‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 201 sur 422 · I.lMdNAhlIsHS - I.INcKUlvS · texte numérisé non relu

I.lMdNAhlIsHS - I.INcKUlvS

1(50. "209 livres versées et se iliiir^'-i-a dr ili'liiillt'r les cinq cents nouvelles cliarj^es. 11 n'y réussit point. Kn I7l;{. il n'en avait encore placé (jue cent trente-huit, dont vin'^l et une avaient été achetées par des vinaijjriers et des épiciers, quarante-cinq par des f^eiis de diverses prul'essions, et soixante-douze |)ar des maîtres appartenant à la communauté supprimée. Celle-ci était, en ell'el. presque anéantie, et un édil de novembre 171!J la rétalilit dans la l'orme ordinaire (les communautés ouvrières.

Les limonadiers étaient placés sous le patronajje de saint Louis.

On trouvera, il rarlicle Maîtrises (Lettres de\ le texte de celle ([ue le roi accorda, le '22 août I7."l*2, à un sieur Jean Henaidl. ipii fut ainsi impose à la corporation des limonadiers. *

Vov. Café. — G-laciers. — Liqueurs (Marchands de).

Limousins. ■■ On appelle ainsi celle sorte (le ma(;ons qui travaillent en mortier el en terre, parce (jue c'est princi[)alement de Limo<^es et du Limousin (pie sori tmis les ans ce p;'rand nondm^ d'ouvriers qui se répandent dans tous les ateliers des provinces el particidiéremenl dans ceux de Paris, pour y l'aire ces ouvrao;es de maçonnerie, que, lie leur nom, on appelle /imnsiiiu//e et limo- II i série ' ».

Langue (Loi:ation de). \oy. Location.

Linge (Mari,)1'e du;. \o\. Marque.

Linge damassé Faisricvnts de . Le line:e

damassé, en usa^e depuis le([uinziéme siècle, est cité dans la JJesrrijjtioii Je Plie des keniuiphro- (Utes - et dans le PhUaret ' de (îuillaunie de Kebrevieltes. En l,")8'J, les tisserands d'Amiens l'appelaieid inulquiiierie ^ . Il fut surtout perfeclionné au dix-septième siècle, dans k ville de Caen, par la famille (iraindorjje. André Grain- (lorire ne reproduisit guère dans la loile que des carreaux et des fleurs, mais son fils Richard porta cet art à la perfection ^. « Et si ne me puis laire, (lit Cil. de Bourgueville *, qu'il n'y a ville en l'Europe où il .se fabrique de plus beau et singulier linge de table, que l'on appelle hautelice, sur lequel les artisans telliers représentent toutes sortes de Heurs, bestes, oyseaux, arbres, médalles et armoiries de rois, princes et seigneurs, voire aussi naïfvement el proprement que le plus estimé painlre pourroit rapporter avecques son pinceau ». Les Graindorge donnaient à leurs produits le nom de haute-lice, sans doute par suite de la position des lices ou lils entrelacés dans la trame ; mais le mot dnmnsse, déjà usité au seizième siècle, prévalut : en elTel, cette sorte de toile imitait parfaitement l'étoffe dite dianas

• Savary, Dictionnaire lin commerce, t. II, p. 544. î Etlil.'de n24, p. 99.

3 Pag.- 53.

* .\ug. Tliieny, Mnniimenls inédits du Tiers-État, t. 11 p. 489.

5 J. Cahagncsius, Elogia civium Cadomensium, p. 23. s Antiquités lit la Neustrie, édit. de 1588, p. 36.

liluiic ' . La Flaiidri' el la llnllaiide Jie lardei'ent pas ù accaparer celte industrie. J'In une seule année {l(i()2\ elle importa en Fraïu'e onze mille aunes de linge de table, el lui créer à l'inlérieur (le sérieuses concurrences, était une des (in-occnpalions de (^olberl -. Vingt ans après, rnailanie de Mainlenon voulant établir à Mainlenon une maimfactiire de « linge ouvré », dut faire venir vingt-cinq ouvriers de Flaiulre, et réussit mt^me à en « débaucher " d'autres qui travaillaient dans une labricpie de (Jonrlrai ^.

Linge de table. Voy. Napeteurs.

Lingères. .le ne puis faire renionler l'histoire des lingères plus haut que le treizii'me siècle. Saint Louis autorisa les plus pauvres d'enti-e elles il étaler leurs marchandises près du cimetière des Innocents, le long du mur placé en l'ace des Halles*. C'est là l'origine de la rue de la Lingerie ^, qui porte déjà ce nom dans le poème (le Guillot ", et qui a subsisté jusfpi'an second Empire '' . Une charte de 1:{1() nienlionne un revenu établi « super lialis, Parisins, seciis niurum cymilerii Sanclunim Innocenlinin, supra lingerias * ». S'il faut en croire .Savary " , ces pauvreslingèresélaient<v des filles d'une conduite suspecte, à qui on accorda des lettres de maîtrise pour les tirer d'un commerce moins lionorable que celui de la lingerie ». Ceci prouverait , à la gliu're du treizième siècle, qu'en ce tcMUps li; vice n'enrichissait guère. Au resle, le saint roi perdit sa peine, et les lingères traver.sèrent les siècles sans s'amender.

La corporation comptait alors antani de lingiers (|ue de lingières, et .lean de Garlande se plaint déjà amèrement que les hommes aient usurpé des fonctions qui devraient être réservées aux femmes : « Quidam homines, écrit-il, usurpant sibi officia mulierum, quia vendiinl mappas**... ». Il nous apprend aussi que les principaux objets de leur commerce étaient les nappes, les serviettes, les draps; puis, autant qu'un latin fort barliare peut permettre de l'affirmer, différentes pièces du vêtement des femmes.

La corporation resta pendant longtemps fort peu nombreuse ; deux maîtresses seulement sont citées par la Taille de i392, huit par celle de 1300. Il faut sans doute en conclure que, durant plusieurs siècles, les ouvrages de lingerie furent au sein de chaque famille l'œu\Te des mères et

' Voy- Morijri, Dictionnaire, t. V, p. 322.

- Lettres, instructions et mémoires de Col])ert, t. II,

p. CCLX et CCLXlI.

3 Lettres de .V"" de Mainlenon, édit. de 1756, 6 octobre

* Voy. G. Gonozet, Antiquité:, p. 90, et ci-des.sous, statuts de 1485.

5 Voy. Jaillot, (juartier des halles, p. 29.

6 Le dit des rues de Paris, composé au début du quatorzième siècle.

"> La rue de la Lingerie actuelle va de la rue des Halles à la rue Berger.

* Cartutaire de Xotre-Dame, t. IV, p. 116. ^ Dictionnaire, art. linger.

'" Diclionarius, édit. Scheler, p. 28.

LINGERES

(les lillcs. Seules, les iiiiiisuns opulentes, eonliaienl ce Iravail à des ouvrières spéciales, qui l'Iaieiil alors appelées couluricres.

Je ne connais pas de statuts des liufrères antériiMirs a 1485. Ceux que Charles VIII leur accorda au mois d'août- de cette année ', ne font point mention de statuts précédents ; ils rappelleiil, seulement que « pa.ssez sont deux cents ans. furent octroyés aux pauvres femmes et lilles lingères de Paris, prédécesseurs desdils supplians, les places aux halles du cousfé du mur du cvmetière Sainl-Innocenf. pour elles entretenir honestemenl ». La préoccupation du roi semble avoir été surtout de moraliser la coninuinante. Il nous révèle un fait curieux, c'est que des Parisiens appartenant à la riche hour<îeoisie et même à la nol)lesse de robe plaçaient leurs filles chez des linjrères pour leur « apprendre lionnesle maintien » et les former aux travaux d'aio-uille. Les plus p^randes dames ne dédai- «"•naient pas de s'y livrer. J'en ai trouvé une preuve inléressante dans la correspondance de rempereur Maximilien. Le 17 mai lôll, il écrivail à sa lllle Mar^uerile, l'habile néirociali-ice qui fui j^ouvernante des Pays-Bas et qui éleva Charles-Quint : « J'ay resceu par le peurteor de ceste les belles chemises, lesquelles avez aydé de les faire de vostre main, dont sumus fort ieouieulx ^... » Voii'i mainlenant le texte du passatjje dont je parlais tout h Theure, il mérite d'être reproduit lexluellemenl : « Lequel meslier est notable, et au((uel pour apprendre lionnesle maintien, euvre de cousture, état de marchandise et éviter oysiveté, les gens nobles de justice, bourgois, marchans et autres notables personnes de nostre ville de Paris mectent leurs filles ». On comprend dès lors qu'il y avait grand intérêt il n'admettre dans la corporation que des personnes honorables ; l'article 1" des statuts veut donc qu'on n'y reçoive « d'ores en avant aucunes femmes ou filles blasmées ou scandalisées de leur corps, afin que par elles les bonnes femmes et filles et Testât dudit mestier ne soit vitupéré ou scandalisé ». Si des femmes connues par leur inconduile osaient s'installer à la halle aux toiles, les autres maîtresses devaient requérir les officiers du Chàtelet pour les expulser. Elles conservaient pourtant le droit de faire le commerce chez elles, sans se mêler à la communauté. Une réglemeulalion aussi arbitraire dut euo-endrer de nombreux abus. Elle tomba sans doute promptement en désuétude, et aucune cnnililion de moralité n'est plus exigée des lint^ères dans les nouveaux statuts qui leur furent octroyés le 1"' septembre L595 ^. Je ne sais ce qu'étaient alors les maîtresses, mais les ouvrières no passaient pas pour cultiver bien assidûment la vertu ; c'est au moins ce qui ressort d'une phrase de Rabelais *, phrase trop brutale pour que j'ose la reproduire. On ne recevait cependant comme apprenties ni les femmes mariées, ni

I Ori/onii. rotjnles, t. XIX, fi. 576.

- Correspondance de Moximitieii, I. II. l'

•' Manuscrits IlolamaiTP, n" 2l,79fi, f° 4.

1 (iiiri/nii/iiii, liv. I, cliai', \I1I.

."iSO

même les veuves. L'apprentissage durait ili;ux armées, après lesquelles l'aspirante maîtresse devait encore servir deux ans avec le litre de « fille de boutique ou servante à gaige ». (Jiacpie maîtresse ne pouvait avoir en même temps <leux apprenties. La corporalion était administrée par « deux preudes fenmies jurées ».

Au mois de janvier 1645, les lingères firent apporter d'assez nombreuses modifications aux statuts qui les régissaient depuis un demi-siècle.

Nulle ne put être reçue maîtresse lingère qu'elle ne fût « de bonne vie et mœurs, et qu'elle ne fît profession de la rcligifin calholi(|ue. apostolique et romaine » ; c'est d'ailleurs là une formule qui ligure en tête de presque tous les statuts rédigés à cette époque. Si, après sa réception, une maîtresse se trouvait « être de mauvaise vie et mœurs, ou de la religion prétendue réformée ». on la chassait de la communauté et sa boutique était feruu'-e.

Les apprenties devaient être tilles ou veuves, mais non mariées. Cliaque maîtresse ne pouvait en avoir deux en même lejups.

L'apprenlissage duniil quatre ans, et était suivi de deux ans de service comme fille de boutique. Les filles de maîtresse étaient dispensées de l'apprentissage et du service.

Les maîtresses ne devaient pos.séder chacune ([u'une seule boutique. « Et ne pourront leurs maris se mêler d'autre sorte d'état, ains se contenteront le mari et la fenune d'un état seulement».

Aucun magasin ne devait rester ouvert le dimanche, prescription que l'aulorilé eut parfois beaucoup de peine à faire observer.

Tout colportage dans les mes était formellement interdit.

Corneille, dans sa Galerie du Palais ', n'a donné qu'un rôle fort efïacé à la lingère'. Mais le théâtre de (ilierardi ■' renferme une comédie intitulée Arlequin lingère du Palais*, où l'on peut relever quelques traits de mœurs.

En dehors du Palais, larue A\diry-le-Bouclier était le centre du commerce de la lingerie. C'est là qu'avait demeuré Bodeau, le riche linger qui fut aimé de M"""'' Paulet ^. C'est là aussi que M™" Coinard, la grosse lingère et dentellière ". avait fait sa fortune. C'est là enfin qu'était établi Lemaîlre, dont le petit-fils. Antoine Lemaître, fut une des gloires de Port-Royal'.

Un peu plus tard, les lingères. imitant les autres corps d'étal, se disséminèrent un peu partout, sans abandonner le centre de la ville ".

Les marcliandiscs dont la corporation avait le monopole étaient les « toiles île lin, chanvre, batiste, linon, cambray, hollande, canevas gros et fin, treillis blanc et jaune, et généralement toutes sortes de toiles et de marciiandises faites.

1 Joucc en 1634.

2 Voj-. lis .'«conos 12, 13 et 14. — Voy. aussi Montfliurv, V impromjilii île iliolel de ConJé, scèui- I .

3 'Tome I, p. 53.

i Jouée en 1682.

S Tallemanl des Réau.\, t. I, p. 225, el I. III, p. 10.

« Talleinant. I. VI, p 116.

1 Tallemanl, I. III, p. 114.

* \'oy. Liger, Le tmyngiur fidèle, p. 361

MN(;EUES — I.IQTTKURS

tant l'hemises que calleçons, rabais el autres iTiiimifacIvirées concornant ledit état, pour la comniiKlilé ot soiilaf^einpiil du puljlic v. Cette (iiTiiiiTi'plirasi- di'vail èlri' laririMiii'iit inli-rpréli'c, piiisqui' les liiijji'res faisaient le ediimierce des dentelles ', fournissaient, outre le linffe irp^lise, des lavettes et des trousseaux eoniplels.

Les tilles de lioulique au service des lin<jères portaient le nom des nnijueltes. mol qui a été ouldié par Liltré. bien cpi'il fi'^'ure dans le Diclioniiiiire de Tréniux. Ils'applicpiait plus spécialement aux filles employées dans les liouliquesdu Palais, où étaient élalilies les linjjéres du lion ton. Depuis lon^'lemps, on ne vendait plus dans la rue de la Linj^erie que <^ du vieux lin<re, des lils, des taliliers d'enfans, etc.* >•>

Le nombre des maîtresses lin^ères était de 059 en 172Ô ', et il ne parait pas avoir beaucoup varié depuis, car des ou\Tages imprimés en 1773 et en 1779 continuent à fournir le même chiffre.

Le bureau de la communauté était situé au cloître Sainte-Opportune.

Dè.s 1382, Charles VI avait autorisé les « raarchanz et marchandes de toyles es ludes de Paris à créer une confrarie à l'onnenr de Dieu et de la benoite vierge Marie, et en espécial de sainte Venice, vierge' ». Les lingères restèrent toujours fidèles à cette tradition et conservèrent pour patronne sainte Véronique. Elles paraissent cependant y avoir plus tard associé saint Louis, mais sous Louis XIV toutes les communautés voulaient Tavoir pour patron. *

\<)\ . Caleçonniers. — Blanc (Spécialité de). — Chemisiers. — Cravatiers.

— Layettes. — Linge damassé. — Location de linge. — Marque du linge. — Trousseaux, etc.

Liniers. Marchands de lin. Au moyen âge, le lin cultivé en France était fort estimé ; aussi prohibait-on l'entrée des lins d'Espagne et de Noyon, « car telle manière de lin est fausse et mauvèse et a esté esprouvée dès lontans*. » Le lin se vendait soit en gros, soit en détail, par poignées, par paquets, par quarterons, ou par bottelettes '. Les liniers achetaient le lin brut hors de la ville ou aux halles. Avant de le mettre en vente, ils le livraient aux filassières, qui lui faisiiient subir les opérations nécessaires pour le rendre « prest à filer ».

Ces détails sont extraits des statuts que les liniers soumirent, vers l'268, a rhomologation du prévôt Etienne Boileau, Nous y lisons encore que :

Le métier était libre. Toute personne pouvait donc s'établir sans payer aucune redevance,

' Voy. Di'lamarre, Traité île la police, t. I, p. 125.

2 Le lirre eotumotle, t. II, p. 10.

•* Savaiy, Dictionnaire, t. II, p. 424.

* G. Fajrniez, Ëliules sur l'industrie, p. 280.

5 Voy. Jaillot, quartier Sainte-Opportuno, p. 21, 50 et plan.

* Litre des tnétiers, titre LVII, art. 9.

' fl Par poingnéos, par pesiaus, par carlicrs et par buteleitos, » dit l'article 2.

pourvu qu'elle sût le métier et possédât un capital suffisant ' .

Chaque nuu'Ire ne pouvait avoir en nidme temps deux ap|)renlis ou deux ap[irenties.

La durée de l'apprentissage était de huit ans pour l'eid'ant sans argent, de six ans seulement pour celui ([ui apportait (juarante sous.

Tous les maîtres devaient le service du guet, sauf ceux qui avaient dépassé l'âge de soixante ans et ceux dont la femme était en couche : « Li houme qui ont pas.sé lx anz d'aage ou plus, et cil ([ui leurs famés gisent d'enfitnt ».

Deux jurés administraient la corporation.

D'après la TaiUf de 1202, Paris comptait alors 18 liniers ou liuières.

A la fin du dix-huitième siècle, les provinces qui produisitient le plus de lin étaient la Flandre, la Normandie, le Maine et l'.Anjou, la Bretagne, latîascotrne et le haut Lany-uedoc -.

En Kifiô, les liniers, les chanvricrset les filassières avaient été réunis eu une seule corporation dont les hommes furent exclus , et dont les maîtresses se qualifièrent dès lors de linicreschaiiFrières-fi/assières.

Voy. Filassières. — Fileuses ri Toiles (Comjnerce des).

Liqueurs: M.vrchandsde). L'usage habituel des liqueurs en France date de la fin du seizième siècle. Les Italiens, plus avancés que nous dans l'art culinaire, cuuuuencèrent par nous révéler de nouveaux breuvages, dans la composition desquels l'eau-de-vie n'entrait <[u'ii petite dose. Us mirent surtout à la mode deux préparations pharmaceutiques dont nous possédons la formide, \e populo et le rosso/is. Le premierétait un nuilangi! d'esprit de vin, de sucre, de clous de girolle, de poivre long, d'anis, de coriandre, d'ambre et de musc '. Fagon fabriquait ainsi le rossolis destiné à Louis XIV. Il prenait en parties égales des semences pilées d'anis, de fenouil, d'aneth, de coriandre et de carvi, et faisait macérer le tout pendant trois semaines dans un vaisseau de verre bien bouché. Il y ajoutait de l'alcool, de l'eau de camomille et du sucre, puis passait le tout au papier gris*.

Ces sortes de médecines se servaient au dessert. L'abbé de Choisy. racontant un repas fait par lui vers 166(5, écrit : « Après le dîner, on but chacun un petit coup de rossolis, car on ne connaissoit alors ni café, ni chocolat, et le thé commençoit à naître 5».

La première fabrique de liqueurs qui ait eu quelque réputation fut établie à Montpellier. Celle de Lorraine la fit bientôt oublier ; elle avait été fondée par un sieur Solmini, à qui nous devons le parfait amour. Bien d'autres créations, ayant toutes l'eau-de-vie pour base, se disputaient en

' « Pour qu'il sache fdro le mesliiT ri il ail il.' coi ». .\rt. 1.

* Encyclopédie méthodique, manufactures, t. I, p. 02 et suiv.

3 Lavarenni', Le parfait confturicr, p. 115.

i Journal de la santé de Louis X/V, p. 435.

5 Histoire de In comtesse des llarres, ]i. 97.

IJOIKURS

i>it]';hi1';

1741 la laveur des palais délicats. Savar^ cite parmi elles :

L'eau de Cette. L'eau de cannelle.

— d'anis. — de coriandre.

— de frangipane. — de genièvre.

— angéliqtie. — de citronnelle.

— clairette. — de mille fleurs.

— de céleri. — divine.

— de fenouillette. — décalé*.

Tout cela sans préjudice des élixirs, des huiles, des crèmes, et des liqueurs des iles([ue la célèbre madame Amphoux ncjus expédiait de la Martinique *.

Voy. Eau-de-vie il Limonadiers.

Lireurs. Professeurs ou joueurs de lyre.

Liseurs. Voj. Lecteurs.

Lisseurs. Nom donné piirf(.iis aux londeurs de drap.

Lissiers. Voy. Basse el Haute-liciers.

Literie Commerck de). Au moyen âge, les lits étaient faljri([ués par les huchiers, devenus plus tard menuisiers. Ils élaienl ensuite garnis par les cotitiers ou matelassiers, les iuiers, les c.ouverturiers el les coutepointiers . ,Ie renvoie à tous ces noms.

La dimension des lits resta longtemps énorme. On nommait couchettes de pelils lils ipii avaient six pieds carrés ; les couches mesuraient huit pieds et demi sur sept et demi, ou onze sur dix, ou douze sur onze '. Le pied représentant 0,324, ces derniers avait donc environ ([ualre mètres de largeur. Mais il ne faul pas oublier que les nobles seigneurs invitaii'ut sans cesse à coucher avec eux leurs compagnons d'armes, en signe de fraternité chevaleresque ; et, ce qui peut nous paraître plus étrange, c'est que leurs femmes et même leurs chiens prenaient souvent place auprès de l'étranarer. Ces lits immenses étaient élevés sur une ou deux marches, ([ui les dépassaient d'environ deux pieds en tous sens.

On comprend que des lils de (pialre mètres étaient difficiles à faire. Aussi les servantes employaient-elles pour tendre les draps el les couvertures un bâton spécial, dit bdloii de lit *. Naturellement, les couches ne pouvaient être déplacées, mais on rencontre parfois dans les miniatures du quatorzième siècle des couchetfes dont les pieds sont munis de rouletl(^s.

Assez souvent, le lil est surmoidé d'un ciel qui le couvre tout entier, et que soulicniu'ul (pialre colonnes parlani des angles. Ou bien ce ciel, maintenu par des barres d(^ fer ou de bois fixées soit dans le plafond soit dans la muraille, ne s'avance qu'à mi-corps, forme ce que l'on nonunait

' Diciionnuire ilit rommerve, I. II, p. iHIÏ>.

2 On ti'ouvc dans \'Knftirliifii':/le mrtlmdtijne, arl^ l'I miHiri-s, 1. II, ]i, IX.", la ivi-.'lli- i\\- lonli'.- Ii'^ lic|Hi'iirs usitées en 17Ka.

•' Sauvai, Aiiliiiiiilfs de Paris, I. II, p. 2HI).

4 \ov. \. (iav. (itossnire nt-chéotn^'Hiiie, I. I, p. Kil.

alors un pavillon ou un épervier. Quelquefois, le do.ssier du lit, du côté de la tôle, est fort élevé et se relie au ciel, mais en général il ne dépas.se guère la hauteur de l'oreiller.

Kn l.")14. la chambre des lilles d'honneur delà reine était eiu'ore meublée de lits ayant six pieds, par conséquent plus de deux mètres de large.

Les berceaux des enfants resssemblaienl fort aux nôtres. (Jn les trouve nommés d'abord hers, herseil, biers, bersonere, bercenil. berceul, puis bersoire et berseau '. Tantôt ils reposaient, comme nos fauteuils à bascule, sur deux morceaux de bois courbés ; tantôt ils élaienl portés par deux tourillons évoluant sur deux montanls fixes ; tantôt encore, des anneaux de fer les suspendaient en l'air, de manière à rendre le bercement plus facile -.

Les nouveaux époux devaient denuinder à leur curé de bénir le lil nuptial. Une gravure du liiimiin (le Me'lusine est intitulée : (Comment Pccesqm beneist le lict uû Raimondin et Mélusine esloie/U couchie's. Le prêtre aspergeait d'eau i)énite le lit el aussi les deux époux étendus l'un près de l'autre. Il les engageait à persévérer dans la foi chrétienne, et suivant l'expression de l'écriture, à multiplier.

En ce temps, où le salon n'existait pas encore, la clwunbre il coucher résumait la vie privée d'une femme. Non seulement elle y couchait, mais elle y passait volontiers sa journée entière. Au centre de ce sanctuaire se dresse le lit, vaste monument aussi large que long, élevé sur une estrade, surnu)uté d'un dais, enveloppé de rideaux, souvent séparé du reste de la pièce par la balustrade, légère protection ilont l'étiquelle fait une ligne forliliée. Sur ce trône, garni demoelleux oreillers. la dame est étendue ou assise, et c'est là ([u'elle reçoit les visites de ses amis, les hommages de ses adorateurs : c'est là qu'elle attend, eu grande cérémonie, les compliments de ses connaissiinces dans toutes les circonstances graves de sa vie, quand elle se marie, quand elle accouche, ([uand elle devient veuve, etc. ; c'est là aussi qu'elle juge les vers nouveaux que viennent lui soumettre un poète à la mode ou un petit abbé mondain.

Kn général, ce lit, dont le chevet s"appuyait au mur, avaiiçail sur le milieu de la chambre, laissant à droite et à gauche deux espaces à peu près égaux, dont l'un était le devant du lit el l'autre la ruelle, ou, comme l'on disait souvent la grande el la petite ruelle. La petite était la plus intime; c'est là que l'on parlait aux domestiques, ([ue se traitaient lesalfaires secrètes, que se dissimulaient au besoin, dans l'ampleur des rideaux, ceux que Madame avait intérêt à cacher '. Bassompierre jouait un jour à trois dés avec Henri IV. retenu au lil par la goutte. Il était assis dans la petite ruelle, la grande restant libre pour les visites qui eussent pu survenir. Arrive madame d'Angou-

< Vov. V. Gay, I. I, p. 14.'..

- \'<'\'. .Miénor de Poitiri-s, l,ts kottnfitrs île In Coitr, I. II, p. l'.Mï. el N'iolli't-lr-l)uo, DictioiiMaire du mubilirr,

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