PREFACE XVII
finance (droits de visite qui étaient fixés et augmentés, ainsi que ceux de maîtrise), il ajoutait qu'il espérait en .. tirer dans les besoins présens quelque secours pour soutenir les dépenses de la guerre >•.
Naturellement les communautés s'alarmèrent de l'intrusion d'étrangers dans leurs atlaires. Pa\er pour payer, elles aimèrent mieux racheter elles-mêmes ces offices plutôt que de subir les officiers. L'administration royale, qui au fond ne voulait que de l'argent, accepta. Les six corps de marchands de Paris pa\èrent 654.000 livres, c'est-à-dire un poids d'argent fin égal à celui qui est contenu aujourd'hui dans un million de francs. En dehors des six corps, les marchands de vin s'acquittèrent pour 120.000 livres, les orfèvres pour 60.000, les fripiers pour 35.000, les bouchers pour 30.000, etc. Pour servir les intérêts des emprunts qu'ils contractèrent, ils durent les uns et les autres augmenter les droits de maîtrise et de visite. Le droit de maîtrise des orfèvres fut porté à i .000 livres.
En 1694, le roi créa dans chaque communauté un nouvel office : celui d'auditeur-examinateur des comptes ; puis en 1696, offices de trésoriers des bourses communes. Quelques années après, quand eut commencé la guerre de la succession d'Espagne, en 1702, offices de trésoriers-payeurs en 1706, offices de greffiers-contrôleurs pour le paraphe des registres du commerce ; puis bien d'autres inventions bizarres qui s'ajoutaient à la masse énorme des offices de tout genre imaginés par les contrôleurs généraux en détresse'. " Quand il plait à votre majesté de créer un office, disait un courtisan à Louis XIV, Dieu crée aussitôt un sot pour l'acheter ». Pas si sot qui se procurait ainsi un intérêt de sa finance — quand le roi ne faisait pas banqueroute — plus les droits attachés à l'oftke et certaines immunités d'impôt. Quand ces créations s'adressaient à des communautés d'arts et métiers qui avaient du crédit, celles-ci se rachetaient ; mais elles restaient grevées au détriment de l'industrie.
' Nous en avon'i donné la liste dans VHisloin J<-s ihsst-s ouvii.iys <7 A- l'industrie en Fiance avant 1780. t. H. p. 302. — Voir dans le Dictionnaire V" Offices (^Créations d').
XVlll PRÉFACE
Les guerres du règne de Louis XV ramenèrent le système de créations d'offices dans un but fiscal (1745 à 1749. etc.). Dans le premier édit de ce genre, celui du 16 février 1745, M. Franklin a compté 122 communautés parisiennes ' : à savoir 4 en plus et 10 en moins que sur la liste de 1691 .
Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, le Colbertisme était battu en brèche et les idées de liberté du travail et du commerce se répandaient par les écrits des économistes. Plusieurs ministres s'en inspirèrent et l'esprit nouveau pénétra quelque peu dans l'administration. Un arrêt du conseil du 2$ mars 1753 ordonna qu'à l'exception de Paris, Lyon, Rouen et Lille, les villes du rovaume seraient ouvertes à tout sujet français qui voudrait s'y fixer après avoir justifié de son apprentissage et de son compagnonnage. Quoique le roi, à la suite d'arrangements financiers avec les corps de métiers de Paris, eût annoncé, en septembre 1757, qu'il n'émettrait plus de lettres de maîtrise, il rendit, en mars 1767, un edit composé, comme les précédents, d'un mélange d'esprit libéral et d'esprit de fiscalité, par lequel il créa un certain nombre de brevets dans chaque corps d'état (12 dans chaque métier de Pari.s) «en faveur des compagnons et aspirans dépourvus des movens de pa\er des frais de lettres pour leur tenir lieu de lettres de maîtrise ». Pour la première fois les étrangers étaient admis comme les nationaux à acquérir les lettres. Mais en même temps les acquéreurs étaient autorisés à .se constituer en corporation dans les localités où leur corporation n'existait pas: ce qui devait avoir pour résultat une extension du monopole corporatif. Il est vrai que l'édit parait avoir eu peu d'application. En tout cas les six corps de marchands protestèrent contre une mesure qui, admettant les étrangers, pouvait introduire des juifs dans les communautés \
L'édit de 1762 qui autorisa le libre exercice de la filature et du tissage dans les campagnes et dans les villes sans jurande, à
• V" Corporations, - V" Corporations.
PRKFACK XIX
Condition de se soumettre aux règlements généraux de fabrication , est un événement qui occupe une place importante dans l'histoire de l'industrie française, mais qui n'a pas touché, directement au moins, l'industrie parisienne.
Les célèbres édits de mai 1776 sont un événement bien plus considérable encore de cette histoire. Ils sont fondés sur le principe de la liberté du travail, sans aucun mélange de fiscalité. Ils sont l'œuvre de Turgot qui a été, sinon le plus habile politique, tout au moins le ministre philosophe le plus-désintéressé de lui-même et le plus noblement intéressé au bien que l'ancienne France ait eu, et ils émanent de la doctrine des économistes. Le plus important de ces six édits, celui qui abolissait en principe les jurandes et maîtrises, portait que les communautés et confréries d'arts et métiers de Paris seraient effectivement supprimées dès le jour de la publication de l'édit ; celles de province devaient l'être lorsque les intendants auraient pu se procurer le bilan de chaque corporation. En gênerai elles ne l'ont pas été. - Il sera libre, dit l'article F'', à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elle soit, même à tous étrangers, encore qu'ils n'eussent point obtenu de nous des lettres de naturalité, d'embrasser et d'exercer dans tout le royaume et dans notre bonne ville de Paris telle espèce de commerce et telle profession d'arts et métiers que bon lui .semblera et même d'en réunir plusieurs ". Exception était faite seulement pour quatre professions : les barbiersperruquiers dont le métier avait été érigé en office, les apothicaires, les imprimeurs et libraires, les orfèvres dont la profession paraissait devoir être soumise à des règlements particuliers.
L'exécution commença immédiatement à Paris et, maigre le renvoi de Turgot que Louis XVI n'eut pas l'énergie de maintenir contre la coalition des privilégiés de la cour, de la magistrature et de la ville, la liquidation des biens des anciennes corporations se poursuivit.
Mais, trois mois après la chute du ministre, parut, sous l'inspiration de Necker, l'édit d'août 1776 « par lequel sa Majesté, en créant de nouveau six corps de marchands et quarante-quatre com-