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MONNAIE

cent cinquante façons de garnir une robe, et que chacune d'elles portail un nom particulier. Marie-Antoinette tenait conseil avec ses faiseuses de modes comme le roi avec ses ministres. M"'' Berlin. M°" Elotfe travaillaient avecla reine et dictaient des lois à l'Europe.

L'édit d'août 1776 constitua en deux communautés distinctes les marchandes de modes et les merciers, et lespreniiéresolitinrent le droit de se dire marchaiides de moJes-pluMassièrts-flfurisUs. Les slatut.s qui leur furent alors accordés accrurent encore leurs privilèges. Ils leur reconnaissent le droit de « fahriquer. enjoliver, teindre, colorer et vendre tout ce qui concerne la profession de plumassier ». de confectionner les fleurs artificielles, aussi bien ceUes qui doivent accompagner le costume que celles qui ont pour objet d'orner les appartements. Elles peuvent vendre des cravates, des nœuds d'épée, et « toutes sortes d'agrémens de femmes ». parmi lesquels on désigne d'une manière spéciale les objets destinés à protéger la tête et le cou.

Le nombre des chapeaux et des bonnets qu'elles créèrent à la fin du dix-huitième siècle est prodigieux et dénote une fertilité d'imagination qui certainement ne sera jamais dépassée. En 1779. l'on comptait 200 espèces de bonnets, dont le prix variait entre 10 et 100 livres ' . La comtes.se de Matignon en vint à passer un marché avec le modiste Beaulard. qui devait, moyennant 24.000 livres par an, lui fournir chaque jour une coiffure nouvelle *. Les attentions dont Marie- Antoinette comblait la Berlin et l'orgueil qu'en témoignait ceUe-ci étaient le sujet d'une foule d'anecdotes qui déversaient le ridicule sur l'une et sur l'autre. Cela finit mal. En 1787. la Berlin, comme on disait, dut déposer son bilan. v< Il est vrai que sa banqueroute n'est point plébéienne, écrivait la baronne d'Oberkirch, c'est une banqueroute de grande dame : deux millions ! C'est quelque chose pour une marchande de chiffons ».

Les marchandes de modes, leurs omTières et leurs apprenties ne passaient pas pour cruelles, et les écrivains du dix-huitième siècle leur ont fait une réputation qui semble bien avoir été méritée : « Plus d'une, écrit Sébastien Mercier, ne fait qu'un saut du magasin au fond d'une berline angloise ^ ».

On n'avait pas encore imaginé d'exposer aux 3'eux des pas.sans les chefs-d'œuvre produits par ces jolies ou%Tières, que Y Encyclopédie méthodique nomme des « prétresses de Vénus * ». Toutefois. « quelques boutiques des galeries de bois du Palais-Royal, pour attirer les regards des promeneurs, étalaient des bonnets et chapeaux à la mode, avec les minois à prétention de cinq ou six grisettes, qui travaillaient avec de fréquentes distractions ' ». Mercier le dit tout crûment : « L'idée d'un sérail prend à tout étranger qui

voit pour la première fois une boutique de modes * ».

On sait que Jeanne Bécu, devenue par la faveur royale comtesse Du Barry. entra, vers 1760. en apprentissage chez le sieur Labille, marchand de modes. <lont le magasin était situé rue Neuve des Petits-Champs, près de la place des Victoires. Elle fit là ses débuts dans la carrière de la galanterie. Le pamphlétaire Pidansal île Mairobert en a compo>é tout un roman, et nous montre Jeanne Bécu quittant presque aus,silôt le magasin de modes pour entrer dans la célèbre maison de la Gourdan '. Un biographe mieux informé et plus impartial se borne à reconnaître que. comme la plupart de ses compagnes, elle « fui alors une femme entretenue dans l'acception la plus étendue de ces mots ' ».

Voy. Poupée de la rue Saint-Honoré.

Moellon (Marchands de). La grande ordonnance de févTier 1415 leur consacre tout un chapitre. Au dix-septième siècle, on tirait le moellon des carrières de Vaugirard, d'Arcueil. de Passy. de Bagneux. des fauliourgs Saint- Jacques et Saint-Marceau *.

On a écrit moiron, moilon, etc.

Moilonneurs. Tailleurs de moellons.

Moissonneurs. Voy. Soieurs.

Molequiniers. Voy. Mulquiniers.

Moleurs. Voy. Mouleurs.

Moliers. Voy. Meuliers.

Moliniers. \>i\. Meuniers.

Molletonniers. Faiseurs de molleton, « étoffe très chaude et très molette, d'où il y a de l'apparence qu'elle a pris son nom ' ». Presque exclusivement produits d'abord en Angleterre, le midi de la France finit par fabriquer de fort bons molletons ; on estimait surtout ceux de Sommières dans le Gard.

Molleurs de bois, ^'oy. Mouleurs.

Monétaires. Voy. Monnayeurs.

Monnaie. Voy. Afflneurs. — Ajusteurs. — Billonneurs. — Changeurs. — Chevaliers d'honneur . — Contre gardes. — Contrôleur général. — Cour des monnaies. — Directeur du balancier. — Deniers de boite. — Essayeurs.

— Essayeurs généraux. — Fabricateurs . — Piertonneurs . — Gardesscels. — Généraux des monnaies. — Juges-gardes. — Maitres particxUiers.

— Médailleurs. — Monnayeurs. —

^ Valfons. Mémoires, p. 410.

* Baronne d'Oberkirch, .Vémuirrs, I. Il, ]). 257. 3 Taélfaii Hr Paris, t. XI, p. 111.

* .Manufaclurrs, I. I, p. 135.

5 yir publique rt prit't ilrs français, t. I, p. 213.

I Tablemi dr Paris, t. VI, p. 308, et t. XI, p. 110.

- Aarrtiotrs sur la romtrssr Oh Barri, p. 17.

3 Cil. Valol, Hisloirt île M"' Du ffarr), 1. I, p. 02.

' /<• lirrf eomtnoilr, I. II, p. 107 el 113.

5 Savarv, Diclioimaire i/u commerce, J. II, p. 755.

MONNAIK — MONNAYKURS

Prévôté générale. — Recuiteurs. — Ricochons. Tailleresses. - Tailleiir général. Tailleurs particuliers, etc.

Monnayeurs. — .Ifaii do (iarlinulo nu-ntii)iiiii' li's luoiinaveurs, « miiniiiiilarii, ((ui. dilil. l'iiliriiaiil luoiielam », et il ajoiilc iiaïveiiRMil : « villi'iitur (livites esse, seil non siiiil ; licel eniiii tienarios inoiielent, sui non snnt ilenarii ' ». La Taille lie 120'^ cile 19 monniiers, on n'en Irouve aucun dans celle de 1300, mais l'un des imposés y est qualifié ainsi : «,< qui fait les coins de la monnoie ».

La fabrication proprement dite appartenait à deux classes de travailleurs, les ouvriers et les moiiHui/eurs. Les ouvriers coupaient, taillaient, ajusiaient les tlans, tandis que la frappe était l'aile par les monnayeurs. Les uns et les autres jouissaient de privilèges particuliers : exemption de lojremeni pour les ^ens de yuerre, de ser^àce du fifuet, de t^ardo des portes, de tutelle, de curatelle, elc. Nul ne pouvait être reçu nionnayeur s'il ne commençait par établir qu'il était « de bon estoc ' et droite lig'ne de moiiiuiye », c'esl-ù-dire qu'il lui fallait, non seulenienl appartenir à une famille de monnayeurs, mais encore être lils aîné de moniiayeur. ]']n l;i40, les bras man(]uèrent, et l'on autorisa la corporation à recevoir momentanément jus(|u'ù des arrièreneveux ^. C'est cette disposition transitoire qui créa les désicrnations de mimnayem du deuxième, du troisième, du quatrième point ; ceux du premier point, descendants directs et fils aînés de monnayeurs se considéraient seuls comme étant « de bon estoc et droite li-jne ». Enfin, le roi s'était réservé de nommer, lors de son avènement à la couronne un monnayeur *. En 1422, Henri VI déclarait qu'en raison de son « joyeux advénement à la très noble couronne de France », il créait <.< monnoier du serement de France » à Paris le fameux Perrinet le Clerc, « pour nostre monnoie monnoyer d'ores en avant par le dit en sa postérité en directe ligne, et jouir et user des privilè>jes, franchises, libertés et autres droits qui y compétent , ainsi comme les autres monnoiers ont accoustumé d'en user et jouir ' ».

Les mots monnoyers du serment de France désiijfuenl la principale association des ou\Tiers français ; une autre association, dite du serment de r Empire, appartenait aux Monnaies de certains lieux, de certaines villes ou provinces qui relevèrent plus tard de la monarchie française.

Les femmes et les tilles des ouvriers et des monnayeurs étaient, de droit, admises à travailler dans les ateliers ; elles y portaient le titre de tailleresses. Le fils aîné seul des ouvriers, des tailleresses ou des monnayeurs pouvait devenir monnaveur ; les autres enfants, même ceux des

' Dictioimriiis, (.VIII» siècle], éiiil. Scheler, p. 27.

* Race, famille.

■l Orilonnances royales, t. II, p. 140.

* Voy. ci-dessus l'art. Maîtrises (Vente de).

S .\. Longnon, /*..■«-/.,- sous la tlominntion anglaise, p. 70 et 331. ^'ll^ . aussi ci-dessus l'art. Offices (Créations d').

' moniuiyeurs n'étaient jamais ([u'ouvriers nu tailleresses '.

Nos rois firent d'abcinl fiilirii|uri- les nKJiinaies

' dans leur propre palais, et les l'onclioniiaires préposés à cet office les suivaient dans leurs

I voyag'es. .\u treizième siècle, saint Louis élablil les frères de Sainle-Ooix. devenus cliaiU)ines de Sainte-Croix de la Uretonnerie. dans une maison où l'on avait « fait de la monnaie ». Le nom porté par la rue de la Vieille-Monnaie -, « viens qui dicitur velus nionela », prouve bien (|u'il y exista un atelier. Sous Henri IL le « moulin de la monnoye », s'élevait sur le bord de la Seine, ù l'extrémité d'une des îles qui furent réunies à la Cité. On a aussi frappé des monnaies ù l'Iiôtel de Nesle. Louis XIII transféra (103!)) ce service dans la grande galerie du Louvre, où resta la Monnaie des médailles. On le retrouve ensuite installé rue de la .Monnaie près du Poul-Nenf. Sous Louis X\', il fut question de le transporter au faubourg du Roule, sur un emplacement qu'avait occupé la Pépinière royale. Ce projet fut abandonné, et l'on choisit la place Louis XV pour abriter cet important service ; ciiu|uanle mille francs y avaient été dépensés déjà quand on commença les bnliuients actuels sui' le (|Uiii Conti ■■'.

Suivant Dangeau. il y avait en France, au milieu de l'année l(i91, plus de 327 millions de monnaie d'or et d'argent *. (Tourville, pres([ueà la même date, donne le chiffre de 400 millions ^. A la fin du dix-huitième siècle, les monnaies ayant cours étaient les suivantes :

Or. Double Louis, Louis, Demi-Louis.

Argent. Ecu de 6 francs et écu de 3 livres, pièces de 24 sols, de 12 sols, de 6 sols.

BiLLO.N. Pièces de 2 sols, de 6 liards, d'un sol. Cuivre. Pièces d'I sol, de 2 liards. d'I liaiil.

Les faux monnayeurs ont toujours été punis avec une extrême sévérité. Sous saint Louis, on leur crevait les yeux. Un peu plus tard, on les faisait périr dans l'eau bouillante. C'est au marché aux pourceaux, près de la porte Saint-Honoré qu'ils subissaient cette peine. Dans les Comptes de la prévôté de Paris publiés par Leber, je copie cette mention datée de 1521 : «Deux fauxmonnoyeurs condamnés à estre boulus ^ au marché aux Pourceaux. Et à cet elïet a été mise une grosse fontaine de cuivre à la chaudière, laquelle fut mise sur un fourneau de pierre. Fut brûlé un cent de bois de gros compte ', une douzaine de bourrées, une douzaine de cotlerets et un gluy de feurre * ». On préfend qu'entre Kilt) et 1633. plus de cinq cents faux monnayeurs furent punis de mort. Richelieu créa il631), pour juger

' ^^ly. J. Uoizanl, Traité des monnoies, 1711, 2 in-12. S Supprimée en 18.54.

3 \oy. les .Me'moires secrets dits de BacliaunionI, 17 octobre 1767, t. XMII, p. 297.

' Journal, 20 juin 1090, t. III, p. 350.

5 Mémoires, édit. Michaud, p. 582 et 583.

6 Kouillis.

'' Voy. ci-dessous l'art. Mouleurs de bois. * Une botte de paille. Dans Leber, Dissertalimtf,' t. XIX, p. 275.

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