‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 303 sur 422 · TABAC · texte numérisé non relu

TABAC

est cerlain qu'il fui n-vélé à la France, vei-s le iniliini di- rauiu'c lôGO, par Jean Xicot, alors ainbassiideur en Purtuj^fal '. On rejjartla d'abord celle planle comme un précieux médicament. Callierine de Médicis l'adopta ; elle prisa de la poudre de tabac pour guérir ses mijrraines. Les courtisans, puis le peu|)le l'imitèrenl, et l'usage s'en répandit bientôt dans toute la France.

Une foule de noms lui furent donnés : herbe à r ambassadeur, en souvenir de Jean Nicot ; lœrbe de Sainte-Croix, herbe de Tornabone, noms de deux cardinaux, dont l'un était nonce en France, l'autre en Portugal ; peli'ui ou herbe culheriiiaire noms que lui donne Andjroise Paré - ; herbe medicée ; lierbe de la reine; petu», nom sous lequel elle était, croyait-on, désignée en Amérique ; herbe du grand prieur, parce que Nicot l'aurait présentée d'abord au grand prieur de Lislionne ; nicotiane; lubac, parce qu'on la disait originaire de Tabago, une des Antilles, etc., etc. Dès 1072. le Parisien Jacques fîoliori publia une Instruction sur l'herbe petmn, ditte en France l'herbe de la Rmjne au me'dice'e ^. Nie. Monardès. de Séville. dans son Traite des simples apportés de r Amérique, ([ui fui traduit et publié à Paris en 1619 *, lui attribue aussi de nombreuses propriétés curatives.

Quand que la culture du tabac se fut développée en France, il se trouva tout naturellement des gens pour vendre le produit des récolles. M. .\. Jal a même retrouvé le nom de deux d'entre eux qui. avant 1627, tenaient boutique au faubourg Saint-Germain : le 23 janvier de cette année, fut enterré au cimetière Saint- Sulpice Emmanuel Violle, «vendeur de tliabac», et le 8 mai 1628, mourut Robert Michault, qualifié égatemeul « vendeur de tabac ^ ».

L'ordonnance de 1634 sur la marine défend aux marins, sous les peines les plus sévères, de « pétuner » après le coucher du soleil ; craignaiton pour leur santé ou pour la sûreté des navires"? Tallen\ant des Réaux mentionne, vers cette date, un sieur Roger, qui, dit-il, << pétunoil tous les soirs dans le licl * >>. En 1634 encore, L'oucerture des jours gras nous annonce que l'on verra à la foire Saint-Germain « des joueurs de torniquels, de goblets, de marionnettes, danceurs de corde, preneurs de tabac, charlatans, etc. ' »

Méprisé, prohibé, persécuté même en Angleterre, en Italie, en Russie, en Orient, le tabac fit assez tranquillement sou chemin en France, où il semble pourtant avoir eu d'abord assez mauvaise réputation. Dans La comédie des proferbesàeM.on\nc, pièce écrite vers 1616, Alaigre raconte à Lidias que Pliilippin l'a appelé « chien de filoux, preneur de tabac, etc. * » Le règlement de police du 30 mars 1635 fait défenses « à

> E. Falgairolle, Jean Xicol, 1897, in-8, p. XC.

ï Oint, es, pri'facc, p. 3 et 4.

•1 Hibliollii'c|ue mazarine, volume colé 29, 831.

t l'ai- laputhifairt' .\iitoiiio Colin. Lyon, in-8°.

3 Dictionnaire eritique, p. 1160.

6 //istorieltes, I. VI, p. 15(».

' Dans Éil. Fournier, r«nV/(;ï /iV/f>(ii>M, t. Il, p. 348.

* .\cto 1"' scène 3. Dans l'.liifiV/i Iktâlee franfols, t. IX, p. 48.

tous vendeurs de tliériaque, arraclieui-s de dents, joueurs de tourniquets, marionnettes et chanleui's de chansons, de vendre du tabac ;> ; elle réser\'e ce droit aux « apoliquaires et par ordonnance de médecin ' ».

Dans la Comédie de chansons, si précieuse pour l'histoire de la littérature populaire et des mceui-s au milieu du dix-seplième siècle *, Jodelet dit à son ami La Roze :

.... Du potun, du taLac, de l'hcrho à la rej-nc, Uni/ filli'lle, du vin, voilà ce quf j"ayme 3.

Scarron parait l'avoir peu apprécié :

Quoi ! ta bouche à tabac, de st/s moites moustaches .\ cette main d'ivoire ose faire îles taches * !

Il nous apprend aussi qu'un jour après souper

Didon demanda du tabac,

Mais elle n'en prit pas deux pipes 5.

Sur ce point, il y a beaucoup à puiser dans les poésies de Saint-Aniand *.

Les soldats, écrit-il,

. Soufflent, en lieu de pelun,

Des feuilles de choux mal s('"chi''es ".

Z"«//tf/«o«r/ s'exprime ainsi :

Je me fay friser tous les jours, On me relève la moustache, Je n'entrecoupe mes discours Que de rots d'ambn? et de pistache, J'ay fait banqueroute au petun '.

En 1()6."), Sganarelle entre en scène une tabatière à la inain, et déclare à Gusman que le tabac « instruit les âmes à la vertu et que l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne vovez-vous pas, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le inonde, et comme on est ravi d'en donner à droite et à gauche, partout où l'on se trouve. On n'attend pas même qu'on en demande, et l'on court au devant du souhait des gens ' ».

Vingt-cinq ans plus tard, ce goût s'est perfectionné. Priser est devenu un art, et un petit maître doit avoir appris l'exercice de la tabatière. Ecoutez un académicien du dix-seplième siècle. F. de Callières : « Je consens que les jeunes gens jugent sans appel du choix important de leurs tabatières à ressort et de la manière ingénieuse de les ouvrir et de les refermer d'une main, ainsi que de celle à'y prendre ilu tabac de bon air, pour me servir de leurs termes ; et de le tenir quelque lems entre leurs doigts avant que de le porter à leur nez, et de renifler avec justes.se en l'j recevant ; enfin de tout ce qui compose ce noble exercice, que nous vo3'ons aujourd'hui si florissant en France, et que l'on a

t Delamarre, Traile' de la poliet, t. I, p. 122. « Klle date de 1640.

3 Dans V Ancien the'àlre fiançais, t. IX, p. 152. 1 Don Japhel (T Arménie, acte III, scène 21.

5 Virgile trnresti, livre I.

6 Mort en 1661.

" ÉMil. de 1661, p. 177.

« Édit. de 1661, p. 181. Voy. aussi p. 188 el 219.

S Don Juan, acte I, scène l.

Page 1