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GUREURS D'ÉGOUTS — DAMASQUINEURS

Cureurs d'ég-outs. Voy. Égoutiers.

Cureurs de pmts. Au seizième siècle, ils parcouraient les rues en offrant leurs services :

A curer le yiuys C'est peu (le pracliquc, La gaigne est petite Plus gaigner ne puis '.

Les cureurs do puits, dits aussi puiliers, apparlenaieiit à la corporation des vidaiif^eurs. article auquel je renvoie. Mais il faut bien dire qu'une foule d'autres corps d'état et même des soldats leur faisaient concurrence.

Curiosités (Marchands de). Leur métier ne parait guère antérieur au dix-septième siècle. et à ce moment ils portent le nom de brocanteurs. Le Livre commode pour 1692 les range, il est vrai, sous la rubrique commerce de curiositez et de liijonleries -, mais l'abbé Jaubert en 1773. délinil ainsi le métier : « Le brocanteur est celui qui fait trafic de diverses sortes de marchandises (le hasard. (]e nom convient principalement aux marchands antiquaires, qui tiennent magasin de bronzes, de médailles, de statues, de porcelaines

anciennes, de vases antiques, etc.

Notez qu'il fallait déjà redouter les contrefaçons, et se méfier de certains brocanteurs coutumiers d'une <•. indnslrie qu'il est bien important de connaître pour n'en point être la dupe * ».

Quelques brocanteurs ont laissé un nom presque célèbre et sont souvent cités dans les écrits du temps. Je citerai seulement Dautel ou Dotel, établi quai de la Mégisserie, et qui est mentionné par Regnard et par Lesage ; Malafer, demeurant quai de l'horloge, qui fut mêlé à la fameuse atl'aire des couplets de J.-B. Rousseau ;

Quesnel, rue des Bourdonnais ; Fagnany, quai

de l'Ecole, etc., etc.

L'ordonnance du 26 juillet 1777 enjoignit aux marchands fripiers , tapissiers , brocanteurs , etc. », d'avoir un registre coté et paraphé par le commissaire de leur quartier, et d'y « inscrire jour par jour, de suite et sans aucun blanc, la quantité et la qualité des marchandises vieilles qu'ils achèteront, ensemble les nom et domicile des vendeurs ».

Cuvandières. Voy. Blanchisseurs.

Cuve i'Papetiers travaillant en). Titre que prenaient les cartonniers, parce que, comme les f'at)ricants de papier, ils faisaient pourrir le chiffon dans des cuves.

Cuveliérs. Ducange les nomme cuparii et cuperti. Ils fabriquaient en bois les « cuves à baigner» qui, au seizième siècle encore, tenaient lieu de nos baignoires ; ils faisaient aussi les baquets de toute espèce et les tinettes qui ser\'aient à consen'er les beurres salés, les beurres fondus, etc. C'étaient de petits tonnelets, mimis de deux oreillettes, dans lesquelles passait un bâton qiii maintenait le couvercle. On en criait dans les rues de Paris ^ . Il faut certainement reconnaître les cuveliérs dans les baquetiem que cite l'auteur du Calendrier des confréries - . Ces industriels appartenaient a la corporation des tonneliers.

Cuyttiers. Voy. Rôtisseurs.

Cyrurgiens. Nom que le Lirre des métiers donne aux chirurgiens.

Cythareurs. Voy. Cithareurs.

Damasquinevirs. C'est de l'Orient, de Damas sans doute, que nous est venu l'art de damasquiner les métaux, et il ne semble pas qu'il ait été connu en France avant le seizième siècle. Rabelais ^ parle d' « un goubelet de lierre bien précieux, battu d'or à la damasquine », et je n'ai pas rencontré une plus ancienne mention de ce genre.

Siroz'/.i, passionné pour les belles armes, s'efforça avec succès d'intnxhiire à Paris les

' A. Truquet, Les ceiil et sept cris

î Tome I, p. 236.

3 Dictionnaire, I. 1, p. 339.

i Almaiiach Dauphin pour im.

S Pantagruel, liv. IV, eh 1.

procédés employés par les artisans milanais ', et en août 1583, Henri III (ionna des statuts aux damasquineurs, dit M. E. Levasseur qui en fournit le texte '. Je ne crois pourtant pas qu'ils aient jamais été constitués en communauté régulière, car une foule de corporations, les doreurs, les couteliers, les armuriers, les fourbisseurs, les arquebusiers, les éperonniers, etc., avaient le droit de damasquiner leurs ou%Tages et prenaient officiellement le titre de damasquineurs.

' k. Truquel, Les cent et sept cris, etc. (1545).

»J.-B Lemasson, U>21,(p. 38).

■* Voy. Brantôme, Œuvres. I. VI, p. 79.

' Histoire des tinsses ouvrières, t. Il, p. 143.

DAMASQUINKUHS — DANSE

Beiiveuuto Celliiii tbuniit à François l" (|iielques pièces admirables , mais le plus habile artis(e en ce «^eiire (|iii ail existé semble avuir été le Iniirbisseiir (;lu•^illel ; certaines armes fabriquées par lui sous Henri 1\ sont îles cliel'sd'œiivre de luxe et de goùl '.

Dame du lit de la reine. Cliar^e créée le 2 avi'il 1()73 en faveur il'uue dame Dufresnoy. Celle-ci. préposée sans doute à tout ce qui coiiceniail le coucher et le lever de Marie-Thérèse, prenait ran^r après toutes les dames de la reine et avant les gouvernantes des entants de France. Cette charité l'ut supprimée après la mort de Marie-Thérèse en 1683 -.

Dames de compagnie. Vov. Demoiselles de compagnie.

Dangereux (Sergents). \'oy. Traversiers.

Danse (Maîtres de). Mentionnons d'abord, pour mémoire, que la Taille tie 1?9? cite, parmi les plus humbles imposés de Paris, un haleeur qui pourrait bien avoir été une sorte de maître de danse ^. Rappelons aussi que la première fête de cour à laquelle on puisse donner le nom de bal eut lieu en 1385, à l'occasion du mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière.

Passons au seizième siècle. D'Aubigné * et Tallemant des Réaux ^ nous ont révélé la passion de Sully pour la danse : « Tous les soirs, la Roche jouoit sur le luth des danses du temps, et M. de Sully les dansoit tout seul, avec je ne sçay quel bonnet extravagant en tête ». Il est vrai que Sully avait à peine cinquante ans quand Henri IV fut assassiné. Nous savons encore par Tallemant qu'à cette époque, ce n'étaient pas les hommes qui invitaient les dames, mais que les dames choisissaient elles-mêmes leurs danseurs ^.

Louis XIV aima fort la danse. Il avait eu pour maîtres d'abord Henry Prévost ', puis Charles de la Motte, et Louis Lasseré '. Les maîtres à danser, alors dits baladins ', appartenaient encore à la communauté des joueurs d'instruments ; mais, en mars 1661 , fut créée l'académie de danse, composée, disent ses premiers statuts, des « treize plus anciens et plus expérimentez maistres à danser, et plus experts au fait de la danse ». Je vois cités parmi eux « François (Jalland, sieur du Désert, maistre orilinaire de la reine, et Jean Renaud, maistre à danser de Monsieur, frère du Roy ». Une trentaine d'années après, les professeurs les plus célèbres étaient MM. de Beauchamp, maître de ballets du roi ; Raynal, maître des enfants de

* \oy. Félibien, Principes d'architecture, p. 455.

* ^oy. .\. Jal, Dietionntiire critique, p. 465. 3 Page 486.

* Baron de Fœnesie, liv. I, cli. 21.

5 Historiettes, t. 1, p. 115.

8 Tome V, p. 353 et 365.

" Estât qênèral de la maison du Roy (1657), p. 115.

' .\. Jal, Dictionnaire critique, p. 98 t'I 804

^ ^'ov. ci-dessus cet article.

France ; et Pécourt, maître des pages de la chambre '.

Ces artistes en vogue allaieni donner leurs leçons accompagnés d'un serviteur qui portait le violon -. Ils se faisaient payer fort cher. Regnard nous l'apprend clans sa farce du Divorce, jouée au théâtre italien eu 1688: « Coi.OMBlNE. Un demi louis d'or pour une leçon ! On ne donnoil autrefois aux meilleurs maîtres qu'un écu par mois. Aiîi.KyuiN. Il est vrai ; mais dans ce lemps-là, les maîtres à danser n'étoieni pas oliligés <rèlre dorés dessus et dessous comme à présent, et une paire de galoches étoit la voilure qui les menoit par toute la ville ». Pourtant, s'il faut en croire la princesse Palatine, l'art de la danse était alors beaucoup moins apprécié qu'aux beaux jours de la jeunesse de Louis XIV. KUe écrivait le 14 mai 1695 : « La danse est maintenant passée tle mode partout. Ici en France, aussitôt qu'on est réuni, on ne fait rien que de jouer au lansquenet. Les jeunes gens ne veulent plus danser ^ ». Ceci restai! vrai vingt ans après, car Nemeitz, racontant son voyage à Paris constatait que r « on voit peu de François qui dansent bien et qui ont envie d'apprendre à danser ; on trouve dans une salle de danse dix étrangers contre un François ». Ce qui ne l'empêche pas d'ajouter: « Tout le monde apprend aujourd'hui à danser un menuet ; c'est au point que, même les compagnons cordonniers et tailleurs prétendent y exceller * ».

A la tin du dix-huitième siècle, les maîtres les plus recherchés étaient les sieurs :

Chev.\lier, rue Saint-Honoré, qui tenait chez lui, les dimanches et fêles, des « assemblées bourgeoises depuis six heures du soir jusqu'à dix. Prix 1 livre 10 sous ».

Vestris, rue Saint-Honoré, « un des premiers danseurs de l'Opéra et des plus célèbres de l'Kurope pour la grâce et l'aplomb ».

Delaval, rue Basse-du-Remparl, maîlre à danser des enfants de France.

Gardel, rue Villedo, << un des plus célèbres danseurs de l'Europe ».

Lany, rue Saint-Louis du Louvre, maître de ballets de l'Opéra.

PiTROT, rue Comtesse-d'Artois, maître de ballets de la Comédie italienne.

Lyonnois, rue Montmartre. « Un des premiers danseurs de l'Opéra pour les hautes danses et les furies ^ » .

Baltazard, rue de Cléry. « renommé pcnu' le menuet ^ ».

Voy. Instruments (Joueurs d") et Musique.

t Livre commode ponr 1692. t. I, p. 256. î Voy. Bnieys et Palapral, Le ijroiideur, acte II, se. 23. •' Noutelles lettres, p. 2.

* Séjour de Paris, édit. Pion, p. 24 et 25. •'' On nommait ainsi les enttroits les plus vifs, les plus passionnés des ballets.

6 Almanach Dauphin pour 1777.

DANSEURS DI Hol DKCHARGEl'RS DE VIN

Danseurs du roi (Grands). Louis XV (■iiteii(laiil sans cesse parler ilu théâlre dirijfé par .l.-B. Nicolel, désira assister à une représentation. La troupe fut mandée à Choisj le 23 avril 1772, et sut, par ses tours de force et d'adresse, ses danses excentriques, ses exercices sur la corde, ses sauts périlleux, amuser un instant le monarque blasé. Celui-ci, en retour, autorise Nicolet à s'intilider directeur du théâtre de^ grands danseurs du roi. nom au([uel succéda, en 1792, celui de liiéàlre de la (iaité.

Dariolettes. Voy. Entremetteuses.

Débacleurs. Ofliciers de la Ville. Il:

étaient iliar^'es (Téloii^ner les bateaux vides pour mettre à leur place ceux qui étaient ù décharg'er ' . « Les desbacleurs, dit l'ordonnanci de décembre lfi72 *, feront ôter incessamment des ports les bateaux vuides, sans prétendre autres droits que ceux à eux attribuez ».

On les trouve aussi nommés Boule-à-porl, Ma'ilres de quai, etc.

Débardeurs. Les débardeurs ou décbaigenrs enlevaient les marchandises au fur et n mesure de l'arrivée des bateaux et les déposaient sur le port. Ils étaient nommés par le prévôl des marchands, entre les mains de qui ilsjuraien! « ((ue bien tidèlemenl et loyalement exerceroni ledit office, qu'ils n'exij^eront ne prendront plus grand salaire que celny qui sera ordonné, qu'ils garderont les ordonnances, et que s'ils sçavent chose qui soit au préjudice du public, ils le feront incontinent sçavoir aux prevost des marchands et escbevins ». Ils déchargeaient toute espèce de marcliandises, sauf les boissons, pour lesquelles les dcrhuryeurs de vin avaient un privilège.

La Taille de 1292 cite 45 descharcheews. Leur nombre, fixé à 57 par l'ordonnance de 1415 varia fréquemment dans la suite.

Les déchargeurs de bateaux et de toutes sortes de marchandises avaient pour patron saint Christophe, qu'ils fêtaient le 25 juillet à la chapelle de l'Ave-Maria. Les de'chardenrsde bois formaient, en outre, une confrérie placée sous le patronage de saint Nicolas.

Voy. Déchargeurs de bois et Forts (Sur les).

Débardeurs de foin. Voy. Courtiers.

Décharg^eurs. Voy. Débardeurs.

Décharg-eurs de bois. <.< C'est un travail déciiirant à voir que celui qui fait sortir des rives boueuses de la Seine tout ce bois qu'on arrache, qu'on sépare et qu'on porte à dos d'hommes dans les chantiers. Les travailleurs sont nuds, plongés à mi-corps dans la rivière, leur front est trempé de sueur. La pâleur de leur visage annonce qu'ils ne résisteront pas longtemps ù ce labeur pénible. Leur corps est

1 Ordonnance de fnrier î-tiô, chap. 54. î Chap. IV, ail. 10.

tout défiguré par la vase fangeuse qui souille leurs membres el sendjle affaiblir liMiis nerfs * ».

Ils avaient pour patron saint Nicolas.

Voy. Débardevirs.

Déchargeurs sous corde. Titre que prenaient les emballeurs.

Déchargeurs de cuirs. \oy. Vendeurs.

Décharg-eurs de poissons. Auxiliaires des vendeurs de poissons de mer, ils déchargeaient les paniers apportés par les chasse-marée.

Voy. Compteurs.

Décharg-eurs de vin. Ils avaient seuls le droit de ih'cliargcr les vins, cidres et autres breuvages ([ni arrivaient à Paris, tant par eau que par terre. La Taille de yj^.fy^citeseulemenl un descharcheeur de vin, celle de 1300 en cite deux. Il y en avait certainement davantage, mais les autres sont compris parmi les nombreux (/«c^urcheeurs que mentionnent ces deux tailles.

Une pièce de la fin du treizième siècle, qui a été publiée parCi.-B. Depping-, nous montre que les descliarfjeurs de vins étaient alors exemptés du service du guet.

Le titre Vil de la grande ordonnance du 30 janvier 1351 régla le prix que pouvaient demander les déchargeurs de vin pour descendre une pièce en cave, pour 1' « osier des nefz ' et mener en l'hostel * de celluy à qui y sera », suivant que celui-ci demeurait en deçà du Grand-Pont ou du Petit-Pont, dans l'enceinte ou hors de l'enceinte de Paris.

L'ordonnance de 1415 ^ réorganisa complètement cette corporation. Quand un office de déchargeur venait à vaquer, il y était pourvu par le prévôt des marchands, qui ne devait le donner qu'à un homme « de bonne vie, renommée et honneste conversation, sans aucun blasnie ou reproche, et habile, suffisant, et idoine pour iceluy office exercer ». Le nouveau déchargeur était tenu, avant d'entrer en fonctions, de « faire serment que bien loyaument et diligemment il exercera ledit office, et fera résidence continuelle à jours ouvrables sur le cay ' du port de Grève et autres lieux el places accoustumés, afin que chacun qui en aura affaire en puis.se promplement finer ; et qu'il ne prendra ny demandera plus grand salaire que celuy qui est ordonné pour ledit office faire et exercer ». Il n'avait plus ensuite qu'à fournir « caution bourgeoise de la somme de trente livres parisis ». La même ordonnance veut que « deux commissaires » nommés par le prévôl el assermentés aient pleine el entière autorité sur les déchargeurs.

L'édition publiée en 1500 de celle ordon-

1 S. M.ri-iiT, Tnblenu de Paris, t. XII, p. 3:t-4.

2 ffrdu/iiiiinres reltitires nux métiers, |t. 420- :i D(>s bal.iiux.

4 En la ilt'iui'iiri'.

B Cliapilri' \ 111.

(' Sur 11' c|uai.

DKCHAROEI'HS DE VIN — DKCORATKUHS

auiice reiirt'iini' ' iiin- >fniviin' i[iil représente deux liécliiirj^eurs occupés à descendre ù terre un tonneuu.

Vers la llii du (niiu/.ii'nic siècle, les déchar- "eurs l'iirtMit réunis aux tonneliers, avec lesquel> ils ne l'ornièrent plus (]n'nne seule communauté, celle des ttnuieliers-desclKinjeufs dif nus *. Ils n'en eurent pas moins, avec les débardeurs, les forts, etc. de IVé(|uenls démêlés qui. en tin de compte, laissèrent intacts leurs privilèj^es. L'ordonnance dite (/es Bannières (1467) les nomme araleurs Je rin, du vieux mol uraler qui signifiait descendre, et c'est ainsi que les qualitie encore Le Masson en 16'21 dans son Calendrier des eonfréries ■• .

L'ordonnance de l()T2 est une des dernières qui ail ré>:^lé les fonctions des déchar<;eurs de vin '. l)n n'v trouve, d'ailleurs, qu'un petit nombre de prescriptions aujourd'hui sans intérêt.

En juin 1()90. le roi créa, pour se procurer de l'argent, quarante offices de rouleurs-chargeurs de rin. Les tonneliers conservèrent seulement leur titre de Jéchargeurs et le droit de porter les lonneaux depuis le bateau jusqu'à terre; là, les rouleurs- chargeurs s'en emparaient et les hissaient sur les voitures. Des discussions s'élevaient chaque jour sur la limite des privilèges reconnus à chacune des deux communautés, et il lallul supprimer la dernière venue. En 1703 elle fut remplacée par cent vingt offices de d^chargeurs - routeurs - chargeurs . Mais les marchands de vin continuèrent à s'adresser aux tonneliers, et les querelles recommencèrent. En 1705, on abolit les cent vingt offices, et on en créa cent vingt autres, qu'il fut permis de cumuler avec un autre métier : c'était engager les tonneliei-s à les acheter. Ceux-ci s'en gardèretd bien, et n'en contiimèrenl pas moins à faire presque seuls le service du chargement et du déchargement.

Déchireurs de bateaux. Ils achetaient des bateaux hors de service, et les dépeçaient, vendaient les planches. les clous, les débris, etc.

Deciers. Nom que l'ordonnance des Baunières (,1467) donne aux faiseurs de dés à jouer.

Decimateurs. Voy. cimiers.

Déclamation (M.\itres de;. « On ne iléclame pas. on ne représente pas toujours; mais on a toujours besoin d'observer une prononciation correcte et de supprimer un geste peu convenable : c'est ce qu'enseigne très bien l'art de la déclamation. On y peut donner quelque attention, moins peut-être pour acquérir des perfections d'apparat et de représentation, que pour éviter des défaut.s assez communs dans la .société ' y.

• l'olio XXI.

* Ordonn. royales, I. XVI, y. 656 ' Pages 36, 39 et 88.

» Cliap. XIII.

5 Jèze, Klal ou labUau Je la cille de Paris, édit. do 1760, p. 190.

Vers la lin du dix-liuilième siècle, les principaux maîtres de declamaliun appartenaient presque Icmsau lliéàlre. ("étaient MM. Grandval, Lanoue, Lekain , .Sarrazin , M'""* Clairon, Dumesnil, Gaussin el (irandval.

Décorateurs . \ oy . Kleurs artifl cielles (Fabricants de).

Décorateurs |i»our le théâtre]. Au moyen âge, dans les mystères représentés en plein air, c'est sur l'échafaud même, recouvert de toile ou de papier, que les peintres brossaient de naïfs et rudinieiilaires décors. Encore faut-il voir là une rare exception. Comme l'auteur faisait, sans aucun scrupule, changer jusqu'à huit ou dix fois le lieu de l'action, comme on représentait parfois dans la même pièce el dans un long espace de temps, des batailles rangées, des villes assiégées, brûlées, livrées au pillage, etc., il fallait bien avoir recours à d'autres procédés. Alors, au début de la pièce, un des auteurs s'avançait et venait exposer d'avance aux spectateurs dans quels endroits allaient se dérouler les événements, el même lui révéler, au besoin, toutes les péripéties de la pièce. C'était le prologue :

Cette htibitacle ci-présente Paradis si nous représente. Philippe, l'empereur romain Qui tout homme tient dans sa main, Est en ce haut palais assis.

Enfin, on suppléait parfois à ces prologues par des écriteaux qui désignaient les divers lieux où se transportaient successivement les personnages :

.\6n d'ennuj- fuir, nous nous tairons

Présent 1 des lieux. Vous les povez congnoislre

Par fescritel que dessus voyez estre *.

Au commencement du règne de Louis XIII, des toiles peintes et tendues sur châssis fixes inaugurèrent le décor actuel. On eut aussi l'idée de donner une disposition oblique aux châssis disposés des deux côtés de la scène. .Auparavant parallèles à la muraille, on les décomposa en plusieurs parties qui, placées en biais, se présentèrent presque de face aux spectateurs, et, tout en dissimulant les murs du fond, laissèrent des espaces libres pour l'entrée et la sortie des acteurs.

La règle des trois unités, qui date du dixseptième siècle, simplifia le travail du décorateur; il n'eut plus à fournir que deux ou trois décors, palais, jardin, rue. salon, suffisants pour représenter une multitude de pièces.

Parmi les peintres qui se distinguèrent alors dans l'art du décor, il faut citer surtout Torelli et Vigarani appelés de Rome par Mazarin ; Bérain, qui brossa les décors i.\' Esther ; Servandoni ; Boucher; Fragonard ^ ; Pielro Algieri, qui figure, en 1760, dans le personiiel de l'Opéra avec le litre de « peintre pour décorations ». A

1 Pésenlement.

î Petit de JuUeville, Les mystères . I. I , p. 384 et s.

' G Bapst, Essai sur Histoire du tie'iilre, passim.

DÉCORATEURS — DÉCROTTE URS

la même date, le sieur Duclos est dit « décorateur

nia(:]uiii>lc de la CoiiuMiif ilalifnne * ». \'oy. Théâtre.

Découpeurs. Ils confectiunnaieni, soit à l'eiiip(jrl('-])it'C(', soit ù l'é(^rali|^noir, soil au i'iT chauil, soil au métier « tous les petits ouvrages de modes (jui servent à l'ornement des robes des dames ». C'étaient eux aussi qui fabriquaient les mouches.

Les déeoupeurs furent tantôt réunis aux brodeurs, lant(M indépendants. Au milieu du dixhuitième siècle, les maîtres étaient au nombre de quinze, l'apprentissag-e durait six ans et le compaji^nonnaij^e trois ans, le chef-d'œuvre représentait une aune de travail. La communauté avait pour patron saint Clair et pour litre officiel découjieurs-tj'jufreurs-égratiiineurs.

Voy. Agréministes. — Mouches (Faiseurs de). — Silhouettes.

Décrotteurs. Ils ne sauraient faire remonter bien haiil leur orii);ine, car je ne rencontre pas trace de leur existence à l'époque où leur intervention eut élé le plus utile.

Avant que les carrosses fussent devenus d'usage ordinaire, on changeait de chaussure, les jours de pluie, avant de se présenter dans une maison. Les Loix de la galanterie publiées vers 1644, s'expriment ainsi : « Si les galands du plus bas estage veulent visiter les dames de condition, ils remarqueront qu'il n'y a rien de si laid que d'entrer chez elles avec des bottes ou des souliers crollez, spécialement s'ils en sont logez fort loin ; car quelle apparence y a-t-il qu'en cet estât ils aillent marcher sur un tapis de pied et s'asseoir sur un faut-œil de velours? C'est aussi une chose infâme de s'estre coulé de son pied d'un bout de la ville à l'autre, quand mesme on auroit changé de souliers à la porte, pource que cela vous accuse de quelque pauvreté ^.

Il faut bien conclure de ceci qu'au milieu du dix-seplièine siècle l'industrie des décrotteurs n'existait pas encore. Mais nous savons qu'elle était déjà florissante au début du siècle suivant, car Nemeitz écrivait en 1718: « On trouve partout des décrotteurs qui s'otii'ent, avec toutes les flatteries imaginables, à vous décrotter les souliers ^ ».

Nous les voyons, un peu plus tard, divisés en trois classes :

1" Les décrotteurs résidenls^ qui occupaient une place fixe, soit dans un carrefour, soit sur les hauts trottoirs du Pont-Neuf ou du Pont- Royal.

2" Les décrotteurs timlulanls, qui parcouraient les rues en proposant leurs services.

3° Les décrotteurs au mois, attachés à des maisons particulières, à des hôtels meublés, etc.

^ .Jèzo, AVrt/ ou tablfiiH itf la rille île Paris. 2*^ partie, |i. :i !•! 9.

* Renieil ihs jtiècfs ni prose 1rs itlus agréables de cr tetaps, I,. 1».

'^ Le séjour de Pans. «'dit. IMon. p. 50.

Le métier n'exigeait qu'un capital insignifiant, était simple et facile. << Ils se servent d'une petite sellette pour taire appuyer le pied de celui (huit ils doivent décrotter les souliers, d'un mauvais chiffon pour ôter la boue qui est autour du soulier, d'une décrolloire pour enlever ce que le chiffon a laissé, et d'une polissoire pour étendre également la cire ou l'huile mêlée de noir de fumée qu'ils ont répandue sur l'empeigne. Ils ne noircissent le soulier qu'après qu'ils on! passé du blanc d'Espagne sur les boucles avec une petite brosse laite exprès ; ils se servent d'une autre pour 61er la crotte (pii s'est attachée aux bas en marchant. Ils melleni ainsi ceux qui n'ont point iréijuipage en étal de se présenter plus honnêlement ilans les maisons où ils ont aifaire.

Les décrotteurs attachés à des maisons parli- (îulii'res se tiennent communément dans les hôtels garnis, où non .seulement ils décrottent les souliers de ceux qui y logent, mais encore nettoyeni leurs habits, leur servent comme valet de ciiambre et font leurs commissions. On les prend ordinairement au mois * ».

Sébastien Mercier vante surtout l'habileté des décrotteurs résidents installés sur les trottoirs du Pont-Neuf. « La célérité, la propreté, dit-il ', distinguent ces décrotleurs-là ; ils sont réputés maîtres... S'il pleut ou si le soleil est ardent, on vous mettra un parasol en main, et vous conserverez votre frisure poudrée ». Et cette délicate attention n'augmentait pas le prix de l'opération : .< De temps immémorial, dans toutes les saisons, à la porto des spectacles ou ailleurs, quelles que soient les variations des comestibles ou le haussement des monnoies, on paie invariablement deux liants pour se faire ôter la crolle des bas et des souliers •• ».

Les cho.ses ont bien changé vingt ans après. Une révolution a passé par là, et d'immenses progrès se sont accomplis. Ecoutez un peintre des nireurs parisiennes à la fin du dix-huitième siècle : « Tout tend vers la perfection, tout jusqu'à l'art du décrottage. Il y a quelques années, un savoyard maladroit, un grossier auvergnat bro.s,sait rudenient les souliers sans épargner les bas, et noircissait quehpiei'ois ces derniers aux dépens des autres avec de l'huile puante mêlée à un peu de noir de fumée, .-^ujcuird'hui , un artiste muni d'une éponge et de deux ou trois pinceaux de diverses grosseurs effleure la chaussure, en enlève à peine la Il lue et recouvre le tout d'un cirage noir et brillant. Enirez dans cette boutique au Palais-Egalité ', près du théâtre. On vous ofîre un fauteuil, un journal; asseyez-vous et lisez, lisez ou plutôt examinez la sjravilé de l'artiste décrotteur, et vovez comme la célébrité a imprimé une sorte de disrnilé à ses traits ' ».

' Jaubi'rt, Dielioniiairr des arts et méliers, édit Je 1773, t. II. p. H.

:i 7'a/ilrau de Paris. I. \ 1, p. 1. » I,.' l'alais-Hujal.

•'■ .l.-H. Pujuulx, Paris à la fin du diT-kililiime siècle l«lll), p. «8.

DKCROTTKURS — DÉMÉNAGEURS

Nous savons oiicoro que ces artistes avaient « une toilette de fi^arçoiis liinonadiers ou restaurateurs ». et qu'ils l'aisaienl parl'ois des recettes de deux cents IVaiics ' .

Deeliers. Nom (|ue la Tuillt- île /i'/yi" donne an\ faiseurs de dés ù coudre.

Deessiers. Fabricants de dés à jouer.

Vov. Dés.

Défenseurs officieux . Vov. Avocats.

Dégraisseurs. La Taille de I-J'J:.' miMitioune un laeeeur de robes, qui ne peut jjjuére être qu'un dégraisseur. On criait alors dans les rues la:

TfiTe à lavi'i' pour (légi-os.ser,

de la terre à foulon, sans doute.

Le MéiKKjiev de Paris, en 13913, indifiue les procédés emplovés dans les ménages bourgeois pour eidever les taches faites sur les étoti'es, pour les préserver des mites durant l'été, etc. '. Pour dégraisser les tissus de soie, on se ser\'ail surtout de la craie de Briançou.

l'n dégrais.seur ambulant, qu'on trouve cité par plusieurs écrivains des seizième et dix-septième siècles, est resté célèbre sous le nom de crieur de maie tache.

A la malle lâche, La sueur ilu bonne! gras I .\ profiter voluntiers tasohe, Et si je n'iMi suis pas plus gras ! ^

Le poète Sygogne écrit dans Le pourpoint (ruil courtisan, satire imprimée à la suite des œuvres de Malhurin Régnier :

Maintes fois lemaislre bravache Eust appelle la malle tache.

Pour ce vieux chiffon degresser.

Et de la Ronce dans Le bas de soye iFun courlisuii :

Elles te tirent mainte tache Oii le crieur de niale-taclie A bien penlu tout .son latin.

Enbn Régnier a fort tourmenté les commentateurs par ces trois vers :

. . . .il graissa mes chausses pour mes bottes En si digne façon que le iVippier Mai^in .-Vvec sa matle-tachi' y perdroil son lalin.

Brosselte s'est donné beaucoup de peine pour expliquer ce que pouvait être cette »«a/«iinauvaisel tacAe, et il finit par déclarer qu'on nommait ainsi « le fripier ou le dégraisseur qui levoit les taches * ».

M. Viollet-le-Duc est plus près de la vérité quand il dit que ces mots désignent « une pierre à détaciier ou un savon à dégraisser inventé par le fripier Martin, et analogue aux ingrédiens de même nature que nous voj-ons vendre sur les places publiques ^ ».

I I,. Pradhomme, .Viroi'r de Paris (1807), t. I, p. 313.

- Vov. le t. II, p. 05.

•* Les cent et sept cris que l on crie journellement à Paris.

' Page 167.

'■' Pag.' 139.

Cependant la male-taclie n'était ni une pierre ni un savon. En elTel, parmi des gravures du seizième siècle conservées à la bibliothèque de r.\rsenal figure un crieiir de malle tache ; or, il porte de la main droite une bouteille à gros ventre et de la gauche un bâtonnet qui servait sans doute à frotter l'étolTe pour la dégraisser.

L'article 7U île V Instruction ije'nérale du 17 mars 1(571 attribua atix teinturiers <lu petit teint le droit de leteindre les vieux babils et les vieilles étoffes : d'ovi leur nom de de'(/nits.srur.s on de'tuchenrs. Ils ne possédaient point, d'ailleiu's. le monopide ilii dégraissage. Les chapelieiv dégraissaient eux-mêmes les chapeaux, de même ([u'ils les teignaient ; et qiuin<l il ne s'agissait que d'enlever les taches faites à un vieil babil ou il une vieille étoffe, c'était presque toujours aux fripiers que l'on s'adressait.

Il restait encore aux dégraisseurs proprement dits assez d'occupations pour leur permettre de mépriser cette concurrence. Car voici l'extrait d'une adresse ([ui date de 1705 et qui est conservée au mu.sée Carnavalet : « Le sieur Simon, rue des Xonaindières, nétoye, fait teindre toutes sortes d'habits d'hommes et de femmes, élofi'es de soye, de laine et de fil, bas de soye et de laine en toutes couleurs, velours, panes, satins, tabis, moires, damas, brocars d'or et d'argent, taffetas, ferrandines, camelots, ratine, ras de (iènes, et ôte toutes sortes de taches de vin, d'urine, de pissat de chiens, de chats, sans reteindre les étoffes... Il a aussi le secret de démarquer les marques des galons et des dentelles de broderie de dessus la pane et le velours, et relève le poil lorsqu'il est froissé, et luy donne le lustre comme tout neuf. 11 reblanchit toutes sortes de galons, dentelles d'argent sans détacher les galons qui sont sur les

habits et dessus les ornemens d'église ».

.l'arrête ici l'intéressante énumération des mérites ilu sieur Simon, bien que j'en aie reproduit la moitié tout au plus.

Delciers. Nom que le Lirre des métiers et la Taille de 129'J donnent aux faiseurs de dés ù jouer.

Vov. Dés.

Deiliers. Nom que la Taille de 1313 donne aux faiseurs île dés à coudre.

Vov. Dés.

Delisseuses. Voy. Sallerants.

Délivreurs de bois. Voy. Fourrière royale (Service de la).

Délivreurs de glace. Voy. Olace à rafraîchir.

Démêleurs. OuvTiers briquetiers. Voy.

Batteurs.

Déménageurs. Pendant tout le moyen âge et au dix-septième siècle encore, la haute société eut en Europe les habitudes nomades que les populations de l'Asie ont conservées. Tout le mobilier se transportait au moindre déplacement, et c'est ainsi que s'expliquent la forme des

DEMENAGEURS — DEMI-CASTORS

meul)les, leur pénurie, ralioniJaiice des coffres, bahuts, étuis, etc. De là aussi, à la cour, les offices de porteurs de lits et meubles, qui sous Louis XIV étaient au nombre de neuf, sans compter le capitaine des mulets et ses garçons ' . Dans la célèbre nuit où fut conçu Louis XIV, le roi, alors installé à Saint-Gerraain et se trouvant forcé de passer la nuit au Louvre, n'^f trouva qu'un seul lit, qu'Anne d'Autriche y avait fait préparer pendant la journée *. V.w effet, lorsque la cour s'était rendue à Saint- Germain, tout le mobilier du Louvre l'y avail suivie. Au retour à Paris, on réemménaireait au

Louvre et il ne restait pas un matelas à .Sainl- (ierraain.

Chez les princes, chez les o-rands seitrueurs. 11'- ' •

les déménageurs étaient représentés par les

portefaix de la chambre, qui faisaient partie de

la domesticité '.

Les bourgeois se servaient des crocheteurs. Ils

s'en servaient même souvent, car, dès le seizième

siècle, on avail constaté l'humeur vagabonde des

Parisiens. « Us déménagent tous les trois mois »,

écrit en 1577 l'ambassadeur vénitien Lippo-

mano*. Et Sébastien Mercier écrivait à son tour

deux cents ans après : <.•. Vous voyez tous les trois

mois, depuis le huit jusqu'au vingt, des charrettes

surchargées de meubles, qui circulent pesamment

dans tous les quartiers. Ce sont des mutations

éternelles ; tel fauteuil délabré va du faubourg

Saint-Germain au faubourg Saint-Antoine. On

le promène ainsi depuis dix années qu'il suit son

maître errant ; et il faut que toute la ville voie

la chaise percée qui voyage. Il y a des gens qui

déménagent aussi fréquemment que les filles de

joie, parce que. faisant de nouvelles connoissances,

ils trajisportent autant de fois leur mobilier dans

le voisinage qui leur convient. Tel garçon, dans

l'espace de quatre années, a déménagé quinze

fois, et ne se trouve pas bien encore ; il faut le

suivre à la piste ; il a sauté de rue en rue, ainsi

que fait l'oiseau sur les branches de l'arbre ' ».

Demi-castors (I'Ipisode des). A force d'être transformé en doublure de robes et en chapeaux, le castor était devenu rare, et la race menaçait même de s'éteindre. La mode des toques n'a peut-être pas d'autre origine. Le nouveau monde révéla enfin au vieux continent des trésors jusquelà restés sans emploi, et la prise de possession du Canada par la France vint fournir aux Parisiens des légions innombrables de l'intéressant rongeur dont ils aimaient tant à se coiffer. La vogue des peaux de castor reparut, et leur importation prit bientôt un développement considérable. Ce que voyant, le gouvernement s'empressa de les frapper à l'entrée de droits énormes, sans se

1 Klal lie la France pour t? t'J. t. I, p. 18G.

2 M^'ilr Mull..'vill.'. Mémoires, tklit. Petitot, l. XXXVI. [1. 392. — Moniglat, Mémoires, ibid., I. XLIX, p. 181. — Griftet, Itishire de Unis .Mil. ilans U- P. Dani.-l, I W, p. lui.

3 Klat de la France pour 11187. I, I, p. GOG ; pour I73li. t. Il, p. 37-1.

4 Relations des ambassadeurs vénitiens. 1. II, p. G05. B Tableau de Paris, t. V, p. 219.

soucier du mécontentement et des plaintes qu'il allait provo((uer.

Mais la Providence n'abandonne que les nations qui s'abandonnent elles-mêmes ; chez les peuples fiers et virils les grandes catastrophes suscitent des grands hommes capables d'en conjurer ou tout au moins d'en atténuer les conséquences. C'est ce qui arriva. Il se trouva dans la corporation des cliapeliers un personnage hardi, entreprenant, téméraire même, de ceuxlà qui commencent les révcjlutions sans trop savoir jusqu où les conduira leur audace. .\près de longues hésitations pourtant, cela est établi, il osa concevoir et réaliser une idée qui serait venue tout de suite à un commerçant du dix-neuvième siècle : il recouvrit de la laine commune avec une couche de poils de castor et obtint ainsi des chapeaux qu'il nomma demi-castors, et qu'il put donnera bas prix. Du premier coup, ce chapelier de génie avail créé Tidéal futur de l'industrie, l'objet de qualité médiocre, ayant toutes les apparences du bon et du beau, et ne coûtant pas cher. Cétait absolument nouveau, et c'était grave. Que le fait se fût déjà produit en secret malgré l'active surveillance des jurés, cela n'est pas douteux *, mais c'étiiit la première fois qu'il éclatait en plein jour et osait s'affirmer comme un droit.

L'article 33 des staluls accordés aux chapeliers en mars 1658 avait prévu l'innovation: « Les maîtres, dil-il. ne pourront faire aucuns chapeaux dits castors, qu il ne soyent de pur castor, sans y pouvoir mêler autres étoffes ». L'audacieux chapelier se vil donc aussitôt menacé, et par sa corporation et par l'Etal, qui se figura que la nouvelle mode réduirait de beaucoup l'importation des peaux de castor. Un arrêt du 21 juillet 1(566 - interdit l'industrie des demi-castors, déclarant que les fabricants et les vendeurs seraient déchus de leur maîtrise, condamnés à une amende de deux mille li\Tes et même à des punitions corporelles en cas de récidive.

Il ne fut tenu aucun compte de cet arrêt, et l'engouement pour les demi-castors fui aussi universel que rapide. Entre l'Etat et le public commence alors une guerre acharnée. Un arrêt du 8 novembre 1667 •'' renouvelle les prohibitions faites par l'arrêt précédent et déclare « que l'on continue en plusieurs lieux de fabriquer et débiter des demy-castors. particulièrement à Rouen. Lyon, Tiuilouse. Bordeaux et Marseille ». Le 2juin 1670, nouvel arrêt * ; celui-ci nousapprend que les demi-castors étaient appelés aussi chapeaux dorés, et que les chapeliers prétendaient les

' On lit dans un anêl du 17 oclobri" 166J (Bibliolh. nationale, ms. français, n" 21,793, f* 60) n c|u'il a esté dêfouvert qu'après ijm- les chapeaux fabriijut^s de simple laint' unt esté à drmi foules, les ehapcliei^ eouvivut cette nialiùiT d'un peu de poil de castor, et fout passer ces chapeaux pour purs castoi's ».

^ Arrest portant deffcnces à tous les maistres chapeliers du royaume de fabriquer aucuns chapeaux de eas/or, sluon de pur castor. Paris, IGOti, in-4''.

■' Hibliolh. nationale, manuscrits Delamarre, art.s et métiers, t. III, p. 7-1.

* Biblioth. nationale, manuscrit.s Delamnrre. arts cl uiétiei's, 1. III, p. 75.

DEMI-CASTORS — DKMI-CKIXTIERS

•ir)l

composer « d'un tieis de laine de vi<;^oij^iie, un tiers de poils de lapin e( plus ou moins de poils de castor », tandis (|ii'en réalité ils se contentaient « de couvrir de poils île Ciislor le dessus seulement des chapeaux, dont le corps est d'autres étoiles ijrossiéres ». Trois années s'écoulent, et -< la fabrique des demi-Ciistors est en nsa<j:e plus que jamais ; » c'est ce qu'avoue l'arrêt du 1.") avril [tilii ', qui menace maîtres et ouvriers d'une amende de li'ois mille livres, « applicables moitié aux hospilaux généraux et l'autre au dénonciali'ur ».

Les Parisiens ont mauvaise tête, et ils ne pouvaient manquer de le prouver dans une question de clia[jeaux. Ils^'ubstinèrent donc à vouloir des demi-castors, et les chapeliers conlinuerenl to\il naturellement à leur en fournir. t)n n'alla pas jusqu'il les saisir en pleine rue, comme cela SI' til plus tiird pour les robes de toile peinte que les commis de barrière arrachaient aux femmes ; mais, à bout d'arf^uments. on résolut d'en monooliser l'industrie. Deux arrêts, des 20 jan\aer et

février 1(585 -. accordèrent le privilèjjje exclusif de cette fabricalion à dix-huit chapeliei-s. Le fernuer du domaine d'Occident ' ne devait fournir de castors qu'à eux seuls, mais chacun d'eux s'euf^aifeait ii en acheter pour trois mille livres au moins, ce qui représentait en tout à peu près quarante mille peaux. Les autres chapeliers réclamèrent vainement. Ils parvinrent toutefois à se procurer des castors, et tirent à leurs confrères privilé<^iés une guerre d'autant plus active el d'autant plus avantageuse que le public encourageait leur rébellion, et qu'ils eurent bienlôl pour complice inconscient le roi luimême.

Il paraît, en effet, que les meilleurs ou\Tiers chapeliers étaient protestants *. La révocation de l'édit de Nantes les força à émigrer, et la pliqiart d'entre eux se réfugièrent dans le Brandebourg, où Frédéric-Guillaume leur fit un accueil aussi bienveillant qu'intéressé, car il encouragea aussitôt dans ses états l'industrie des castors ^. Il resta si peu de bons chapeliers en France, dit M. Rêver, que le secret de la fabrication de> chapeaux fins s'y perdit, et il fallut qu'un huguenot émigré, nommé Mathieu, le rapporte t d'.Àngleterre ' . Naturellement . leur prix augmenta, de .sorte que le lieutenant de police tt le fermier du domaine d'Occident avaient beau se plaindre el provoquer des saisies chez les maîtres, suspects, la vente des demi-castors ne faisait que s'accroître.

* Arrest por/ant ttêrattces défenses dt fabriquer des demirfintors. tant à Paris, Lion, jfioûeH, qu'autres tilles du ryyaume, Paris, 1673, iu-4''.

- .Uanuscrifs ûelamarre. arts et métiers, t. III, p. 65.

'* Lo comnjerct' de la Louisiane et du Canada avait été accunlé comme monopole à une compagnie, qui prit le litre de Compagnie d'occident. Le capital se montait à cent millions, divisés en actions de cinq cents livres.

* L'industrie des chapeaux fut pendant longtemps très active à La Kochelle.

" Cb. Wei.ss. Histoire des réfugiés protestants, t. I, p. 157.

^ Histoire de la colonie française en Prusse, Irad. par M l'h. Corbière, p. "257.

Entin, après soixaiiti'-huil années di' lutte, le gouvernement se vil obligé de céder, l'n arrêt du 18 avril 1734 recoimail le droit de fabriquer « les chapeaux appeliez demi-caslors », puiscpi'il règle les droits de sortie qui leur seront a[)plicables.

Ceux-ci avaient, d'ailleurs, rencontré depuis plusieurs années des concurrents redoutables dans \e^ raudebecs. Mais le souvenir de la persécution dont ils avaient élé l'objet demeura vivace chez les Parisiens, et leur nom servi! pendant longtemps à désigner toute marchandise de qualité inférieure. On en vint même à appeler demicaslirs les femmes d'une conduite légère, celles qui composent ce que nous appelons aujourd hui le demi-monde. « Dans le langage des libertins, écrit le Dirtionnnire de Trérnux '. demi-castor est une femme ou une fille dont la conduite est déréglée, quoiqu'elle ne se prostitue pas à tout le monde ». Prudhomme nous apprend aussi qu'en 1807. « les nymphes du Palais-Royal étaient divisées en trois classes : celles qui se promènent sous les galeries de bois et dans les petites allées du jardin s'appellent les demi-castors, celles des galeries sont leicastors, et celles de la terrasse du caveau les castors fins - ». L'expression survécut même à la révolution de Juillet. Dans un roman écrit en 1839 el dont les événements se passent en 1831. Paul de Kock fait encore dire à un de ses personnages : <,< Pardieu ! une de ses maîtresses ; c'était quelque demi-castor tout au plus ! .Saint-Géran ne donne pas dans les grandes dames ^ ».

Cet épisode des demi-castors aurait pu prendre place soit dans l'article Perfectionnements, soit dans l'article Travail [Réglementation tlu). Il m'a paru assez curieux pour qu'un article spécial lui fiit consacré.

Demi-ceintiers. Fabricants de demiceints. Le demi-ceint, origine ou dérivé du clavain, clavier, clavandier, clercelière onpendant à clefs, fut d'abord une étroite ceinture. Le mot changea de sens dans la deuxième moitié du quinzième siècle ; il désigna alors une ceinture de largeur ordinaire, presque toujours formée de chaînons en métal. Sur le côté, pendaient d'autres chaînes plus fines, à l'extrémité desquelles étaient attachés une foule de petits objets. Ecoutons Olivier de la Marche :

Le demy ceingt ne doit le coi-ps estiaindre. Mais soustenir les faictz * et supporter Des mistères que dame doit porter.

Le ceingt soustient les menus ustensilles Et les utilz dont dames sont garnies .\ les servir comme femmes subtilles 5.

Ces mystères, ces ustensiles, ces outils ce sont « l'espinglier » ou pelote, la « bource », en forme d' « aulmosnière ; » le couteau, dans « une o-avne gente ».

1 Edit. de 1771, t. II, p. 310.

* .Viroir de Paris. 3« édit., t. V, p. 271. 3 t'n jeune homme charntant, chap. VI.

* Le faix.

3 Le parement et triomphe des dames, chap. IX.

DEMI-CEINTIERS — DENTELLIERES

On y ajouta ensuite des clefs, un étui, des ciseaux, tout l'équipoment d'une bonne ménagère. Pins tard encore, quand le deini-coint eut été adoplé par la petite bourgeoisie, on y nuspendil d'étranges reliques. Une pièce satirique, publiée en 1(522, nous décrit en ces termes l'attirail compliqué dont la femme d'un marchand chargeait son demi-ceint : « Trente-deux clefs, une bource où dedans il y avoit toujours du pain bénit de la messe de minuict *, trois tournois fricassés *, une éguille avec son fil, deux dents qu'elle ou ses ajeuls s'esloienl fait arracher, la moitié d'une muscade, un clou de girofle ^, et un billet de charlatan pour pendre au col pour guérir la fièvre * ».

La mode des demi-ceints ne survécut pas au dix-septième siècle. La définition qu'en donne P'uretiëre, dans son dictionnaire publié en 1701, nous le prouve : « Ceinture d'argent, avec des pendans, que portoient autrefois les femmes des artisans et les païsannes ^ ».

Les ouvriers qui avaient la spécialité des demiceints appartenaient à la corporation des chaînetiers.

Demoiselles de compag-nie. Dans le

Me'iiiuiier île Pans, curieux manuel de la vie privée au quatorzième siècle, nous voyons placés à la tète des domestiques de la maison, d'abord maître Jehan le dépensier, maître d'hôtel ou intendant ; puis Agnès la béguine, mise auprès de la jeune femme comme une sorte de dame de compagnie qui lui servait d'intermédiaire vis-àvis des chambrières et des valets.

Passons du quatorzième siècle au dix huitième, et écoutons la comtesse de Genlis. « Les femmes qui vivoient dans leurs terres avoient des demoiselles de compagnie, pour avoir véritablement une compagne dans la solitude d'un château. On les avoit à Paris par décence : avec de bonnes mœurs, on désire des témoins de ses actions.

« Vers la fin du dix-huitième siècle, les particulières, à Paris, n'avoient plus de demoiselles de compagnie ; les dames des châteaux en avoient encore, mais le nombre en étoil fort diminué. Il est fâcheux que l'on ait supprimé cette espèce de représentation, c'étoit une ressource honorable pour lés jeunes personnes bien élevées qui n'avoient point de fortune " ».

Voy. Suivantes.

Deniers de boîte. Type de chacune des pièces frappées par les hôtels des monnaies. Ces échantillons étaient placés dans une boîte spéciale

' Le pain bénit, celui de la messe de minuit surtout, constituait un précieux talisman. Voy. VÉvangih des quenouilles, édit. elzév., p. 75.

* Usés pai' le frottement. Du latin frixus.

■* La muscade et le clou de girofle entraient alors dans presque toutes les sauces.

4 Z« chasse au vieil tjroguard de t antiquilé dans É. Four-nier, Variétés historiques, t. III. p. 38.

^' Dictionnaire unitersel des mots françois. Sans pan^ination.

6 Mme dp Genlis, Dictionnaire des étiquettes, t. I, y. Vi6

et soumis à l'examen de la cour des Monnaies. L'ordonnance de 1682 enjoint de déposer dans la boîte une pièce d'(n- pour la frappe de quatre cents semblables, et une pièce d'argent pour 72 marcs employés de ce métal.

On ilisait aussi deniers emboHés.

Deniers bons. On appelait ainsi toute sonnne garantie. Faire à quelqu'un aies deniers bons ou Varyent bon », c'était se rendre caution de la somme en question. On lit dans l'ordonnance île février 1415 : « Les courtiers sont tenus de faire l'argent bon aux marchands ' ».

Deniers emboîtés. Voy. Deniers de boîte.

Deniers secs. Argent comptant. On disait: « payer à deniers secs, payer argent sec ».

Denrée. Voy. Soudée.

Dentellières. C'est du quatorzième siècle que datent le^ premiers essais de dentelle, et celle-ci consiste alors dans un étroit réseau de fil d'or et d'argent que l'on nomme bisette: dans les dépenses du mariage de Blanche de Bourbon en 1352, on voit mentionné un chapeau « orfroisié de bisete ^ ». Toutefois, la véritable origine de nos dentelles remonte aux hautes collerettes du seizième siècle, et le mot dentelle ne se rencontre jamais avant cette époque. Sous Henri III, faire de la dentelle, était une occupation admise en société, même par les plus grandes dames. Les énormes collets à la mode sous Henri IV, et d'où les tètes des femmes semblaient sortir comme d'un cornet, donnèrent un grand essor à l'industrie de la dentelle : mais bien qu'on eût commencé depuis longtemps à en fabriquer dans le Velay, on recherchait surtout celles de Flandre, du Hainaut, de Venise et de Gênes. Le peu que fournissait la production française faillit être réduit à néant par le célèbre édit somptuaire de 1660. Une pièce publiée à cette occasion •* donne l'énumération suivante des denteliesalors les plus recherchées.

h»(/ueiise, réseau clair, qui devait son nom à sa simplicité et a son bas prix. Elle était fabriquée surtout aux environs de Paris.

Le point de Gènes.

Le point de Rugtise.

Le point de Venise.

Le point <rAurillac.

La neige, dentelle légère et vendue bon marché, comme le prouve le « beau galant de neige » que ( Jros-René vend à Marinette * .

La dcnteUe de Flandre.

La dentelle (F Angleterre.

he point d'Alettçon.

La dentelle du Havre.

1 Titre XXXI.

* Comptes de l'argenterie, p. 298.

3 La récolle des passeinens. dans Éd. Foumier, Variétés, t. I. p. 223.

* Dépit amoureux, acte IV, se. 4.

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