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GLACES

(liM'iiiers ne paniissonl [las aiili'riciirs aux fToisaili's '.

I/arl lie coristriiirp des (glacières à peu près soriililaliles aux nùlros était, paraîl-il. cchiuu en Turquie lfm<j;'leiiips avant le seizième siècle, et Belon, revenant il'Orient vers 1580, s'étonnait qu"(in n'eùl pas encore eu l'idée d'en établir en France -. Il existait pourtant déjà dans l'Orléanais et dans l'Auvergne des caves si profondes et si i'raiehes qu'on e7i pouvait tirer ilu vin pn?sque j^'lacé •'' ; mais en f^'énéral ou iif savait refroidir les liquides qu'en les laissant séjourner dans l'eau extraite d'un puits ou d'une fontaine. Bi'uyerin (Jiampier, qui accompagna François l"'' à Nice lors de son entrevue avec Paul III et (Jharles- Ouiut, raconte qu'au cours des néij;ociations. les Italiens et les Espagnols envoyaient ramasser de la neige sur les montagnes voisines, afin de rafraîchir leurs boissons *. François Cauche parle de certains vases usités en Orient, et qui avaient la propriété de maintenir fraîche l'eau qu'ils contenaient, surtout lors([u'on les exposiiit à l'aideur du soleil ■' ; et, s'il faut en croire Bi-iuitôme '', le secret de leur composition était liic'M connu en Portugal.

Ni'i's lôfiO, Jacques dn FouiUoux cniiseilhiit au\ chasseurs qui voulaient boire frais pendant les halles, de faire tremper les bouteilles dans de l'eiiu additionnée d'un peu de camphre ". Mais il est probable qu'à celte époque on avait commencé à créer à Paris de véritables glacières. En eifel. un des statuts rédigés par Artus d'Eudiry pour son île des hermaphrodites veut qu'en été on ail << toujours en réserve, en lieux propres pour cest effeci, de grands quartiers de glace et des monts de neige poiu' mesler parmi le breuvage * ». Tandis que l'hermaphrodite est à table, on lui olfre sur deux assiettes de la neige et de la glace, « desquelles il prenoit, tanlost de l'une tantost de l'autre, selon qu'il lu y venoit à sa fantaisie, pour les mettre ilans son vin, afin de le rendre plus froid ^ ». A la fin du siècle, cette coutume de rafraîchir les boissons eji y ajoutant des morceaux de glace était encore c )nsidérée comme le fait des « voluptueux » ; c'est ce (pi'établit un conte assez plat attribué à (laulard ]jar Etienne Tabourot '". Elle était au contraire, devenue générale en 16(5."), puisque Boileau prêtait alors à la victime de son festin burlesque ces paroles :

Mais qui l'auroit pensé ! Pour (M)^})!»' de ilis^rtifc. Par le fliiuut (ju'il taisuit nous n'avions point île glace. Point (li> ulaRi', lion DifU ! dans li' fort de l'èlé ! ,\u mois dr juin ! Pour moi, jVlois si trans|iorlé, <^Uf' donnant de fui'i-ur tout If festin au dialile, Je me suis vu vinj^t fois prùt à quitter la table •'.

' .Joinvilli', Mnnoim, p. (>7.

2 Olniffpnlioim (h jiltcsieKfn sinfjtfUnle: ..., p. -UR.

•* Hru^'eriri ('.ham])ier, De re ribin-iii, p. 804.

* Bruyerin C.hampier, De re ribnria, p. 878.

•' UeliilUm t/ii roi/t/f/e, /'/r. , p. 98.

« Œ litres. I. ni, 'p. ITô.

' Truite lie lu ve'/ierie, etlit. (le li385, p. 34.

8 PafTo Cl.

f Page lOli.

10 Cunles fnrf lieux, édit. de 1028, p. 10.

<l Satire III, vers 81 et suiv.

(Jourville, envoyé auprès du duc de Hanovre en 1(181, reçut île lui « une machine d'or propre à mettre sur la table pour rafraîchir du vin à la glace II. Il la ii( fonctionner devant Madame de Montespan, qui lui en offrit neuf mille livres '.

Dix ans après, et jusqu'à la lin du dix-huitième siècle on se servait surtout de seaux garnis de liège. L'article 20 des statuts accordés aux bouclionniers en I72t) leur accorde le privilège de la fabrication des « seaux de liège à conserver la glace ».

En 1701 un sieur Louis de Bi'aumont avait olitenu un monopole pour la vente de la neige et de la glace dans toute la France -. Je ne crois |)as qu'il l'ait exploité longtemps.

.\u reste, on connaissait déjà le moyen de produire artificiellement la glace, car La Quintinie écrivait vers 1690 : <.< Le sel ordinaire qu'on applique auprès d'un vase remply de liqueui-s et entouré de glace a la propriété de congeler ces liqueurs an dedans de ce vase •• ».

.S(uis Louis Xn' et sous Louis X\', il existait à \ ersailles. à Trianon et à Salory des glacières pouvant contenir environ quatre cent.s toises cubes (le glace. (Chaque toise revenait à dix livres lorsque Tliiver était rigoureux, mais il y eut lies années oii elle coi'dti jusqu'à soixante-dix livres *. Elle était distribuée par un fonctionnaire spécial, qui avait le litre de Jjelivreur de glace, et qui touchait 547 livres de gages '. En été, la maison de la reine recevait chaque jour huit cents livres de glace ''. Des glacières établies dans le Jardin des Tuileries, près de l'orangerie, fournissaient aussi (le la glace à divers persiumages privilégiés, nolamment aux fonctionnaires et aux habitants du palais '.

La glace à rah-aîiliir était vendui> au détail par les regrat tiers.

Avant définir, je rappellerai que pendant très longtemps, on se servit de pommes en cristal et en agate pour se rafraîchir les mains durant l'été. On lit dans un inventaire daté de 1467 : « Une poiume de cristal ronde, à reCroidir les mains •> ; et dans l'inventaire dressé après la mort de Gabrielle d'Estrées (15991 : « Une pomme d'agate, garnie d'argeid, pour rafraischir la main des malades ' s. Il faut noter ce moyen de calmer la fièvre.

Yoy. O-laciers.

Glaces (M-^nufactures de). Jusqu'au milieu du dix-septiènu' siècle, la France tira de Venise toutes ses o-hiees. En 16G4, (.lolbert charjrea notre ambassadeur d'y engager de bons ouvriers au service du roi. La négociation fut difficile,

1 (fourville, .Vêmoires, édit. Mietiaud, p. 577.

2 Isambert, Aneiennes lois. t. X\. p. 38."».

■1 Ituttructiuitti pour les jnnlinx. t. II, p. ôOl. l Duc de I.uynes, Mémoires^ t. 1, p. 168- Voy. aussi t. Il, p. tu.

5 Ëlal de la Franee piiur 1687, t. I, p. 440 ; pnur 1712. t. I, p. K),-> : pour 1736, I. I, p. 235.

6 Luynes, Mémoires, t. I, p. 213.

" .Mémoires de la soeiétë de l'histoire de Paris l. XXVIII jli)l)l\ p. 48 et OU.

* De Laborde, Notice des émaux, p. 1Ô5 el 150.

OI.ACKS — OLACIKHS

car Vi'iiise se immlrail jalouse de sou imluslrie, ii'admt'IlHil aucun élraujj^pp dans ses ateliers, cdiifisquail les biens de tout artisan ([ui (|nillail sa pairie '. l'ourlant, dès l'année suivanle. il existait à Tonrlaville près de (]lierl)ouri;' une faliri(|ne qui ne cessa de produire ([n'en 1808. Puis, vers KitJG, Louis Xl\ aieordail à Nicolas Dunoyer le privilè^;'»" d'ouvrir, ilans un lauliourj^ de l'aris, une faliriipie (!<• places sendilaliles à celles que nous envoyait la |)elite île de Muraiio. près lie \ enise. l)niu>yer installa au l'auliour^ Saint-Antoine, dans le liùtinient occupé aujourd'hui par la caserne de Reuillv, sa miiHiifaclure rofftt/e (le i]l<ireis de miroirs, qui reçut <les armoiries et le droit d'avoir des domestiques à la livrée royale.

Le succès l'ut i-oiiipli-l cl en^'cudra dimporlauls perfeclionnemerils. lui Ki'.U . Louis Lucas de Neliou, "renlilliounue verrier île Normandie, présenta à Louis XIV les premières jj^laces cnuléfs, obtint pour cette rabricatiou un ])rivilèi;e. et créa à ,Sainl-(iobaiii, dans les ruines dun vieux diàleau. la iiuiiiiifacture royale des grandes (jlares.

Une troisième niaiiuliicliue. ipii paiail avoir eu une courte existence, lut fondée, vers ItiOO. au laubouro; Saiul-(ierniain. dans la rue de ITui- \ei->ilé. l'ille était dirij^ée par un sieur Abraliaiu Tlievarl, et j'en trouve la trace dans un arrêt du llouscil (l'Étal <laté du 8 octobre 1()!»1. Klle est nuMitioMuée aussi par le Lirre cnsiniiddf pour J(i:i'J -. qui nous apprend que l'on y fai)riquail « des "rlaces d'une ""randeur si extraordinaire w qu'elles mesuraient jusqu'à sept pieds i^2"','27) de luuit.

(]"esl de celle épocpie ([ue date l'usao'e île placer des <rlaces au-dessus des clieuiinées. Le docteur au<^lais Lister, qui visita Paris en 1()98. constate que l'on y trouve ^< des "•laces à si bas prix qu'il n'est pas jusqu'à toutes les voilures de remise et la plu|)art des fiacres qui. par devant, ne soient fermés d'une oraude jjlace •' >■. L'eniîouement devint excessif. La comtesse de Fiesque vendait une terre pour acheter une jrlace '. On intrioruait pour les avoir « au prix du roy », c'est-à-dire avec une remise il'environ 4 fr. 50 pour 100 ■■. Les g-laces qui donnèrent leur nom à la graiule fjalerie de Versailles provenaient de la manufacture du faubourji^ Saint-Antoine *.

l'în 170'2, les deux maindaclures de Saiutfîobain et de Reuilly furent réunies et se complétèrent l'une par l'autre. Les g'Iaces, frustes encore, partaient de Saint-Gobain en bateaux qui descendaient l'Oise, et elles arrivaient à la nuiison de Reuilly, où elles recevaient le poli et l'élanui^e. << Cet établissement . écrivait Sébastien Mercier vers 1780. jouit d'un [)rivilèg'e

^ ('itrfe.\'poii//tmce affmutm/t'ti/ire sous Lotus \l\\ t. III, ]•. ,">lfi et 693.

« Tonii- II, p. 141.

3 Voi/age t/e Lisirr, p. 131.

* Saint-Simon, Mémoires, t. II. p- '242.

3 Bulletin île la sociilé Je l'histoire de Paris, XI\'' année (1H87), p. 123.

6 Ncmeitz, Séjour île Paris, édit. de lt<97, p. 194.

exclusif; il aspire di's millions, car on pai-|e aujourd'hui de cinipiante mille écus de o^laces pour meubler un château '. BienIfM, le bou<loir de la nuirclmiule de draps sera tcuil en jjlaces. Ml où n'en met-on pas'? Dans des alcôves, des passades d'escalier, des jrarde-robes. etc. .\mes imiocenles . mirez-vous dans le crystal des fontaini's - >.

Un i^uide plus pro.sanpie nous apprend qu'an début du dix-iunivième siècle, la uuinid'acture de Reuilly occupait envinui « douze cents ouvriers, indépendamment d'un o:rand nombre de la maison de Ricèlre et du dép6l de> jjauvres de Saint-Denis, qui sont continuellement employés à polir des jjflaccs. Le plus curieux est l'étamaj^e, on le montre avec complaisance el dans le |)lus j^raiid détail. On vous diuine. en eiitranl. une personne qui vous conduit partout el satisfait à toutes vos questions. Il esl siu'ti de cette niaiiufactnre des pièces de cent deux pouces (environ trois mètres) de hauteur. Les plus chères vont à six mille francs ■' > .

\'oy. Frittiers. — Grlaciers. — Grapineurs. — Miroitiers. — Faraisonniers.

— Rableurs. — Saliniers. — Tiseurs.

Glaceurs. Nom donne a ceilain> ouvrii'rs employés dans les faliriques d'étoMes. dans les papeterie--, elc.

Glaciers. Vov. G-laces Manufactures de).

Glaciers. Ledit du "21 mars 1673, qui créa

la corporation des limonadiers, comprend, parmi les prodiiils qu'ils pouvaient débiter. •< les o-laces de fruits et de fleurs >>, en concurrence avec les couliseurs. (rélait, d'ailleurs, une friandise encore nouvelle. Elle passe pour avoir été révélée à la France par un o;enlilhomme Palermitain. nomnié Francesco Procopio dei Gidlelli. qui vint s'établir à Paris vers 167'2. En 1702, il francisa son nom, devint François Procope, et acheta dans la rue de rAncienne-Coniédie actuelle, en face du Théâtre-Français, un café (ju'il fil décorer avec luxe el qui existe encore. On vit, pour la première fois dans une boutique de ce genre des tapisseries, de ijrands miroirs, des lustres de cristal, et des tables de marbre sur lesquelles mi pouvait se faire servir, non seuleiuenl du café, du thé el du chocolat, mais aussi des liqueurs et des jjflaces. En raison de la sensation de froid que déterminent celles-ci, Procope en olfrail seulement pendant l'été. Dubuisson, son successeur, esl le premier qui ail en l'idi-e d'en servir toute l'année.

Limonadiers el couliseurs les multiplièrent abus de mille manières, el la liste suivante, qui m'est fournie par VEncyclopédie mêlhodiqwe *

1 (( Muii Icfj^eiiient au Palais-Ruyal cunt^-iiuit puur (li.x-huit niilli- francs de glaces ». Comtesse de Genlis, Mémoires, t. III, p. 94.

î Tnblraii île Paris, I. IX, p. 319.

•' l'i-iulliomme, Miroir île Paris, t. \'I, p. 33.

» .Vi-ts et métiers (1782), t. I, p. 764.

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