PAPIERS PEINTS — PARAPLUIES
Les maîtres de la communauté qui produisait ces Ijelles choses étaient dits officiellement: dominutiers-marbreurs de 2>apiers-imagers-tapissiers.
Dès la fin du seizième siècle, l'on avait sonffé. en Angleterre, à recouvrir les murs avec du papier imprimé imitant la laine. La France n'entra que très tard dans cette voie. Jean Papillon et Jacques Cliauveau, au dix-septième siècle, Aubert d'abord, puis Réveillon, à la fin du dix-huitième, perfectionnèrent successivement les procédés de fabrication. Ce dernier obtint des résultats admirables, mais ses beaux papiers | revenaient, dit M""' de Cienlis ', « aussi cher qu'une tenture des Gobelins ; » les qualités inférieures, qu'on pouvait livrer à bon marché, étaient affreuses. Cette innovation eut donc beaucoup de peine à se faire accepter, et l'on ne se doutait guère, même après la Révolution, que les temps étaient proches où une mesquinerie forcée allait presque partout remplacer les riches tapisseries et les merveilleuses boiseries des siècles passés, par des bandes de papier reproduisant sans cesse le même dessin autour d'une pièce. Contant d'Ôrville écrivait encore en 1779 : << Les papiers peints sont renvoyés par les personnes riches dans leurs garde-robes, et tout au plus dans les petites chambres des maisons de campagne. Malgré cela, il est étonnant à quel point ces papiers imitent quelquefois le damas -»>.
Pacjueurs. Un nommait ainsi, dans le coninierce des salines, les hommes qui paquaient le poisson dans les barils, c'est-à-dire l'y foidaient. l'y disposaient par lits pressés.
Le hareng non ywy«<'j enfermé, mais non rangé dans les barils était dit eti trac.
Paquotille. Voy. Pacotille.
Paradistes. Faiseurs de parades. Voy.
Grimaciers et Paillasses.
Paraisoniers. On donnait ce nom, dans les manufactures de glaces, aux ou\Tiers« chargés de rouler et souffler en même temps sur le marbre, avec la felle, le cristal en fusion. » Ce métier, dur et difficile, exigeait dix années d'apprentissage.
Dans les verreries, ces ouvriers prenaient le nom de hoaain^, mais leurs fonctions n'étaient pas exactement les mêmes. On disait aussi hossetiers.
Parapluies 'F.\bric:axts de]. Le parapluie est iliirigine moderne. M. Edelestant Duméril prétend que dans les mystères du moyen âge, au moment où l'on représentait le déluge. Dieu le père se promenait sur le théâtre abrité par un vaste parapluie '. L'anachronisme eût été tlagranl ; mais celui que commet M. Edelestant Duméril n'est guère plus excusable, car le moyen Age ne connut point les parapluies. Il y suppléait par un capuchon adapté à un long
' Discours moraux, éilil. de 1802, p. 254.
* Mélanges tirr'x ifnne grnn'le bibliothèque, t. C, p. 172.
3 Histoire de la comêilie primilice, 1864, in-8°, p. 333.
et épais vêtement, assez semblable à notre caban, et qui se nommait balandras, halandran ou chape à pluie, en latin caj)a pluviads. On le trouve souvent cité au douzième siècle. Comme le temps était très menaçant, un des personnages du Roman du Rfm
Une chape à pluie afeul)la '.
Au seizième siècle, le balandras n'avait encore reçu aucun perfectionnement, et continuait à être très long - ; mais il pouvait comporter un certain luxe. En lô95, Henri IV se commanda un « chapeau de pluie garny de taffetas •• » .
Tabarin prétendait, non sans quelque rai.son. que la vue de son immense chapeau avait fait naître l'idée des parasols et des parapluies *. Mais nos pères craignaient, parait-il, le soleil plus que la pluie, car c'est du parasol que dérive le parapluie. M"'' de Montpensier raconte qu'en 1()38. les dames de la Cour portaient, pour se garantir du soleil, des << cliapeaiix garnis di,' quantité de plumes •"'». Mais à cette date, quelques estampes représentent déjà des femmes suivies de pages qui les abritent sous de laides parasols.
Cet usage était devenu général au milieu tlu règne de Louis XIV. et (-"est vers ce moment qu'un fabricant inventif s'avisa d'établir des parasols couverts <le toile cirée, afin que l'on put les utiliser contre la pluie. Pour en diminuer le poids, on ne tarda pa> a remplacer la loile cirée par du taffetas bien gommé, tendu sur de légères tiges en jonc ou en baleine. Le parasol avait toujours été fixe, mais le parapluie fut plus ingénieusement construit. Au moyen d'un anneau glissant le long du manche, la monture s'abaissait, et l'ustensile pouvait être tenu fermé ; pour rou\Tir. on remontait l'anneau et on l'arrêtait au moyen d'une grosse épingle. Dans Vliicciitaire du mnhilier de la couronne dressé en 1673. on trouve mentionnés « unze parasols de taffetas de différentes couleurs » el « trois parasols de toile cirée, garnis par le bas de dentelle d'or et d'argent * >^.
En somme, sous Louis XIV, le parapluie constitue un ustensile massif, muni à .son extrémité d'un fort aimeau qui permet de le tenir par le manche renversé. C'est cependant pres(|ue toujours sous le bras qu'il était porté. Son poids en rendait l'usage très incoinmodc. et l'on s'en servait le moins possible. En 1710. un sieur Marius, industriel avisé, entreprit de le simplifier, et arriva à fabriquer des parapluies brisés, qui ne pesaient que cinq à six onces et qu'il vendait renfermés dans des étuis de sept à huit pouces de long sur un et demi de large. C'étaient donc de véritables parapluies de poclie. Le Mercure qnl an! de janvier 1711 '' nous apprend que ce Marius demeurait \t proche la barrière
' A'ov. niirnnpr<'. Glossaire, nu mol ra/ia.
- Voy. Malii. Ke^iiii-r, satire XIV.
3 Voy. (iny, (ilossaire. t. I, p. 327.
* Rrcueil 'le ijiiestions labariuesques, 1. I, p. 214.
5 Mémoires, cilit. Miolinuii, p. 11.
fi Toine II, II" 12 ol 17, p. 103 cl 108.
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PAR.\PLUII':S
Saint-Honoro >^ el qu'il avait inventé di'jii « des iliivessins lirisez. qu'un pourroil presque appeler aussi des clavessins de poche -. Mu ee ([ui ciiiueriie les paru|)luies. Marius olilint du roi un |)iiviléj^e qui lui jjarantissait pendant ciiicj ans le monopole de son invention, et eelte piiice curieuse a été récemment retrouvée aux Archives nationales par M. de Boislisle. Elle est ainsi conçue :
« Louis, par la }>ri\ce di» Dieu roi de p'rance el de Navarre, ù nos aniés et féaux les "i^ens tenant nos cours de Parlement, Grand Conseil, requêtes ordinaires de notre hôtel el de notre pilais, prév(M de Paris ou son lieutenant, baillis, sénéchaux, leurs lieulenans civils et autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra. Salut.
Notre bien ame Je.vn M.\rius nous a fait remontrer (ju'il a inventé une nouvelle espèce de parasol ou parapluie qui, étant ouvert, se trouve aussi ffrand, plus ferme et même plus solide que ceux qui sont en usag'e, et s'ouvre et referme avec la même vitesse, et qui cependant étant replié se peut mettre dans un étui d'environ un pouce et demi de diamètre et sept à huit pouces de long, el peut se rendre si léjjer par les différentes formes ou façons qu'il leur donnera et par les ditl'érentes matières dont ils seront composés, qu'il y en aura qui ne pèseront tpie cinq à six onces, tout compris, sans rien diminuer de leur étendue : de manière que ce nouveau parapluie deviendra, par sa léj;èreté et la petitesse de son volume, un meuble de poclie que l'on pourra toujours avoir sur soi pour s'en servirau besoin, ce qui donnera occasion aux hommes et à la plupart lies femmes, qui n'ont pu s'accoutumer à l'usag-e des parapluies ordinaires, tant parce qu'il ne convient pas à tout le monde de les poiler sous le bras, qu'à cause de leur pesanteur et de leur volume endiarrassant, de se servir de ceux de l'exposant, et à tout le public de jouir d'une invention si utile et si abré<îée par son volume et par son poids, qui peut se réduire à un douzième ou quinzième de ceux qui sont en usaj^e.
Mais, craig-nant qu'après avoir fait beaucoup de dépenses pour faire faire plusieui-s parapluies de cette nouvelle espèce, les ouvriers ne tâchent de les imiter, contrefaire et débiter, ce qui lui causeroit un très cjrand préjuilice et l'enipêcheroil de profiter du fruit de .son travail et de son invention, il nous a très humblement fait supplier de vouloir lui accorder nos lettres de privilège sur ce nécessaires.
A ces causes, désirant favorablement traiter l'exposant et lui faciliter les movens de profiter de celle invention : après avoir vu les témoignages que notre académie royale des sciences a rendus de la nouveauté et utilité de cette invention par ses certificats ci-attachés sous le conlrescel de notre chancellerie, nous avons audit Marius permis et acconlé. permettons et accordons par ces présentes signées de notre main, de faire ou faire faire seul, par tels ouvriers que bon lui semblera, de vendre ou faire vendre ou distribuer par toutes les villes et lieux dans toute l'étendue de notre royaume
pendant l'espace de cinq années consécutives, des parasols ou parapluies brisés à porter dans la poche, suivant les descriptions et les modèles qu'il en a lais.sés en notre dite académie, d'y faire mettre une marque particulière pour y avoir recours dans les vérifications, au cas qu'on les contrefasse.
Faisant très-expresses inhibitions et défenses à tous ouvriers el ii toutes autres personnes, de quehpu' qualité et condition ([u'elles soient, de les imiter ni contrefaire, sous (piehpie prétexte que ce soit, ni d'en vendre ni distribuer de semblables sans son consentement ou de ses ayans cause ; à peine de confiscation desdits parasols ou parapluies contrefaits, mil livres d'amende applicables un tiers à nous, un tiers à l'Hùlel- Dieu de Paris et l'autre tiers à l'exposant, et de tous dépens, dommages et intérêts.
Si vous mandons que ces présentes vous avez a faire enregistrer, et du contenu en icelles jouir et faire user ledit exposant pleinement et paisiblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschemens. Voulons qu'aux copies des présentes, collationnées par l'un de nos amés el féaux conseillers secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original. Comman<lons au premier notre huissier ou sergent sur ce requis de l'aire pour rexécution des présentes toutes significations et autres nécessaires, sans demander autre permission.
Car tel est nostre plaisir.
Donné à Versailles le l'^'' janvier, l'an de grâce 1710, et de notre règne le soixante-septième ' ».
Quarante ans après, un sieur Navarre présenta à l'académie des sciences un perfectionnement de l'invention due à Marius -. C'était le parapluie-canne, que l'abbé .laubert décrit ainsi : « On a imaginé, pour la plus grande commodité des voyageurs, des parasols et des parapluies qui sont contenus dans une canne, de manière qu'en poussant un ressort qui est adhérent à la canne qui sert d'étui au parasol, on fait rentrer ou sortir celui-ci. suivant qu'on le juge à propos et qu'on en a besoin •*.
Il faut croire que le parapluie ainsi modifié finit par se concilier tous les sutTrages. car l'oratorien Caraccioli nous dépeint le Parisien de 1768 inséparable de son parapluie, qu'il trimbalait partout avec soi pendant la moitié de l'année : « L'usage, écrit-il, est depuis quelque temps de ne jamais sortir qu'avec son parapluie et de s'incommoder à le porter sous le bras pendant six mois pour s'en servir peut-être six fois. Ceux qui ne veulent pas se confondre avec le vulgaire aiment beaucoup mieux courir les risques de se mouiller que d'être regardés dans les promenades comme gens qui vont à pied ;
* JiitUrtiii de la société tfe l'histoirf de Paris, année 1882, p. 57.
* 0 Parasol ou parapluie qui se renfrinie dans unicanne, présenté par le sieur Navarre ». Voy. Histoire (le tncndemie des sciences pour 1759 (vol. daté de 1765), ].. 243.
3 Dicfiomitiirf, t. 111, j'. 355.