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DENTIFRICES — DENTISTES

l'intérieur de 1h bouche, qui la tient saine et dans un bon éUil de fraicheur, et qui corrige la mauvaise haleine On peut en user tous les jours. Prix 24 sous les plus petites bouteilles * ».

Il v avait aussi l'eau admirable dite de M°" de la Vrillière. L'apothicaire chargé de la débiter eût cru, disait-il, « manquer aux droits de l'humanité s'il ne faisoit point part au public d'un remède si avantatreux ' >>.

Le dentiste Botot, qui a dnnné son nom à un dentifrice célèbre, vivait encore en 1777. et demeurait place Maubert.

UAlmanacA DaupJnn, livre d'adresses publié cette même année donne, à l'article Objets relatifs ET SECRET.S APPROUVÉS CONTRE LES MAUX

DE DENTS, quelques renseignements curieux. Je lui emprunte les articles suivants :

<^ Biirreaux aimantéa, propres à arrêter sur le champ les douleurs de dents. Rue Saint-Antoine, chez M. Hau, horloger, près l'hôtel de Turgot.

Opial rayai du sieur Dulac. parfumeur, rue Saint-Honoré. La composition de cet opiat est due aux recherches d'un des plus sa vans médecins de l'Europe, et attestée p;ir feu M. (iaproii, dentiste du Roi.

Véritable trésor de la hnuche, pour blanchir les dents, nettoyer et affermir les gencives, et conserver la bouche dans la plus grande fraîcheur. De la composition du sieur X. . . .\pprnuvé de la commission royale de médecine.

Elixir fidontalqique du sieur Le Roi de la Faudirue ■'', dentiste de son .\ltesse Sérénissime Monseigneur le prince Palatin, duc régnant des Deux-Ponts, rue Rojale Saint-Antoine. La découverte de cet élixir, reconnu, ainsi que l'opiat qui l'accompagne, pour un des plus fameux (ientifrisse contre tous les maux de dents et gencives, a mérité à cet artiste l'approbation de la haute chirurgie et un brevet de la commission Rojale de médecine. Le surcès continuel de ses opérations soutient à juste titre la réputation singulière qu'il s'est établie dans toutes les parties du monde où les François ont relation. >

Voy. Dentistes. — Dents (Fabrication des) et Odontalgiques (Remèdes).

Dentistes. L'art dentaire, représenté d'abord en France par les barbiers, semble avoir été pendant longtemps fort négligé. Ouand saint Louis mourut, à cinquante-cinq ans, sa mâchoire inférieure ne possédait plus qu'une seule dent. Parmi les précieuses reliques conservées dans le trésor de Saint-Denis figurait « la mandibule monsieur saint Louys, roy de France, tout entière défaillant à l'exception d'une dent* ».

Au début du quatorzième siècle, il existait à Paris un barbier qui semble s'être spécialement occupé d'odontotechnie, car la Taille de iSJ3 mentionne dans la Cité: « Martin le Lombart,

' Affiches, annonces et avis divers, n" du 7 juin 1769. - Journal ijénérttl de France, n" du 28 fovrirr 1780. •'* .ïr If trouvi- ni'innu; ailleurs I.r Roi dr la Kaudij^ncr-'- ♦ F. DAj'Zac, Histoire de lailiaye de Sainl-Dems, t II, p. 548.

qui trait les denz ' ». A cela sans doute se bornait sa science.

Le corps de Charles le Téméraire, retrouvé sur le champ de bataille de Nancy, fut recunnu à ce qu'il ne lui restait plus de dent à la mâchoire supérieure *.

Celles de Charles VII ne valaient guère mieux '.

Je serais fort tenté de croire que François I'' avait aussi de mauvaises dents, car on lui trouve un dentiste en titre, (iuillaume (Joureil*.

L'art diMitaire ne resta pas étranger aux progrès que fil la chirurgie pendant le seizième siècle. Le plombage et la prothèse entrent alors dans la pratique courante. Henri IV eut de bonne heure les dents gâtées. Un registre de ses comptes, au temps où il n'était encore que roi de Navarre, nous apprend que, dès 1576, sa dépense en curedents était de vingt sous par mois, grosse somme pour une cour si besoigneuse. Le même registre contient, à l'année 1581. celte mention : « Or pour plomber les dents du Roy, 15 liv. 15 sols * ».

L'or, en pareil cas, n'était guère employé que pour les bouches royales. Ambroise Paré conseille seulement le liège ou le plomb : « Si les dents sont creuses, dit-il, ont doit remplir les pertuis de liège ou de plomb bien accommodé * ». Il écrit ailleurs : « Quand elles sont tombées, en faut adapter d'autres, d'os ou d'yvoire, ou de dents de rohart '', qui sont excellentes pour cest effeci, lesquelles seront liées aux autres dent.s proches avec fil commun d'or ou d'argent ' ». Même, on posait déjà des râteliers complets : leur construction laissait, il est vrai, fort à désirer ; c'étaient purs artifices de coquetterie, que l'on retirait pour manger, raconte Tallemant des Réaux *. Le satirique auteur à qui nous devons la Description del'isledes hermaphrodites '", nous révèle aussi que « beaucoup d'entre eux avoienl les dents artificielles, qu'ils avoienl ostées devant que se mettre à table " ».

Parmi les découvertes sérieuses, il faut citer la transplantation immédiate des dénis, le remplacement d'une dent cariée par une dent humaine et saine, .\mbroise Paré mentionne le fait sans trop y croire, mais en le déclarant vraisemblable '-. Trente ans plus tard, le succès de cette opération n'est plus l'objet d'aucun doute pour le docteur Louis Guyon '^.11 est vrai que cent ans après l'habile Dionis, chirurgien un peu timoré d'ailleurs, n'en veut pas entendre parler'*.

' Put,'.' 155.

2 Jcaiï dt' i-toyi', Chronique, t'dit. Miciiau<l. p. 329.

•' Du I'"n'snc dr Beaucourt, Histoire de Charles Vil, l. VI, p. 439.

* .V. Chcreau, dans X'VnioH mMicnle. n» du 26 fcvriiT 1863, p. 387.

^ Inventaire des .irchires des Itnsses-Pifrênêes, t. I, p. 4. 7 l'I 10. — Vov. aussi \p Journal d'Héroard, II. p. 142.

6 Œuvres, p. 612.

' De iv'ijuin.

» Œuvres, p. 895.

9 Historiettes, I, II, p. ;t4B.

19 Par .\rtus d"Einlnv, publier en 1C05.

H Pflfjri- 105.

" (Knrres. p. 611.

Il /.(• miroir de la beauté (1615), p 369

I* Cours d'opérations, p. 523.

DKNTISTES

L'on savait aussi couper les dénis, el au moyeu (l'un instrument tnut a fait semblable ti celui qu'on emploie de nos jours '.

Louis XIV avait de très mauvaises dents. Dès 1(585, trente ans avant sa inori, il ne lui en restait presque plus à la mâchoire supérieure, et celles du hasélaient toutes cariées. L'honneur de soifjner ces aug'usies chicots se partaj^eait entre le premier métlecin, le premier chirurjjien et le dentiste royal. Si l'ahlation devenait indispensable, le dentiste Dubois la pratiquait au moyen d'un tf/^rtitnirf d'invention nouvelle, dont Dioiiis fait un ffranil élojje.

M""' de Maintenon, devenue vieille, n'avait pas de meilleures dents que son royal époux. Elle écrivait, le 9 juillet 1714, à la princesse des Ursins : « Je ne vois presque plus, j'entends encore plus mal, on ne m'entend plus, parce que la prononciation s'en est allée avec les dents- ».

En 1712, le dentiste du roi. dit aussi « chirurjjien opérateur pour les dents », était Charles- Arnaull Foinjeron, qui touchait par an 2.295 livres de g'af^es. I! remplissait le même office auprès du Dauphin et de la Dauphine et recevait encore de ce chef 1.500 livres. « 11 a soin, écrit Trabouillet, de nettoïer el couper les dents, et fournit de racines et d'opial quand le Roy lave sa bouche •• ».

Au cours du dix-huitième siècle, l'art dentaire réalisa de .sérieux progrès, dûs surtout à quelques opérateurs de Paris, au nombre desquels on doit citer Gerauhly. dentiste du duc d'Orléans; Robert Bunon, dentiste des Enfants de France; Pierre Fauchard ; Mouton ; Anselme .Jourdain ; Caperon ; Bourdet. dentiste de L(Hiis XV* el de Louis XVI. Ils combattirent l'abus des extractions, contre lequel Dionis protestait dès le début du siècle: « 11 y a. disait-il. des gens si impatiens qu'à la moindre douleur, ils font sauter leurs dents. Mais, c'est une méchante maxime que de courir si-tôt à l'arracheur ; il ne faut venir à cette opération que quand la dent est tellement gâtée qu'il n'y a plus moyen de la sauver, ou quand la douleur qu'elle excite à la gencive est devenue continuelle et iiisupporlable ^ ».

En 1742, Caperon trouva le moyen de casser deux dents à Louis XV. pendant qu'il lui nettoyait la bouche. Le roi montra une grande patience, écrit Barbier, « il a souffert extraordinairement sans se plaindre, sans dire des choses trop désagréables à ce dentiste* ».

Mesdames, filles de Louis XV, avaient pour dentiste le sieur Mouton qui. en dépit de son nom. faisait une belle peur à ses royales clientes.

Sébastien Mercier écrivait en 1783 : << Les habiles dentistes s'attachent plus à conserver les dents qu'à les extirper: ils n'arment plus si fréquemment leurs mains de l'acier douloureux ».

' \ oyoz-en la 6gun' dans Guillemcau, Œuvres de chirurgie (1649), p. 513.

' A. Gi'ffrov, Mnd/ime de Mnintenoii. I. Il, p. 352.

■* f:iat de In France pour 1712. I. I, p. 178.

' .l/c')«oi>M.5ffrf/.«, dits di- BachaumonI, l. VI), p. IHO.

S PaRc 515.

* Journal, l. VIII, p. 199.

Toutefois, si vous y tenez, ils ne Vous refuseront pas ce service. « Si une rage de dents vous saisit dans la rue, vous n'avez qu'à lever les yeux. 1 ne enseigne, qui représente une molaire grosse comme un boisseau, vous dit : montez ! Le dentiste vous fait asseoir, relève sa manchette de dentelle, tire votre dent d'une main leste et vous otTre ensuite un gargarisme ». Désirez-vous remplacer les os précieux qui vous ont été ainsi eidevés, les dentistes sont encore à votre disposition : '\ Le plus étonnant dans son art se nomme Catalan, rnc Dauphine. Il vous fera un râtelier complet, ave(' lequel vous broyerez tous les alimens sans gène et sans effort ' ».

La prothèse employait alors presque exclusivement l'ivoire, les dents humaines, celles du bœuf et du morse '. En 1780, « le sieur Ladoucetle, l'aîné, chirurgien-dentiste, reçu au collège de chirurgie, quai Pelletier, près la Grève, maison d'un parfumeur », annonçait au public qu'il venait ù d'imaginer de nouveaux ressorts en or. pour maintenir, avec tonte la solidité possible, les mâchoires artificielles dans l'usage de la mastication et de la parole. Ces mâchoires sont conformées de manière à imiter la belle nature et à exécuter tous les mouvemens de la bouche sans être exposées à la fragilité ; elles servent surtout, au défaut de dents naturelles, à une trituration des alimens : ce qui, comme l'on sait, est la base de toute l'économie animale ^ ».

Un arrêt dn 19 avril 1755. du aux instances de Lamartinière, premier chirurgien du roi, interdit aux femmes la profession de dentistes. Deux fenunes pourtant l'exerçaient encore en 1760, c'étaient M"""^ Calais, rue de Grenelle- Saint-Honoré, et Hervieux, rue Geoffroy-Lasnier. Paris ne comptait guère qu'une trentaine de dentistes*. Deux d'entre eux étaient reçus maîtres en chirurgie, les autres portaient le titre d'EXPERTS. seule qualification que donnassent aux dentistes les statuts de septembre 1699. Leurs examens, beaucoup moins compliqués que ceux des chirurgiens, se bornaient à •.<. un seul acte, dans lequel ils étaient interrogés tant sur la théorie que sur la pratique ». Ces examens constituaient une fort heureuse innovation, et ils furent rendus plus .sérieux au dix-huitième siècle. Les lettres patentes de mai 1768 règlent ainsi la condition des experts.

« Article cxxvi. Ceux qui voudront s'occuper de la fabrique et construction des bandages pour les hernies ou ne s'appliquer qu'à la cure des dents seront tenus, avant d'en faire l'exercice, de se faire recevoir au collège de chirurgie en la qualité d'experts.

Article cxxvii. Ne pourront aucuns aspirans être admis en la<lite qualité d'experts, s'ils n'ont servi deux années entières et consécutives chez l'un des maîtres en chirurgie ou chez l'un des

• Tableau de Paris, t. V, p. 75.

- Gi'iauldy, l'arl de conserter les dents (1737), p. 121.

3 Af/icies, auiioiiees el acis divers, n" ilii 20 (técombrp

k On trouve leurs nom.s dans J^zi-, É'/al ou Inblenu. etc., p. 5.

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