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Ô6 SPÉCIALITÉS PHARMACEUTIQUES — STATUTS DES CORPOR.\TIONS

les remèdes acquis ainsi, et de les fournir gratuitement aux pauvres.

En 1679, Louis XIV acheta ù un sieur Talbot, Talbor ou Tabor le secret du remède anglais *. teinture de quinquina qu'il paya comptant 48.000 livres. Il accorda de plus ù l'inventeur une pension viagère de 2.000 livres, et le créa chevalier.

En 1730, il se procura de la même manière le secret des gouttes (for du général de la Molhe, célèbres surtout par leur cherté. Le pharmacien Baume évaluait ù 24 livres le prix de revient d'une certaine quantité de ces gouttes, que le public crédule payait 3.204 livres. Le général reçut une pension de 4.000 livres, avec privilège de vendre seul cetélixir au prix de 25 francs la fiole.

La réclame, interdite à tout commerçant *, était permise ù ces bienfaiteurs de l'humanité souffrante, et ils en usaient largement. « A l'heure où je vous parle, écrivait Brueys en 1(3S)8, on ne voit dans Paris que gens à secrets, souffleurs ', chimistes, charlatans de toutes nations et de toutes espèces. Les coins des rues sont accablés de leurs affiches ; chaque matin y voit éclore quelque nouveau guérisseur * » .

Parmi les spécialités dont le nom se rencontre le plus souvent dans l'histoire des deux derniers siècles, je citerai :

Le BAUME uu C0MM.\NDEUR, dit aussi du commandeur de Fermes, qui est encore employé comme vulnéraire.

Le BAUME DE FiORAVANTi. qui porte le nom de son inventeur, mort en 1588.

Le BAUME TRANQUILLE, inventé par le capucin Aignan, en religion père Tranquille. Il y entrait vingt plantes dilférentes et des crapauds bouillis dans l'huile. M"'° de Sévigné écrivait a sa fille le 15 décembre 1684: « Je vous envoie ce que j'ai de plus précie\ix, qui est ma demi-bouteille de baume tranquille. Je ne pus jamais l'avoir entière ; les capucins n'en ont plus •• ». Ce baume passait pour guérir à peu près tous les maux.

Les CALOTTES DE M"'-" Faris. Un prospectus publié vers 1720 nous apprend qu'elles étaient « immancables pour les maux de tète, dont elles font sortir les abcès, fluxions, rhunuitismes, coups et contre-coups.

L'eau d'arquebusade. Macération de plantes vulnéraires. On l'employait contre toutes les plaies.

L'eau de (:.\s.se-lunettes. Destinée à fortifier la vue. C'était une macération de Heurs de bluets dans de l'eau de neige.

L'eau de Botot. En 1777, l'inventeur demeurait place Maubert ^.

L'eau de cerises. « L'usage que je fais de

I .Nie. de Blt'fjny, Le remède anglais pour la gue'rison (1rs /îèrres, publié par oriire rlu Roy. Paris, 1082, in-lH.

- Voy. i-i-ilessu-s l'art. Concurrence.

•' Alclliriiiste.s.

l Marlun à Eraste, dans Les empiriques, acte I, se. 2.

5 Œuvres, tunie VII. p. 333.

6 Voy. ci-dessus, p. 256.

l'eau de cerises tous les matins m'a guérie de la disposition que j'avois à la néphrétique », écrit M""^ de Sévigné ' .

L'eau de Cologne. Elle paraît avoir été inventée vers 1650, par un sieur Jean-Paul Feminis, habitant de la ville de Cologne. Il en indiqua la fabrication à Jean-Antoine Farina, dont le petit-fils, Jean-Marie Farina, vint vers 1806 s'étaLlir à Paris.

L'eau de la reine de Hongrie. M""» de Sévigné en était folle, c'est elle qui l'avoue : << Je m'en enivre tous les jours ; j'en ai dans ma poche ; c'est une folie comme le tabac *.

L'ÉLi.xiR DE Garus, qui jouit d'une grande faveur sous la Rétrence '.

L'emplâtre de Vigo. Décoction de vers de

terre et de grenouilles.

Les gouttes royales d'Angleterre. Inventées par un médecin de Londres nommé Godoald. Charles II lui acheta son secret vingt-cinq mille écus. Suivant les Méra^àres de TrévTux *, il entrait dans ces gouttes « cinq livres de crâne humain d'un homme pendu ou mort de mort violente, deux livres de vipères sèches, etc., etc.

L'onguent Canet, remède à tous maux, inventé par le charlatan Canet.

L'onguent de la misre. Inventé par une tante de Racine, Agnès Racine, en religion Agnès de Sainte-Thècle, morte à Port-Royal en 1700 *.

La poudre de Madame de Carignan. Il y entrait des feuilles d'or, et « elle étoit souveraine contre les convulsions des enfans ' ».

La POUDRE DES jésuites, dite aussi poudre cardinale, poudre des Pères, poudre delà comlesie, remède anglais, etc. C'est le quin(|uina.

Le SEL polychreste, purgatif composé de potasse, de soude et d'acide tartrique.

Le SIROP FONDANT du sieur Bon valel , qui guérissait la pleurésie, l'apoplexie, la paralysie, les fièvres, l'indigestion, la jaunisse, la petite vérole, la fluxion de poitrine, etc., etc., etc. *

Voy. Eau de mélisse (Commerce de 1*).

Stationnai^es.^'oy. Libra,ires et Télégraphistes.

Statuts des corporations. Toute corporation t'tait régie par des statuts, les méliei-s demeurés libres relevaient seulement des rèjilements de police. Mais la royauté s'ell'nrça toujours de multiplier les corporations, bien plus faciles à rançonner ([ue les métiers restés iiulépendanis '.

Au milieu du treizième siècle, un très petit nombre de communautés ouvrières possédaient des statuts écrits ; la plupart n'avaient pour loi

1 Lettre du 5 avril 1080.

î Lettre du 10 "dolire 1075.

■1 \\i\. Sainl-Siinon, Mémoires, I. XVI, p. 213 el 283.

4 N""d'aoiM ni3

^ \'ov. 1*. Me.snard. \olice sur /indue, p. 4.

* Duc de Lujnes, Mémoires, t. IX, p. 23.

'' Vo}'. ci-dessus l'art. Corporations (Nombre des).

STATUTS DKS CORPORATIONS

([n'iLiic liMililidii IraiiMiUM' (11' [HTc l'ii lils. df iiuiilii' iMi inaili'c. l'^tiiMiiu' Buili'aii, pivvôt de l'aiis Miiis siiiiil I.oiys, (li-niiiiula à cliaciiii' coiniiiiinautt' «le ini'llrt' par ('•cril ses slaluls; cl li'ur ciisfiulile conslilua le Lirre des métiers, \v plus précieux clocumeiit que nous possédions sur l'histdire des cdi-porations ouvrières au iiioven-

La déiiunniliipie (lr;;alu^alil)n de ces eoiTiinuiiaulés aii-iirdiiil alors des droits pi'esque ég'aux aux niait re-i et aux ouvriers, et c'est d'un coiniiiuii accord ([u'étaient, soit rédijfés, soit modillés, les statuts dont ils ileniandaienl ensuite riioniolojifation au prévôt de l'aris, leur chef direct.

En août 12Ô7, comparurent devant lui « les niaistres foulons et leurs varlels, et apportèrent un escripl qui avoil esté faict pai- l'accord des deux parties *. . . ».

Le prévôt Reij^naut Bnrliou écrit en mai 1270 : « Nous faisons à savoir que par devant nous viiulrent les mestres et valiez d'ouhloirie ■", et recojjnurent qu'ils avoient fait ceste ordenance de leur mestier en la manière qui s'ensuit *. . . ».

Au mois d'avril 1290, *< s'assemblèrent les coutepointiers, maistres et vallès, presque tous ceux ([ui adonc estoient il l'aris ouvrant ^ de ce mestier, et .suplièrent Jehan de Monteiy^ni, adonc prévost de Paris, que pour le profit de leur mestier tels eslablissemens fussent faits audit nu'stier ^ y>.

La même année, quarante maîtres et soixantecinq valets fourbisseurs obtinrent également la revision de leurs statuts ".

Ils sont imités en 129;} par les maiti'es et ouvriers tailleui-s ".

En 129Ô, toutes les personnes appartenant au métier de brodeur, maîtres, maîtres.ses, ouvriers et ouvrières, au nombre de 9H, se présentèrent devant le prévôt de Paris (Tuillaume deHanjrest, et le prièrent d'homologuer les statuts qu'ils lui soumettaient '. Les femmes allaient être en grande majorité dans la nouvelle corporation, car, sur les 93 noms qui figurent en tète de ces statuts, on ne compte guère qu'une douzaine de broudeeurs. Vn grand noml)re de ces femmes étaient mariées , et leurs maris exerçaient d'autres professions. << Poin- le commun profit de la ville de Paris et de toutes autres boues genz », le prévôt accueillit favoraldement la demande qui lui était faite, et la comnumauté des brodeurs fut désormais soumise à des statuts.

Le prévôt homologue encore les statuts adoptés en 1299 piir les « maistresses et ou\Tières » qui avaient la spécialité des aumônières sarrazi-

' ^"oy. ci-(lo.-isus larl. Livre des mélii'i-s. - (i. Deppin^, OrdoHannees retalices aux métiers, p. 397.

3 Faiseurs d'oubliés.

J tî. Depping, p. 3D0.

'' TiMViiillant.

'^ (j. Deppiiijj, p. :isc,.

' fi. Depping, p. 307.

' G. Depping, p. 412.

* G. Depping, p. 379.

noises ' ; en l.'Uli, par les maîtres et ouvriers chau.ssetiers *, etc., etc.

Les droits des patrons et des ouvriers sendilent avoir été absolument les mômes en ces circonstances, car les actes soumis à rnulorité prévôlale portent les signatures ou au moins les noms des uns et des autres.

La première atteinte portée au principe de confraternité sur lequel reposaient les corporations fut l'institution du compatrnonnai'e. Apparue vers la Im du ([uin/.u'me siècle, elle ne tarda pas à créer entre l'ouvrier et le patron une distinction inconnue aux siècles précédents, et que les siècles suivants devaient rendre de plus en plus marquée.

En 140;}, les f. maistres, maistresses, ouvi'iers et ouvrières du métier de rubaniers », et en 1443, les treize maîtres et les quatorze ouvriers foulons vont en('ore demander ensemble la revision de leurs statuts ' ; les « nuiistres et varlels jurent et affirment par serment faict aux siiincts évan<i-iles de Uieu » cette mesure < esire l)onne, utile, prouffitable et nécessaii-e au prouffit et à l'honneur dudict mestier et de la chose publique». Mais nous chercherions vainement dans la suite un exemple de cette fraternelle entente. Les temps sont bien changés. Ce n'est plus le prévôt de Paris qui constate bonnement qu'il a eu la visite des maîtres et ouvriers de tel métier ; c'est le roi qui daigne accueillir l'iiumble supplication que des jurés et des maîtres lui ont adressée. La formule ne varie guère, voyez : << Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Poloo-ne, à tous présens et à venir, salut. Nous avons receu l'humble supplication de nos amés les maistres et gardes du mestier des tailleurs de nostre bonne ville de Paris, contenant, etc. * ». Et, près de deux cents ans plus tard : \< Louis, par la grâce de Dieu Roi de France et de Navarre, à tous présens et à venir, salut. Nos bien aimés, les maîtres menuisiers et ébénistes de la ville, fauxbourgs et banlieue de Paris nous ont fait i-eprésenter que, etc. ^ »

Passons maintenant en revue quelques prescriptions relatives aux statuts.

L'article 99 des édits émanés des États généraux tenus à Orléans en 1560 est ainsi conçu : < Nous avons permis et permettons à tous marchans. artisans et gens de mestier faire voir et arrester en langage intelligible leurs statuts et ordonnances, tant anciennes que modernes, et icelles faire imprimer, après qu'elles auront esté autorisées par nous * >>.

Dans la corporation des pluniassiers, le premier juré devait faire « serment, pardevant le procureur de Sa Majesté au Chàtelet, de ne rien oster, changer, altérer ou augmenter aux statuts, sons peine de démission et de dix nulle livres d'amende ' ».

Dans les statuts des lailleui-s, édil. de- 17B3, p. 21. Orflonri. roijolrs, I. X\'I. p. y8(î.

1 G. Depping, p. 382.

î Dans ]

* Statuts de l.'iS3. |nvanihi'il.-,

5 Statuts de 1743. /

" Dans Fontanon, ÉdiU et ordmnaHccs, t. I, p. 1086.

■ Statuts des pluma.ssiers (16i»j, art. 39.

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