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EAUX MINERALES ARTIFICIELLES — EAUX MINÉRALES NATURELLES

Barbereau avait des coiiourreiiU. Deux jeunes Hollandais, qui visitèrent Paris eu 1657, écrivaient dans leur Journal, à la date du 6 avril : « Nous allasnies aux Pelils-Au^'Ustins, pour parler a un Père nommé Valerien, qui dojine de l'eau de lontaine, dans laijuelle il verse un peu d'esprit d'une certaine eoniposilion qui la rend comme minérale. On dit qu'il en guérit toules sortes de maladies ; beaucoup île personnes s'en sont bien trouvées, et quelques autres n'eu ont eu aucun soulagement ' ». Le procédé était élémentaire et pouvait, avec un égal succès, s'appliquer à toutes les sources. Ce progrès était réalisé en 1692, ciir Blégnv nous apprend que « le sieur Filiesac, rue de la Bùclierie. joignant les écoles de médecine, vend toules sortes d'eaux minérales artificielles * ». '

Eatix minérales naturelles (Commerce DES . Les baius de Caulerets, de Balaruc, de Néris, de Bourbonne et bien d'autres étaient déjà connus au seizième siècle ■', mais leur efficacité paraissait très problématique. En général, ou commençait toute cure de ce genre par une purgalion et une saignée, car ou ne comptait guère sur le reste. « Les voyages des eaux, disait Voltaire, ont été inventés par des femmes qui s'ennuyaient chez elles * », et Gui Patin, possédé de la mauvaise habitude de rendre trop crûment sa pensée, déclarait que « les eaux minérales fout plus de c. . .s qu'elles ne guérissent de malades ^ ». Il faisait allusion à la durée du trajet, à la difdculté des communications, etc., etc.

Au mois de mai 1655, Louis XIV se plaignit d'une indisposition à laquelle son premier médecin Vallot ne comprenait rien : lui-même l'avoue *. Pour se tirer d'embarras, il ordonna à son royal client les eaux de Forges. C'est à Fontainebleau qu'eut lieu la cure, et Vallot nous apprend qu'il y « faisoit apporter par des officiers du gobelet à cheval des eaux de Forges, puis des relais d'hommes à pied en apportoient toute la matinée une flottée, dont le roi usoit à la manière ordinaire, après avoir été préparé par la saignée et la purgation ». Le roi but six verres le premier jour, huit les jours suivants ; mais il fallut bientôt interrompre le traitement, qui aggravait l'état du malade.

Le procédé employé par Vallot en cette circonstance prouve que l'on ne se procurait pas encore facilement à Paris les eaux minérales même les plus en vogue.

Dès 1670, CoLbert écrivait à Riquet : <.< Le Roy ayant dessein de faire distiller toutes les eaux minérales qui se trouvent dans les provinces de sou royaume, pour connoistre leurs différentes qualités et sçavoir à quoi elles sont propres, je seray bien ayse que vous preniez soin de faire tirer six bouteilles de celles de Balaruc en Lan-

' .\.-P. Faugère, Journal d'u* toyage à Paris, p. 108.

- Le livre commode. 1. I, p. 175.

' Voy. Rabelais, Pantagruel, livre II, t-hap. .33.

* I.ettn' Ju 25 avril 1770, à Lekain.

5 Lettre du 30 juin 1665, au médecin Falconet.

S Journal de la sanlé de Loui.t XIV, p. 27.

guedoc et de Barèges, pour les envoyer par la voye que vous jugerez la plus commode et la plus prompte * ».

Je ne sais s'il fut donné suite à ce projet. Mais quand Louis XIV vint s'installer à Versailles, l'Académie des sciences reçut de Colbert (11 août 1682) « l'ordre de travailler à l'examen des eaux des sources de Versailles » et de déterminer celle dont le roi devait faire usage. Bourdelin, délégué par ses collègues, alla recueillir les eaux provenant de dix sources : celles de Saint-Cyr, de Maltourle. du (^hesnay. de Rocquencourt, des Crapaux près de Trianon, de .Saint - Pierre, de Saint- Antoine, de la porte du parc de Bailly. de Trianon et de Villed'Avray. Après de minutieuses expériences, l'Académie répondit au ministre « que les eaux de Versailles égalaient eu bonté celles que l'on estime les meilleures, telles que sont les eaux de la Seine * et celles de Rungis ^ ». Colbert se décida pour la source de Ville-d'Avray, qui prit le nom à'euu du Roi. La fontaine, située près du parc <le Saint-Clouil. restait toujours cadenassée, mais (le façon à permettre aux passants de s'y rafraîchir. Louis XV en autorisa même la vente à Paris. ^< On la trouve dans différens bureaux de la ville à un prix modique ». écrivaient Hurtaut et Magny en 1779 *.

Le commerce des eaux minérales ne fut régulièrement organisé dans la capitale que sous ce règne. En 1760. les sieurs Alleaume et Delage, demeurant rue des Prouvaires, jouissaient d'un privilège exclusif pour le transport et la vente des eaux minérales françaises et étrangères. Toute concurrence était interdite et punie d'une amende de quinze cents livres, outre la confiscation des marchandises. Le prix de chaque eau était fixé par le premier médecin du roi, et les concessionnaires n'avaient pas le droit de le modifier. Voici le nom et la taxe des eaux qui étaient « présentement en usage » :

Saintf-Reine, la bouteille 15 sols.

Forges, à l'ordinaire 15 —

Forges, par relais 1 liv. 15 —

n//.s, de 4 pintes ou environ. .. . 12 — »

Balaruc, de 4 pintes ou environ 12 — »

Cransac, de 4 pintes ou environ 12 — »

Plombières, de 5 pintes ou env.. 12 — »

Vichy, de 4 pintes ou environ. .5 — »

Bourbonne, bouteille de pinte. . . 2 — »

S/)a, bouteille de pinte 2 — >>

Cauteretz, bouteille de pinte. ... 3 — »

&fe, bouteille de pinte 2 — 10 sols.

Sedlit:. de trois chopines 6 — »

5o««i°, bouteille (le pinte 3 — »

Baretgez ^ ,\towU'i\\i' t\f ^u\\e . . . 3 — »

La Motte, de 4 pintes 10 — » "

* Correspondance de CoWerl, t. V. p. 291.

* On ne pensait plus ainsi sous Louis XV.

3 Histoire de l .icndémie des sciences, t. I, p. 369.

* Dictionnaire Aistorii/ue de Paris, t. H, p. 680. ' De Bacçori', sans doute.

6 Jèze. État on laùleaii de la ville de Paris (1760), p. 326.

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