DRAPS
Le BRi'SSEQL'iN, drap de qualito inférieure et presque toujours de couleur bruu foncé. J'ai cependant rencontré des brussequins roses.
Le BURE.ui ou BUREL, lissu de laine très grossière, dont Villon a dit :
Miculx vault viviv soubz gros burraux
Pauvn', qu'avoir Oî^té seigneur
Et pourrir soubz riches lambeaux •.
Le bureau n'avait pas pour seul usage de vêtir les pauvres. On l'eniplovait aussi pour recouvrir les liibles, et c'est de là qu'est venu notre mot bureau, qui désigna (nul a la fois \o lissu servant le plus souvent à couvrir un bureau et le meuble lui-même. Ou lit dans un compte de 1464 : « Trois aulnes de drap vert, pour faire nng bureau ù mectre sur la table en la chambre du Rov * ». Rabelais cite le « gros bureau d'Auverjrne ' », mais au dix -huitième siècle, cette élofTe se fabriquait presque exclusivement en Normandie.
Les c.VDis, gros draps en laine non peignée. Les plus estimés étaient fabriqués dans le Languedoc.
Les DROGUETS. Voy. l'article Drogueliers.
L'ÉT.VMINE. Voy. l'article Etaminiers.
Le GALABRUN, G.VLEBRUN OU ISEMBRl^N, variété
de tiretaine. Les religieuses de l'Hôtel-Dieu en portaient ; mais saint Bernard, plus iuisli>re, en (léfendit l'usage à ses moines : ■< XuUiis fralruni nostnirum pannis qui dicnntnr galabruni vel isembruni vestialnr * ». Le galahrun est mentionné dans le Livre des métiers, qui le qualifie de « drap ourdi ^ ».
La UMESTRE. Voy. l'article Limes/riers.
Drap de seigneur ou de sire, étoffe très fine, employée principalement pour les vêtements des ecclésiastiques et des gens de robe. Elle se fabriquait surtout à Reims.
Je ne suis pas si tost sorti de ma couchette
Que Toicy des marchands qui sonnent ma clochette.
Demandant un habit de serge de seigneur 6.
La SERGE. Voy. l'article Sergiirs.
La TIRETAINE. Voy. l'article Tiretainiers.
La TRIPE ou TRIPPE sorte de velours de laine, qui se fabriquait au méfier, comme le velours et la pluche ; à l'endroit, le poil était tout de laine, la tissure à l'envers était entièrement de fils de chanvre. Il est probable que cette étoffe, très employée au quinzième siècle, était originaire de Tripoli ; au dis-huitième siècle, elle se fabriquait surtout en Flandre, à Lille, à Orchies, à Tournai. Il y en avait de rayée, même de gaufrée, et on la teignait en toute couleur '.
t OrttHd testament, § XXXVI.
* Douët-dWrcq, Comptes de l'argenterie, p. 353. ' Pantagruel, liv. IV, ch. 32.
* Voy. Ducange, au mot galairunus.
S II* partie, titre XXIV.
* Dialogue de deux marchands. Dans Éd. Foumier, Variétés, t. V, p. I9a.
' Fr. Michel, Tissus au mot/en âge, t. II, p. 250. — Savary, Dictionnaire, t. II, p. 1813.
DlX-SEI'lllJME ET DIX-HU1T1È.ME SIICCI.KS.
Draps abouchouchous. Draps destinés à l'exportation, et ([ui étaient fabriqués surtout dans le Languedoc. Plusieurs des maïuifactures créées dans cette province eurent pour origine l'expulsion des Mores d'Espagne au dix-septième siècle. L'édit rendu par Philippe III est de janvier 1610. Près d'un million d'hommes, une élite de travailleurs, abandonnèrent la péninsule, et ils y laissèrent un vide que les siècles n'ont pu combler. L'édit de 1610 fui aussi funeste à l'Espagne (jue le fut, soixante-quinze ans plus lard à la France, la révocation de l'édit de Nantes '.
Draps billards. Draps très larges, employés presque exclusivement pour recouvrir les billards. Ils provenaient surtout d'Elbeuf, de Chàteauroux, de Romorantin, etc.
Calmande. Etoffe très lustrée dont on faisait surtout des jupons et des robes de chambre. On en consommait beaucoup en Flandre, et les centres de fabriciition étaient Lille, Tourcoing, Roubaix, etc.
Cariset, creseau ou carisi. Etoffe de laine croisée, qui ne se fabriquait guère qu'en Angleterre, mais dont d'innuenses quantités entraient en France. Dans Vurocat Patelin de Brueys, c'est à ce lissu que Guillaume fait allusion quand il reproche à .\gnelet de lui avoir tué un mouton dont la laine proiluisail « des draps d'Angleterre - ». La (Irapière du Bourgeois poli offre aussi à une cliente « de beau carizi d'Angleterre ^ ».
Draps CH.vrs. Draps « fabriquez avec les restes des chaînes et des trames des draps de coideur * ». Ordinairement la chaîne était blanche.
Corda. Sorte de grosse serge dont on ne faisait que des vêtements communs. On l'a souvent confondu avec le pinchina.
Dauphine. Sorte de droguet, non croisé et très léger, qui servait à faire des habits d'été. Savary écrivait en 1723 : «Plusieurs prétendent que cette étoffe a pris le nom de dauphine, de ce qu'un Dauphin de France en a porté des premiers. Quelques autres veulent que ce soit parce que l'origine de sa fabrique vient de quelque endroit de la province de Dauphine ; et d'autres disent que c'est à cause d'un ouvrier dauphin<iis qui le premier en a trouvé l'invention à Reims. Quoi qu'il en soit, il est certain que celte étoffe n'est pas d'une ancienne fadirique et que la mode en est assez moderne ' ».
Espagnolette. Espèce de droguet, dont l'Espagne eut pendant longtemps la spécialité. Au dix-huitième siècle, on en fabriquait à Rouen, à Darnetal, à Chàlons-sur-Marne, à Beauvais, etc.
1 ^'oy. Mignet, Succession d'Espagne, 1. 1, p. XW'III.
* Scène VII.
3 Dans Éd. Foumier, t. IX, p. 164.
' Statuts des teinturiers, du 15 janvier 1737, art. 58.
5 Tome I, p. 1651.
DKAI'S — DHOGMANS
Flanelle. Les villes qui en produisaient le plus étaient Reims, Castres et Rouen. Mais, jusqu'il la fin du dix-septième sièr.le. on rechercha surloni les flanelles anf^laises. Racine écrivait à son fils le 17 novembre 1098: « J'ai dit à M. de Bonac que vous me ferez plaisir de m'apporter de ))onne flanelle, vraie Anjjleterre, de quoi me faire deux camisoles * ».
Londres et londrins. Draps imités de tissus anglais, et qui étaient destinés à l'exportation. « Il v a toute apparence que ces sortes de draps ont pris leur nom de la ville de Londres, les Anglois ayant été long-temps avant les François en possession de faire le négoce de draperie en Levant^ ». Ces tissus ne se fabriquaient guère que dans le Languedoc, la Provence et le Dauphiné.
Une qualité inférieure était dile londrins seconds on demi-londrins.
Mahous. Variétés des précédents. Ils avaient la môme destination et venaient des mêmes provinces.
Molleton. Voy. l'article Molletonniers.
PiNCHiNA. Tissu non croisé, originaire d'Espagne. La première fabrique française fut fondée à Toulon, qui en conserva longtemps le monopole.
Ras. Sorte de serge, croisée, uiue et à poil ras. La plus ancienne manufacture de ras qu'ait eue la France fut créée en 1677, par un sieur Marcelin Charier, à Saint-Maur près de Paris. Cette industrie se vit ensuite représentée à Lyon et à Tours.
Ratine. Drap dont les poils, lires en dehors, étaient frisés de manière à former de petits grains. Dieppe, Beauvais, Caen, Sommières, Elbeuf en produisaient d'excellentes.
Revêche. Variété de ratine, mais dans laquelle n'entrait que de la laine grossière. Amiens et Beauvais en conservèrent pendant longtemps la spécialité. « Les revéches servent à douliler des habits, particidièrement ceux pour les troupes de S. M. très chrétienne. Les femmes en doublent des jupons pour l'hy ver ; les miroitiers en mettent derrière leurs glaces pour en consen'er l'étain ; les cofTretiers-malleliers en garnissent le dedans des cofîres propres pour la vaisselle d'argent, et les gainiers s'en ser\'ent ù doubler certains étuis ^ ».
SoMMiÈRE. Serge croisée et très chaude. Elle avait pris son nom de la ville de Soiiinnères, dans le (4ard, mais Beauvais en produisait aussi beaucoup.
Draps Dusseau, d'Usseau, du seau ou du SCEAU. Laquelle de ces quatre formes doit prévaloir V Chacune d'elles a eu ses partisans, mais il semble établi aujourd'hui qu'il faut écrire drap (ht, sreau, et que cette expression désignait un drap spécial, fabriqué à Rouen, et le plus beau que produisissent les manufactures de celle v-ille. *
1 Éilit. Mosnard, t. Vil, \<. 301.
« Savary, l. II, \>. 588.
3 Savary t. II, y. 1308.
Draps de lit. Voy. Blanc (Spécialité de).
Drayeurs. Nom donné parfois aux corroyeurs el aux tanneurs. La drayoire. liite aussi couti'im ù rcccrs ou i-tiutfau jmriiir, est un instrument qui figurait dans les armoiries de ces deux
corjis d'état.
Dresseurs. Voy. Écuyers.
Dresseurs. Chez les épingliers, ouvriers chargés <le dresser le fil. c'est-à-dire de diviser chatpie pièce de fils en brins lendns aussi droits que possible. In dresseur habile pouvait dresser six cents toises de lil par heure.
Drilles Bons). Nom donné parfois aux Enfants de maître Soubise. Agricul Perdiguier ' les nomme BoiuIrUIrs.
Voy. Snfants.
Drilliers. \ oy. Ctiiffonniers.
Drogrnans. La Porte ottomane se chargeait
de fournir des drogmans aux ambassadeurs accrédités auprès d'elle, mais Louis XIV voulut qu'à l'avenir les drogmans fu.ssent de nationanalité française. Il ordonna en 1670 que, de trois ans en trois ans, il serait envoj'é « six jeunes garçons au couvent des Pères Capucins de Constantinople et de Smyrne, pour y estre instruits dans le culte de nostre religion et la connoissance des langues dn Levant * >•. La pension de chacun d'eux était fixée à Irois cents livres qui devaient être payées par le commerce de Marseille. Quelques mois après, notre ambassadeur à Constantinople était informé que, l'inteivalle de trois ans ayant paru trop considérable, les envois auraient lieu tous les ans '.
Telle est l'origine de rinslilulion dite des Jeunes de laiifjue. Elle fut complétée en 1700 par la fondation, faite au collège Louis-le-fîrand à Paris, de douze bourses, p<uir douze enfants arméniens appelés à recevoir une éducation chrétienne, et destinés à seconder nos missionnaires dans le Levant. Vingt ans après, les douze bourses étaient réduites à dix. enlevées aux Orientaux et attribuées à déjeunes français ♦.
.\ux deux « lecteurs ordinaires de la chambre du roi » étaient adjoints quatre interprètes : un pour l'arabe el le syriaque, un pour la langue latine, ,uii pour la langue grecque, un pour les langues grerque et latine =. Je trouve deux d'entre eux cités en 16(57 sur l'étal des gralilications accordées par le roi aux gens réputés savants *.
Les interprèles sont aujourd'hui formés par l'école spéciale des langues orientales vivanift*,
ï Le litre litt cotnptignortnaffe, t. I, p. 11.
* Correxpiini/niiee de Colberl. Irttiv <lu l(i février 1670, t. II, p. 518.
3 Cnrrespoiiihmre lie Colberl, letlre du l"' novembre
107(1. t. II, jK r\i:>, !■! t. ^', p. 304.
* Fi-édéric Masson . Les Jeunes île la»giif. Dans lo Correspondiiiif, année 1881, p. 117.
» Elnl de In Friiiice pour 1712, I. I, p 218.
* Correspondance de Colberl, l. \", p. 473.