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CRIEURS DE CORIS — CRIEURS DE VIEUX FER

Alix obsèques de Colberl, rembiuiniPiiiPiif du corps coûta 150 livres; le cercueil de plomb, 68 liv. ; le deuil de la veuve et des domestiques, 2,674 liv. ; les Irais funéraires, 14.456 liv. ; et le crieur reçut, pour La location du matériel, 6.000 livres i .

Le poêle Saint-Amant, dans une pièce intitulée La nuict *, se plaint du bruit que faisaient les crieiirs en annonçant les décès, et prétend que le tintement de leur sonnette troublait fort les bons bourgeois :

Ijc c'iucht'tteiir des trespa-ssez,

Sonnant de rue on rue, De frayeur rend leurs cœurs glacez,

Bien que leur corps en sue.

El mille chiens, oyans sa triste vois, liiiy répondent à longs abois.

Pour remplir cet office, les crieurs revêtaient une dalmalique noire , semée d'emblèmes funèbres. Ils allaient, agitant leur clochette et psalmodiant d'un Ion lugubre le nom, les titres et l'adresse du défunt : Priez Dieu pour l'âme de mnimieur X, de messire X, de demoiselle X, de haute et puissante dame X, ou de très haut et très puissant seigneur X, ijui vient de trépasser en son logis, me...

Ijc cluchfteur ni'éveiUe,

Et d'un lugubre son recommande à prier l'our l'àiiie de Paul Tron, lui vivant écuyer-l.

Ils crient, dit Jean Nicot, « par les carrefours de la ville le décès du trespassé, l'heure et le lieu de son enterrement, et faisant presque une publique semonce * , tant au convoj que de prière pour le trespassé. El vont après au convoy, marchans en pareil habit devant le cercueil et bière du corps, sonnans et hranslans leursdittes clochettes ^ ». Lorsqu'ils précédaient un convoi, ils portaient souvent attachée devant et derrière leur dalmatique une feuille de carton sur laquelle étaient peintes les armoiries du défunt.

Au dix-huitième siècle, le bureau de la communaulé étail situé rue Neuve-Saint-Merri, dans une maison qui avait été habitée, dit-on, par Catherine de Médicis ••. C'est là que les crieurs remisaient les corbillards, carrosses et chevaux nécessaires pour le service des enterrements, et qu'ils conservaient les tentures, catafalques, habits, manteaux, crêpes, pleureuses, gants, etc., qu'ils étaient autorisés à fournir.

La population de Paris augmentant sans cesse, les décès se faisaient de plus en plus nombreux; puis, la mode était venue de déployer une ridicule magniiicence aux enterrements des grands seiffueurs, dos financiers, des enrichis de foule espèce, coutume qui ne pouvait que profiler à la corporation des crieurs. C'était elle qui fournissait

• l'.on'esjïondtinre de Colt}erf, I. \ , p. 378. •■î l-Mil. .le Ififil, i>. 90.

■' .Ie;in Claveret. l.'écuyt'r. \). 5-

* \'ov. ci-de.s.soub l'art- Semunneiu's.

•'> Thrésor de la langue fraiifoyse. p. 167. *■ \r\y. Jaillot, Reekerclies .sur Paris, quartier Saint- Martin des Chiiinpï., |'. 7fl.

ces immenses corbillards dont la construction étail si peu solide que des bourreliers, des selliers, des charrons, dissimulés dans l'intérieur, se tenaient prêts à réparer les accidents toujours prévus. Mercier prétend que pendant le trajet du domicile à l'église et de l'église au cimetière, ces ouvriers passaient leur temps à jouer aux dés sur le cercueil ' .

L'usage s'était conservé de faire suivre le corps par des pauvres, qu'on habillait, et auxquels on distribuait des cierges et de l'argent. On voyait souvent défiler dans les rues des enterrements escortés de deux cents et même quatre cents pauvres *. Le crieur, revêtu d'une longue robe noire et la sonnette d'argent ii la main, marchait en léte du convoi qu'il avait organisé, et tenait l'emploi aujourd'hui dévolu aux ordonnateurs. La présence de deux ou trois crieurs à des obsèques était un grand luxe (pii se payait cher.

De toute manière, les frais avaient fort augmenté, et vers la fin du dix-liuitième siècle un enterrement décent de petit bourgeois coillait de sept à huit cents livres. Quand le fameux Fouquier-Tinville perdit sa première femme (1782), les dépenses funéraires s'élevèrent k la somme de 674 livres 12 sols, « tant pour le service que pour le convoi, les billets d'enterrement, tentures, manteaux de deuil, crêpes et gants ■* ». *

Outre les renvois indiqués ci-dessus, voy. Pompes funèbres.

Crieurs de maie tache. Voy Dégraisseurs.

Crieurs du roi et de la ville. Voy.

Trompettes (Jurés).

Crieurs de vieux fer. Je les trouve définis ainsi : « Ce sont ceux qui achètent les vieux carrosses, chaises, calèches, cabriolets, etc., les dépècent et en revendent les vieux fers en détail. Il n'appartient qu'aux maîtres de cette communauté d'aller par les rues, un sac sur le dos, crier : Vieilles ferrailles à vendre ! ».

Ils criaient ainsi dès le treizième siècle '. Ils ne furent toutefois érigés en corporation et ne reçurent leurs premiers statuts qu'en décembre 1681 . par lettres patentes qui le> qualifient trieurs de rieux fer et de rieuj- drapeaux, et limitent à douze le nombre des maîtres.

Ce chiffre fut maintenu par d'autres statuts assez curieux, en date de mai 168(). Lorsqu'une de ces douzes maîtrises devenait vacante, on y pourvoyait par élection ; mais, à moins d'impossibilité absolue, elle ne devait être attribuée qti'au fils ou tout au moins au gendre de l'un des maîtres.

Les crieurs étaient tenus d'inscrire les nom et

I Tai/eau de Paris. I. VII, p. 254.

- M™' di' Oi'nlis, Dietioimaire des e'/iquellrs. t. I, p. 184.

3 G. l.enôtre. Vieilles maisons . timx />ii/)iers, deuxième série, p. 250.

* Voy. les Crieries de Paris, de Guillaume de la \ ille Neuve

CHIEURS T)F. VIl.:r\ FER — CRIErSES DE VIEUX CHAPEAUX

■sr,

Hilrt'sse lie lous ceux à (|ui ils achetaient ; encore ne pouvaient-ils rien accepter « des ent'ans de famille ou des doniesli([ues >.. Tout olijet devait être mis à l'élala^e trois jnurs au plu> après l'aclial. Aux seuls crieiirs appartenait le droit de ■' crier, acheter, vendre et déliiler de vieilles ferrailles et vieux <irappeaux. mettre en pièces les vieux carrosses et en exposer ensuite les deliris ». Il est vrai qu'ils ne réussissaient j^uère a faire respecter leurs privilèfjes, el les jurés avaient sans cesse ù sévir contre des crieurs elrau'fei's à la communauté, lin effet, dit Savary .. un faraud nombre de soldats aux fjardes l'rançoises font ce petit commerce, que les niaf.j'isirats de police tolèrent el que les jurés n'osent arrêter |)ar des saisies, ù cause de la profession «le ces crieurs sairs maîtrise ' ».

ku mois d'août 1092 le nombre des vrais crieurs de vieux fer fut porté a vingt-quatre. Dits aussi /'fm/j//f«r.v et depeceurs de carrosses, ils avaient pour patrons saint Roch el saint Sébastien. Presque tous étalaient leui-s marchandises le louff du parapet, sur le quiii actuel de lii Mégisserie qui. après avoir été appelé lonjj'Iemps la rallée de Misère, finit [)ar devenir le (juui de la Ferraille.

Crieurs de vin. Officiers publics assermentés, chargés de surveiller le commerce du vin el d'en activei'la vente. Il e.,t prtdiable qu'au début, les laverniei-s se servirent de crieurs dans leur inlérèl personnel; la royauté d'abord, puis la municipalité transformèrent ces crieurs en fonctionnaires et les imposèrent aux taverniers.

Dès le treizième siècle, les crieurs de vin étaient nommés el révoqués par la municipalité. .\vanl d'entrer en fonctions, ils prêtaient serment d'evercer leur métier en conscience, de ne se servir que de mesures exactes et de n'en pas ((ilérer d'a'ulres chez les taverniers. Us versaienl une amlion de soixante sous un denier, et ac(|uillaient un droit de quatre deniers entre les mains du maître des crieurs, qui était chargé de réparer les mesures dont ils se servaient. Ils pavaient ensuite à la municipalité une redevance de un denier par jour, même s'ils n'avaient pas trouvé de taverne à surveiller. On ne les tenait quittes de ce denier que le din\iinche, ou dans le cas de maladie duemeni constatée, ou s'ils partaient en pèlerinage.

Les crieurs de vin sont les seuls crieurs dont nous possédions les statuts. Eux-mêmes les remirent au pré-vôt Etienne Boileau *. quand celui-ci, vers 1268. entreprit de codifier les coutumes qui régissaient les métiers de Paris.

Les marchands de vin au détail, ù broche, comme on disait alors, pavaient à la Ville un impôt pour chaque pièce qu'ils mettaient en perce. Leurs crieurs avaient donc à la fois pour mission, et de constater le nombre des tonneaux entamés, et de favoriser la consommation.

Au matin, un crieiir entrait dans la première taverne venue : à moins qu'un de ses confrères

' Ihetionnaite du commerce, I. I. p. 1G14. - Litre des méliers. lili-f \".

n'y fut déjà installe, lo marciiand était tenu de l'accepter. Le crieur surveillait la pri'paration du vin. il le regardait tirer ou le tirait lui-même i-l !.• dégustait. Puis il recevait du tavernier un broc et un vase; il remplissait le broc, quittait la boutique et s'en allait crier le bon vin, vantant sa qualité et son prix, le donnant à goûter aux bourgeois qui passaient.

Le crieur devait arriver chez le marchand avant l'heure fixée par le criage, puis((u'il lui fallait tirer et déguster le vin avant de le crier. .Si pendant qu'il était occupé ù ces opérations un autre crieur se présentait, le tavernier avait le droit de le renvoyer en lui disiint qu'on était en train »< d'encuser ' » le vin de la journée. Le crieur .se retirait, mais il lui était permis d'imposer ses services pour le lendemain, « li crierres li puet demafider sa taverne à lendemain ». On tenait à ce que le marchand n'eût pas de crieurattitré, avec qui il eût pu s'entendre pour tromper le public.

Tout crieur avait le droit de demander aux buveurs attablés quel prix le marchand leur avait fait, et de crier le prix indiqué par eux.

Les crieurs criaient deux fois par jour, sauf le dimanche, le vendredi, les jours de fêtes, et « le jour que li Rois ou la Roine ou leurs eiifanz meurent ».

Le marchand de vin devait au crieur quatre deniers par jour, ("était également ce que pavait le roi quand on criait son vin.

Les taverniers trouvaient très onéreuse et très vexatoire l'ingérence des crieurs dans leurs affaires, et il faut convenir qu'ils n'avaient pas tout à fait tort. Ils se plaignirent au roi des imporlunilés dont ils étaient l'objet de la pari de la ville ; mais le roi, qui touchai! régulièrement ses 320 li\Tes *, se garda bien d'écouler leurs doléances, et deux arrêts, l'un de 1273. l'autre de 1274 ^ , les condamna à subir el à payer comme auparavant la présence des crieurs. Ils n'échappèrent à cette .servitude qu'en 1415. C'est du moins ce que me semblent établir les articles 1 et 10 du chapitre IX de l'ordonnance rendue au mois de février de cette année, et qui reconstitua la corporation des crieurs. Elle supprima toute distinction entre les crieurs : les membres de la corporation sont alors chargés d'annoncer les vins, les huiles, les oignons, les pois, les fèves, les réunions de confrérie, les décès, les objets perdus, les enfants, mules, chevaux disparus, « et toutes autres choses qui appartiendront à crier en ladite ville ». * Voy. Crieurs et Publicité.

Crieuses de vieux chapeaux. Bien

que ce métier ne se rattachât par aucun lien à la corporation des chapeliers et qu'il ne fût point constitué en communauté, il avait une organisation régulière et reconnue par le lieutenant général de police.

' Détruster.

* Voy. ci-dessus, p. 234.

3 On les trouve dans Uelamam'

t. m, p. 7tii.

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