OUVRIERS
les jurés sortant désig'naienl eux-mêmes leurs successeurs. Ils se rendaient auprès du prévôt de Paris, par qui toute élection devait être honioloj^uée. Les deux patrons choisissaient deux ouvriers, les deux ouvriers deux patrons : « li prevoz doit par le conseil des deux niestres eslire deux vallès, et par le conseil des deux vallès eslire deux mestres, se il semble au prevoz que ils le conseillent bien '. >^
Les mégissiers élisaient directement quatre jurés, dont deux étaient choisis parmi les patrons et deux parmi les ou\Tiers ^.
Les boucliers d'archal élisaient (•in<|jurés, dont trois choisis parmi les patrons et deux parmi les ouvriers ■'.
Les épinii:liers élisaient six jurés, dont trois étaient choisis parnù les patrons et trois parmi les ouvriers * .
Enfin, dans plusieurs corporalions, chatpie contrat d'apprentissage était discuté en présence lies jurés, de deux maîtres et de deux ouvriers du métier.
Un fourbisseur voulait-il renvoyer un de ses ouvriers, il ne le pouvait sans bonnes et valables raisons. El celles-ci devaient être jugées telles par un tribunal composé des quatre jurés, à qui s'adjoignaient deux ouvriers ^'.
L'ouvrier loué pour quelques jo\irs apportait ses outils. Celui qui s'engageait pour un laps de temps plus long se servait des outils appartenant à son maître *.
Les maîtres ne pouvaient engager aucun ouvrier venu du dehors tant que restait sans travail un seul ouvrier appartenant à la corporation '. Les forcetiers ne veulent même pas qu'on enseigne à l'étranger les occupations principales du métier '.
Et puis, pour ouvrir un atelier, engager un apprenti et louer un ouvrier, la dépense est minime ; tout ouvrier intelligent aspire il s'établir, et il y parvient presque toujours. S'il a trop présumé de ses forces, si son capital était insuffisant, s'il trouve trop pénibles les préoccupations , trop lourde la responsabilité qui incombent ii tout patron, il reprend la vie insouciante de l'ouvrier '. Que lui importe ? Il reste toujours, et à titre à peu près égal, membre de sa corporation, cette petite république qui le protège contre la tyrannie féodale, lui assure la sécurité matérielle, le relève à ses propres yeux, lait de lui humble artisan un citoyen libre, obéissant à des lois que lui-même a discutées et librement acceptées, jouissant de droits qui lui ont été concédés par l'autorité royale, toujours disposée à en assurer le respect.
I Livre des métiers, titre LUI, art. 18.
- Deppin<^, p. 418-
3 Livre îles me'liers, litre XXII, art. M.
* LIere des më/iers, titro LX, noie.s adilitionnellos.
5 Di'ppiiii,', p. 3fi7.
6 Di'ppiiifî, p. 374.
' Lir>re des me'ficrs, litre XW , ail. llî.
" DoppinjT, p. ari'J.
'•' Et por CI' (pii' plusours il'aus ont esté aucune foiz mestres, et .siinl ilevenuz valiez jiar povreU' ou par leur
volenlé LIere des métiers, litre l.V, art. 10. —
A'oy. aussi Dejiping, p. 360.
J'ai étudié, au mot compagnonnage, les modifications introduites depuis le quinzième siècle dans la condition de l'ouvrier. Mais, avant d'aliandonner le moyen âge, peut-être ne sera-t-il pas sans intérêt de rappeler (juelle grande place tenait alors dans la vie de l'ouvrier l'Eglise. Elle prenait possession de lui à sa naissance, \v maripiait de son sceau, et exigeait qu'il le portât toute sa vie. Mais quoi ? c'était là le; sort commun de l'humanité. Ouvriei-s, maîtres, seigneurs, rois et empereurs, l'Eglise les confond dans le même asservis.semenl, ce qui e.st une manière comme une autre d'établir entre les hommes le règne de l'égalité. L'ouvrier le sentait très bien, et l'eùt-il pu, il n'auiait point tenté de secouer ce joug. Joug pour lui fort doux, d'ailleurs. L'Eglise veut qu'il courbe le front devant elle, (|u'en toute occasion il lui rende )u)mmage. qu'il la mette de moitié dans sesjoies, que dans ses douleurs il tende les bras vers elle, qu'il la consulte, qu'il l'invoque, que son souvenir le .suive partout, qu'il reste sans cesse près d'elle un enfant. Mais à ces conditions elle se montrera vis-à-vis de lui mère tendre et vigilante. Elle, la grande (hnninatrice, elle ne repousse point les petits et les humbles. Elle .se préoccupe du sort de l'ouvrier; (die lui otTre dans ses écoles une instruction élémentaire, qui devra tourner à la plus grande gloire de Dieu. Elle défend qu'on l'accable de travail, mais le temps qu'il dérobera à l'atelier, il doit le passer à genoux devant l'autel du Christ.
Dans ses temples, palais plus riches et plus somptueux que le palais du roi, elle le reçoit à toute heure. Il est sûr de trouver là un ami prêt à l'écouter et à le conseiller. Y,\\c a pour lui des cérémonies imposantes. Illuminations, musique, chant, encens et fleurs, élit- déploie toute sa magnificence dans des fêtes auxquelles il est toujours convié, quekjue pauvre, quelque déguenillé, quelque coiipalde même qu'il soit, s'il se repent.
Tout ce ((u'il ignore, elle le sait pour lui. Pour calendrier, il a les anniversaires des fêles qu'elle célèbre, pour horloges les sonneries régulières de ses cloches. Le langage liturgique a cours même dans l'atelier : les soirées sont des vesprées , l'été c'est le carême, l'hiver c'est le charmigc, le temps où l'Eglise permet l'usage de la cliair.
L'atelier et l'Eglise, toute la vie de l'ouvrier se résume en ces deux mots. N'oublions pas pourtant qu'il y avait déjà à Paris bon nombre de taverniers, et qu'on se grisait chez eux tout comme aujourd'hui chez les marchands de vin, leurs successeurs. Seulement, les environs, Arffenteuil, Suresnes, Meudon, Monlmorencv, étaient couveits de vignes qui produisiiient en abondance un vin excellent et que son prix mettait à la portée de tous. Pour retrouver ces conditions, beaui'oup d'ouvriers du dix-neuviènusiècle feraient volontiers une station à l'église avant d'entrer au cabaret. Et puis, si sortant de là, la face un peu enluminée et les jambes hésitantes, on rencontrait son curé, pour\'u qu'on le siiluùt bien bas, il passait en souriant :
OUVRIERS — PA(;i<:s
ce n'était point choso (|iii IoucIk'iI i\ la foi.
l'In somme, je crois qu'il lotit preiiilre, l'ouvrier (lu treizième siècle était plus heureux que celui du dix-neuvième. J'ai montré que s'il ne jouissait pas de droits politiques, ce à quoi il ne sonf^eait "juère, il avilit au sein de sa communauté une situation hien supérieure ù celle que l'ouvrier occupe aujourd'hui dans la société. *
Voj. Compagnonnage. — Corporations. — Dimanches et fêtes. — Lundi.
— Travail CRéglementation du), etc. — Tuer le ver.
Ouvriers-fabricants, turiers .
\'ov. Manufac-
Oyers. Vov. Cuisiniers.
Oyseleux et Oyselleurs.
liers.
Vov. Oise-
Paag:eurs. Vov. Péagers.
Paaliers. Les Tai/lrs ik li"J2 et de 1313 citent chacune un jiualier. Il faut sans doute reconnaître ici des chaudronniers qui faisaient leur spécialité des poêles et des poêlons : « sarta- «jinum opifices », dit Ducange '. La poêle à frire [paella) remonte à une liante antiquité.
On trouve ces paaliei-s nommés encore : paelliers, paediers, paoliers, pasliers, puyelliers, poeUiers, poesUers, poilleirs, etc., etc.
Pacotille. Jusqu'en 1835 , l'Académie déilnit ainsi ce mot : ^< Petite quantité de marchandises qu'il est permis ù ceux qui servent sur un vaisseau d'y embarquer pour leur propre compte >i. A dater de 1835 seulement, elle ajoute : « Marchandises de qualité inférieure, qu'on ne pourrait débiter dans les marchés de l'Europe, et qu'on envoie ordinairement dans les colonies».
Savary * nous enseigne que l'on écrivait souvent paquotille, et que, dans le premier sens, on disait dias&i portée.
Paelliers et Paesliers. \oy. Paaliers.
Pages. De sept à quatorze ans, les jeunes gentilshommes étaient placés comme pages dans de nobles familles, où ils faisaient l'apprentis-sage de la vie à laquelle ils étaient destinés. Leurs fonctions étaient d'abord, à bien peu de chose près, celles que nous exigeons aujourd'hui de nos domestiques, celles qu'on exigeait des enfants dans la bourgeoisie : ils sers'aient à table, faisaient les commissions, se lenadent sans cesse à la disposition du chevalier et de la châtelaine.
Au dix-septième siècle, un grand nombre d'acaJéiiiies s'étaient fondées, et il n'y avait plus
1 Olossarium, au mot paella.
- DietionHaire, t. II, p. 947.
de pages qu'à la Cour ou cliez de très grands
seigneurs. Tout page aspirait ù devenir écuyer. A la cour, les pages étaient nombreux.
Les vingt-quatre pages de la chambre du rui
portaient un vêtement de velours et de drap
rouge cliainarré d'or.
Ces pages recevaient leur éducation soit à la
grande, soit à la petite écurie.
Les quarante-six pages de la grande écurie avaient un gouverneur assisté de :
Deux sous-gouverneurs.
Un précepteur.
Un aumônier.
Un maître de mathématiqnes.
— à tirer les armes.
— - pour les exercices de guerre.
— de danse.
— d'écriture.
— de voltige.
A la petite écurie, les trente-deux pages avaient :
Un gouverneur.
Un précepteur.
Un aumônier.
Un maître pour les mathématiques.
— à dessiner.
— pour le blason et l'écriture.
— en fait d'armes.
— à danser.
— à voltiger.
— pour la pique et le mousquet.
Deux pages de la chambre entraient le matin chez le roi avec les officiers de la chamlire. A l'approche de la nuit, deux d'entre eux se tenaient dans l'antichambre du roi. et si le roi sortait, ils le précédaient portant chacun un flambeau.
Pendant les chasses, le roi était accompagné par quatre pages de la grande écurie et six de la petite ; ils portaient les fusils du roi. Des pages