‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 129 sur 422 · EAU-DE-VIE — EAUX MINÉRALES AHTIFICIELLES · texte numérisé non relu

EAU-DE-VIE — EAUX MINÉRALES AHTIFICIELLES

au mois de mars 1676, fut réunie à la communauté nouvellement créée des litnonadiers. Ceuxci purent vendre l'eau-de-vie et d'autres liqueurs, aussi bien en gros qu'au détail. Les épiciersdro<i;'uistes et les vinaigriers avaient aussi le droit de distiller l'eau-de-vie et d'en l'aire commerce.

Eau-de-vie (Vendeurs d'). « A Paris, ï\-^ & une quantité de gens de l'un et de l'autre sexe qui subsistent par le petit détail qu'ils font de l'eaude-vie. Ils se nomment vendeurs et vendeuses d'eau-de-vie. Ce sont des espèces de regrattiers. Chaque jour, dés le matin, lorsque les boutiques commencent k s'ouvrir et que les artisans vont et se mettent au travail, ils ctabli.ssent <les petites boutiques au coin des rues ou parcourent la ville, en portant tout le cabaret, bouteilles, verres et mesures, dans une petite manne pendue à leur col. Ce sont les femmes qui sont sédentiùres, et les hommes qui vont criant leur marchandise * ».

On les nommait aussi Porte-col.

Voy. Vendeurs.

Eaux (F.usEURS d'). Il y avait, dans la cuisine royale, un officier qualifié de faisejir (Teaux *. Le maître d'hôtel Audiger me fournit l'explication de ce terme : << Je parvins, écrit-il, à faire en perfection toutes sortes d'eaux, tant de fleurs que de fruits, glacées ou non glacées, sorbecs, crèmes, orgeat, eaux de pistaches, de pignons, de coriandre, d'anis, de fenouil et de toutes sortes de grains ' ».

Eaux minérales artificielles (Commerce des). On avait eu depuis longtemps l'idée de fabriquer à Paris même les eaux minérales les plus difficiles à transporter, et La Bruyère parle d'un certain Barbereau qui, dit-il, « s'etoit enrichit à vendre en bouteille l'eau de la rivière* ». Ce Barbereau s'était installé justement au bord de la Seine, dans l'une des boutiques ouvertes sur la façade du collège des Quatre-Nations ^ , boutiques dont le loyer constituait une partie des revenus de l'établissement ". Le médecin Bernier qui, comme on sait, n'était pas tendi'e pour ses confrères , a consacré à ce commerçant peu scrupuleux une page curieuse, et que l'on ne songerait guère aujourd'hui à aller chercher dans le compact in-quarto où elle se cache. Ce serait, en vérité, grand dommage.

« Barbereau, écrit Bernier, n'eut qu'à déguiser l'eau de la Seine et à luy changer le nom, pour la mettre à bien plus haut prix que le meilleur vin de Champagne. Il en établit donc le bureau dans le collège des Quatre-Nations, et pour en faire la distribution d'une manière un peu galante, il la commit à sa femme et à sa fille, deux nymphes qui ne paroissoien t pas les plus refroidies

' Savar^, Dictionmiirr, t. ], y. 1787.

2 Ettit de la France pour iCtH? , t. I. p. 4'ir) ; pour J7 Ï2 , l. I, p. 134 ; pour 1736, t. I, p. 235.

3 /.// maison réglée, (-(iit. Pion, p. 132. .Vudipror donne la iTColte (le toutes ces eaii.x.

» Œutres, éflit. G, Servcii.s, t. II, p. 87.

• Aujourd'hui le palais de l'In.stitut.

* Voy. A. -F., Recherrlies ii.Ktorifues sur le collège des Quatrt-Nations, p. 54 ni suiv.

de charité ; de sorte qu'on croyoil toujours boire ajuste prix, quelque chère que fût l'eau, quand on la prenoit des mains de ces deux prélieuses.

Ce qu'il y avoit de particulier dans cette eau, au moins si l'on en croyoil Barbereau, est que comme si le transport luy eut donné quelque qualité qu'elle n'avoit pas dans son logis (au contraire de celles qui perdent quelque chose quand on les transporte), celle qui parloil de chez luy dans de certaines bouteilles étoit bien plus chère que l'autre, étant scelée du seau de la fontaine perpétuelle. Car le dieu du fleuve qui y présidoit et qui la faisoit partir avec cette altaclie pour le bien public assuroit qu'elle étoit imprégnée d'une vertu miraculeuse, quoiqu'il n'y parût qu'un mélange d'antimoine vitriolé ou de vitriol antimonié, encore en si petite dose qu'il n'étoil pas capable de la faire changer de iiature. ce grain verd qu'on voyoit au fond n'excédant pas la gro.sseurd'un grain de froment sur six pintes d'eau. Mais parce qu'il y avoit du niistèreet qu'on la regardoit comme une fontaine de jouvence, on la payoit si grassement que quelques coffres forts en donnoient depuis dix jusqu'à trente louis d'or, le prix la faisant passer pour une eau de longue vie et de santé, et le maître des eaux du collège se disant conseiller et médecin ordinaire du Roy, quoi-qu'il ne .sçût ni A ni B, et qu'il bût plus de vin en un jour que les plus forts de ses beuveurs.

On avoit beau dire aux gens prévenus que ce n'étoil que de l'eau de rivière, et que le grain verd qui étoit au fond de la fontaine perpétuelle n'étùit qu'un mistère, ils n'en croyoienl rien ; mais enfin on s'en éclaircit, et voici comment. Un petit laquais avoit retenu l'argent de son maître et avoit rempli sa bouteille de l'eau de la Seine, au lieu d'aller porter l'un et l'autre chez Barbereau, et cependant le maître du laquais n'avoit pas laissé de se trouver fort bien de celte eau ; c'est pourquoy il ne manqua pas d'aller remercier le maître des eaux après sa convalescence, quoiqu'il crût avoir bien payé son remède. Comme il eut fait son compliment, on le pria de dire son nom, mais ne le trouvant pas sur le registre où celui de tous les beuveurs étoit couché, on soupçonna qu'il y avoit du mal entendu, et que le laquais pouvoit bien avoir changé l'eau fil vin. Ainsi le maître de retour au logis luy ayant commandé d'aller trouver M. Barbereau, le fripon change en même temps de couleur, se trouble et se jette enfin à ses pieds, demande pardon et offre pour l'obtenir plus facilement de rendre la plus grande part de l'argent qui étoit encore en nature. Voilà la première et la principale cause du reflux des eaux, voilà comment leur merveilleuse réputation et celle du médecin (les eaux se perdirent. Car on remarqua depuis ce temps-là que le maître des eaux et sa boutique fondirent insensiblement sans qu'il eût rien fondé pour sa pauvre famille, non plus que ce fondeur de cloches dont on a dit :

Il fondit et rien ne fonda ' ».

' Kssais de médecine, p. 454.

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