SOIE
Henri IV résolut d'arrêter, de diminuer tout au moins, cettf.- exporlalioii de numéraire. Mal^'ré l'opposition du cli-rg-é, celle même de l'austère Sully, il fit, en 1596, border de mûriers quelques allées du jardin des Tuileries. Sully nous a conservé le souvenir de la très curieuse conversation qu'un peu plus tard il eut ù ce sujet avec le roi. Celui-ci va, un jour, le trouver ù l'Arsenal et lui reproche d'eniraver ses desseins. Sully lui (jliji'cte que « chaque pays a été doué par Dieu pour certaines industries. La France n'a point le climat, la situation, l'eslévation, le soleil, la température, la qualité de terroir favorables aux vers à soie ». Et puis, il faut repousser tout ce qui peut contribuer à « jeter les peuples dans la luxe, la volupté, la fainéantise et l'excessive despence, qui ont toujours esté les principales causes de la ruyne des royaumes ». 11 est facile d'éviter ce danfj^er. Et cela, « sans aucun détriment pour ([ui que ce puisse esire, en défendant toutes sompt\u)silez et siiperfluilez, en réduisant toutes personnes de toutes qualitez, taid hommes (|ue femmes et enfans, pour ce qui re<jarde les vestemens, ameublemens, bastimens, etc. » Les bourgeois, les gens de justice, police, finances, escritoire, etc. qui aujourd'hui font assaut de somptuosité avec la noblesse, n'avaient jadis « que de fort médiocres logis sans ardoises, britjues, lambris, dorures ny paintures, ne portoient point de plus riches estoffes de soye que du taffetas ; n'avoient ny tapisseries de prix, ny lils de soye, ny vaisselle d'argent, ny mesme d'assiettes ; ne donnoieid que fort petit mariage ù leurs enfans, et ne trailoient leurs parens et amis que chacun d'iceux n'apportast sa pièce sur
table Par l'excez desquelles cho.ses, il se
consume maintenant dix fois plus d'or et d'argent que tout ce que l'on fait tant éclater du transport d'iceux pour les manufactures d'estranges pays >>. Mais Henri, liien qu'il ne se montre guère ici meilleur économiste que son ministre, ne se laisse pas du tout convaincre : « Sont-ce là, répond-il ù Sully, les bonnes raisons et beaux expédiens que vous me deviez alléguer'^ Ho ! que les miennes sont meilleures, qui sont, en effet, que je veux faire les expériences des propositions que l'on m'a faites. J'aimerois mieux combattre le roy d'Espagne en trois batailles rangées que tous ces gens de police, de justice, de finances, d'escritoire, et surtout leurs femmes et filles, que vous me jetteriez sur les bras par tant de bizarres reiglemens, (ine je suis d'avis de remettre à une autre saison ' ».
Le roi réussit au di'là de toutes les espérances. Il interdit alors l'entrée en France des éloll'es de soie fabriquées ù l'étranger^. Puis il ordonne de planter dans les Tuileries 3, dans le parc de Madrid, dans celui de Fontainebleau, vingt mille ])ieds do mûriers. L'année suivante, soixante mille auli'es pieds sont tirés du Languedoc; treize commissaires parcourent le royaume,
I Sully, Œcunmnies royalrs, édil. Micliaud, cliap. 124, p. 515.
î Janvier 1509, Cuile Henry, p 3 Sur la terrasse actuelle de
!S Feuillants.
propageant la culture de l'arbre ù soie, répandant
a pnjfusion les graines, fourniss<int même des œid's recueillis dans l'orangerie des Tuileries, transformée en magnanerie'. En même temps, des ouvriers appelés d'Italie et une manufacture établie dans l'ancien palais des Tournelles mettaient en œuvre la soie obtenue par les magnaneries royales.
L'impulsion était donnée et elle se soutint jusqu'il la nu)rl de Henri ; mais Louis XllI laissa anéantir son œuvre et il fallut le génie de Colberl pour la reconstituer. Enfin au début du dixhuitième siècle, la France en vint à exporter un produit qu'elle avait si longtemps tiré <lu dehors. En 1710, Bon de Saint-Hilaire, président de la Chand)re des comptes de Montpellier, avait proposé de tisser la soie des araignées. « Celle nouvelle soye, écrivait-il, ne le cède en rien à la beauté de la soye ordinaire ; elle prend aisément toutes sortes de couleurs, et l'on en peut faire des étoffes... L'on ne doit pas craindre qu'elle ne soutienne toutes les secousses des métiers, ayant résisté ù celles des faiseurs de bas * ». Bon .soumit sa découverte à l'examen de l'Académie des sciences, et lui envoya comme spécimens des bas cl des mitaines lissés avec de la soie d'araignée. Réaumur, nommé rapporteur, rédigea sur ce sujet un curieux mémoire où il conclut ainsi : « 11 faudroil donc environ 55.29') araignées des plus grosses pour avoir une livre de soye, lesquelles araignées il auroit été nécessaire de nourrir séparément pendant plusieurs mois. D'où on voit combien il est à craindre que la soye qu'on en retireroit n'engageât à des dépenses peu proportionnées ù sa valeur, puisqu'elle coûteroil vingt-quatre fois autant que celle des vers '. »
Les ell'orts faits par Henri IV pour assurer l'acclimatation du mûrier n'avaient pas trouvé les Parisiens indifférents ; car nous voyons, dans les premières années du dix-septième siècle, deux rues de Paris changer leur nom en celui de rue du Mûrier. Ce sont : la rue Xeuve-Saint- Martin, aujourd'hui réunie à la rue Notre-Dame de Nazareth, et la rue des Poules, aujourd'hui rue Laromiguière. Une rue du Mûrier, située dans le quartier Saitd-Victor, a élé supprimée en 18.52.
Vov. Drapiers de soie. — Fileusea de soie. — Merciers, etc.
Soie fNoMS DIVERS DONNÉS AUX DRAPS DE).
Les étoffes désigiu'cs jadis sous le nom de draps de soie sont si nondireuses, si souvent citées par nos anciens chroni([ueurs, que je crois devoir, comme je l'ai fait pour les tissus de laine *, consacrer quelques lignes à chacune d'elles.
La plupart de ces étoffes, formées de fils de soie, tantôt employés seuls, tantôt combinés avec des fils d'or ou d'argent, venaient de l'Italie ou
* Voy. Fontanon, AViW.î ri ordoitnnHces, l. I, p. 1048.
* DisserltilioH sur l'utiUlf de la soye des araignées, 1710, in-8».
3 Me'moires de V.Unde'mie des seienees pour 17 tO, p. -106.
* Voy. ci-dessus farl. Draps (Noms divers donnés aux).
SOIK
de l'Orient ; iiiuis, dès li: tri'izi»'iiit> sii'clf, ils coiinneiicérfnl ù iMre l'iiliriqucs l'ii Franci', où on leur conserva parfois leur Jononiinalion étran- •rère.
J'adopterai ici encore l'ordre alpliahéliipie.
Ahmoisin. Nom français île Wirmusinn, éloll'e niinee et non lirillanle, dont rilalie eut lon}»lenips le monopole, l^'armoisin parait dater de la lin du (luin/itMiie siècle, et il fut alors l'olijet d'un véritable enjfouement ; tout le monde en voidait porter ', menu- les femmes du peuple-, Lvon et Avij^non en fabriquèrent beaucoup au dix-huitième siècle •*.
Arramas. Voy. Marramas.
Baudequin. « l'aimus omnium ditissimus >^, écrit Ducanf^e *. KtolVe unie, tissée d'or et de soie. On la trouve nommée baldaquin. Iialdekin, balJeki/n, hauilikiii, etc.. et l'on croit (ju'elle doit son nom à la ville de Bay:(lad. oii elle fut originairement raliri([uee '. Elle était assez répandue à Paris dès le onzième siècle, et elle eut son apoj^ée au quatorzième. Lors de l'entrée d'Isaheau de Bavière i llJ8it . on vit llg'urer dans le rortètre douze cents bourij-eois vêtus de baudequin vert et vermeil ". Opendant on s'en servait surtout pour faire des tentures, et notre mot baldaquin n'a pas d'autre orig'ine '.
Brocart. On nomma d'abord ainsi une riclie élolTe. dont la cliaîrie et la trame étaient d'or ou d'argent, ou des deux ensemble. Dans la suite, on v mêla quebpies lils de soie, et plus tard le nom de brocart fut donné à toutes les étoffes de soie couvertes de tleurs ou d'arabesques.
Aux termes des statuts accordés en 1667 aux drapiers d'or et de soie, le brocard était un des quatre draps sur lesquels devait porter le chff- (Fœurre exi^é pour parvenir à la maîtrise.
BuRAii.. \oy. ci-dessus l'article Ferrandiniers.
Camelot. Il venait d'Orient, où on le tissait avec de la soie, unie au fin poil des chèvres du Cachemire ; mais il devait exister déjà du camelot de qualité commune, fait en poil de chameau : >< l'annusex camelorum pilis confectus », dit Ducanj^e '.
La vog'ue du camelot ne commença guère avant le quatorzième siècle, qui en eut de gris, de noirs, de blancs, de violets, de tannés, etc. Cependant. Joinville nous apprend que saint Louis portail parfois « une cote de chamelot », et le « camelo » est cité dans le Roman de la rose *. Quand Isabeau de Bavière fit son entrée à Paris, « la grand'rue Saint-Denis, écrit Frois.sart, estoit couverte à ciel de draps camelots et de soie ** ». Les Vénitiens avaient, dès
1 Francisque Michel, Rtcherchts sur les tissus t/e sole au moyen âge, t. II, p. 243.
2 Helations ties ambossniïeurs rniitiens^ t. II, p. 557.
3 Savan*. Dictionnaire itu commerce, t. I, p. 149.
* (rlossnrium, au mot biiltlakinus, 5 Fr. Michel, l. I, p. 252.
* Godcfroy, Crre'monial français, t. 1, p. 037. "' Littré, Dictionnaire.