'enseignement fondé par l'édit de Louis XV dont nous \ de parler était incomplet et confié à un trop petit nombre de professeurs pour ne laisser rien à désirer; par une munificence qui semblerait plutôt celle d'un roi que celle d'un particulier, aux cinq démonstrateurs nommés, Liapeyronie en ajouta un sixième, à qui il assura une pension égale À eèlîe' des autres, et qui fut chargé de faire deux cours d'accouchement, l'un pour les élèves en chirurgie» l'autre pour les sages-femmes. Il fit en outre nommer à ces démonstrateurs un nombre égal d'adjoints, dont il se chargea hii-
CHI 77 5 même de payer les honoraires. Lapeyronie ne se borna point à faire fleurir l'enseignement de la chirurgie dans la capitale, il demanda et obtint pour la ville de Montpellier la nomination de quatre professeurs et de quatre adjoints, qui durent embrasser dans leurs leçons toutes les parties de la chirurgie. Mais il manquait un amphithéâtre , et l'on négligea d'attacher des honoraires aux fonctions qu'on venait de créer; ce fut Lapeyronie qui leva cette double difficulté, et dont la bourse pourvut à tout. m
Un grand talent de Lapeyronie fut de savoir faire servir les hommes et les choses à l'accomplissement de ses nobles projets. Toujours attentif à ce qui peut seconder ses vues, il sait découvrir partout le mérite même qui se cache, et s'entourer des hommes les plus capables. Quiconque excelle dans son état, montre d'heureuses dispositions, ou éprouve des besoins, est assuré de sa protection, a droit à ses bienfaits, à son amitié; aux uns il ouvre la carrière de la fortune, aux autres il montre le chemin des honneurs, il aide le plus • grand nombre de ses conseils et de sa bourse, il les encourage, les anime, les excite par la plus noble des passions, l'amour de la gloire. Il serait trop long d'indiquer en détail tout ce que cet homme immortel fît pour la chirurgie, et Ton ne pourrait parler dignement des dispositions qu'il fit pour la servir encore après sa mort. Le testament de Lapeyronie est un monument admirable de philantropie et d'amour delà science ; la durée des siècles n'en avait point offert le modèle. Frais d'enseignement , institution de prix annuels, fondation d'une bibliothèque, rentes considérables destinées à encourager la chirurgie de toutes les manières et à en hâter les progrès, construction d'un amphithéâtre, legs aux hôpitaux, pour assurer des cadavres aux démonstrateurs d'anatomie, etc. etc.; tels sont les articles principaux d'un testament dont l'auteur a d'autant plus de droits à nôtre admiration , qu'il ne fait que continuer après sa mort les immenses libéralités dont il s'était montré prodigue pendant sa vie.
Le plus grand bienfait de Lapeyronie, l'événement le plus important de l'histoire de la chirurgie moderne, mais en même temps celui dont l'influence est le mieux connue et sur lequel il est le moins nécessaire de s'étendre, c'est la création de l'académie royale de chirurgie; de ce corps à jamais célèbre , qui dicta à l'Europe un code chirurgical dont après trois quarts de siècle les articles fondamentaux ne sont point encore abrogés. A côté de ce grand événement, une foule de circonstances qui favorisèrent plus ou moins les progrès de la chirurgie s'effacent en' quelque sorte , ou paraîtraient peu digne*
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d'arrêter l'attention. Nous ne pouvons nous dispenser néanmoins de rappeler la déclaration du roi du a3 avril 17/^; déclaration digne de Daguesseau qui la rédigea, laquelle rejette de la société des chirurgiens la communauté des barbiers, dont l'alliance l'avait trop long-temps deshonorée; institue des degrés académiques; exige des élèves une éducation libérale, et prescrit pour la réception au titre de maître en chirurgie des formes sévères d'examen. Nous citerons encore la fondation de cette école où Desault débuta comme professeur oe clinique, et où Chopart enseigna avec tantede zèle l'école pratique de chirurgie, établie par arrêt du Conseil du 4 juillet 17.^0, et qui reçiit sa dernière forme par un règlement du roi du 19 mars 1760. A cet établissement se rattache celui d'un hospice de perfectionnement , qui n'avait d'abord que six lits, et qui fut fondé par édit du roi du mois de décembre 1776.
A l'açadémie succéda l'école de Desault; de cet homme dont . l'heureuse et puissante influence ne saurait être méconnue que par l'ignorance ou l'envie; qui apprit à connaître les rapports mutuels des organes et à diriger l'instrument tranchant dans la profondeur des parties avec autant de précision que si elles étaient transparentes, qui fut, en un mot, le créateur de l'anatomie chirurgicale; qui servit l'art par les découvertes dont il l'enrichit, et plus encore par l'amour de la chirurgie, par l'enthousiasme qu'il communiquait à la foule d'élèves de tous les pays , qui se pressaient à ses leçons.
Une dernière cause de l'avancement de la chirurgie française, à la fin du siècle passé, furent les guerres de la révolution. L'histoire particulière des progrès de l'art à cette époque fera bientôt connaître la part qu'y eut la chirurgie militaire. <vfeW<
Nous voudrions pouvoir tracer pour les pays étrangers, comme nous venons de le faire pour la France, l'exposition des circonstances les plus importantes, qui exercèrent sur l'art dont nous étur diona les progrès une influence directe.; mais nous manquons de documens, et l'insuffisance de ceux qui suivent nous fait vivement regretter que, jusqu'à présent , l'histoire de la chirurgie n'ait jamais été traitée dans cet esprit. r , 4$ nfi jan i
Bien qu'elle eut dans ses nombreuses universités des professeurs de chirurgie, dont plusieurs acquirent une juste célébrité, l'Allen magne manquait de plusieurs institutions, sans lesquelles l'étude de l'art ne peut qu'être incomplète, et ses progrès fort difficiles. L'Autriche était, sous ce rapport , une des contrées les plus mal partagées; on comptait bien à la cour et dans les armées quelques
CHI 777 chirurgiens dignes d'estime : mais ou ils étaient étrangers, 6m s'ils étaient nationaux , c'était che* les étrangers Qu'ils avaient été forcés d'aller dérober leurs connaissances; les hôpitaux , cette source intarissable d'instruction, manquaient entièrement , ou n'offraient aucune des conditions sans lesquelles ils ne peuvent remplir leur objet. La chirurgie, livrée depuis des siècles aux mains grossières des barbiers et des baigneurs, était soumise à l'empire des médecms et condamnée ait mépris du public* Cest à Joseph II qu'était réservé l'honneur de réformer un préjugé si déraisonnable ; ce prince philosophe n'ignorait pas qu'en général tout art condamné à ramper est anéanti; c'est de la liberté, c'est de la considération, incompatibles avec l'esclavage, que naissent dans les sciences l'ardeur et l'émulation , mères des progrès. Aussi s'empressa- t-il d'affranchir la chirurgie; il lui conféra les prérogatives, les droits , les titres , les honneurs qui appartiennent à toute véritable science. U éleva des hôpitaux eivils et militaires sur tous les points de son royaume , et fonda à Vienne, a» .sein même d'un vaste hepkalj une école de chirurgie-médecine, telle qu'il n'en existait point alors dans tout le. reste de l'Europe. Il créa six chaires publiques qui furent confiées à des hommes distingués qu'il avait fait voyager à ses dépens. Il enrichit cet établissentent de tous les accessoires qui peuvent contribuer à rendre l'instruction plus facile et plus solide. Il y eut une collection conv» plèfe d'instrumens de géométrie et de physique , un vaste cabinet de préparations anatomiques en cire> une collection non: moins riche de préparations anatomico-pathologiques, naturelles ou artificielles, un cabinet d'histoire naturelle , formé à grands frais, un immense arsenal d'instrumens de chirurgie , de bandages et de machine! et une bibliothèque choisie et nombreuse. Des prix annuels furent fondés ; les chirurgiens employés par le gouvernement eurent des appointemens pins élevés que par le passé , et l'assurance d'une retraite honorable. Quels immenses services n'eussent point rendu à la chirurgie de pareils établissemens * s'il se , fut trouvé , un siècle pJravlé^, en Allemagne , un prince asses éclairé pour en sentir l'importance, assez généreux pour ne pas craindre de les acheter trop cher 4 Mais jusqu'alors il semble qu'aucun n'en avait eu l'idée (i ). Lé grand Frédéric lui-même eut; à la vérité, en tête du service chirur-
' (x) La fondation d'un théâtre anatomiqae à Berlin, en 1713, Celle d'an coMége médico-tltirurgical , en 1744, ayant un professeur d'anatomîe et un <WuiOn*tratenr de chirurgie, Ht à peine quelque chose pour l'art, qui restait les main» des barbiers. M * i
gical de ses armées , des hommes d'une grande distinction , tels que Bonness, Schmucker, Theden , Bilguer, Mursinna; mais la plupart des chirurgiens d'un rang moins élevé , et tous les aides-chirurgiens, étrangers aux connaissances anatomiques et aux premiers principes de l'art, n'avaient, pour tout savoir, que l'habitude de panser des plaies ou d'ouvrir des abcès.
Joseph II eut des imitateurs; ses établissemens ne furent point stériles, et, à la fin du dernier siècle, la chirurgie allemande pouvait soutenir sans désavantage le parallèle avec celle des autres contrées de l'Europe.
Le Danemarck fit de généreux efforts pour y prendre un rang honorable. Tandis que les familles dégénérées d'Olaûs Worm et de Thomas Bartholin se partageaient comme autant de sinécures toutes les places de l'université ; tandis que les médecins se plaçaient, par leur mépris pour l'anatomie , presque au niveau du peuple ignorant et superstitieux qui la considérait comme une profanation , les chirurgiens Simon Criiger, Bertram et Clauson disséquaient dans leurs propres maisons quelques cadavres humains , et donnaient à un petit nombre de disciples pleins d'ardeur pour la science, des Jeçons de chirurgie bien différentes de cet enseignement grossier que les médecins étaient chargés de faire aux barbiers. Crùger et «on fils , obligés de quitter le Danemarck , vinrent à Paris , où ils trouvèrent près de leur compatriote Winslow , près de Mareschal , et de Lapeyronie , de nouveaux motifs de s'attacher à l'art qu'ils chérissaient, et les circonstances les plus favorables pour y faire de nouveaux progrès. Rappelés à Copenhague par Christian VI , les deux Criiger résolurent d'y porter les réformes qu'ils avaient vu s'opérer en France dans l'état de la chirurgie. Leur premier soin fut d'ouvrir des cours où se pressa bientôt Ja foule des élèves. .Secondé par Montzinger et Vohlert dont les vues étaient les mêmes, et dont le zèle égalait le sien, Simon Criiger profita de la bienveillance dont le roi les honorait tous trois, pour solliciter la fondation d'un enseignement chirurgical public et régulier. Une loi du 3o avril 17 36 créa une école anatomico-chirurgicale , entièrement distincte de la Faculté de médecine , soumise à de sages réglemens , et dont Criiger fut le directeur. Six mois s'étaient à peine écoulés, que les sourdes intrigues des médecins" avaient soulevé contre Criiger un orage contre lequel il fut heureux de trouver un abri dans la protection toute spéciale du roi. On peut voir dans Riegels l'histoire de toutes les luttes qu'il eut à soutenir contre la Faculté, jusqu'à la
fin de ses jours en 1760. Fort des talens que ses ennemis mêmes ne lui contestèrent jamais , attaché avec la religion la plus scrupuleuse à toutes les lois du devoir, il opposa toujours à l'intrigue et à la calomnie une constance inébranlable , et déjoua toutes les entreprises de la Faculté. Ce grand homme mourut de douleur en recevant la nouvelle de la mort de Winslow , après avoir professé, pendant 24 ans , dans la nouvelle école , l'anatomie et la chirurgie, avec jin zèle et une exactitude qui ne se démentirent jamais. Criiger eut le mérite de contribuer beaucoup avec Vohlert à la composé In des sages réglemens de l'hôpital Frédéric , établissement qui devait être également utile à la chirurgieet à la médecine, par la liberté accordée aux élèves d'y suivre les visites et les leçons de leurs maîtres, mais dont Criiger seul et ses disciples surent profiter.
Tant que régna le sage Frédéric V, et aussi long-temps que ChristianVIL l'ami et le protecteur des sciences, gouverna par lui-même, la chirurgie jouit en paix de son indépendance. Hennings, digne successeur de son maître , dans la place de directeur, K 6 1 pin , professeur plein de zèle, Vohlert et Berger ^soutinrent avec honneur la gloire de leur école. Mais lorsque, en 1772, et jusqu'en 1784, la conduite des affaires fut livrée aux mains du théologien Guldberg, non-seulement les intérêts , mais l'existence même de l'école de chirurgie furent sacrifiés au caprice et à la jalousie de l'université. L'enseignement tomba rapidement, et avec lui la considération qu'avait gagnée depuis un demi siècle le corps des chirurgiens. Mais cet état d'abaissement n'était plus en harmonie avec les lumières du siècle et ne pouvait subsister long-temps. Tode, Berger, Bcdendick , Hennings, Kôlpin , Winslovr , Briegel et Lùders, réunis depuis quelque temps en une société libre qui s'occupait avec zèle des progrès de la chirurgie , demandèrent l'autorisation légale de leuçs réunions, et la liberté d'ouvrir gratuitement des. cours publics sur l'anala physiologie', et sur toutes les parties de la chirurgie et des accouchemens. Leur demande, appuyée d'un mémoire le raison sur la nécessité d'un pareil établissement» avec faveur; et un édit du 22 juin 1785 créa l'Académie royale 6Jc chirurgie de Copenhague , qui , aux attributions de celle de Paris , sur le modèle de laquelle elle était formée, joignit celles du collège de chirurgie, et constitua, par conséquent, une école pourvue d'un enseignement complet. Nous n'avons point de renseignemens qui nous apprennent quels furent les résultats de cette fondation ; mais , s'il était permis de faire de l'histoire avec des con-
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jectuses, nous oserxoiis assurer que l'Académie royale de clùrurgie de ( lope nhag ue dut , comme celle de Paria y servir doublement la science, et pair les progrès qu'elle lui fit faire, et par le degré d'estime et de considération où elle dut élever, dans l'opinion du public, les hommes qui consacrent leur vie à un art aussi salutaire.
Nous ne dirons plus que quelques mots sur l'histoire extérieure ou politique de la chirurgie au dix-hukième siècle ; c'est-à-dire sur les circonstances qui durent avoir quelque influence sur son avancement. L'Angleterre , peu sonciense en général , au moins jusqu|È| une époque assez rapprochée de nous, de tout ce qui se rapport à l'histoire des sciences, ne fournit point de documens pour cet objet; ce sont des chirurgiens français qui avaient visité Londres, qui nous ont donné là-dessus le peu de renseignemens que nous possédions. Ainsi ,G. Arnaud nous apprend qu'en 1745, les chirurgiens de Londres, à l'exemple de ceux de Paris, se séparèrent*du corps des barbiers. Le parlement leur accorda une nouvelle charte, par laquelle il confirma leurs anciens privilèges qu'ils avaient .perdus, et leur en accorda de nouveaux. Ils se firent bâtir une maison propre aux exercices de la chirurgie , avec un amphithéâtre fort commode. Quant à l'enseignement , tout ce qu'Arnaud nous en dit. c'est qu'une loi prescrivait aux chirurgiens de faire tous les ans un cours gratuit d'anatomie. - <
Nous ne sommes pas mieux instruits des affaires d'Espagne «I à* Portugal relatives à la chirurgie. La seule circonstance qui puisse intéresser son histoire,. que nous ayons à citer, est l'ouverture d'im cours d'opérations chirurgicales à l'hôpital royal de Lisbonne, en 176a , par autorisation expresse du roi. Le savant Sanchez, dans une note manuscrite, placée à la suite de l'exemplaire que je possède d ? un discours que le professeur Philippe Joseph de Gouvea prononça à l'ouverture de ce cours , le considère comme le premier pas de l'établissement de la chirurgie en Portugal.
Après avoir fait connaître, autant que le permettait l'insuffisance des sources, l'ensemble des circonstances cpii ont eu quelcrue influence sur l'avancement de la chirurgie dans toute l'Europe , nous devons donner un aperçu des découvertes qui agrandirent le domaine de l'art, des perfectionnemens qui l'enrichirent. Obligés de nous renfermer dans des limites que nous ne pourrions franchir sans faire de cet article un ouvrage volumineux , ou sans répéter ici ce qui se trouve dans d'autres endroits de ce dictionnaire , nous devons nous borner à un certain nombre de faits choisis parmi les plus im-
€MI 7 8i portons, paimi cenx dont l'intérêt est le plus général et le plus étendu. On ne cherchera donc point dans ce qui va suivre un recensement complet < le tout ce qui s'est fait d'utile en chirurgie dans le dernier siècle , ni la liste d* tous les noms qui jouirent de quelque célébrité Vr - m - . ■•:V>»»\ ' » '
Avant de s'engager dans l'examen , de travaux relatifs à chaque point important de chirurgie^ il convièndruit peut-être de jeter un coup d'-ceil sur la série des traités ou dos recueils dont les auteur >. embrassèrent, soit la totalité, soitia plus- grande partie de la science : -ce serait comme une première vue de seV révolutions. Quelques noms suffisent pour rappeler à l'homme instruit la distance qui sépare la chirurgie d*on siècle lie celie du siècle antérieur; ils marinent pour l'élève des époques dont le souvenir reste mieux gravé dans son esprit que celui d'une simple date. Mais dans le répertoire bibliographique qui fait suite à ce dieti(t«in»ire, les auteurs sont placés dans l'ordre chronologique suivant lequel iU se sont succé^ dés; et l'on y trouvera*, sous le titre Chirurgie, une indication qu'il •serait superflu de répéter ici, et à- laquelle nous nous contenterons de •renvoyer te lecteur. Parcourons' dotic rapidement ? les' parties i du domaine dë ik fchîrûr^ie Qui entête: le plus cultivées^ efsignalôns quclques-ilfo des travaux donf notre sîêcle a" rëcïieffli'Ie's fruits.
Vtcèrès, -1%' tfést tjoint'dfe partie de la chirurgie qui ait pris au ffix-huitieiile sféclénn'aspe^ offrait flans 'les te-4î» 'antérieurs, 'c^tie \* p-aftie relative à l'inflammation. Rien ne ressemble moins , par exemple , à l'exposition pathologique de cet état morbide , donnée par 7 Paracclse et Philippe d'Ingràssia, que celle quWe^trôuvé dahs RttliWr «fCalTîseii. Aùx rtiëoWès ga'ténîque et alchimique, sn^cédererrt, dans cestècîé, d'aborala théorie nVèca- 'riiquë^qui n'était guère mbms hypothétique, puis dès principés'môms
dirons seulement iciquëceïîif un chirurgien /l^mmciVTeîWâh IWn 1 ter, qui contribua le plus à fonder la docWm'é^ui règne'éricorc de
nos jours sur cette matière. A mesure qu'ils connurent mieiix v marche naturelle des tumeurs' inflammatoires , les chirurgiens sentirent s'affaiblir la romWc que lëW avaîenf fegûee leurs prédééefe
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seurs dans les vertus toutes puissantes de telle ou telle drogue contre chaque forme de la maladie , ou pour chaque époque de sa durée. La polypharmacie chirurgicale tomba peu à peu dans le discrédit qu'elle méritait ; l'usage et la composition des topiques furent ramenés à des règles dont la simplicité fut le premier mérite , et ces compositions monstrueuses , où mille drogues venaient mettre en commun leurs vertus, s'aider, se corriger, se tempérer mutuellement, pour faire un tout doué d'une puissance unique et merveilleuse, ne figurèrent plus dans des répertoires pharmacologiques, que pour témoigner de la crédulité de nos ancêtres. Le traitement des abcès fut basé sur des principes qui s'accommodaient mieux qu'autrefois aux différences que présentent les maladies comprises sous ce nom. Quant à la gangrène, outre qu'on connut mieux les procédés par lesquels s'opère la séparation entre le mort et le vif, dans toutes les espèces de la maladie, il est quelques-unes de ces espèces qu'on ne commença pour ainsi dire à étudier que dans le siècle dernier. C'est ainsi qu'on peut considérer Fournier et Thomassin comme des écrivains originaux , dans ce qu'ils nous ont appris sur le charbon malin ou pustule gangréneuse de la Bourgogne \ la gangrène se'nilc, quoiqu'on en puisse trouver un assez grand nombre d'ot*servatmn> dans les auteurs, n'avait été décrite, mille part comme elle le fut par Pott ; enfin , bien que Lainottc eut observé à l'Hôtel - Dieu la pourriture des plaies , ou gangrène d'hôpital, à la fin du dix - septième siècle, on ne peut contester à Pouteau l'honneur d'avoir appris aux chirurgiens à la connaître. Dussaussoy fut , après lui , le premier qui s'en occupa. , . / r §
La vérité la plus solide ne parvient que lentement et avec difficulté à remplacer l'erreur long-temps accréditée : l'excellente thérapeutique des plaies , enseignée par Magati, avait à peine trouvé quelques partisans dans le siècle de cet habile chirurgien. Augustin Belloste parut l'inventer, lorsqu'il en prit la défense dans son Chirurgien d'hôpital , à la fin de ce siècle , et vSancassaui se crut oblige de la revendiquer en faveur de son compatriote. J. L. Petit , ses disciples Guisard et Faudacq , Chabert, Garengeot, Lecat et Ledran , lui prêtèrent, comme Belloste, l'appui d'une grande expérience et de solides discussions. On voit néanmoins par les reproches qu'adresse aux chirurgiens français , J. Daniel Schlichting , dans sa Traumatologie, publiée au milieu du dix - huitième siècle, a\tc quelle difficulté cette méthode parvint à se îépandre; il fallait, pour
qu'elle devînt générale , que l'observation attentive des plaies que
l'on abandonne aux soins de la nature , eût appris le rôle qu'elle joue dans leur guérison, et à quoi se réduit l'influence des secours que l'art peut lui fournir. Mais cette étude était réservée à la deuxième "moitié du dix -huitième siècle , époque où l'anatomie pathologique commença à briller d'un si vif éclat. Nous n'aborderons point cette période que nous n'ayons auparavant signalé dans les travaux antérieurs un point dont on à trop long -temps méconnu l'importance. Il serait bien difficile de remonter d'une manière précise jusqu'au premier auteur qui ait parlé du danger de la suppression de la suppuration des plaies; mais on peut affirmer sans crainte, qu'avant J. L. Petit , personne n'avait connu comme lui les résultats de ce qu'il appela le reflux de la suppuration , et la cause de ses dangers. Que du pus séjourne dans des clapiers profonds et sinueux où l'air puisse pénétrer et le corrompre , il pourra être résorbé; le malade sera pris d'accidens fébriles et putrides, et à l'autopsie , on trouvera, entre autres lésions , une foule d'abcès dans diverses parties du corps, mais surtout dans les poumons et le foie. « Ces abcès, dit J. L. Petit, se forment en très peu de temps, et avant qu'on ait eu aucun indice de suppuration; ce qui vient peut-être de ce que le pus qui est dans le sang, est déjà tout formé, et qu'il
ne change presque point de nature J'ai vu quelquefois ces sortes
de dépôts purulens se former d'un jour à l'autre , sans que le malade s'en fût aperçu que par quelques légères douleurs , etc. » Faudacq et Quesnay ont publié sur le même sujet des observations et des remarques fort dignes d'être lues.
Un physiologiste ingénieux , Pierre Fabre , observa avec soin le travail de la cicatrisation, et montra combien étaient fausses les idées qu'on s'était faites de la régénération des chairs dans les plaies avec perte de substance. Louis donna plus de développement à ses remarques , et fit voir à quel point étaient futiles les bases sur lesquelles reposait la doctrine des niédicamehs sarcotiques ou incamatifs. Quelques années plus tard, J. Hunter traita le même sujet , et laissa bien loin derrière lui tous ses prédécesseurs; A peine y aurait -il quelque exagération à affirmer que tout ce qu'on sait aujourd'hui sur l'anatomie et la physiologie pathologique des plaies se trouve dans son ouvrage, le plus original , sans aucun doute, de tous ceux que vit paraître le siècle dernier. Avant Hunter, l'expérience des plus habiles chirurgiens avait prononcé sur la valeur de ces prétendus cirât risans qui , interposés entre les lèvres d'une plaie, sont toujours un obstacle à sa réunion primitive, et entra-
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vent même, d;ui$ beaucoup de cas, le travail secondaire de la cicatrisation; mais l'on connut depuis la raison de ces inconvéniens ; l'expérience fut basée sur des principes, et fournit à la pratique des règles d'autant plus sûres. La réunion par première intention devint de plus en plus fréquente , et Jes pansemens les plus simples furent préférés pour les plaies qu'on ne peut empêcher de suppurer.
Lafaye, dans ses Notes sur IJiunis , s'était élevé contre l'usage, alors fort répandu, de sonder les plaies des capacités; Lecat démontra avec une parfaite solidité que cette manœuvre n'est pas moins inutile qu'incertaine et dangereuse.
Les expériences de Ilallcr sur l'irritabilité devaient faire penser qu'il y avait quelque chose de faux et de mal observé dans les faits qui nous représentent comme très- dangereuses les plaies des tendons et des aponév roses ; Bordenavc montra que ce qui fait le danger de ces blessures, n'est pas, comme on l'avait imaginé, la sensibilité des tissus qu'elles atteignent, mais bien l'étranglement que ces tissus fibreux inextensibles exercent sur les parties qu'ils enveloppent dès qu'elles v iennent à s'enflammer ; d'où la nécessité des débridemens. Fabre prouva d'ailleurs que l'état d'inflammation donne de la sensibilité, et une sensibilité très -vive, aux parties qui en sont naturellement dépourvues.
Des anciens avaient dit, mais plutôt peut-être sur un simple soupçon que par-suite d'expériences suffisantes, qu'une plaie qui met un os à découvert, et le dépouille du périoste, en détermine nécessairement l'exfoliation. Plus tard , ce résultat ne parut point nécessaire et inévitable ; mais,, pour les cas où l'on ne croyait pas à la possibilité de le prévenir, on avait établi en principe que les spiritueux et les dessiccatife appliqués sur l'os, étaient les moyens les plus propres à en bâter l'exfoliation , et qu'il fallait éviter, comme nuisibles, tous le> remèdes gras et humectans. Monro fut d'une opinion toute contraire, et recommanda exclusivement ces derniers moyens. Tenon fit sur des chiens un grand nombre d'expériences, desquelles il résulta que les spiritueux, les balsamiques, les dessiecatifs déterminent une exfoliation assez profonde, et qui s'opère dans une trentaine de jours; que l'usage de l'eau tiède, au contraire, ou mieux encore de cataplasmes émolliens, procure la guérisonendix ou douze jours, sans aucune apparence d'exfoliation. Tenon reconnut, au reste, que, sur ce dernier point, l'apparence était trompeuse; car, ayant examiné avec le plus grand soin, après les avoir fait macérer, l«*s os qui lui avaient fourni ces dernières observations, il vit avec <î
CH1 7 85 ncment , qu'il s'y était fait une véritable cxfoliation , mais extrêmement superficielle. Poursuivant les mêmes expériences, pour apprécier les avantages ou les inconvéniens de la méthode de Belloste, qui consiste à perforer en plusieurs points l'os mis à découvert , Tenon en vint à établir que, chez les sujets qui ont passé la première jeunesse, cette méthode hâte la formation des bourgeons, et qu'il y aurait peut-être quelque avantagea l'employer chez les sujets d'une constitution faible et d'un âge avancé, quoiqu'elle n'avance pas d'une manière sensible l'époque de la cicatrisation complète.
Depuis des siècles on avait prodigieusement abusé de l'emploi des sutures; quoique partisan décidé de la réunion immédiate, Pibrac s'éleva avec # beaucoup de force contre cet abus, et opéra une révolution qui fit tomber les sutures dans un discrédit aussi exagéré peut-être que l'avait été la faveur dont elles avaient joui auparavant. C'est ainsi que Louis ne voulait pas même admettre ce moyen de réunion pour l'un des cas qui l'exigent le plus impérieusement, pour le rapprochement et le maintien des lèvres de la plaie, après l'opération du bec - de -lièvre.
Nous bornerons ici cet aperçu sur les changemens qu'éprouva au dernier siècle la chirurgie des plaies ; celle des ulcères subit des modifications analogues, grâce aux travaux de l'académie de chirurgie. Underwood , Baynton, etc... préconisèrent les avantages de la compression , dans le traitement de ces dernières maladies; mais ils ne firent en cela que renouveler une méthode dont les avantages avaient été bien connus de Wisemann et de Sharp.
Maladies des os. — Les anciens, et particulièrement les chirurgiens du dix-septième siècle , avaient transmis un fonds très - riche sur les maladies des os ; mais ce fonds ne consistait guère qu'en des observations isolées, qui demandent des lecteurs déjà formés, et ne suffisent pas pour constituer la science et la faire avancer. J. C. Heyne et Laurent Verduc avaient tenté de faibles efforts pour en faire un corps dedoctrine. J. L. Petit mitau jour son Traité des Maladies des os, et ses prédécesseurs furent oubliés.Personne n'avait encore rattaché avec autant de soin qu'il le fit , l'anatomie exacte des parties à l'étude des fractures et des luxations , qui seraient sans elle d'une obscurité impénétrable. L'emploi des machines pour la réduction des os luxés ou fracturés est tout ce qu'on peut reprocher à Petit. Bien long - temps après, parut un ouvrage écrit probablement à la même époque ; c'est le Traite' des Maladies des os, du grand anat omiste Ouichard Joseph Duverney , qui, sous divers rapports, ne le cède i. 5o
point au précédent , et l'emporte même sur quelques autres ; commr, par exemple, dans le précepte qu'on y trouve, de placer dan* la fracture de la clavicule un épais coussin sous l'aisselle, et de rapprocher le coude du tronc , pour remplir une indication que Duverney avait *presquè aussi bien comprise que DesaulU Comme traités généraux , ces deux ouvrages ne furent point surpassés jusqu'à la fin du dernier siècle, et, malgré leur mérite, ceux de J. Fréd. Boet tcher, Manne et Ch. Fréd. Closs ne les firent point oublier; mais les travaux d'une foule de chirurgiens ou d'expérimentateurs jetèrent beaucoup de lumière sur quelques-uns des sujets les plus importans qui y sont traités.
L'anatomie pathologique s'étudia à dévoiler le travail naturel par lequel les fractures se consolident. Jusque vers le milieu du dixhuitième siècle , on admettait généralement que la réunion se faisait par l'effusion d'un suc osseux, qui, suintant de l'os rompu, et coulant dans les interstices de la fracture , en joignait, les bouts , à peu près comme la colle réunit deux morceaux de bois. Duhamel fractura des osa un grand nombre d'animaux, et observa jour par jour, avec l'attention et la perspicacité dont il a donné tant de preuves , tous les changemens qui survinrent dans la partie , jusqu'à parfaite consolidation ; il conclut de ses expériences que le périoste se gonfle à l'endroit des fractures, et jusqu'à une certaine distance; que les tissus fibreux environnans participent eux-mêmes à cet épaississement , dans le cas de fortes contusions ; que cette tuméfaction est constituée par une substance comme cartilagineuse, laquelle s'étend entre les fragmens de l'os fracturé et en enveloppe les extrémités; qu'au sein de cette substance viennent se déposer des molécules terreuses qui la transforment en un os d'abord peu régulier, mais qui ne tarde pas à le devenir , en même temps que la tumeur diminue de volume, qu'elle reprend le niveau du reste de l'os, et que le périoste se réduit au degré d'épaisseur et de consistance qui lui est naturel. Duhamel avait aussi obseryé que la membrane de la moelle participait "à ce travail d'une manière peu différente de celle du périoste.
Haller et son disciple Dethleef firent aussi de nombreuses expé : riences ; ils virent les mêmes changemens qu'avait observés Duhamel dans la substance comme cartilagineuse interposée entre les fragmens ; mais ils nièrent que cette substance fût le périoste , ou ses couches les plus intérieures, ou même une production de cette membrane. Us découvrirent du reste, comme, plus tard, Jean Hunter,
la formation de vaisseaux sanguins, dans cette matière d'abord amorphe. Bordenave admettait le développement de granulations cellulo-vasculeuscs sur les bouts de l'os, et un travail de cicatrisation qui ne différerait de celui des parties molles que par une marche moins rapide. Camper, Troja, Bonn et beaucoup d'autres, s'occupèrent du même sujet; et tous, malgré leurs dissidences, reconnurent une partie de la vérité. On peut dire que de l'ensemble de leurs' travaux, ressort la vérité tout entière, au moins telle que nous la connaissons aujourd'hui; car Duhamel , Fougeroux et Troja ont très -bien connu l'importance de la virole externe et du bouchon intérieur ou cal provisoire ; Haller, Dethleef, J. Hunier, Troja, le rôle de la lymphe plastique qui s'organise entre les fragraens ; Bordenave et J. Hunter, la part que prend le tissu de l'os lui-même, surtout chez les très -jeunes sujets , au travail de la réunion.
Les principes généraux du traitement des fractures avaient peu varié depuis l'antiquité. Surmonter à tout prix la puissance des muscles qui ont déplacé les fragmens et affronter ceux-ci, suivant leurs rapports naturels ; s'opposer à un nouveau déplacement par des bandages résistans qui ne permissent pas une nouvelle déformation du membre, ou par l'application permanente d'une force qui l'étendit sans cesse, tel était le but thérapeutique pour lequel on avait toujours des machines prêtes. On ne s'apercevait point que dans la plupart des cas la tendance continuelle des os à se déplacer, et la résistance prodigieuse des muscles, étaient le résultat de l'extension même dans laquelle on plaçait le membre fracturé. Guillaume Sharp et Percivall Pott se partagent l'honneur d'avoir établi pour condition fondamentale delà réduction, et du maintien des fracturés l'attention de placer le membre de telle sorte que les muscles qui tendraient à déplacer les fragmens soient dans le plus grand relâchement possible. Ces principes, adoptés en France par Lassus qui les y fit connaître , par Sabatier et quelques autres , s'y seraient sans doute propagés et établis; mais l'école de Desaiilt, dont les opinions étaient fort opposées, bien qu'on ne puisse d'ailleurs lui contester le mérite d'avoir singulièrement éclairé le diagnostic, et même la thérapeutique générale des maladies des os, l'école de Desault l'emporta durant plus d'un quart de siècle ; et ce n'est que depuis quelques années qu'on a commencé à réunir aux principes des deux célèbres chirurgiens anglais. Cette révolution n'est pas encore accomplie; la science n'est pas encore entièrement fixée sur ce pointet nous n'aurions pas l'assurance de tracer un tableau de véritables
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découvertes , plutôt que l'exposition (Tune série d'efforts plus ingénieux qu'utiles, en énumérant tous les appareils qui furent inventé dans le dernier siècle pour le traitement des fractures.
On I vait connu de tout temps lefait de la non-consolidation de quelques fractures, dans des circonstances dont la manière d'agir était et est encore un mystère ; quelques-unes de ces circonstances n'empêchent point une consolidation ultérieure : à cette classe appartient l'état de grossesse , comme Alanson et d'autres ont eu plusieurs fois l'occasion de s'en assurer. Celles là sont les moins fâcheuses , car il en est qui arrêtent pour toujours le travail de la consolidation, a moins que l'art ne vienne au secours de la nature ; et même il s'en faut bien que la chirurgie puisse vanter ici sa puissance. Pour exciter dans la fracture ime inflammation dont l'absence serait la cause de la non - réunion , J. Hunter proposait de frotter fortement l'un contre l'autre les deux bouts de l'os , ou d'engager le malade à se servir à plusieurs reprises de son membre, sans le tirer de l'appareil. Ch. White assure avoir guéri par ce moyen une fracture jusqu'alors non consolidée de la cuisse. Le docteur Physic , de New- Yorck, et JPercy, proposèrent, pour remplir le même but, un moyen qui paraîtrait plus efficace, l'introduction d'un séton entre les fragmens de l'os; ces ressources peuvent être insuffisantes dans bien des cas; elles le sont presque inévitablement dans ceux où il s'est développé entre les fragmens une substance fibro-cclluleuse <\ui les réunit en fausse articulation. C'est pour ces cas que Charles White proposa une opération fort belle , mais difficile et hasardeuse , la résection de l'extrémité des fragmens , ou d'un seul , s'il est impossible d'exciser les deux, et leur rapprochement comme après une fracture récente. Quoique répétée un certain nombre de fois , l'expérience n'a pas encore prononcé d'une manière définitive sur la valeur de cette méthode. Le même Charles White est le premier qui ait pratiqué une opération analogue à la précédente, et que Sabatier proclamait comme un des plus grands pas qu'eût faits la chirurgie moderne; nous parlons delà désarticulation delà tête, de l'humérus et de la résection de cette partie désorganisée par la carie. Bent et Orred répétèrent les premiers l'opération de White ; Parck, et , peut-être avant lui, Moreau le père et Vermandois l'appliquèrent au traitement des maradies du coude et du genou. Pour voir dans cette opération une découverte vraiment utile , dont les avan-
CHI 789 tages remportent sur sa gravité, peut-être convient- il d'en restreindre l'application dans les limites de sa première destination , c'est-à-dire de ne la pratiquer qu'au membflf supérieur.
Nous ne dirons plus qu'un mot sur les progrès de ta chirurgie , relatifs aux maladies des os , et ce sera pour signaler l'un des principaux titres de gloire de Percivali Pott. On chercherait vainement dans les ouvrages antérieurs à ce grand chirurgien , des notions comparables pour l'exactitude et la précision , à celles dont on lui est redevable sur la malaladie à laquelle on a donné son nom.
Plaies de téle. Les plaies de téte avaient été dans tous les temps l'objet d'une attention toute particulière, et les connaissances qu'on avait acquises sur ce sujet, dès les temps les plus reculés de notre histoire , ont droit de nous étonner. Les chirurgiens les plus distingués du seizième siècle et du commencement du dix-septième cultivèrent avec beaucoup de soin cette partie du domaine de l'art ; tout ce que l'observation attentive des symptômes de la maladie peut fournir de lumière sur un sujet naturellement fort obscur, fut saisi avec sagacité; mais il est plusieurs points, et des plus importans à connaître , qui ne pouvaient être éclairés que par des recherches d'un genre nouveau , par l'anatomie pathologique. C'est à ce précieux instrument de découvertes que le dix-huitième siècle dut la grande supériorité qui le distingua. On connut d'une manière beaucoup plus précise le siège et la nature des lésions cachées dans la profondeur des parties , qu'aucun autre moyen d'investigation ne pouvait complètement dévoiler. De là des indications thérapeutiques moins incertaines, et l'emploi moins hasardeux d'une opération qui peut être aussi funeste, quand on la pratique sans nécessité, qu'elle est avantageuse dans les cas qui la réclament. Quoi qu'en aient dit plusieurs historiens , et tout récemment l'auteur d'un ouvrage important sur les plaies de tête , les anciens n'avaient point ignoré que les lésions «l'iin côté du cerveau entraînent la paralysie du côté du corps op- . posé 5 Hippocrate, Cassius l'Iatrosophiste , Arétée, s'expriment làdessus d'une façon qui ne perriiet aucun ckAite. La barbarie du moyen âge n'effaça même pas ici, comme sur tant d'autres points, la trace des découvertes de l'antiquité. On lit dans Guillaume de Salicet ( que je ne puis citer en ce moment que d'après la vieille traduction française) : «A ce propos te convient-il noter ung général enseignement que toutes fois et quant es que aucun est blessé en la teste, ou de espée, ou a ut rement 7 si la lésion est si forte que à cause de telle lésion s'en ensuive perclution, si la lésion a esté faicte en la partie
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dextre, la perclusion sera en la partie senestre ; et par l'opposite, si la lésion a esté faicte en la partie senestre, la perclusion sera en la partie dextre. Parqutypeulx-tu entendre que les nerfs qui mouvent la partie dextre viennent de la partie senestre, et ceux qui mouvent la partie senestre viennent de la partie dextre. » La cyrurgie de maistre Guillaume de Saficet, le second traictie , premier chapitre, édit. de Paris, i5o5, in-4°. Cette doctrine perdit de sa netteté dans les siècles qui suivirent ; Prosper Marti an , Dulaurens et Fabrice de Hilden, furent ceux qui- la soutinrent avec le moins de confusion. Depuis ce dernier, elle s'altéra de plus en plus et finit par tomber dans l'oubli, car Valsai va, qui ne manquait point d'érudition, crut annoncer une chose entièrement neuve, quand il proclama, en 1704, que toute paralysie d'un côté du corps supposait une lésion extérieure ou interne , visible ou inapercevable dans le côté opposé du cerveau. Du reste, il y a si loin du degré de précision et de certitude auquel il porta cette doctrine, à tout ce qui avait été dit avant lui, qu'il peut à bon droit en être considéré comme le père. Petit, de Namur, la découvrit de son côté par ses propres recherches ; il fit plus , il en démontra la raison anatomique , sur laquelle on n'avait jusqu'alors avancé que de fausses suppositions. Les expériences qu'il pratiqua sur des animaux vivans , dans le but de découvrir les effets des lésions de chacune des principales parties de l'encéphale , ouvrirent une voie qui a conduit les physiologistes à des aperçus curieux et qui mènera tôt ou tard la médecine et la chirurgie à des résultats importans. Ce fut pour favoriser et exciter les recherches dans cette direction nouvelle, que l'Académie royale de chirurgie mit au concours la question des contrecoups dans les plaies de tête. Louis s'exprime d'une manière qui prouve qu'il avait bien vu la portée de cette question. Elle fut parfaitement comprise par Saucerotte et Sabouraut; au premier de ces deux habiles chirurgiens revient une belle part de l'honneur attaché aux travaux entrepris jusqu'à ce jour pour localiser les fonctions de l'encéphale, et déterminer les signes propres aux lésions de ses diverses parties.
Le siège de ces lésions n'est pas le seul ni même le principal point de leur histoire que le dix-huitième siècle ait eu la gloire d'éclairer. Ambroise Paré et Carcano Leone avaient déjà distingué, à travers leur apparente analogie, les symptômes qui suivent immédiatement une plaie de tête , de ceux qui surviennent quelque temps après. C'était un trait de lumière qui ne fut poinfremarqué. Jean-Louis P*-
fît, dont le génie observateur trouvait plus facile de faire une découverte que de l'apprendre, arriva, de lui-même, à distinguer la commotion de la compression du cerveau, à établir, entre les symptômes immédiats et primitifs des plaies de téte et les phénomènes consécutifs, une distinct iou dont l'importance pratique est capitale. L'autorité de Pott confirma et répandit cette doctrine; l'illustre chirurgien anglais apprit en outre à mieux connaître les épanchemens au-dessous du crâne.
On n'ignorait point, dans le siècle précédent, ni même plus an^ ciennement , la fréquence des abcès de foie dans les plaies de téte ; Bertrandi, Pouteau, David, s'exercèrent à expliquer pourquoi c'est dans le foie qu'ils se forment et non ailleurs. Desault déclara , comme on l'avait déjà fait autrefois; que c'était l'effet d'une sympathie toute spéciale entre le foie et le cerveau. Par malheur, le fait qu'on expliquait si bien, était un fait imaginaire; Molinelli, Gaber , Morgagni, fixent voir que de pareils abcès pouvaient se former dans beaucoup d'autres parties que le foie, et surtout dans les poumons. Divers chirurgiens revinrent à l'opinion des anciens, qui avaient admis dans ce cas un reflux de la suppuration formée dans le crâne. Mais Paletta parait avoir trouvé la véritable solution de ce point ae pathologie ; il pensa qu'à la suite des fractures ou contusions du crâne les sinus veineux pouvaient s'enflammer ; d'où formation de pus dans leur intérieur, mélange de cette matière avec le sang, et les suites que, depuis, M. Dance nous a si bien fait connaître.
L'histoire de la thérapeutique des plaies de tète, au dix -huitième siècle, ne sera pas longue; ses variations ne portent presque que sur l'emploi du trépan. Durant tout le moyen âge, et jusque vers la fin du seizième siècle, les chirurgiens l'avaient*, par pusillanimité, laissé tomber entièrement dans l'oubli. Un siècle plus tard, on semblait se faire un jeu de cette grave opération ; on se décidait sans hésiter à cribler le crâne de dix ou douze couronnes, et, si l'on en peut croire Stalpart Vander Wiel, un seigneur de la maison de Nassau en supporta jusqu'à vingt-sept. On comprend maintenant combien de fois le trépan dut être appliqué, non -seulement
contusion, une fracture du crâne, n'ont en elles-mêmes rien qui indique cette opération ; les accidens seuls la réclament, quand ils tiennent à une cause dont la perforation du crâne puisse faire
cesser l'action. Mais ce principe est trop général pour indiquer la marche à suivre dans tous les cas; sans s'en écarter absolument, divers chirurgiens, et surtout Quesnay, Pott et Bilgoer, étendirent l'usage du trépan bien au-delà de ce que permet la prudence. Dcsault donna dans un excès contraire , et le proscrivit presque complètement. Richter ^Metzger , Benjamin Bell furent plus sages; leurs préceptes sont ceux des plus habiles chirurgiens de notre temps.
Maladies des yeux. Toutes les parties de rophthalmologie s'enrichirent, dans le siècle passé, ou de perfectionnemens nombreux, ou de découvertes entièrement neuves» Ces dernières seules nous occuperont; encore n'indiquerons-nous que les principales.
Fistule lacrymale. Voici peut-être , de toutes les partiel de h chirurgie , celle sur laquelle le dix -huitième siècle doit lèmninsanx siècles antérieurs, sur laquelle il nous a légué les découvertes les plus originales , et les preuves les plus multipliées de son industrie. les anciens ignoraient la nature du mal, et n'obtinrent que par hasard des guérisons rares et peu solides. Les chirurgiens grefi^t romains excisaient la fistule et y appliquaient des remèdes desskcatifs dans les cas les plus simples; quand l'os unguis était affecté ,jls l'attaquaient avec les caustiques ou le fer rouge , pour en procurer l'exfoliation , ou même pour le? perforer {j). Sprengel prétend que les Arabes ajoutèrent à ces moyens trois méthodes nouvelles de traitement : l'injection , la compression, et l'introduction d ? un fil dans les voies lacrymales; et il ajoute : « On voit donc que les Arabes connaissaient et pratiquaient presque toutes les raétbode*en usage ckex les modernes. » On ne peut s'étonner assez de voir un historien a^ 1 distingué que le savant professeur de Halle, commettre une telle méprise, et de ne pas s'apercevoir que les méthodes de Rhaieset d'Avicenne n'ont de commun avec les nôtres que les noms dont il lui a plu de les décorer. Encore un coup, les anciens u'avaient nulle idée de la nature de la maladie; ils ignoraient jusqu'à l'existence des voies lacrymales, et n'en pouvaient, par conséquent, connaître l'obstruction , ni songer aux moyens d'en rétablir la liberté. L'injection
(i) 11 ne faut point qne cette dernière méthode fasse penser que te rodéos connaissaient la véritable indication à remplir pour guérir la fistule lacrymale. Ils n'avaient d'antre but, en cautérisant l'os unguis, que d'arrêter u carie de cet os qu'ils considéraient comme la cause permanente de la fistule; et s'ils le perforaient, c'était pour faire passer dans les fosses nasales la tière de la suppuration , et rien de plus. Ils n'avaient nulle idée de l'obstacleao cours naturel des larmes.