‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 192 sur 422 · LAQUAIS — LATRINES PUBLIQUES · texte numérisé non relu

LAQUAIS — LATRINES PUBLIQUES

tirées par trois chevaux allelés de front. Douze lignes lurent tout d"alior<l exploitées. Une ordonnance de police du 2 janvier 1830 éleva à six sous le prix des places.

Voy- Voitures.

Laque à cacheter. \ > ter.

Cire â cache-

Laqueurs <■[ Lasseurs. N'ov. Laceixrs.

Latrines publiques. Une pièce inédite, que j'ai trouvée dans les manuscrits Delamarre *, prouve ([ue l'idée première de ces utiles établissements remonte au moins au dix-septième siècle. C'est une pétition sans date adressée à Louis Xl\ , et qui doit avoir été écrite vers 1680. Elle est aiiisi conçue :

« Sire,

Les soins que Messieurs du conseil de police de V. M. ont apportés à la propreté de la ville de Paris par le nettoyement des rues, sont dignes d'une louange d'autant plus grande qu'ils ont lieureusement réussi. Mais pour achever cette propreté, V. M. agréera, s'il luy plaît, que. ...*, bourgeois de ladite ville. \ny présente humblement ce mémoire, qu'une personne de mérite, affectionnée à tout ce qui regarde la gloire de Y. M., luy a mis entre les mains. Il contient un inconvénient qui ne regarde pas seulement la propreté et netteté de Paris, mais encor la santé publique, même celle des sacrées personnes de Vos Majestés.

Il a donc remarqué qu'aux environs du Lou\Te.

en plusieurs endroits de la cour, sur les grands

deo-rés. dans les allées d'en haut, derrière les

portes et presque partout, on \ voit mule

ordures, on y sent mille puanteurs insupportables, causées par les nécessités naturelles ([ue chacun y va faire tous les jours ; tant ceux qui sont logés dans le Louvre que ceux qui y fréquentent ordinairement et qui le traversent. On voit même plusieurs endroits des balcons ou avances chargés de ces mêmes ordures, et des immundices, ballieures et bassins des chambres que les vallets et servantes y vont jeter tous les jours : ce qui n'est pas seulement contre le respect deu à une maison royalle, contre la propreté et netteté, mais encor très dangereux en tems de peste ; que ces endroits en peuvent être infectés, et ceux qui vont et qui viennent, respirant un air infecté, peuvent être infectés eux-mêmes, même ceux qui ont l'honneur d'approcher les sacrées personnesde Vos Majestés.

Dans la ville. plu>ieurs endroits sont aussi infectés de ces mêmes ordures, comme les environs des églises, les places publitjues. les lieux plus fréquentés et presque j)artûut dans les rues, ou l'on sent continuellement une puanteur insupportable, très dangereuse en tems de peste, que ces ordures et puanteurs peuvent infecter l'air de

' Bibliotlifqiii' iialiiinale, fomls français, ii" 21 U88, pièce 86.

î Sic.

ce mal contagieux, peuvent infecter plus facilement et plus tosl les bourgeois qui vont et qui viennent, et ensuitte les familles et toute la ville. Et assurément ces puanteurs n'ont pas peu contribué au mal contagieux lorsqu'il a plu à Dieu en affliger la ville.

.\u Palais, le iiiênie inconvénient arrive, comme dans un lieu ([ui est ordinairement rempli de toutes sortes de personnages, qui font leurs nécessités en plusieurs endroits dudit palais, où la puanteur est de même insupportable, ce qui peut aussi beaucoup nuire en tems de peste, même à Messieurs du Parlement.

Pour remédier à ces inconvénients, ledit. . .', supplie humblement V. M. de luv accorder et faire don pour luy et ses successeurs et ayant cause ii perpétuité, en considération de ses services, de la permission et privilège particulier d'establir et faire eslablir dans le Louvre, au Palais et dans tous les endroits de la ville et fauxbourgs de Paris où il sera néces.saire, tel nombre de chaises percées qu'il jugera à propos, où chacun pourra aller faire ses nécessités naturelles, en donnant amiablement quelque reconnoissance, et les pauvres pour rien.

Dans le Lou\Te, l'établissement - de la manière suivante : Celuy qui aura la conduilte de cette atl'aire ira voir tous ceux qui sont logés audit Louvre, demeurera d'accord avec eux d'un modique salaire par semaine, moyennant lequel tous leurs domestiques pourront aller faire leurs nécessités naturelles danslesdites chaises percées, et y porter les bassins des chambres. Et ainsi lesdites chaises seront utiles aux maistres et aux serviteurs.

Auprès desdites chaises percées, il y aura un tombereau l'ait exprès, sur une civière à bras, sur leipiel tomliereau tous les vallets et servantes pourront porter toutes les immundices et ballieures des chambres tous les jours. Et toutes ces immundices, ballieures et ordures se porleronl hors du Louvre tous les soirs dans la rinère.

Lesdites chaises percées seront faites d'une manière bienséante, et ne paraislront pas ce qu'elles seront. Ceux qui s'en seraront y seront commodément et à couvert, sans pouvoir être apperceus. Elles se mettront dans les endroits du Louvre les moins apparenset qui n'incommoderont point.

Pour les environs du Louvre et dans la cour, on y établira aussi tel nombre de chaises percées qu'il sera nécessaire, où tous ceux qui fréquentent le Louvre pourront aller faire leurs nécessités naturelles, movennant ce qu'ils voudront donner amiablement aux personnes qui se tiendront près lesdites chaises pour y servir ceux (|ui s'en voudront servir.

On établira aussi à cha(]ue compagnie des gardes, qui sont tous les jours de garde au Louvre, une desdites chaises en particulier, où tous les soldats iront faire leurs nécessités naturelles, movennant une petite reconnoissance que

' Le tuini est rrsi6 on blanc, ï Sir.

lAI'lUNI'lS ITBLKJUES

le capitaine (loiiiuTii uiil;iii( de l'oi^ i|iii' ht l'oiupaj^iiii' sera de ^'iinie.

De celle luanière, la jinipr-i'le seiM cl;nis Imil le I, ouvre et aux euvirotis ; les ordures l'I ])uaiileurs iriucoinmoderout plus, el eu teuis de pesie, ou n'appréiieudera pas le uud qu'elles peuveul causer.

Ou êlalilira lesdiles chaises percées dans toutes les inuisoiis royales où le luênii- iucuuvéuieul arrive: comme à Saint-(Tcrniaiii. \'ersailles, Vincennes et Fonlainelileau.

Ou les établira dans le Palais el dans les endroits de la ville qu'il sera nécessaire, où les l)ourfj^eois qui void et viennent, el loide sorte de personnes [«lurronl aller faire leurs nécessités naturelles, movi'unant une pelHe reconnoissance ([u'ils donneront auiialilement à celles (pii se tiendront près lesdiles chaises. Les personnes qui n'aunnit pas moyen de donner ne diuiueront rien.

Il plaira à Sa Majesté ordonner que les propriétaires des maisons ni les locataires ne pourront enipescher que l'on nielle lesdites chaises près lesdiles maisons, pource qu'elles n'iiu'ommoderont point, et défendre à toutes personnes de faire ses nécessités naturelles en aucun lieu du Louvre, du Palais et de la ville el fauxhourijfs de Paris, sous telles peines qu'il plaira au Conseil ordonner.

Lesdites chaises seront faites, comme j'ay déjà dit, d'une manière liienséante, ne paraistront pas ce qu'elles seront, et ceux qui s'en serviront v seront commodément sans v être apperceus.

De celle manière, Sire, on évitera toutes ces sortes d'ordures et piumteurs ; le respect et la révérence sera mieux y^ardé dans toutes les maisons royales, et on n'appréhendera pas l'infection qu'elles peuvent causer en tems de peste. Et qu'il plaise à V. M. ordonner que toutes déclarations, arrestz et lettres en seront délivrées o;ratis au supliant, qui continuera ses vœux pour la prospérité et santé de Y. M. ».

Je ne sais quel accueil fut fait à cette pétition. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle n'exagérait rien, qu'elle atténuait même la vérité, qui ne serait pas croyable aujourd'hui si elle n'était attestée par une foule de documents contemporains.

Vers 1763, un industriel soumit à M. de Laverdy un projet qu'il pouvait avoir emprunté a Swift '. Il voulait «établir des brouettes à demeure à ditTérens coins des rues, où il y auroit des lunettes qui se trouveroient prêtes à recevoir ceux que des besoins urgens presseroient tout à coup ». Cette idée ne reçut sans doute pas l'accueil bienveillant auquel elle avait droit, car elle ne fut réalisée que huit ans après, par M. de Sartines. Vers 177L écrit Thévenot de Morande, il Kt << disposer des barils d'aisances à tous les coins de rue ; ce qui, ajoute-l-il, préviendra les amendes et les punitions corporelles dont on est menacé à tous les culs-de-sac et chez tous les

ï Dans son ouvrage intitulé : Le graiifl mis/ère, ou l'art de mr'ililer sur ta gank-robe (1729, in-I2, p. 34), figure un Prujet pour baiir et entretenir ttes /atrines publiijues flans la cité et [auxhourgs île Lon-lrex,

gens en crédit, qui ont l'inhumanité de défendre au [)ublic, de par le Roi, de satisfaire aux be.soins naturels ' ». Nous verrons tout à l'heure que le pam])hlélaire exagérait beaucoup la cnuiulé des gens en crédit. Les barils de M. île Sarlines oliliiirenl néanmoins un succès mérité; mais on trouva, non sans raison, qu'il n'avait pas songé il tout, el ([ue sa pensée demandait à être complétée. Klle le fut vers 1780. « Un particulier imagina une garde-robe ployante ; il se jircuuenail dans les rues en robe de chambre, tenant sous son bras sa garde-robe ; de temps en temps il criait : « Chacun sait ce qu'il a à faire » ; el il faisoil payer quatre sous par séance * ».

A celte époque, beaucoup do maisons étaient pourvues de latrines, mais mal installées et mal tenues. « Les commodités sont des temples d'abomination », écrivait Arthur Young * en 171)0, et Sébastien Mercier nous en a conservé une description tellement répugnante que je n'ose la reproduire. Je dirai seulement ([ue Mercier engage ses « chers lecteurs » à ne jamais approcher « de ces sièges dantrereux », et Imir conseille le irraïul air et « les rayons du soleil » *.

On ne lui obéissait que trop. Les voies étroites, les passages, les quais, les jardins publics offraient toujours un spectacle repous.sant. Dès que le jour tombait, une pluie d'abominables ordures commençait à inonder les passants, « surtout dans les quartiers des halles, dans les faubourgs et dans toutes les petites rues; les plaintes portées journellement chez les commissaires à ce sujet constatent l'étendue du mal ^ ». Les terrasses des Tuileries étaient inabordables et répandaient au loin une odeur révoltante. A l'abri de haies d'ifs, délicate prévenance d'un architecte ami du public ^, une multitude de gens se succédaient sans relâche, trouvant avec peine une place pour poser les pieds. Le comte d'Antriviller, directeur général des bâtiments du roi, tit abattre les ifs el établir en cet enilroit des latrines dont l'entrée coûtait deux sous ". Cette mesure fut sévèrement jugée *. Les habitués des Tuileries IrouvèrenI le prix exagéré et se transportèrent au Palais-Royal. Leduc d'Orléans se hâta d'y construire douze cabinets d'aisances qui eurent plus de vogue que ceux des Tuileries, et dont la réputation dure encore. En 1798, ils rapportaient douze mille livres par an '.

« L'entrepreneur, écrit Prudhomme. y l'ail habituellement une recette si considérable que, depuis peu d'années, il a acquis de grandes propriétés. Cependant, il n'en coûte que dix centimes par séance, et le papier est donné

' Le ga:et'ier cuirasse, édit. de 1771, p. 30.

* IVudliomme, Miri/ir <le l'ancien el du noureau Paris, t. II, p. 6ti.

5 Voyage en France, trad. Lesago, t. I, p. 309.

* Tableau de Paris, t. XI, p. 54.

•'' Enrychipëdie méthodique, (1791), jurisprudence, I. \, p. 719.

6 Voy. les Mémoires secrets dits de Bnchaumont , 8 octobre 1777, t. X, p. 242.

'• Prudhomme, t. II, p. 08.

^ Méinoires secrets, t. X, p. 243.

9 S. Mercier, Xouceau Paris, chap. 185.

LATRINES PUBLIQUES — LAYETIERS

«gratis. Lps cabinets et les cuvettes sunt très propres et sans odeur. La toilette des garçons servans est aussi soignée que celle des garçons restaurateurs ou des limonadiers. Leurs profils leur rapportent quelquefois quarante-huit francs par jour. Il faut que le concours des nécessiteux etdesaniatiiurs soit iiien considéralile puiscpie cet entrepreneur achète par milliers le papier qui s'y consomme. Trois hommes sont occupés journellement il couper ce papier dans les proportions convenaliles. ce qu'ils Ui]\[ avec liea\icoup de dextérité ' />. *

Voj. Vidangeurs.

Laudes. Dans le Lin-e des métiers et dans les ordonnances du nioven âsre ce mot désiijne le plus souvent trois heures du matin. Laudes suivaient les matines qui représentaient niinuit.

Lavandières de testes. La Tuille de

13'J2 elle, ilans la rue aux Ecrivains,

Aaline, lavendière de lestes -.

La Tuille de 1313 cite de son c6té :

Sedilon, qui lave les testes.

Catherine, la lavandière de testes.

Suivant Géraud, qui a édité la Taille de 1292. il faut reconnaître ici des laveuses de vaisselle *. Le mot latin testa, dont nous sont venus /«.«(*« et test, désignait, en etl'et, tout ohjet de vaisselle et plus spécialement tout vaisseau de terre.

Une liypothèse différente et peut-être préférable a été émise dans un ouvTage récemment publié par M. J.-M. Richard. « Les comptes de Mahaut, écrit-il, mentionnent souvent l'achat de savon, de cendres, pour laver la tète de Madame, usage fréquent, car des femmes vivent de ce métier, comme Aline, la layandière de testes, demeurant à Paris, rue aux Ecrivains ° ».

Ceci date du quatorzième siècle. Je trouve qu'au seizième, parmi les meubles fournis à Elizabeth de France, quand elle épousa le duc d'Allie l.").''>9 , figurent :

I bassin h laver la teste.

1 cuvette à laver les jambes *.

Mais je vois aussi qu'au début du dix-septième siècle, un médecin très estimé prohibe ces soins de propreté. Il cite le proverbe latin : « Nunquam caput lavandnm, raro pedes, ssepe manus ' », c'est-à-dire (pi'il ne faut jamais se laver la tête, qu'il faut se laver rarement les pieds et souvent les mains.

Lavandiers. Nom que portèrent longtemps les blanchisseurs, mais ce mot a désigné aussi des laveurs de vaisselle. Sous Louis XIV. il v avait

' Pni<lliommr', t. V, p. 204.

S Pas;.' 1.57.

* l'ii^;.' .'ilK.

= /,« cum/exse .Vahaul (1302-1329), p. 300.

•> .Vrmoires 'te Guise, édit. Mii'hauil, p. 440.

"ï Jcfin tic Kenou, Œiipres pàtir/naceii/l^ttes, trail. Lnuys de Serres, p. 171.

dans la maison du roi, pour le service seul de la bouche, dix lavandiers*.

Laveeur de robes. Nom sous lequel la

Taille de l2!/2 dé'^igni- un dégrdisseur.

Laveurs de cendres. Ce sont ceux qui, « par le moyen de plusieurs lavages et de diverses opérations, séparent les parties métalliques d'or et d'argent d'avec les matières qui leur sont étrangères ' ». C'est prescpie toujmirs dans les cendres et les balayures d'ateliers des orfè\Tes, des bijoutiers, etc., que les laveurs de cendres recueillaient des parcelles tl'or et d'argent.

Laveurs de mines. Ce sont ceux qui, « avec le secours de l'eau, dégagent les parties pierreuses, terreuses et sablonneuses qui sont jointes aux mines, pour en séparer les parties mélalli((ues ' ».

Laveurs de vaisselle, diers.

Vov. La van-

Lavoirs publics. « On appelle à Paris bateaux de sdles de grands bateaux, plais et couverts, qui ont le long de chaque bord des bancs ou espèces de tables, sur lesquels les blanchisseuses lavent leur linge, moyennant un certain droit qu'elles payent aux propriétaires des bateaux * ».

Voy. Blanchisseurs.

Layetiers. Fabricants de layettes. On appelait ainsi les cofTres de dimension restreinte et faits de planches minces. Parmi les nombreux objets dont les layetiers avaient la spécialité, je citerai : les boites ou étuis à chapeaux, les boîtes à perruque, les baraques et les pupitres d'écoliers, les chaullèrettes et les chancelières, les trémies à grains pour les oiseaux, les souricières, les cages à écureuils et à perroquets, les crachoirs, les boîtes à archives, les cercueils, les étuis pour instruments, etc., etc.

Les layetiers portèrent d'abord le nom d'Anniers, et ils eurent de fréquents démêlés avec les menuisiers qui les accusaient d'empiéter sur leur métier, et avec les serruriers, qui eussent voulu leur faire interdire de poser eux-mêmes les charnières et les serrures de leurs layettes. De nombreuses sentences intervinrent en faveur des layetiers, dont les statuts furent souvent revisés et confirmés entre le seizième et le dix-liuitième siècle. A cette dernière époque, l'apprentissage durait deux ans et était suivi de deux ans de compagnonnage avec chef-d'œuvre ; le nombre des maîtres était de I.")0 environ, et ils avaient pour patron saint Fiacre, dont la fête se célébrail le 30 avril à l'église Saint-Eloi.

L'édit de 1776 réunit les layetiers aux menuisiers et aux tourneurs.

• Élnl lie la Frante pour 17 12. t. I, p. 122. S Jmiberl, Dirlioniinire, t. II, p. 506.

3 Jnubert, Dictionnaire, t. II. p. 570.

* Savary, Dictionnaire il» commerce, t. I, p. 300.

T.AYl'/ril'^RS

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