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VI PREFACE

l'acte ro\al de 1121, quoiqu'elle puisse paraître indiquée dans une charte de 11 19. M. Franklin n'a pas la témérité d'affirmer la continuité de cette association de mariniers durant onze siècles de réorganisation politique et sociale et de silence des textes, quoique Paris ait certainement dû recevoir toujours une partie de ses approvisionnements par eau.

Il rejette — d'accord en cela avec tous les historiens — la prétendue charte de 1061 relative aux chandeliers, que M. de Pastoret avait eu le tort d'introduire dans le Recueil des ordonnances des rois de France'. En réalité, cette corporation apparaît pour la première fois dans le Livre des métiers d'Etienne Boileau.

Les drapiers avaient des parchemins plus anciens; en 118} Philippe-Auguste leur donna à cens vingt-quatre maisons sises à côté de la rue de la Juiverie qu'il venait de confisquer aux juifs, et trente-cinq ans après (1219) ils achetèrent à Raoul du Plessis, bourgeois de Paris, une maison située derrière le mur du Petit- Pont. Dans nombre de villes, surtout de villes du nord de la France, l'industrie de la laine est une des premières que l'on trouve organisée. Des érudits prétendent même — non sans quelque témérité — qu'elle a été le noyau primitif de beaucoup de villes neuves dans le haut moyen-âge ; ils fondent leur opinion sur l'importance de cette industrie en un temps où on se vêtait surtout de lainages et sur la pluralité des professions qui devaient coopérer à la fabrication des tissus, tisserands, foulons, teinturiers, marchands drapiers, etc.

Mais aux XI" et XI F siècles on s'habillait peut-être autant avec des peaux qu'avec des lainages, et le travail de la peau, joint à celui des fourrures, exige aussi la coopération de plusieurs métiers. D'autre part, il n'y a pas de raison de croire que les boulangers et les bouchers, qui sont plus nécessaires encore à la vie d'une population urbaine, n'aient pas été organisés en corps aussi anciennement; dans une grande ville telle que Paris, quel qu'ait été le nombre des fours particuliers ou banaux et quelque habitude qu'eussent certains

' V" Corporation .

PRKKACE VII

bourj^'oois d'élever des cochons, boulanj^'crie et boucherie ont été assurément deux professions exercées de tout temps. Jean de Garlande parle des boulangers de Paris comme d'un métier régulièrement exercé au milieu du XI II'" siècle et fournissant des pains de qualités diverses, et, dans le Livre des métiers, les talemeliers invoquent le privilège de vendre du pain tous les jours, sauf le samedi, que leur aurait accorde Philippe-Auguste. Quant aux bouchers, on ne savait déjà plus, au milieu du XIT' siècle, à quelle époque remontait l'origine de leur corporation : une charte de 1 1 34 parle de leurs «antiques etaux " ' ; une autre de 1162 rappelle l'ancienneté des coutumes dont ils jouissaient depuis longtemps et c'est sur les "coutumes antiques" que s'appuie la charte de 1182 qui contient leurs premiers règlements écrits.

Si à ces actes on ajoute celui de 1160 par lequel Louis VII concède à Thèce, femme d'Yves Lacohe, la grande maîtrise des cinq métiers du cuir, savetiers, baudroiers, sueurs, mégissiers et boursiers, qui, comme les lainages intéressaient le vêtement et, en outre, le hanarchement. on possède le catalogue des premières archives des métiers de Paris: elles appartiennent au XI F siècle. II ne resterait à y ajouter que quelques traditions, plus ou moins légendaires de métiers qui déclarèrent devant Etienne Boileau que leurs privilèges remontaient au temps de Philippe-Auguste (c'est encore le XI P siècle), voire à celui de Charles Martel.

C'est dans le Lii're des métiers que sont consignées ces affirmations traditionnelles '.

Ce Livre des métiers, rédigé vers la fin du règne de saint Louis par ordre d'Etienne Boileau, prévôt du roi, est le premier document qui nous fasse connaître en détail l'organisation des professions, ou du moins de la plupart des professions parisiennes. Ce n'est pas une ordonnance royale de création : c'est un simple enregistrement de coutumes existant depuis bien longtemps peut-être : car l'ensemble des prescriptions, souvent complexes et minutieuses, des

• V" Livre des métiers.

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