‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 243 sur 422 · Savaiy, t. II, p · texte numérisé non relu

Savaiy, t. II, p

* Noupiret, A/ifrfhtes, \. I, p. 318.

B I,e aa mai 1825.

* Nocl il'.Vrponne, IKélangrs, I. II. p. It!.

métier d'interpréter les songes. On les nomme aussi onirocriciens, brizomanciens, etc.

aussi onirocriciens.

Voy. Devins

Opératexirs. Il semble y avoir eu de tout tenqjs des arracheurs de dents qui. comme ceux qui exercent aujourd'hui dans les foires, se rapprochaient plus de la clas.se des saltimbanques que de celle des chirurgiens. Ils se qualifiaient d'opérateurs, et prenaient en général pour théâtre de leurs exploits le Pont-Neuf. Chamarrés d'or, l'épée au côté, assistés dun pitre qui leur donnait la réplique, leurs bouffonneriesatliraient autour d'eux une foule empressée. Ils lui promettaient monts et merveilles, se posaient en bienfaiteurs de l'humanité souffrante, guérissaient « les soldats par courtoisie, les pau\Tes pour l'Iionneur di' Dieu et les riclies marchands pour de l'argent >< ; mais leur politesse naturelle leur faisait ionsi<lérer tout client comme un riche marchand, .\ussi le désintéressement qu'ils afiichaieni n'empècha-t-il pas le règlement de police du 30 mars 1635' de confondre dans le même article « les: vendeurs de thériaque, arracheurs de dents, joueurs de tourniquet, marionnettes et chanteurs de chansons ». Leurs hâbleries étaient depuis longtemps célèbres au seizième siècle ; Noël du Fail * et Guillaume Bouchet ' citent iléjà le proverbe : Menteur comme un arracheur de dents. Notez qu'ils n'employaient pas toujours l'acier et avaient à leur disposition des moyens plus doux. Il existait plusieurs procédés pour faire tomber une mauvaise dent sans la toucher avec aucun instrument, sans exposer le patient à aucun danger et sans provoquer aucune douleur. En voici deux, par exemple, dont le secret est venu jusqu'à nous. L'un date du seizième siècle, l'autre du dixseptième :

« Tu prendras deux onces de roses rouges et les feras bouillir avec fort vinaigre l'espace d'un jour et d'une nuit ; après, les sécheras, puis en feras fondre que mettras sur la dent, et elle tombera '.

Faites bouillir, puis réduisez en cendre des vers de terre ; remplissez de cette poudre la dent creuse, et fermez-la avec de la cire. Elle tombera '' >>.

Durant la Fronde, les opérateurs Carmeline, Cardelin, (Cormier, Caperon et Dupas eurent l'Iionneur d'être souvent cités par les faiseurs de Mii:arinad''s. Au dix-huitième siècle encore, le poète Desforges-Maillard, voulant adresser un compliment aux dentisles de son temps, célèbre :

Los Caperons, les Carmelincs, Réparateurs des perles fines Des belles bouches de Paphos *.

Le dernier paraît avoir été fort occupé. II eut pour successeur son oncle « M. Quarante », qui

' Dans Di'lnniarre, Tmilf ilr la potier, t. I. p. 122

î Conirs ifEnlraml, I. I, p. 328.

:> 2"° seiée, t. III. p. 118.

* Les secrets tlu seigneur Alfxis, p. 351.

5 ^Imc Koiiqui-I, Recueil lie remiiles, p. 53.

6 Œucres, t. 1, p. 90.

OFKRATEUKS — OI'TICIKXS

prit la suitf de sesalTaires. M. Ouaratitc demeurail (|iiai de la Méfjfisserie, au bout du l'onl-Neuf.

l.f (îrand-Tliomiis, le plus illustre des opérateurs en plein vent, avait fait des études sérieuses, (iarçon eliirur^ien ù l'Hùlel-Dieu, puis rei;u maître ù Sainl-Cônie, il exerçait avec l'autorisation de la Faculté. Las sans doute d'attendre la clientèle dans sii houtique, il était venu, entre 1711 et 1719, s'établir au milieu du l'ont-Neuf. 11 paradait sur un char composé d'une lar^e plale-l'orme moulée sur ipudre roues basses, entourée d'une balustrade u hauteur d'ap|)ui et surmontée d'une toiture bondiée'. (îrand et fort, avec une voix tle stentor. Jean Thomas se présentait ù la foule vêtu d'un habit rou^e jalonné d'or, et coilVé d'un vaste tricorne empanaché de plumes de paon ; un énorme sabre pendait à sa c«inture : « Il étoit reconnaissable de loin, dit Mercier, ])ar sa taille ji^ifjantesque et l'ampleur de ses habits. Monté sur un char d'acier, sa tète élevée et coëlFée d'un panache éclatant, lii^uroil avec la tète rovale d'Henri IV; sa voix niàle se faisoit entendre aux deux extrémités du pont , aux deux bords de la Seine - ».

La f^'loire du Grand-Thomas brilla de tout son éclat vers la lin de l'année 1729. Au mois de septembre, Marie Leczinska devenait mère d'un Dauphin, et la France à celle nouvelle faisait éclater des transports de joie. Dans Paris surtout, l'enthousiasme ne connut pas de bornes. Les cloches sonnèrent pendant trois jours et trois nuits, on tira le canon, on distribua au peuple de la viande et du vin, de solennelles processions parcoururent la ville et des Te l)eum furent chantés dans toutes les églises. Le (irand-Thomas trouva l'occasion belle pour auirmenter sa popularité au moyen d'une imposante réclame. Il annonça que. pendant quinze jours, il arracherait {j;ratis toutes les dents qu'on lui présenterait, et que, le lundi 19, il donnerait un jjrand banquet en plein air sur le Pont-Neuf.

La police crut devoir interdire le banquet^. Mais notre opérateur ne se tint pas pour battu. Six semaines après, il se rendit à Versailles, alla porter au Roi et à la Reine, ses félicitations. C'était un usage reçu en pareille circonstance. Tout le monde, même les gens appartenant à la classe la plus humble, était admis à voir le petit roi. Le Grand-Thomas voulut donner à cette visite un éclat exceptionnel. Il partit a cheval, en habit tout couvert de broderies ; sur sa tète brillait un casque d'argent qui pesait près de deux kiloset portait, sur un semis de Heurs de lis, les armes et la devise du roi.

Le Grand-Thomas se retira, en 1754, dans une maison qui lui appartenait et qui était située quai d'Orléans. Il y mourut le 19 mars 1757, laissant 55.900 li\Tes d'argent comptant et un très modeste mobilier, dont l'inventaire fut dressé par M'' Bioche, notaire au Chàtelet.

' On le trouve représente dans les Mémoires de la Socièlr de i' histoire de Paris, t. VU (1880), p. Bl. * TaiUau de Paris, t. J, p. 160.

3 Voy. le Jturnal de Barbier, t. II, p. 81.

Le Grand-Thomas n'eut pas île successeur digne de lui.

On donnait aussi le nom d'opérateurs aux iiiris.-nrs ' .

Opticiens. L'invention des lunettes parait remonter au milieu du treizième siècle. On les lit d'abord de cristal, de cristal de rociie, bien entendu, qui portait alors le nom de béricle, ii':itjite, bi':icle, et ([ui le transmit au nouvel instrument. A dater de celte époque, on voit parfois sur les vitraux, sur les sculptures, sur les miniatures des manuscrits, les vénérables personnages de l'ancien testanuMit munis de lourdes besicles qui se dres.sent sur leur appcMidice nasal exactement connue nos pince-nez. Le ressort n'existe pas, mais les deux branches qui le remplacent sont assez libres au point de leur réunion pour leur permettre un jeu facile.

Quant aux opticiens, je les trouve cités pour la première fois, et sous le nom de lunetiers, au mois de juin 1467, dans l'ordimnance dite des Bunnures, qui enrégimenta tous les métiers de Paris.

L'inventaire des joyaux de la couronne dressé en 1418, mentionne « un béricle long et plat - >>, qui ne peut guère être qu'une loupe.

« Gens de bien, écrit Rabelais, où estes vous? Je ne vous peux voir, attendez que je chausse mes lunettes ^ ? »

Jeanne d'Albret fit raccommoder les siennes en 1571 *. Henri IV s'en servit aussi sur la iin de sa vie '■, mais Montaigne, déjà vieux, n'en portait pas ".

Entre 1573 et 1581, les lunetiers, jusque-là indépendants, furent réunis à la corporation des miroitiers. t[\n s'intitulèrent dès lors mirniiierslunetiers.

C'est au début du siècle suivant qu'il faut rapporter l'invention des télescopes, car Lestoile écrivait dans son Journal à la date du 20 avril 1609 : « Ayant pas.sé sur le pont Marchand, je me suis arrêté chez un lunetier qui montrait des lunettes d'une nouvelle invention et usaire. Ces lunettes sont composées d'un tuyau long d'environ un pied : à chaque bout, il y a un verre, mais ditlérent l'un de l'autre. Elles servent pour voir distinctement les objets éloignés. On approche cette lunette d'un œil et on ferme l'autre ; et regardant l'objet qu'on veut connoître, il paroît s'approcher et on le voit distinctement, en sorte qu'on reconnoit une personne de demi-lieue '' »•

Les monocles étaient déjà créés. J'emprunte la phrase suivante à un petit volume devenu très rare, La promenade de Saint-Germain *, où le

1 Voy. ci-dessus cet article.

- Dou(;l-d'.\rcq, Pièces relatices au rijiie de C\a:Ls Vf, t. II, p. 353.

3 Piinlagruel, liv. IV, prologue.

. * laceiituire des archites des Unsses-Pyre'iie'es, t. I, p. 3.

5 Lettre du 8 janvier 1609.

6 '( J'ignore jusques à présent l'usage des lunettes ». Essais, liv. III, cliap. 13.

■> \oy. aussi \igneul-Marville (Bonavenlure d'.\rgonne), Mélanges, t. I, p. 188, et S. Bailly, Histoire de l'astronomie moderne, t. I, p. 303.

* Paris, 1669, in-18, pli.

OFriCIKNS — OH MT ARfillNT

poMe Louis le Laboureur décrit à M'""-' cle Scudérj les nouveaux appartements du château :

« Je tacliay de voir le Roy en passant,

mais ce fut en vain ; l'éclat de sa personne est si irrand que j'en fus frappé, même en ne le voyant pas. J'eus beau avoir recours au petit cristal que je tenois à la main, cela ne servit de rien ; au contraire, mon éblouissement s'accrut au lieu de diminuer >•.

Le Rér^enl, qui Inucliail et élail très myope, ne quittait pas ses lunettes ' .

Les jumelles de théAtre ne sont guère antérieures il 17G5. Marivaux les cite dans son Paysan parreuu -. Elles reçurent d'heureux perfectionnements en 1774 ' , et Florian en donne une intéressante description dans une de ses fables :

Lorsqu'un jour il rencontre un petit tuyau noir. Garni par ses deux bouts de deux glaees bien nettes.

C etoit un(î de ces lunettes Faites pour l'Opéra que, par iiasard, un soir, Le maître avoit perdu en ce lieu solitaire *

On s'en engoua h ce point que les marchands trouvèrent le moyen d'en adapter aux cannes, aux chapeaux, aux éventails ^, et le succès des lunettes n'était pas moindre, puisque, écrivait Séb. Mercier, « sur vingt personnes qui passent dans la rue, dix ont des besicles " ».

L'Académie française n'admit le mot opticien dans sou dictionnaire qu'en 17(j2. ¥A\e le définit ainsi : « Celui qui sait, qui enseigne, qui est versé dans l'optique ».

L'adresse suivante date de la fin du dixhuitième siècle : « Au microscope. Quay des Augustins, vis-à-vis le Pont-Neuf. A Paris. Leiellier, ingénieur en optique et marchand miroitier. Fait télescopes, microscopes, lunettes de longue vue, lunettes à nez, de jalousies ' et d'opéra, miroirs ardens, lanternes magiques, cylindres, cônes, chambres obscures, cristeaux de montres et tous les ouvrages d'optique ».

Optiqpie ((Iabinets D').Yoy. Physiciens.

Or et argent (MARCHAN-ns d'). Indépendamment de l'or que le moyen âge avait reçu de ranli(|uité. l'orfèvrerie tira d'abord ce métal de cerlains cours d'eau, tels que le Rliin, la Vienne, le Rhône ; de très bonne heure, on exploita en outre, près de Lyon, des mines d'argent.

Les statuts accordés aux orfèvres en 1268 * leur interdisent d'employer d'autre or que celui de Paris, dont la pureté passait pour sans égale, « lequel passe touz les ors de quoi on oevre

' Lctiies lie lu princes.'!!' Pnhiline, 19 novembre 1710 et 15 février 1717, I. I, ]i. 283 et 294.

■i Sixième partie, édit. de 1782, t. IL p. 124.

3 Vov. Annonces, affiches et avis clicers, n" ilu 23 mars n74.

* Perdu dans im pare. J.r chnt et lu lunette, liv. 1, fable 16.

2 Havary, Dictionnaire, t. I, p. 517, et S. Mercier, Tableau de l'.iris, t. \1I, p. 2110. •

6 Nnucenu Paris, t. 11, p. 77.

'' Lune:ies deslinéi's ii èlre fixées à une IVnèln-, derrière la .jalousie.

S Litrt fies mc'tiers, titre XL

en nulle terre ». Pour connaître la qualité de l'or, on le soumettait à l'épreuve de la pierre de touche '. Quant à l'argent, le titre légal fut d'abord celui de la monnaie anglaise appelée sterling, qui avait cours en France depuis le règne de Louis le (Jros. Les peines encourues par l'orfèvre coupable d'avoir mis en œuvre l'or ou l'argent de mauvais aloi étaient, suivant les cas, l'amende, la prison, le pilori, le retrait du poinçon ou le bannissement. L'objet élail toujours brisé.

Dans les poésies du moyen âge, il est souvent ([uestion de l'or arabe, mais on ne saurait dire de quelle partie de l'Orient il était tiré. L'or de la terre de Hévilath appartient au domaine du merveilleux ^.

L'or de dwra/i était la monnaie espagnole, qui resta pendant longtemps très estimée.

L'or battu était de l'or en feuille.

L'or bruni avait était poli avec le brunissoir.

L'or mat n'avait pas sid)i l'action du brunissoir.

L'or en pâte était prêt à être fondu dans le creuset .

L'or <?H bain sortait du creuset.

L'or bas était au-dessous du titre légal.

L'or de Lucques était utilisé .surtout pour les liroderies.

L'or trait était un fil d'or ^ .

L'or clinquant désignait un fil de cuivre aplati, qui servait à lamor cl à broder des étoflfes commîmes.

L'or d'Ulm était de l'or battu.

L'or gemme parait avoir désigné des ors incrustés de pierreries.

L'or tremblant était de minces feuilles d'or.

L'or de touche d.\-A\l subi l'épreuve de la touche.

L'or et l'argent dits de Chypre venaient de Gènes.

L'or de Milan était un fil d'argent aplati en lames très minces et dorées d'un seul côté.

\,'ar<ii'nt blanc élail ainsi nommé par opposition à argent doré.

"L'argent rcrrc' était orné <le ciselures, d'incruslaticuis, de dorures, d'émaux, etc.

Le commerce de l'or et de l'argent appartint aux changeurs et aux orfè\Tes. \^' Almunach Dauj)hin pour 1777 cite dix orfèvres qui vendaient de l'or et de l'argent « en fil ou plané ».

Les épiciers-apothicaires avaient le droit d'en débiter (piand il élail destiné à un médicament. L'or polalile tint, pendant longtemps ime grande place dans la thérapeuli(|ue. A la fin liu seizième siècle, on le regardait encore comme un remède sur contre la lèpre, et l'on était convaincu qu'un homme qui se nourrirait d'or serait immortel. C'était aussi le plus énergique des réconfortants: il jouait le rôle de nos préparations ferrugineuses, et rendait autant de services que celles-ci. l..a difficulté était d'administrer celle précieuse

t ^'oy. ei-di's.sou.-i l'art. Touche de Paris.

2 il. Vi\;i\\\t'7., Ktn les sitr i imlit.strie, y. 252.

3 S:ir 11' sens du mol batrare, v.iy. ci-dessus tari. Batteurs d'ur.

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