PRESTIDIGITATION — PRÉVÔT DES MARCHANDS
Le célèbre Cornus eut pour élève le duc de Chartres, qui fut père du roi Louis-F'liilippe. On lit, dans les Mémoires dits de Bachaumont, à la date du 21 juin 1773 : « M. le duc de Chartres a pris un goût extraordinaire pour Cornus, le joueur (le gobelets, qui a poussé l'escamotage à un degré supérieur et a réduit en principes cet art subtil. Le prince prend des leçons, et il est resté mardi depuis neuf heures du matin jusqu'à trois heures après midi chez ce faiseur de tours. On assure que Son Altesse a les plus grandes dispositions ».
Voy. Bateleurs et Prestidigitateurs.
Prêteuses de tête. Un coiffeur nommé Legros, qui pidjlia en 1768 un ouvrage illustré de nombreuses estampes et intitulé Lart de la rnëjfure des dames, avait étaidi chez lui un cours de Coiffure. Il louait à la journée des prêteuses de tète, qui permettaient à ses élèves d'étudier sur nature et de reproduire les modèles gravés dans son livre.
Voy. Coiffeurs.
Prévôt de l'hôteL Ce fonctionnaire figure ici parce que la juridiction dont il était le chef rén-lait les contestai ionssurvenues entre les maîtres privilégiés, taxait même, au besoin, les vivres nécessaires pour la cour. La prévôté de l'hôtel avait juridiction sur toute la maison du roi, en quelque lieu que celle-ci se transportai. Elle connaissait de tous les crimes et délits commis à la suite de la Cour, prononçait sur les prérogatives honorifiques accordées aux comnienNaux du roi. Ce tribunal comprenait un grand prévôt, un lieutenant général civil, un lieutenant général d'épée, un procureur du roi, etc., environ soixante personnes, et une compagnie de quatrevingt-dix gardes ù cheval. La juridiction s'étendait sur tous les lieux où allait résider la Cour et sur dix lieues à la ronde. Les appels allaient au Grand-Conseil.
Voy. Roi des Ribauds et Suivant la Cour.
Prévôt des marchands. On croit que \-à Hanse parisienne ' fut d'aboril administrée par quatre échevins. Dès le treizième siècle, ils se donnèrent un ciief, dit maître des e'cherins, puis prévôt des marchands, à qui l'on ne tarda pas ù adjoindre vingt-quatre conseillers, choisis parmi les bourgeois les plus sages, les plus anciens et les plus au fait des coutumes de la ville. Ces magistrats, tous élus par les notables de la bourgeoisie, représentent assez fidèlement les maires actuels, les adjoints et le Conseil municipal. Peu ù peu, et par la force des choses, ils devinrent les dépositaires naturels des franchises publiques. En beaucoup de cas, ils sendjlèrent personnifier la bourgeoisie parisienne ; ce fut toujours par leur organe que la \'\\\e parla dans les circonstances où elle dut intervenir, et (]u'elle apporta ses hommages au pied du trône. Ils surveillaient l'approvisionnemenl de la ville,
1 Voj'. ei-dessub l'art. Hanse parisicune.
l'entretien du pavage, des ponts, des quais et des édifices ; ils percevaient les revenus et en déterminaient l'emploi, fixaient les droits d'entrée sur les diverses marchandises, réglaient l'ordre des fêtes et des cérémonies publiques, etc., etc.
Supprimée en 1383, rétablie en 1411 ', cette magistrature élue vit croître sans cesse .ses prérogatives, et lui appartenir fut le rêve de tout bourgeois enrichi.
Au dix-septième siècle, la nomination du prévôt des marchands avait lieu le 16 août. Les candidats devaient être nés à Paris et l'éleclion se renouvelait tous les deux ans, mais les fonctions pouvaient être renouvelées trois fois de suite à la même personne. Voici, du reste, comment un témoin oculaire, l'avocat Barbier, décrit cette cérémonie.
« Le lundi 17 de ce mois, s'est faite, à l'Hôtel de Ville, la cérémonie pour l'élection du prévôt des marchands et de deux nouveaux échevins ; cela se fait ordinairement le jour de Saint-Rocli, le lendemain de la Notre-Dame. Mais quand le jour de Saint-Roch est un dimanche, cela se remet au lundi.
J'avais été appelé comme notable, pour procéder à l'élection et comme je n'ai point été brûlé *, j'ai assisté à la cérémonie et au dîner de la Ville. Cette cérémonie est longue. Comme un huissier de la Ville va chercher dans les carrosses de la Ville, les trente-deux notables mandés, on n'est guère rassemblé qu'à plus de midi et demi.
M. le prévôt des marchands et les quatre échevins en place sont assis au haut de la grande salle sur un banc, le procureur du Roi de la Vaille est dans un fauteuil vis-à-vis d'une table, et le greffier de la Ville dans un fauteuil vis-à-vis de lui
Le prévôt des marchands a fait un discoui-N adressé aux notables sur l'élection qui est à faire, sur l'honneur qu'il a eu de remplir sa place pendant plusieurs prévôtés, sur l'éloge di> échevins dans leurs fonctions, un peu sur le Roi. sur l'espérance des couches de Madame la Daujdiine. Il a lu son discours, qu'il tenoit à la main, et qui a été près d'une demi-heure.
Le premier et le dernier échevin ont fait chacun un discours moins long, et le procureur du Roi de môme, sur les règles, les usages de la Ville et les fonctions et droits de la juridiction.
Après cela, on lit les ordonnances de la Vilh' et la lettre de cachet du Roi, qui étoit de l'année passée, pour continuer M. de Bernage, prévôt des marchands, ])our deux années, jusqu'à Notre- Dame 17,V2 ; Ce (]ui a fait aussi la matière d'un remerciement dans le discours du prévôt des marchands, et d'un éloge dans les autres.
On appelle ensuite tous ceux qui doivent être présents, pour savoir s'ils y sont.
1 Or.'oiiii. royalts, I. VI, p. 685 et 688 ; 1. IX, p. 60S - On ilésignail pjiir coite élection quatre nolabl> > ilans chaque quartier, u Ensuite, on les tire au sort et il y en a liiu.x de brûlés des quatre : c'est encore de forme, car le.'i amis d s échevins ou de.-i tjuartiniers sont conservés. Jjiininl Je Bariiei; aoT.t 17-1'.», I. IV. p. 385.
PRKVOT DKS MAKClIANhS
Le [jivv(M (les luarcliaiiils et les quatre éclieviiis ([uillent leur place el passent derrière le liaiic qui est (iccupé par quatre scrutateurs, dont le premier est le scrutateur royal ipii préseule les nouveaux édievius au Hoi et l'ait uii discours. C'est cette année M. l'Vydeau de Brou, avocat du Roi au Chàtelet et (ils du conseiller du Roi.
Ce scrutateur royal tient un crucifix pour recevoir le serment de bien fidèlement procéder il l'éleclioii, ce que le scrutateur demande i\ chacun en particulier, à qiuii on répond : Oui, Monsieur. VA celui après lui tient un sac de velouis franR)isi où chacun jette son hillet. M. le prévôt des marcliands va le premier au serment, il jjencmx sur un carreau de velours, la main sur le crucilix, et donne son billet ; les quatre échevins, tous les conseillers de Ville ; ensuite on appelle par ordre de réception cha(]ue quarlinier et les deux mandés. C'est le jjrel'lier qui fait cet appel, et chacun fait la même cérémonie. On met son bulletin dans le sac ; sur ce billet est écrit M. de Bernajj^e, prévôt des marchands, et pour échevins, M. M. un tel et un tel. C'est le quartinier qui, avant toutes les cérémonies, donne un pareil billet à ses deux mandés. Ces billets préparés sont arrangés de façon que la pluralité des voix se trouve tomber sur ceux qui sont désiijfnés pour être échevins. L'on voit par lii c[ue toute cette jurande et longue cérémonie d'élection n'est que de forme el que de nom, et, dans le fait, est la plus simple et la plus convenable, car si l'élection se faisait séritnisement, comme dans l'orig'ine, cela causerait bien de l'abus et de la prévarication de la part des mandés, qui, dans le temps où nous sommes, vendroient leurs sutrnifjes, et de la part du quartinier, qui a le choix de mander dans les nt)tables de son quartier.
Toute la façon du scrutin finie, M. le prévôt des marchands et les quatre échevins sortent de la salle, et se retirent dans leur bureau pour dresser le proc»3s-verbal de l'élection, que l'on envoie sur le champ au Roi.
Pendant qu'on dresse ce procès-verbal, tous les officiers de ville et les mandés vont et viennent dans l'Hôtel de Ville boire un coup s'ils veulent, et l'on met le u^rand couvert dans cette même Jurande salle, où il j a encore nombre de gens derrière les bancs, que l'on a fait entrer par amis pour voir toute la cérémonie ci-dessus et pour voir aussi le coup d'oeil du repas.
Tout cela dure de façon que nous ne sommes qu'à trois heures et demie.
C'est une grande table longue d'un bout de la siille à l'autre, contenant (]uarante-huil couverts à peu près de chaque côté. Il y a au milieu, tout du long, vingt et un ou vingt-deux plateaux contenant chacun quatre corbeilles de confitures sèches, valant au moins dix livres chacune, que chacun des assistans emporte à la fin du repas.
M. le prévôt des marchands est au bout de la table, en face, au haut de la salle, avec le scrutateur royal ; à droite sont tous les mandés, à qui on fait les honneuiv, et à gauche les éciievins, officiers de ville, conseillers, procureur du Roi,
greffier, i[uarliiiiers, el, au i)out en face, le colonel de la ville.
Derrière M. le prévôt des marchands est un liulVet en pyramide, garni de vieille vaiss(dle de vermeil doré, qui ne sert à rien et qui a un air d'anti(|uilé ; et, il côté, sont les trompettes et iiauti)ois de la ville qui jouent par intervalle.
Chacpie service est annoncé par des trompettes et tambours qui sont dans la cour. Il n'y a rien de bien extraordinaire dans les mets. C'est une soupe et trois entrées, servies entre (piatre pei-sonnes, deux de chaque côté, el ainsi répétées le long de la table; deux plats de rôt, viande blanche el noire, deux salades, un melon ; des bouteilles de vin et carafes d'eau dans des seaux à la glace, de même pour l'entremets; el, pour le dessert, des tourtes, compotes et corbeilles de pêches magnifiques ; du vin de Champagne, de Mulleseau et vin de (Chypre. On y boit très modérément et très décemment. Au dessert, M. le prévôt des marchands boit et porte à toute l'assemiilée diU'érenles santés : de M. le gouverneur du Roi de Paris, Mesdames de France, madame la Daupliine, M. le l)au|)lun. la Reine, el la dernière au Roi, à hupielle (ont le monde se lève pour sortir de table, et chacune de ces santés est céléljrée par des fanfares de trompettes et hautiiois.
Le coup (l'œil de ce service, surtout à cause de toutes ces (corbeilles de talFetas de dillérentes couleurs et de confitures sèches, est magnifique, el auguste par ce nombre de quaire-viiigl-dix personnes à table, qui tous ont chacun leur laquais derrière leur chaise.
On a fait, cette année, un changement pour la première fois pour les domestiques, el on a introduit un usatre fort sage. Ci-devant on donnoit avec profusion des assiettes pleines de toutes les viandes à ces domestiques avec des bouteilles de vin presque entières; ils emportaient les assiettes à chaque sen'ice, mangeoient malproprement. Quelques-uns se .souloienl, ils donnoient même à manger à nombre de gens du peuple qui sont là à regarder, ce qui causoit de la confusion, du dégàl et du désordre.
Cette année, avant le premier service, un officier des gardes de la Ville a fait le tour de la table et a prié tous les conviés de ne rien donner aux domestiques, ni pour manger, ni pourboire, et qu'à la fin du repas, on leur distribueroit à ciiacun quarante sols, quoique cela fasse au moins cent quatre-vingts livres. La Ville y gagne par l'ordre qui y étoit ; et les domestiques, surtout les plus sages, aiment mieux avoir quarante sols de l'esté ' ».
Après la cérémonie, le nouvel élu se rendait en grande pompe à Versailles, où il était présenté au roi, à la reine et aux princes ^.
Lors des couronnements, des mariages, des obsèques des rois et des reines, les jours d'entrées solennelles, etc., le prévôt avait sa place marquée dans tous les cortèges. Il portait une
1 Barbier, Journal, t. IV, p. 460. — Voy. aus.si duc lie I.iiynes, Mf'molrrs, 25 août 1757, 1. XVI, p. 148. - \ov. ci-dessus fart. Éclievin^.
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