LIBRAIRES
lihniirp avfiil produit un ci^rlificat de bonne vie el mœurs, et versé une caution dont le montant varia sans cesse. Toutes ces formalités accomplies, il recevait des lettres qui l'aiilorisaienl à faire office de libraire, a acheter el à vendre des livres ù Paris et ailleurs,', qui aussi le déclaraient apte à jouir de tous les privilèges accordés par les rois à l'Université ^.
Les rôles de la Taille levée sur Paris en 1292 fournissent le nom et l'adresse de 8 libraires, de 17 relieurs et de 13 eidumineurs •'. La Taille de iSl.'i nous révèle en outre que la plupart de ces iiiduslriels joiy^naient ù leur conunerce celui de tavernier ; j'y relève les mentions suivantes * :
Tliomasse, enlumineresse et tavernière ^. Jehan de Macy, tavernier et parcheminier. Robert le Fanier, parcheminier et tavernier. •lelian de Sèvre, lieur de livres et tavernier. Thomaz de Senz, libraire et tavernier.
Nicolas l'Anglois, liijraire el tavernier. Jehan l'Abijé, tavernier et bedel de l'Université ^.
Celle dernière mention prouve bien que le recteur autorisait, favorisait peut-être même un cumul qui plaçait sous la surveillance de gens agrégés à l'Université des établissements sans cesse fréquentés par les écoliers.
Tous ces industriels étaient d'ailleurs tenus de très près. En 1323, les libraires furent accusés de rechercher leur profil plus que l'intérêt des • étudiants, « commoda sua non se commodis sludenlium applicaliant ' ». Le recteur rendit aussitôt un décret que durent souscrire tous les libraires alors établis à Paris. Aticun d'eux, v est-il dit, ne refusera de prêter un livre à quiconque voudra le copier et offrira de déposer une caution suffisante. Aucun libraire ne louera ainsi un livre avant que l'L'niversilé l'ait examiné, se soit assuré de la correction du texte et en ait fixé le prix. Chevillier nous a conservé plusieurs fragments de cette taxe, qui était arrêtée chaque année par des délégués du recteur. On pouvait se procurer :
Les homélies de .saint Grégoire, en 28 cahiers, pour 18 deniers.
Les homélies de saint Augustin, en 9 cahiers, pour 6 deniers.
Les lettres de saint Augustin, en 42 cahiers, pour 2 sous *.
Inutile d'allonger cette lisle, puisipie nous ne savons ce ([iie représentent aujourd'hui les sous et les deniers du quatorzième siècle. Toulefois, on était déjà loin du temps où Grécie, comlesse d'Anjou, donnait pour les homélies d'Haimon
^ (( Daiiius et tlitliiims licnitiaiii enioruli-mli et von- (li'ndi libros Parisius el alilji.
2 L'arto est dans Duboulav, Historia itititerstfafis, t. IV, p. 37.
■1 Pug-i-s nOC) cl 5 lit.
J l'ap's 173, 174, 170, 193.
^ Dans presque touli's les corpurntions, le.s veuves avaient, le droil de eoiitinuer le eun.nieree de leur uiari.
" l'atîe 17H.
■ Duliciulay, I. ]\, p. Wi.
8 A. (Chevillier, Ot-ii/iiif f/f rintjin'//it'n'f, p. 3I.~i el suiv.
d'HalbersIadl 200 brebis, un muid de froment, un autre de seigle, un troisième de millet et des peaux de martres *. Les volumes écrits sur beau vélin el ornés de miniatures coûtaient encore fort cher ', mais je crois que l'on exagère en général le prix des volumes ordinaires destinés seulement à la lecture ou à l'étude. 11 est pourtant certain ([ue, même au quinzième siècle, la vente d'un livre de ce genre était entourée de garanties particulières. J'ai retrouvé aux Archives nationales treize quitlances qui monlrenl bien l'importance encore attachée à l'achat d'un volume. Lii plus ancienne est ainsi conçue :
« Je, Andry le Musnier, libraire et l'un des quatre principaux, congnois et confesse avoir vendu aux maistres et escoliers du collège d'Autun, devant Saint-Andry des Ars ', le tiers livre de l'escript de saint Thomas. Lequel livre commance au second feilliet « erat creahile », el finissant au pénultième feilliet « respicit pe » ; pour le pris et somme de quatre escus et demy. Laquelle sonunej'ay receu, et m'en tiens pour complant. El le promet garenlir envers tous et contre tous. Tesmoinii- mon sifjnet manuel cv mis le ix" jour de mars mil cccclxvii, Axdrv LE Musnier * » .
Les industriels qui concouraient soit à l'exécution, soit à la vente des livres dépendaient tous de l'Université. Elle exerçait sur eux tous une action plus ou moins directe. De là leur titre de clients ou de supjjû/s " qui, s'il leur enlevait une partie de leur indépendance, leur assurait en retour un droit de proteclion auquel ils ne faisaient jamais appel en vain. Il J a plus, des délégués choisis dans chacune de ces communautés ouvrières, appartenaient réellement à l'Université, participaient aux privilèges dont jouissaient les maîtres et les écoliers. L'ordonnance de mars 1488 " avait accordé cette insigne faveur à 60 personnes, savoir :
15 bedeaux. 4 papetiers.
4 avocats au parlement. 2 enlumineurs.
2 procureurs id. 2 relieurs.
2 avocats au Chàtelet. 2 eserivains.
1 procureur id. 1 messager pour cliaque 24 libraires '. diocèse.
4 pcircheminiers.
Tous ces personnages prêtaient serment entre les mains du recteur, faisaient corps avec l'Université ; l'ordonnance les déclare « quittes, francs et exenqjts de toutes choses quelconques, comme vrays escholiers d'icelle ». Les jours de
1 Maliillon, Aiiiinlrs .la/irfi lieiteiiirll, t. ]V, p, 574.
2 Daunou e.xafjère eiTtainemenl quand il écrit que « le jiri.x nH>\en d'un in-fuliu au treizième siècle équivaut à celui des choses qui CDl'Ueraient aujourd'hui ([uatie ou cincj cents francs ». [Histoire littéraire île In friiiirr, t. X^■I. y. 3il'.
3 Le collèifc d'.\ulun. fondé en 1337, entre la rue Saint-André des .\rts et la rue de l'Hirondelle.
* .\rchives nationah's. série M, carton n" 80.
■' .S'iii /iiixili. Mais vov. Ducaufre, au mot siippositum.
e Dans Duhoulav, l.'V, p. 787.
'i Ils elaienl au nonihre de 13 i-n 1318, de 21) vn 1323, de a.'i en Kiax. Ci- chiffre varia peu jusqu'à l« fin du quinzième siècle.
LIBKAIRKS
processions solennelles, ils ferniiiiful dans l'ordre suivant :
marche
Les libraires.
— papetiers.
— parcheniiniers.
— écrivains.
Les relieurs.
— enlumineurs.
— niessan-ers ' .
A ce moment, les libraires formaient une seule corporation avec les écrivains, les enlumineurs, les parcheniiniers et les relieurs; tous avaient fondé, à l'éfjlise Saint-André des .\rls, une confrérie dédiée à saint .Jean rEvanji;élisle, et ilont Louis XI nuxlilia les slal\its en 1467 -. La connnuuauté allait encore s'auirnuMiter des imprimeurs.
Les rapides progrès cpie lit, au <leliul du seizième siècle, la réforme religieuse prèchée par Lutiier en Allemagne elfravèrent l'Université, fidèle gardienne de la foi. Comme le livre était une des formes les plus inlluentes de la propagande, de nonibreu.\ édits, arrêts uu ordonnances interdirent aux libraires la vente des ouvrages étrangers et de tous ceux qui ne iigureraient pas uuverlemeiil sur leurs catalogues. L"iufraclion eniraînail la peine de mori, et elle fut plus d'une fois appliquée aux coupables ■'. L'avènement de Henri I\ apporta quelques adoucissements à celle législation ; mais en 1761 encore, on punissait de mort les distributeurs d'ouvrages hostiles à la religion de l'Etat et au gouvernement, « tendant à attaquer la religion ou il émouvoir les esprits », dit la Déclaration ilu '21 nuirs *.
Les premiers statuts de la quadruple corporation des /iirniirs-imj)rimeiirs-rt'/iei!i:s-//orn(rs ^ sont du P^juin 1618. L'article 1" spécifie bien que tous les maîtres sont « censez et réputez du corps et des suppôts de notre bien aimée fille aisnée l'Université de Paris, et du tout distinguez et séparez des arts méchaniques ». Aussi ne pouvaient-ils « faire estallage ny tenir boutique » en dehors des limites de l'L'niversité.
L'édil du 21 aoiil 1686 donna une organisation nouvelle à la corporation. Elle se composa des libraires , des imprimeurs et des fondeurs en caractères d'imprimerie ; les relieurs constituèrent dès lors une communauté particulière. L'article \" établit de nouveau la suprématie de l'Université et la défense de s'étaljlir hors de ses limites, « .si ce n'est en dedans du Palais » ; de plus, les libraires qui se bornent à vendre des heures et des livres de prières sont autorisés à demeurer « aux environs du Palais et dans la rue Notre-Dame * ». Nul ne doit être admis à faire apprentissage de libraire ou d'imprimeur v< s'il n'est congru en langue latine, et s'il n'en rapporte un certificat du recteur de l'Université ».
' Or(/re ite la procession qui se fera le vmrilij Ireitiime jour rie janvier, etc.
S Orilonn. roi/nles, I. XVI, p. 609.
5 C. Lober. De l'état réel ite la presse, etc., p. 9.
* Dans Isambort, Anciennes lois françaises, l. XXII
5 Los enlumineurs et les parchominiei-s n'en faisaient plus partie.
* pans la Cité.
L'apprentissage (biniil (puitre années et était suivi de trois années de compagnonnage. Ces deux conditions n'étaient pas applicaliles aux fils de maître; toutefois, nul d'entre eux ne pouvait être re(;u niailre (< qu'il ne soit congru en langue latine et qu'il ne sçache le grec ». Les veuves de maître, que Berlhod appelle des lUniiresses ', pouvaient continuer le commerce de leur mari et conserver leur apprenti ; il leur était seulement interdit d'en engager un nouveau ; celles qui se remariaient avec un honnne étranger au métier perdaient tous leurs droits. Afin de restreindre la concurrence, il ne devait être rei;u chaque année qu'un seul maître, en deiiors des fils et des gendres de maître.
Le règlement du 28 février 172:j ' modifia très peu ces dispositions, et le Tableau des libraires et des imprimeurs jure's de FUnirersile' pour 1742 ' nous apprend qu'à cette date la communauté comptait environ 2"20 maîtres. .\dministrée par tin syndic et qualre adjoints, elle était placée sons le patronage de saint .Ican l'Evangélisle. Le syndic et les adjoints constituaient la Cliandire syndicale des libraires cl des imprimeurs, qui avait son siège rue du Foin, dans une maison oii se lisait celle inscription :