VIII PREFACE
statuts qui y sont consignées ne peut s'être formé tout-à-coup d'une pièce ; il est le résultat d'une longue pratique.
Le prévôt du roi était le juge des gens de métier. Comme il avait vu se produire « moult de plaids et de contens par la delloial envie qui est mère de plaids et delïernée con\ oitise qui gaste soy-meisme » et constaté qu'on vendait des choses " qui n'estoient pas si bones ne si loiaux que elles deusent ", il se proposait de remédier à ce double mal en fixant ainsi par écrit la coutume, afm de préciser les règles à suivre dans l'exercice de chaque profession. C'est pourquoi il fit consigner sur un registre les statuts, us et coutumes de ces professions qu'il recueillit de vive voix et. pour s'assurer de leur exactitude, il en donna lecture devant une assemblée de gens notables de chaque métier.
La théorie du droit régalien, c'est-à-dire du droit qu'avait le roi de conférer, en sa qualité de souverain, l'e.Kercice d'un métier dans les professions constituées en corporation, n'existait pas encore.
C'était à titre de seigneur féodal que le roi possédait à Paris une trentaine de métiers qu'il fallait lui acheter pour être autorisé à les exercer ; il en possédait d'autres aussi sur lesquels il a\ ait transmis son droit à des officiers de sa maison. « Nul, dit par exemple un des statuts, ne peut estre fèvre coutelier à Paris, s'iln'achatelemestierdu roi, et le vent de par le roi son mestre marissal a qui li roys l'adonné tant comme il lu\' plaist'». D'où venait cet usage? C'est une question à laquelle nous avons essavé de répondre, dans l'I/ts foire des c/asses ouirières en France. •• Du droit que le maître avait sur ses serfs et le seigneur sur ses hommes ; de certaines coutumes anciennes que le tem.ps avait consacrées ; de la protection que le seigneur était censé accorder au manant pour l'exercice de son industrie; de l'habitude qu'avaient les seigneurs de s'arroger un droit de propriété sur tout ce qui existait ou se faisait dans leurs domaines ". '
* Voir aussi Mailre des boulangers, Maitre des fripiers, etc.
PRKKACE IX
M. Franklin a tiré dos rôles do la taille de 129J, do 1300 et de 1 3 H quelques indications sur la répartition et la fortune des habitants. Les ditTérences qui existent de l'un à l'autre document mettent en garde contre la tentation d'y chercher les éléments d'un recensement des professions. On peut dire cependant que les seules professions qui comptent plus de cent membres 1292 sont par ordre alphabétique les barbiers, les chambrières, les cordonniers, les fripiers, les savetiers, les lombards, les maçons, les orfèvres, les pelletiers, les regratiers, les valets. En tout, dans l'industrie proprement dite, on relève ] 50 professions et 4 i $9 contribuables ; le service domestique, qui était un des groupes les plus nombreux, n'est pas compris dans ce relevé. Le nombre des artisans ne correspond pas nécessairement au chiffre des affaires ; sous ce dernier rapport les 19 drapiers étaient dans les premiers rangs ; ce sont trois drapiers qui sont les plus fortement taxés, de i5o à 127 livres.
Passons sur les révolutions de Paris et les misères de la guerre de Cent ans aux XIV® et XV siècles. On estime que la Capitale renfermait au moins 200.000 habitants à l'avènement des Valois '. Au temps de Charles VI I , un bourgeois estimait que 24.000 maisons étaient abandonnées. Peut-on conjecturer qu'à cinq habitants en moyenne par maison, la diminution ait été de 120.000 âmes? En tout cas, on voyait de tous côtés des ruines, les étaux de la Halle étaient fermes et la Halle elle-même était devenue une voirie. Charles VII, après sa rentrée, prescrivit, comme l'avait déjà fait le duc de Bedford, de « vendre les maisons vides pendant an et jour ". Son fils Louis XI, voulant repeupler la ville, autorisa à venir y demeurer « toutes gens de quelque nation qu'ils fussent ».
La ville en effet se repeuplait. Sa bourgeoisie n'avait plus l'esprit de réformation par la révolte qui l'avait soulevée au temps d'Etienne Marcel ou qui l'avait associée à l'ordonnance des Cachochiens. Elle se serrait contre la royauté et c'était sur elle que Louis XI
' La consommation de viande de boucherie, telle que l'indique le Ménager de Paris publié en 1393, approchait de la moitié de la consommation sous Louis XVI lorsque Paris avait plus de Soo.ooo habitants V" Bestiaux (Marchands de).
X PRKFACK
prenait son point d'appui contre la féodalité rebelle. En juin 1467, menacé de nouveau par Charles le Téméraire, il voulut opposer une armée de gens de métier aux armées féodales de ses ennemis. " Pour le bien et sûreté de notre bonne ville de Paris et pour la garde, luition et défense d'icelle, nous avons fait mectre sus et en armes les manans et habitans de tous estatz de nostre dicte ville et cité, et ordonné leè gens de mestier et marchans estre divisez et partis en certaines bannières souz lesquelles ils seront chacun selon la qualité et Testât dont il est ". Le n<jmbre des bannières des gens de métier était de 59, comprenant 1 32 professions. La 60'' bannière était composée des " notaires, bedeaux et autres praticiens en Cour d'Église, mariez, non estans de mestier » ; la ôi*" des parlementaires et de toutes les personnes appartenant à la magistrature ou attachées à son service. L'ordonnance des bannières, qui avait été publiée d'après les textes du Livre rouge du Chàtelet dans le tome XVI du Recueil des ordonnances et que M. Franklin a rééditée, avec corrections, d'après le Registre des bannières, donne une énumération des professions qu'il est intéressant de rapprocher des cent un statuts du registre d'Etienne Boileau '. Certainement l'industrie s'était développée dans l'intervalle.
L'organisation des corps de métiers s'était modifiée aussi. L'institution a subsisté depuis le XI T' siècle et depuis un temps plus éloigné jusqu'en 1791 sous les mêmes noms ou sous des noms équivalents, métier, corps de métier, corporation, communauté d'arts et métiers, syndic, garde, juré, maître, valet, compagnon, apprenti, etc. Cependant on s'expose à des confusions et à des anachronismes quand, pour décrire la fonction et l'état de choses que ces mots représentent, on assemble et confond des textes empruntés à divers siècles.
Déjà au XIV et au milieu du XV siècle la main de la royauté est devenue plus apparente. C'est à elle que les artisans s'adressent pour obtenir des statuts, ou pour conformer et modifier ceux qui
' V» Bannières (Ordonnance des).