DOMESTIQUES
désigne par cette expression ses gens de service ^ . ' A leur tête, figurait muislre Jehan le desyensier . luaîtiv (J'hùlel ou inlenilaut. Agnès la hétjtdne, placée auprès de la jeune femme comme gouvernante et comme dame de compagnie, lui servait (Tinlermédiaire vis-à-vis des chambérières et des ■varlets.
Tous ces gens étaieni liien traités. Avant de les engager, on avait soin d'aller aux renseignements chez les maîtres qu'ils quittaient : « Ne prenez aucunes (chambérières) que vous ne sachiez avant où elles ont deniouré, et y envolez de vos gens pour enquérir de leurs conditions sur le trop parler, sur le trop boire ; combien de temps elles ont demouré ; quel service elles faisoient et scèvent faire ; se elles ont clnunbres ou acointances en ville ; de quel pais et gens elles sont ; combien elles y demourèrent et pourquoj elles s'en partirent. Et sachiez que communément telles femmes d'esirange païs ont esté blasmées d'aucun vice en leur païs, car c'est la cause qui les ameine à servir hors de leur lieu ». Il faut que Jehan le dépensier note sur son livre tout ce qui concerne chaque chambrière acceptée par la maison : << Faictes luj enregistrer en son papier de la despense ^ le jour que vous la retiendrez, son nom, et de son père et de sa mère, et d'aucuns de ses parens ; le lieu de leur demourance , le lieu de leur nativité, et ses pleiges 3, car elles craindront plus à faillir pour ce qu'elles considéreront bien que vous enregistrez ces choses pour ce que, s'elles se deffuioient de vous * sans congié, vous vous en plaindriez à la justice de leur pays ou à iceulx leurs amis >>. Kstil possible de mieux dire ? Et ces conseils donnés à une bourgeoise du quatorzième siècle ne sontils pas exactement ceux que l'on donnerait à une bourgeoise du dix-neuvième?
Notre sage mentor poursuit : « Il faut sans cesse veiller sur vos gens, les endoctriner et les corriger, les empêcher de se quereller, de mentir, de jurer, de dire de vilaines paroles. » Les domestiques dînent après leurs maîtres : un seul plat leur suffit, pourvu qu'il soit copieux et nourrissant. Veillez à ce qu'ils ne restent pas trop longtemps à table, à ce qu'ils n'y discourent pas, « car les communes gens dient quand varlet presche à table et cheval paùt en gué, il est tems qu'on l'en oste, que assez y a esté ».
Lorsque « le feu des cheminées sera couvert partout », vos gens se retireront pour se coucher. Qu'ils aient chacun sa chandelle dans un chandelier solide et à large pied, qu'ils la déposent au milieu de la pièce, qu'ils l'éteignent « à la bouche ou à la main » avant de se mettre au lit, et non pas au moment où ils enlèvent leur chemise ^.
Si vos chambérières sont jeunes, ne les laissez pas coucher loin de vous. « Se vous avez filles
' Tome II, p. 56.
î Sur .son livre di' déprnsr-.
■ï St's rt'pontlants.
4 Si l'IIi's vous (|iiiltîni'nt.
■' (Jii coucliiiit l'iicoi'i' sans clii'misi', mais on m' IVilnil qu'uni' fois i'nln> ilans lo lit, et on la plaçait, hvim' li's braios, sous Ir liavrrsin.
ou chambérières de quinze à vingt ans, poui' ce que en tel aage elles sont sottes et n'ont guère vu du siècle *, que vous les faciez coucher près de vous en garderobe ou chambre où il n'ait ' lucarne ne fenestre basse, ne sur rue. » Enfin, si un de vos serviteurs tombe malade, « toutes choses communes mises arrière, vous mesme pensez de luy très amoureusement * et charitablement, et le revisitez, et pensez de luy ou d'elle très-curieusement en avançant sa garison ». Ces marques de sollicitude reconunandées dans un traité d'éducation à une jeune fenmie faisant partie de la riche bourgeoisie méritaient d'être relevées. Elles prouvent que, comme les apprentis, les domestiques étaient déjà traités avec douceur.
Ceci, d'ailleurs, ne les empêchait pas de tromper leur maître, de « battre le cabas » comme on disait au quinzième siècle ', de « ferrer la mule ». comme on disait au dix-septième *. d'entretenir des amoureux dans la maison, et de répondre aux reproches en brisant quelques pièces de la vaisselle. Sans eux. dit Olivier de Serres. les meubles se conserveraient éternellement ^...
C'est du seizième siècle seulement que date l'usage d'exiger des domestiques un li\Tet. .\nx termes de la Déclaration du 21 février 1565 •"' les gens qui voulaient entrer en service devaient « faire apparoir à leurs niaistres par acte valable et authentique de quel part, maison et lieu, et pour quelle occasion ils sont sortis ». Ceux qui avaient déjà servi étaient tenus de produire « suffisante attestation de leurs premiers niaistres de l'occasion pour laquelle ils sont sortis ». Défense très expresse était faite d'accepter des domestiques sans certificat, et aussi de les congédier « sans leur bailler acte de l'occasion de leur congé ». Tout domestique trouvé sans certificat de ce genre était considéré comme vagabond, et enfermé au (]hâlelet.
Suivant une coutume qui s'est conservée en quelques provinces , les domestiques étaient presque toujours engagés soit à la Saint-Jean soit à la Saint-Martin. On les prenait tantôt à gages, tantôt à récompense. Ces derniers étaient payés suivant la fantaisie de leur maître : en général, ils recevaient trois ou quatre cent.s francs après trois ou quatre années de service, et ils devaient se contenter de ce qu'on leur donnait. Souvent aussi, le maître, satisfait d'un serviteur encore jeune, le mettait à même d'apprendre un métier on l'établissait. La plupart des valets qui figurent dans les comédies de Regnard et de Dancourt sont îles valets à récompense.
En notre temps de mesquines fortunes, on ne rencontre guère de maisons montées comme l'étfiit celle d'une riche famille au dix-septième siècle. Suivant Audiger, qui fut officier de cuisine chez la comtesse de Soissons et chez Colbert, la
I Et n'ont guère vu le mondi".
' .Vfri'Olui'Usomcnt.
■' \'oy (jhrislini' di> l^isan, I.e trésor Je la cilf drs dames, edil. de l.^.'tO, 1^ 121.
' Vov. l'art. Srrvanli'S.
'■^ TImiIre d'agricullurc, édil. de 1600, p. 881 et suiv. •i IsambiM-l, Aiieiennes lois françaises, t. XIV, p. 178.