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ÉCUYERS DE CHAMBRE — ÉCUYERS DE MAISON

Écuyers de chambre, chambre.

Viiv. Valets de

Écuyers de cirque. L'an de dresser des chevaux, de les mouler avec adresse est fort ancien. Les jeunes g'enlilsliommes apprenaient, d'ailleurs, dans les académies, à faire des sauts, des cabrioles, des courbettes, etc. Les représentalions pnbliqni's d'exercices équestres ne paraissent guère remonter avant le seizième siècle. Lestoile mentionne une sorte de cirque en plein air installé par un bateleur près de la porte de Nesle ^. Mais le vrai fondateur de ces spectacles est un écujer anglais nommé Hyam, qui s'établit d'abord au Coljsée, puis, vers 1775, sur le boulevard du Temple ; les tours de force qu'il exécutait à cheval ne diffèrent guère de ceux dont nos cirques actuels nous offrent le .spectacle.

Vers 1780, Asthley, autre anglais, ouvrit dans le faubourg du Temple iinesnlle où se succédaient des exercices fort variés. On y admirait « le cheval qui rapporte, le cheval qui s'assied comme un chien, le combat du tailleur anglais et de son cheval, et aussi une petite fille de quarante mois qui louchait du forte piano ». L'année suivante, Asthley s'associait avec le vénitien Antonio Franconi, chef d'une famille devenue célèbre dans l'art hippique. Tous ses membres étaient écuyers ou écuyères, et un Guide de 1807 nous apprend que « Madame Franconi danse sur des chevaux avec beaucoup de grâce. Chacun admire le cheval savant, qui se couche, fait le mort, ramasse un fouet, un mouchoir. Il y a autant de diiïérence entre un cheval dressé par Franconi et un cheval qui n'a que son instinct nalurel, qu'il y a entre un homme élevé à la Cour et un paysan qui n'est jamais sorti de son village ^ ».

Antonio Franconi mourut en 1836, à l'âge de 98 ans.

Voy. Académistes.

Écuyers de cuisine. Domestiques dans la maison d'un grand seigneur. Leurs fonctions sont ainsi résumées au dix-septième siècle par le chef d'office .\udiger : « Une des principales qualités d'un écuyer de cuisine est la propreté. Pour cet elTet il doit le matin, en entrant dans la cuisine, voir (jue tout y soit en bon ordre, et ses tables etson garde-manger bien propres et liien nettoyés. Cela fait, il doit mettre son pot-au-feu, et disposer ses viandes, auxquelles il faut (ju'il se connoisse parfaitement bien, ainsi qu'à les savoir déguiser au goût du seigneur.

11 est encore de sa charge de savoir bien faire la pâtisserie froide et chaude, comme aussi toutes sortes de ragoûts et entremets chauds el froids, et de prendre garde à ne point faire de dégât des choses qui lui sont mises entre les mains...

Il doit encore savoir bien commander et se ï;\\i-v oliéir par les aides et garçons, bien conserver

1 Journal de Henri III, aoCll 1582.

2 Prudliomme, Miroir de l'ancien el du nouveau Pari: t. V, p. 145.

et ménager le bois et le charbon, bien employer \t', lard, bien déguiser toutes sortes de poissons, œufs et légumes, et avoir soin de tenir toujours son dîner et souper prêts aux heures qui lui sont prescrites par le seigneur ou son maître d'hôlel. et en tout bien exécuter leurs ordres el rendre bon compte de tout ce qui lui est mis entre les mains... * ».

Écuyers de maison. « La charge d'écuyer lient encore le haut rang parmi les domestiques les plus considérés d'un grand seigneur.

Elle regarde le soin de commander à tous les gens de livrée, el pour cela il doit être fort diligent et ponctuel à se lever matin pour faire lever les cochers et palefreniers, et leur bien faire panser les chevaux, enlever la litière, nettoyer l'écurie, envoyer les chevaux à l'eau, voir luimême si les pieds sont en bon état et s'il n'y manque rien ; doiuier ordre de leur laisser manger un peu île foin quand ils sont revenus de la rivière, avant que de leur donner l'avoine, laquelle avoine il leur fera donner en sa présence, après avoir été bien vannée el nettoyée de toutes sortes d'ordures ; prendre garde s'ils la mangent bien el s'il n'y en a point «le dégoûtés : ordonner qu'on fasse les crins à ceux qui en ont besoin ; voir si le foin est bon et la paille saine et d'aucune mauvaise odeur...

11 doit se connaître en chevaux, les savoir monter et dresser, et ne pas manquer de leur donner deux coups d'étrillé avant que de les mener à l'eau le soir. . .

Il est encore de son ministère de prendre garde que les cochers, postillons el palefreniers ne soient ivrognes, et qu'ils ne vendent le foin ni l'avoine...

Il faut pareillement que l'écuyer ail soin di' bien morigéner les pages el les laquais, ne poinl souffrir qu'ils jurent ni qu'ils disent aucuni' parole déshonnêle ; leur faire faire le devoir de chrétien le malin et le soir; les fiiire tenir bieji propres et bien peignés pour faire honneur au seigneur; réprimer leurs insolences, les châtier quand ils y tombent, renvoyer les incorrigibles et les dépravés; en un mot l'écuyer est le précepteur et le gouverneur des gens de livrée * ».

Chez une dame de qualité comme chez un grand seigneur, « la charge de l'écuyer consiste en la direction de l'équipage et gens de li\Tee de la dame. 11 l'accompagne à la messe, aux visites, à la promeiuule, el doit toujours être à ses côtés pour recevoir el faire exécuter se> ordres ; pour recevoir les vi.siles qu'on lui vient rendre ; pour complimenter de sa part ; lui donner la main partout où elle va ; donner la main, conduire et reconduire ceux qui viennent la voir. Il faut aussi qu'il ait soin que les gen-de livrée soient toujours bien propres el lesl^'s. sou carrosse bien nel el bien entretenu, se» chevaux bien pansés, el prendre garde que tous ses gens soient bien disciplinés... ' ».

i la maison réglée (1692), liv. I, chap. 5.

- .\udigrT, La maison réglée (1692), liv 1, chap.

•' .\udi);er, La maison réglée, liv. Il, chap. 2.

ECUYEKS DL KUl

KDIT UK MAKS KJ'.U

Écuyers du roi. Ils veiuliiient le niélier lie savt'IiiM-,

Vov. Maitre des savetiers.

Éclit de mars 1673 '. Oi éilit. rt'iniu par (Icilhei'l. déclara coiislitut's t-ii corporalioii tous les méliers restés jiisque-lù inilépeiulaiits. La j^uerre allait reprendre en Hollande, et il fallait Ironver de l'arpent. L'édil était donc purement Imisal, et Colherl, dans sa correspondance avec les intendants, ne cherche pas à le dissimuler *.

Le tableau suivant, ([ue j'ai copié dans les manuscrits Delamarre, montre avec quel soin on rechercha alors toutes les professions susceptibles d'être imposées.

Arts ki' mi;tiers a ktablir

es communauté

suivant l'édit du mois de mars 167.'? •''

Ari'hil»'clt'.s-.'nln'prrneurs

Marchands de bois à bâtir

Maivhands de bois à bi-ftler . . .

Maîtii's lies petite.s écoles

Marchands de vins en grvs. . . .

Marchands de vins d'Espagne .

Marchands d'eau-de-vie en gros.

Marcliands de bled

Marchands de chevaux

Marchands de c»'nda' et ili- soute'

Marchands de charbon

Marchands beurriers en gros . .

Marchands de .saline

Marchands de toile cirée

Facteurs et comcnissionnaircs. .

Facteurs aux places

Sculpteurs

Faiseui-s de brayers et bandages.

Brasseurs de bière

Grandes auberges

Chambres garnies

Loueurs de carro.sses

Jeux de boules et billards

Marchands bouchers

Marchands ciriers

Vendeurs de faux diamans ....

Fouleurs de draps

Graveurs

Limonadiers 3

Couturières

Bouquetières

Empezeurs 6

Enlumineurs

Meuniers à vent

Meuniers à eau

Plâtriers

Maîti"es des basses œuvres ....

Tripiers

Plusieurs de ces métiers conservèrent leur indépendance, mais d'autres obéirent, soit que

Nombre

Taxe

l'rodult

des

en

en

m.iitres

li\T.'S

livres

Gil

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lO.OOO

' Dans Isanibert, Aneieiines luis friia^nixes, t . XIX. p. 9 1 .

* \oy. lelfres. insirue/ions et mémoires de Colberl II. p. 324 et 328.

' Bibliothèque nationale, manuscrits, fonds français ' 21,791, f" 76. ■ '

* De soude, pour les lessives.

^ Il y a dans le tezlo limonnadiers .

' Faiseurs d'empois.

l'onuit réussi à les y contraindre, soit qu'Usaient eu intérêt à se constituer en communauté. S >mme toute, le nombre de celles-ci, qui était de 60 environ en 1672, s'élevait à 83 en 1675. "Voy. Corporations.

Édit de mars 1691. Il a pour titre : Éi/il du roi, portant crcatiun de jures dans chaque rnrjis d'arts et me'tiers de toutes les ri/les et bouri/s clos du royaume où il y a jurande ; fixation du droit qui sera payé au ferinier du Domaine par chaque aspirant araiit sa réception à la maîtrise et du droit de risite qui sera perçu par lesdits jurés. Le roi ne dissimido pas que son intention est d'ohlenir du commerce « quelques secours pour souleiiir les dépenses de la «riierre, et maintenir les avant<tpes dont Dieu (irait jusques à présent béni la justice de ses armes ' ». En conséquence, il enlevait aux corporations le droit d'élire leurs jurés, et substituait à ceux-ci des jurés choisis par lui, auxquels il vendait leurs charijes déclarées héréditaires. Bien entendu, il était loisible aux communautés de racheter ces offices et de revenir à leur précédente orjjanisation. De plus, les méliers devaient être divisés en quatre classes, déterminées par l'importance de chacun d'eux. Dans la première classe, tout nouveau maître étiiit tenu de payer au roi une somme de quarante li\Tes ; ce droit s'élevait à trente livTes dans la sec inde classe, à vin»t livres dans la troisième, et à dix li\Tes dans la quatrième. Le droit de visite di'i aux jurés était, suivant les classes, de 1 liv. 10 s., de 20 sols, de 10 sols, de 5 .sols.

L'arrêt classe ainsi les communautés :

Apothicaires-Epiciers

Bonnetiers.

Drapiers.

Merciers.

Orfèvres.

Pelletiers-Fourreurs -,

.\ffineurs.

Première classe.

Chapeliers.

Charpentiers.

Libraires.

Marchands de vin.

Maçons.

Maîtres en fait d'armes.

Paveurs.

Bat leurs d'or et d'argent. Peintres-Sculpteurs. Bouchers. Tireurs d'or et d'argent.

Barbiers et Perruqiuers. Tapissiers.

Boulangers.

Barsseurs.

Chirurs^iens.

Armuriers.

Boulangers

bourgs.

Bourreliers.

Corroyeurs.

Ceinluriers.

Chaircuitiers.

Charrons.

Chandeliers.

Cartiers.

Chaudronniers

Teinturiers.

Tanneurs.

Deuxième classe.

CmuTeurs.

des faux- Ecrivains.

Fourbisseurs.

Fondeurs.

Fripiers.

Gantiers.

Horlogers.

Lingères.

Lapidaires.

Limonadiers.

Maréchaux.

1 Préambule de l'édit.

' On voit que les Six-Corps sont placés en tête de la liste.

ÉDIT DE MARS 1692 — EDITS DE n76

Menuisiers. Plombiers.

Ouvriers en dnip il'iir. l'oissouniors.

Ouvriers en bas de soie. Rôtisseurs.

Pbimassiers. Selliers.

Pùlissiors. Serruriers.

Potiers d'étriin. Ti'iiiluriers en hiine.

Peaussiers. Tonneliers.

Parcheininiers. Verricrs-Fa yenciers.

Paulmiers. Vinaigriers.

Troisième classe.

.\rquebusiers. (iainiers.

Balanciers. (irenetiers.

Boisseliers. Joueurs d'inslrumens.

Boursiers. Jardiniers.

Crieurs de fers. Miroitiers-Lunetiers.

Cordonniers. Méf^issiers.

Couteliers. Pain d'épiciers.

Couturiiîres. Potiers de terre.

Coffreliers. Pein-niers-Tabletiers.

Cuisiniers. Sages-femmes.

Doreurs. Tailleurs.

Evenlaillistes. Taillandiers.

Éperonniers. Teint uriersdupetitleinl.

Faiseurs d'inslrumens. Tondeurs.

Fruitiers-Orangers. Tourneurs.

Foulons. Vanniers.

Graveurs. Vitriers.

Quatrième classe.

Âiguilliers. Faiseurs de cordes à

Bateliers passeurs d'eau, boyau.

Bouquetières. Layeliers.

Boutonniers. Naltiers.

Brodeurs. Oiseliers.

Chaînetiers. l'atenôtriers en bois et

Cloutiers. corne.

Cardeurs. Patenôtriers en jaj, etc.

Cordiers-Criniers. Pèclieurs à verge.

Découpeurs. Pêcheurs à engins.

Épingliers. Papetiers.

Emouleurs tle graiules Rubaniers.

forces. Savetiers.

Filassiers-Liniers. Tisserans.

Ferreurs d'égnillettes. Vergctiers.

Vuidangeurs '.

Voy. Corporations.

Édit de Nantes (Rkvoc.\tion de l'). Elle fut sio-née le 18 octobre 1685, et enregistrée le 22. Ses conséquences pour l'industrie et le commerce furent désastreuses. On s'aperçut alors qu'une foule d'artisans et la presque totalité des cliapeliers cl des horlogers étaient hérétiques. Presque liius aimèrent, mieux abandonner leur |]alrie cpie leur religion, et ils éniigrèrenl. Sur 19."^;^ familles huguenotes élablies à Paris. 1202 parlirenl^, et l'exemple fui suivi dans tout le royaume. Trompant la surveillance établie sur les frontières, ÔO.OOO familles, représentant près de 400.000 émigrants, passèrent à l'étranger. 70.000 industriels français s'établirent en Angle-

1 Tous les noms cités ici Apurent dans co volume. - Voy. Cil. Wfiss, Histoire des réfugiés proleslnnts, t. II, p. 392.

terre, et contribuèrent à sa prospérité autant que le génie de ( jvimwell. La Prusse fut ilefiichée. Berlin prit l'aspect d'une ville. La Hollande devint à demi française, par la langue et par l'esprit, l'^n 168."), (îenève et ses environs ne comptaient guère que 400 maîtres et ouvriers horlogers : cent après, il y en avait 6.000 dans la ville seule. Vingt ans après la révocation de l'édit de Nantes, non seulement aucune contrée de l'Europe n'eût accepté de nous un tournera broche, mais même pour la consommation inl rieure, nous ne pouvions établir une montre sans' faire venir quelque pièce de Lmidres ou de Cî(uiève. Je puise ce renseiguenieul dans le .^/(?rcwe fraiirnis ^ , un recueil à peu près officiel, puisque le directeur était nommé par le roi. Il resta en France si peu de bons chapeliers, dit M. Reyer, que le secret de la fabrication des chapeaux fins s'y perdit, et il fallut qu'un huguenot émigré, nommé Mathieu, le rapportât d'Angleterre -.

Bien d'autres corps d'ét<it eurent le même sort. Les florissantes papeteries de l'Auvergne et de la Normandie allèrent fumier la prospérité des papeteries anglaises. Celles de r.\ngoumois, où les imprimeurs hollandais se fournissaient depuis les Elzevirs, se transportèrent en Hidlande et leurs procédés de fabrication furent perdus pour la France •''

Tout cela n'empêche pas qu'en 1727, les écrivains demandent encore au candidat à la maîtrise d'établir sa qualité de catholique « par son extrait baptisfaire et im certificat de deux noljiblcs bourgeois * >..

Voy. Maîtrises (Vente de).

Édit de décembre 1581. Voy. Corporations.

Édits. \ oy. Ordonnances.

Edits de 1776- Turgot fut nommé contrôleur général des (iiuinces en 1774. La suppression des communautés ouvrières était une des réformes urgentes qu'il s'était promis d'opérer. Il parvint à obtenir le consentement du roi, et au mois de fé\Tier 1776 parut un édit qui proclamait la liberté absolue du travail.

Sous la condition de se soumettre aux règlements de police dont aucun citoyen ne saurait être aft'ranrlii, chacun pouvait désormais s'établir où et comme il l'entendait, avoir autant d'apprentis qu'il le jugeait conveiudile, réglera sa volonté les conditions de l'apprentissage, etc., etc. Donc, phiii de r/ief-ff œil rre, plus de confrérie, plus de visites faites par lesjurés, plusdestalnl.s. Il n'y avait d'exception que pour les barbiers, dont l'Etat s'engageait à rembourser bientôt les offices, pour les apothicaires, les orfèvres, les

• N" de jnnviiM- 1719, p. 1-11 et suiv.

2 HIsInire île In niloiiie française en Prusse. Iiad. en fianiais par l'Ii. ('.oiliièiv, p. 257.

3 Voy. Histoire lie l'aendrmie des seiences. an. 1774, n» 64.

1 Statut.';, art. 1 — Cet article n'e.xisie plus dans les statuts de 1770.

EDITS DK 1776

imprimeurs el li's libraires, qui lieviiienl être soumis à lies rt'f^les parliculières.

Tiir^nl ne se dissimuliiil pas les (irao;es qu'il alliiil ili-eluiiner. Il iwail, ilil-oti, employé plus lie deux luois ù rivlin^ei- le préauiliule de eel cdil, où soûl développées des idées bien surprenaules alors chez un ministre, et dont la Révolution devait seule assurer le triomphe. Voici ce que TuTfjot faisail dire au roi : « Nous devons ù tous nos sujets de leur assurer la jouissance pleine el entière de leurs droits. Nous devons surtcjut celte protection à cette classe d'hommes t]ui, n'ayant de proprii'te que leur travail et leLir industrie, (Uil d'autant plus le besoin el le droit d'employer dans toute leur étendue les seules ressources qu'ils aient pour subsister.

« Nous avons vu avec peine les atteintes multipliées qu'ont données ù ce droit naturel et commun, des institutions, anciennes à la vérité, mais que ni le temps, ni l'opinion, ni les actes même émanés de l'aulorilé qui semble les avoir consiicrées, n'ont pu lég^itimer ».

Après cet exposé de principes dont purent s'inspirer, treize ans plus tard, les rédacteurs de la Uéclaralion des droits de l'homme, le roi instruit le procès des corporations, et il ne les menai^e pas, comme on va le voir :

« Dans presque toutes les villes de notre ro^'aume. l'exercice des difTérens arts et métiers est concentré entre les mains d'un petit nombre de maîtres réunis en communautés, qui peuvent seuls, à l'exclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ou vendre les objets du commerce particulier dont ils ont le privilège exclusit; en sorte que ceux de nos sujets qui, par goût ou par nécessité, se destinent ù l'exercice des arts et métiers ne peuvent y parvenir qu'en acquérant la maîtrise, à laquelle ils ne sont reçus qu'après des épreuves aussi longues et aussi nuisibles que superflues, et après avoir satisfait à des droits et à des exactions multipliées, par lesquelles une partie des fonds dont ils auroient eu besoin pour monter leur commerce ou leur atelier, ou même pour subsister, se trouve consommée en pure perte. Ceux dont la fortune ne peut suffire à ces pertes sont réduits à n'avoir qu'une subsistance précaire sous l'empire des maîtres, à languir dans l'indigence, ou à porter hors de leur patrie une industrie qu'ils auroient pu rendre utile à l'État....

« Les communautés unefois formées, rédio-èrent des statuts, et sous ditTérens prétextes du bien public, les firent autoriser par la police.

^< La base de ces statuts est d'abord d'exclure du droit d'exercer le métier quiconque n'est pas membre de la communauté ; leur esprit généial est de restreindre le plus qu'il est possible le nombre des maîtres, de rendre l'acquisition de la maîtrise presque insurmontable pour tout autre que pour les enfans des maîtres actuels. C'est à ce but que sont dirigées la multiplicité des frais et des formalités de réception, les difficultés du chef-d'œuvre, toujours jugé arbitrairement, surtout la cherté et la longueur des apprentissages, el la servitude prolongée du

compagnonnage, institutions qui ont encore l'objet de faire jouir les maîtres gratuitement, pendant plnsieui-sainiees, du travail desaspirans..

« Ceux ([ui emploient dans un cimimerce leurs capitaux ont le pins grand intérêt à ne confier leurs matières qu'à de bons ouvriers, et l'on ne doit pas craindre qu'ils en prennent au hasard de mauvais, qui gàleroient la marchandise et rebuteroient les acheteurs. On iloit présumer aussi que les maîtres ne mettront pas leur fortune dans un commerce qu'ils ne connoitroient |)oint assez pour être en état île choisir de bons ouvriers el de surveiller leur travail. Nous ne craindrons donc point que la suppression des ap[)rentissages, des com|)agnonnages el des chefs-d'œuvre expose le public a être mal sei-vi. Nous ne craindrons pas non plus que l'affluence subite d'une multitude d'ouvriers nouveaux ruine les anciens et occasionne au commerce une secousse dangereuse.

« Dans les lieux où le commerce est le plus libre, le nombre des marchands et des ouvriers de tout genre est toujours limité et nécessairement proportionné aux besoins, c'est-à-dire à la consommation. Il ne passera point cette proportion dans les lieux où la liberté sera rendue : aucun nouveau maître ne voudroit risquer sa fortune en sacrifiant ses capitaux à un établissement dont le succès pourroit être douteux, et oii il auroit à craindre la concurrence de tous les maîtres actuellement établis, et jouissant de l'avantage d'un commerce monté et achalandé ».

Tout cela avait été dit vingt fois déjà, mais par des faiseurs de libelles, par des économistes, gens que l'on considérait à peu près comme des factieux. Cette fois, le roi lui-même se faisait leur complice. Et aucun d'eux n'avait exprimé des pensées plus hardies que celles qui motivent l'arrêt prononcé par la royauté contre une institution qu'elle n'avait jusque-là cessé de protéger.

« Dieu en donnant à l'homme des besoins, en lui rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme, el celte propriété est la première, la plus sacrée el la plus imprescriptible de toutes.

« Nous regardons comme un des premiers devoirs de notre justice et comme un des actes les plus dignes de notre bienfaisance, d'affranchir nos sujets de toutes les atteintes portées à ce droit inaliénable de l'humanité. Nous voulons en conséquence abroger ces institutions arbitraires, qui ne permettent pas à l'indigent de vivre de son travail ; qui éloignent l'émulation et l'industrie, et rendent inutiles les talens de ceux que les circonstances excluent de l'entrée d'une communauté ; qui privent l'Etat el les arts de toutes les lumières que les étrangers y apporteroienl ; qui retardent le progrès des arts par les difficultés multipliées que rencontrent les inventeurs, auxquels différentes communautés disputent le droit d'exécuter des découvertes qu'elles n'ont point faites ; qui, par les frais immenses que les artisans sont obligés de payer pour acquérir la faculté de travailler, par les exactions de toute

espèce qu'ils essuient, parles saisies mullipliées pcmr de prétendues coniravenlions, par les procès iiilerniiiiables qu'occasionnent entre toutes ces communautés leurs prétentions respectives sur Télendne de leurs privilèges exclusifs, surcharf^ent l'industrie d'un impôt énorme, onéreux aux sujets, sans aucun l'rnil pour l'Etal ; ipii enfin, parla i'acililé qu'elles donnent aux membres des communautés de se lii^uer entre eux, de forcer les membres les plus pauvres à subir la loi des riches, deviennent un instrument de monopole, et favorisent des manœuvres dont l'efl'et est de hausser, au-dessus de leur proportion naturelle, les denrées les plus nécessaires à la subsistance

(hi peuple

« Les maîtres qui composent actuellement les communautés, en perdant le privilège exclusif qu'ils ont comme vendeurs, gagneront comme acheteurs à la suppression du privilège exclusif de toutes les autres communautés. Les artisans y gagneront l'avantage de ne plus dépendre, dans la fabrication de leurs ouwages, des maîtres de plusieurs autres communautés ,• dont chacune réclamoil le privilège de fournir quelques pièces indispensables. Les marchands y gagneront de pouvoir vendre tous les assortiniens accessoires à leur principal commerce. Les uns et les autres y gagneront surtout de n'être plus dans la dépendance des chefs et des officiers de leur communauté, de n'avoir plus à leur payer des droits de visite fréquens, d'être affranchis d'une foule de contributions pour des dépenses inutiles ou nuisibles, frais de cérémonie, de repas, d'assemblée et de procès, aussi frivoles par leur objet que ruineux par leur multiplicité... ».

Ce mble langage où, à tort peut-être, n'étaient même pas voilées les fautes de la royauté, l'appui intéressé qu'elle avait donné à une institution vicieuse et tyrannique, excita un indescriptible enthousiasme parmi le peuple ' . Mais il souleva le mécontentement de la boure-eoisie, atteinte dans ses prérogatives, et la colère des hautes classes , qui se sentaient menacées par cet apologie de l'égalité, cet éloge des bienfaits qu'engendre la liberté, cette reconnaissance officielle des droits inhérents à la qualité de citoyen.

Le Parlement refusa d'enregistrer l'édit. Heureusement, Turgot avait su communiquer au roi sa passion pour le Lien public et pour les réformes utiles. Louis XVI, qui devait dans la suite se montrer si hésitant et si faible, résolut d'imposer sa volonté, et un lit de justice fut tenu à Versailles le 12 mars. Le Parlement n'obéit qu'après avoir protesté. Dans une longue harangue, l'avocat-général Séguier représenta au roi le danger de ces nouveautés, qui ne tendaient à rien moins qu'à bouleverser l'ordre social et à ruiner le commerce de la France.

« Ce genre de liberté, disait-il, n'est autre qu'une véritable indépendance. Cette liberté se

1 \'ollaire écrivait île Fornoy, le 21 février: « Toutes nus parui:sses chantent le TV Veittn, et le peuple crie dans tout le pays: Vive le Roi el M. Turgol ». Éilit. Beuchot, I. LXIX, p. 521.

ciiangeroit bient<jl en licence. Ce seroil ouvTir la porte à tous les abus ; el ce principe de richesse ' deviendroit un principe de destruction, une source de désordre, une occasion de fraude et de rapines, dont la suite inévitable seroil l'anéantissement total <les arts el des artistes, de la confiance et du connuerce

« Tous vos sujels, Sire, sont divisés en autant de corps différens qu'il y a d'états dilîérens dans le royaume : ces corps sont comme les anneaux d'une grande chaîne dont le premier est dans la main de Votre Majesté, comme chef et souverain administrateur de ce qui constitue le corps de la nation.

« La seule idée de détruire cette chaîne précieuse devroit être effrayante. Les communautés de marchands et artisans font une portion de ce tout inséparable qui contribue à la police du royaume. Elles .sont devenues nécessaires, el pour nous renfermer dans ce seid objet, la loi. Sire, a érigé des corps de communautés, a créé des jurandes, a établi des réglemens, parce que l'indépendance est un vice de la constitution politique, parce que l'homme est toujours tenté d'abuser de la liberté

>• Le but qu'on a proposé à Voire Majesté est d'étendre et de multiplier le commerce, en le délivrant des gènes, des entraves, des prohibitions introduites, dit-on, par le régime réglementaire. Nous osons. Sire, avancer à Votre Majesté la proposition diamétralement contraire. Ce sont ces gènes, ces entraves, ces prohibitions qui font la gloire, la sûreté, l'immensité du

commerce delà France La liberté indéfinie

fera bientôt évanouir cette perfection qui est seule la cause de la préférence que nous avons

obtenue sur les fabriques étrangères Le

commerce deviendra languissant, il retombera dans l'inertie dont Colbert a eu tant de peine à le faire sortir, el la France perdra une source de richesses que ses rivaux cherchent depuis longtemps à détourner y>.

On vit bien alors tout ce que le pouvoir royal avait perdu de son prestige. Le Parlement obéit, mais il ne se soumit point. Il encouragea sous main la diffusion d'écrits que le projet de Turgol avait suscités - et qu'un arrêl du Conseil d'I'Ital avait déjà condamnés '. Louis XVI n'était pas fait pour de pareilles luttes, il finit par céder. Turgol fut disgracié, et au mois d'août parut un nouvel édit qui révoquait celui de fé\Tier. Celle fois, le préambule était bref, el n'avait pas coûté de longues méditations à son auteur : « Noire amour pour nos sujets Nous avoit engagé à supprimer, par notre édit du mois de février dernier, les juraiules et communautés de commerce, arts et métiers. Toujours animé du même senliment el du désir de procurer le bien de nos peuples. Nous avons donné une attention particulière aux différens mémoires qui Nous ont été présentés à ce sujet, et notamment aux représen-

' I.'induslrie el le commerce.

2 \'i)\-. Métra, Correspontlahce stcrflt, t. II. p. 420 el suiv.

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